(Septembre 2004)
ACDI - Agence canadienne de développement international
AEC - Agence d'exécution canadienne
AIF - Agence intergouvernementale de la Francophonie
APD - Aide publique au développement
CGRR - Cadre de gestion et de responsabilisation axé sur les résultats
IMF - Direction des affaires de la Francophonie
MAECI - Ministère des Affaires étrangères et du Commerce international
MLC - Ministère libanais de la culture et de l'éducation
OIF - Organisation internationale de la Francophonie
PE - Protocole d'entente
SCT - Secrétariat du Conseil du Trésor
SIE - Direction de l'évaluation
SIV - Direction de la vérification
Le gouvernement canadien contribue au Sommet de la Francophonie lorsque ce dernier se tient dans des pays en développement, conjointement avec d'autres donateurs d'envergure. Sans cette contribution, ces pays ne pourraient pas jouer un rôle actif dans ce cadre de discussion éminemment important. Le dernier Sommet de la Francophonie s'est tenu à Beyrouth, au Liban. Le Sommet devait initialement se tenir du 26 au 28 octobre 2001, mais il a été reporté aux 18, 19 et 20 octobre 2002 à la suite des événements du 11 septembre 2001.
SIX a entrepris une évaluation et une vérification conjointes (« l'examen ») de la contribution versée par le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international pour l'organisation du Sommet de la Francophonie au Liban.
Voici les constatations de l'examen :
Malgré le succès enregistré par le Sommet, la Direction des affaires de la Francophonie (IMF) n'a pas disposé d'un cadre de contrôle de gestion adéquat permettant de s'assurer que les fonds du MAECI ont été utilisés comme prévu. Il est maintenant évident que le délai de six mois entre la signature du protocole d'entente (avril 2001) et la date fixée pour l'événement (octobre 2001) a été trop serré pour permettre la mise en oeuvre de procédures administratives et de passation de marchés appropriées, et ce, compte tenu des risques inhérents liés au Sommet.
Constatations de l'examen :
À la suite d'une demande formulée lors de la visite d'état du premier ministre du Liban en avril 2001, le gouvernement canadien a convenu de verser une contribution de 4 000 000 $ pour l'organisation du Sommet de la Francophonie, qui devait initialement avoir lieu moins de six mois plus tard, soit en octobre 2001. Le gouvernement de la République libanaise avait été désigné bénéficiaire de la contribution dans la Décision du Conseil du Trésor, mais les événements tragiques du 11 septembre ont entraîné le report du Sommet d'octobre 2001 à octobre 2002. Une deuxième contribution a été approuvée par le Conseil du Trésor, qui a prolongé le programme jusqu'au 31 mars 2003 et prévu le versement de 250 000 $ supplémentaires.
Le Sommet, auquel participent les chefs d'état et de gouvernement des pays ayant le français en partage, représente l'autorité suprême de La Francophonie. Il se tient tous les deux ans et est présidé par le chef d'état du pays hôte, qui conserve la présidence jusqu'au sommet suivant.
Ce forum permet de promouvoir le dialogue et la coopération et de définir les orientations et objectifs principaux de La Francophonie afin d'assurer sa croissance.
Afin de donner la parole aux pays moins nantis, les principaux bailleurs de fonds de La Francophonie, et plus particulièrement le Canada, contribuent à l'organisation matérielle des sommets lorsque ces derniers se tiennent dans des pays en développement. Comme cela a été le cas pour le Sénégal, Maurice, le Bénin et le Vietnam, l'ACDI est l'organisme qui signe le protocole d'entente (PE) avec le pays hôte. Cette responsabilité s'explique par le fait que 90 % du budget canadien consacré à la Francophonie internationale provient du programme d'aide publique au développement (APD)(1) qui est géré par l'ACDI.
Depuis le Sommet de Dakar, la contribution du Canada aux pays hôtes qui sont des pays en développement a consisté à fournir des biens et de l'assistance technique dans des domaines où le Canada jouit d'un avantage comparatif, notamment l'accréditation, la coordination, la sécurité et la santé.
Pendant le Sommet de Beyrouth, le Canada a contribué à six secteurs d'intervention : l'accréditation, l'informatique, la mise sur pied d'un centre de coordination, la santé, la sécurité et les activités culturelles.(2)
Les contributions ayant servi à organiser des Sommets précédents dans des pays en développement ont été gérées par l'Agence canadienne de développement international (ACDI), qui a également été le signataire du PE avec le pays hôte. Dans le cas présent, en raison du très court délai précédant la tenue du Sommet, il a été convenu que le MAECI serait chargé de signer le Protocole d'entente et de gérer la contribution.
L'examen a porté sur le fonctionnement de la Direction des affaires de la Francophonie (IMF), qui est l'unité administrative chargée, pour le MAECI, de la coordination et de la gestion de la participation du Canada à la Francophonie internationale. IMF dirige les activités suivantes :
L'examen a porté plus particulièrement sur les extrants et les résultats du Sommet, ainsi que sur les pratiques et les mécanismes de contrôle qu'IMF applique à la gestion de son programme de contribution conformément aux politiques du Ministère et du Conseil du Trésor sur les paiements de transfert.
Les objectifs de l'examen étaient les suivants :
Les examinateurs se sont intéressés aux principaux processus opérationnels et aux mécanismes de contrôle clés associés à l'aide financière que le MAECI a versée pour l'organisation du Sommet de la Francophonie à Beyrouth. Il y a eu examen approfondi de toute la documentation de programme pertinente, et les employés clés d'IMF, du Bureau de l'administration du secteur (IAM) et des Services financiers (SMFH) ont été interviewés. Des entretiens ont également eu lieu avec les employés de l'Administration centrale du MAECI, l'AEC, du personnel de l'ACDI et des membres de l'ambassade du Canada à Beyrouth.
Le faible nombre de personnes interrogées a été l'une des principales contraintes de l'examen. Les résultats produits dans les délais prescrits, leur pertinence, l'efficacité de leur utilisation et de leur fonctionnement, ainsi que les résultats intermédiaires (c.-à-d. le résumé des conditions de sécurité) n'ont pu être documentés qu'au moyen de discussions avec les employés du MAECI, de l'ACDI et de l'ambassade du Canada à Beyrouth.
Les efforts déployés pour communiquer avec les autorités libanaises et les délégués des autres pays ont été laborieux, voire vains. Les représentants libanais qui avaient été affectés à l'organisation du Sommet en octobre 2001, avaient d'autres responsabilités lorsque le Sommet s'est finalement tenu en octobre 2002. Toutefois, malgré le petit nombre d'entrevues réalisées, l'équipe d'examen a été capable de documenter de manière détaillée le processus de mise en oeuvre du Projet.
Au cours de l'hiver 2001, l'ACDI a transféré 3 875 000 $ au MAECI. Celui-ci est devenu responsable de la contribution du Canada au Sommet de Beyrouth. Des représentants d'IMF, ainsi que de la société qui s'est finalement vu attribuer le contrat d'exécution pour le Sommet, se sont rendus au Liban en janvier 2001 pour entreprendre une évaluation des besoins. À cette fin, la société en question a obtenu d'IMF un contrat de 20 000 $.
Dans le PE signé le 30 avril 2001 entre le gouvernement du Canada (représenté par le MAECI) et le gouvernement du Liban (représenté par le ministère libanais de la Culture [MLC]), il était stipulé que la contribution du Canada au Sommet de Beyrouth ne dépasserait pas 4 000 000 $. Les fonds ont servi aux six domaines d'intervention suivants :
Le PE comportait certaines particularités, comme l'exigence que l'essentiel des acquisitions se fasse au Canada. La tâche de choisir l'agence d'exécution a été attribuée au gouvernement libanais. Or, pour les sommets précédents financés par l'ACDI, l'agence d'exécution avait été engagée directement par l'ACDI et non par le pays bénéficiaire.
Le PE du Sommet de Beyrouth s'est fondé sur une relation triangulaire. Le gouvernement libanais était chargé de choisir l'AEC, de superviser l'exécution du Projet par ce dernier, d'approuver ses trois factures et de recommander les paiements aux représentants désignés au MAECI, c'est-à-dire à IMF.
Il était également prévu dans le PE que le MAECI effectuerait trois versements à l'AEC : le premier, de 2 208 000 $, le 1er août 2001; le deuxième, de 1 177 600 $, le 23 septembre 2001; et le troisième, de 294 000 $, le 20 octobre 2001.
En mai 2001, une étude de faisabilité de 120 000 $ a été réalisée par la même société, qui a entrepris l'évaluation des besoins en janvier 2001.
Selon la modification apportée au PE signé en août 2001, les fonds ont été répartis ainsi :
Dans l'annexe à la modification (annexe 3, page 2), les dispositions générales prévoient que le bénéficiaire tiendra des comptes et des registres appropriés du coût des travaux et des dépenses, ou de ses engagements de dépenses. Il devra conserver plus particulièrement les factures, récépissés et pièces justificatives, qui pourront être vérifiés ou inspectés dans un délai raisonnable par les représentants autorisés du MAECI, qui pourront en faire des copies, dans leur intégralité ou en partie.
La présentation au CT incluait le CGRR qui établit les rôles et responsabilités des partenaires impliqués. Il énonce que le gouvernement du Canada effectuera des paiements directs à l'AEC, sur présentation des factures et pièces justificatives par le gouvernement libanais. Cette disposition visait à atténuer le risque financier couru par le gouvernement. Le CGRR précise d'ailleurs que la délégation de la gestion financière à d'autres pays n'a pas toujours été une expérience concluante pour le Canada.
Le CVFR des contributions versées pour l'organisation du Sommet de Beyrouth - cadre qui faisait également partie intégrante de la présentation au CT - énonce que le droit de mener une vérification est prévu dans le PE conclu entre les gouvernements canadien et libanais. Il stipule également que les AEC sont tenus de fournir la preuve que les fonds ont été utilisés avec prudence. Les documents à produire comprennent des preuves que les biens et services ont été fournis dans le cadre d'un régime concurrentiel, des bons de commande, des factures et des manifestes signés, qui montrent que des représentants libanais ont pris livraison et accepté les biens.
Le 7 juin 2001, le gouvernement libanais a lancé une demande de propositions restreinte à trois sociétés pour retenir les services d'une AEC. Ces sociétés sont les suivantes : Savard, Massé et associés, Gervais, Gagnon, Covington et associés, ainsi que Leroux et associés. Il convient de noter que ces trois sociétés participent à l'organisation des activités de La Francophonie (sommets et jeux) depuis plus de quinze ans. La demande de propositions consistait essentiellement en des éléments définis dans l'étude de faisabilité de mai 2001, pour lesquels une offre de prix a été demandée en dollars canadiens.
Le 15 juin 2001, deux sociétés ont été sélectionnées, mais l'une d'elles s'est retirée officiellement en juillet 2001. La société qui s'est finalement vu octroyer le marché s'est mise au travail le 11 juin 2001, avant la date limite prévue de la période visée par l'appel d'offres soit le15 juin 2001.
Le marché d'exécution s'élevait à 3 680 000 $, payables en trois versements. Le premier marché a été conclu le 25 juin 2001, alors que la modification a été effectuée le 3 août 2001, après le retrait de l'une des deux AEC sélectionnées.
Cette somme ne comprenait pas le coût de l'étude de faisabilité qui avait été réalisée(3) par l'AEC. Après ajout du coût (120 000 $) de l'étude de faisabilité à la somme globale (3 680 000 $) du marché d'exécution, les paiements versés à l'AEC ont totalisé 3 800 000 $.
En août 2001, on a soumis une présentation au Conseil du Trésor pour faire approuver la contribution de 4 000 000 $ au Sommet de Beyrouth. Toutefois, le PE avait été signé avec le gouvernement libanais en avril 2001 et le marché avec l'AEC, en juin 2001.
Le 8 octobre 2001, à la suite des événements du 11 septembre, il a été décidé de reporter le Sommet de Beyrouth. À cette date, tous les biens et le matériel destinés au Projet étaient déjà au Liban, mais les activités comme l'installation des stands d'accréditation et la formation ont été suspendues.(4)
En août 2002, lorsque la nouvelle date du Sommet a été arrêtée, on a préparé une deuxième présentation au CT portant sur un montant de 250 000 $ pour répondre aux besoins nouveaux du Liban, car certains articles (médicaments) avaient expiré, du matériel avait besoin d'entretien ou de nouvelles pièces, etc. Il a fallu racheter et reconstituer le parc des ordinateurs, car ceux fournis en 2001 avaient été installés de façon permanente au MLC. Finalement, certaines activités de formation devaient être terminées. La responsabilité de gérer le montant supplémentaire de 250 000 $ a été attribuée à l'ambassade du Canada à Beyrouth, laquelle a payé directement les fournisseurs libanais des biens et services qui avaient été sélectionnés par le MLC.
L'examen des extrants et des résultats n'a pas été exhaustif, étant donné les contraintes associées à l'évaluation (faible échantillon de personnes interviewées et absence d'information sur papier au MAECI, notamment).
L'examen a clairement mis en évidence les points qui suivent au sujet du processus de planification :
Les points qui suivent résument les principales observations concernant les extrants du Sommet :
L'opinion des personnes interrogées sur les résultats atteints a été unanime :
Il est désormais clair que le délai de six mois entre la signature (avril 2001) du PE et la date prévue (octobre 2001) du Sommet était insuffisant pour permettre la mise en place de procédures administratives et contractuelles appropriées, compte tenu des risques associés à l'événement. Comme les délais impartis étaient de rigueur, IMF a décidé de faire passer le marché avec l'AEC directement par le gouvernement libanais plutôt que par le MAECI, comme en témoigne le PE signé le 30 avril 2001 entre le Canada (représenté par le MAECI) et le Liban (représenté par le MLC).
Le MAECI a préféré laisser les procédures de passation de marchés aux soins du pays bénéficiaire car cela permettait à ce dernier d'attribuer des contrats à une tierce partie. Le marché passé par le pays bénéficiaire ne relève pas du droit canadien et n'est pas assujetti aux politiques du Conseil du Trésor ni aux exigences d'un quelconque accord commercial (ACI, ALENA, AGP-OMC). Toutefois, étant donné que le MAECI a fourni les fonds et que la plupart des biens ont été achetés au Canada, cette façon de procéder ne devrait pas contrevenir à l'esprit des lois et aux politiques régissant les procédures de passation des marchés du gouvernement canadien et à ses principes sous-jacents d'équité. Autrement dit, on ne devrait pas utiliser cette option pour contourner les lois et les politiques régissant les procédures contractuelles du MAECI.
Souvent, lorsque l'on retient l'option de déléguer la passation de marchés au pays bénéficiaire, une tierce partie est engagée par le pays donateur pour surveiller les acquisitions et conseiller en la matière, afin d'aider le pays bénéficiaire à sélectionner l'AEC et de veiller à ce que toutes les procédures soient conformes aux principes de la passation des marchés du gouvernement du Canada. Alors qu'IMF n'avait aucune expérience précédente des procédures contractuelles du pays bénéficiaire, elle n'a pas envisagé d'engager un organisme de conseils et de surveillance indépendant qui veillerait au processus de sélection, d'acquisition et de paiement pour assurer une diligence raisonnable.
La vérification a mis en évidence un certain nombre de situations où une diligence raisonnable n'a pas été assurée relativement au financement initial de 3,8 millions de dollars du MAECI :
Pour résumer, l'équipe d'examen n'a pas pu évaluer la bonne utilisation des paiements versés à l'AEC au cours de 2001-2002, car aucune pièce justificative pertinente ne lui a été fournie ni par IMF, ni par le gouvernement du Liban ni par l'AEC. En conséquence, SIX ne peut fournir l'assurance que les paiements effectués en 2001-2002 correspondent raisonnablement aux coûts admissibles liés à l'organisation du Sommet, le Ministère n'ayant pas mis en place les pratiques de diligence raisonnable voulues.
Tel qu'il est indiqué dans le rapport, IMF a dû gérer en mode d'urgence la contribution de 4 000 000 $ du Canada au Sommet de Beyrouth, puisqu'elle a été annoncée à peine six mois avant le tenue du Sommet. Dans ces circonstances, l'ACDI, qui gère généralement la contribution, a préféré en transférer la responsabilité au MAECI. En raison des événements du 11 septembre 2001, le Sommet a été différé, ajoutant ainsi à la complexité de la gestion de la contribution.
IMF reconnaît qu'il y a contradiction entre le Protocole d'entente (PE) et le contrat clé en main : le PE, signé avec le gouvernement libanais, précise que les pièces justificatives doivent être mises à la disposition du gouvernement canadien en ce qui a trait à l'utilisation des fonds, alors qu'aux termes du contrat signé par le gouvernement du Liban et l'AEC - somme forfaitaire définitive et ferme - l'examen de telles pièces justificatives est impossible sans le consentement de l'AEC.
SMFS devrait vérifier périodiquement la pertinence du processus mentionné à l'article 34, qui vise les accords de contribution non conventionnels.
Depuis l'accord de contribution visé, le Centre d'expertise (CE) du Ministère pour les subventions et les contributions est pleinement opérationnel. Le CE offre un service de consultation, d'examen et d'approbation aux programmes souhaitant participer. La plupart des gestionnaires de programmes y ont recours et les résultats enregistrés jusqu'à maintenant sont très encourageants relativement à l'identification et à la prévention des problèmes potentiels avant leur apparition. La présente recommandation sera étendue pour faire en sorte que les gestionnaires de programmes soient au courant de leurs responsabilités aux termes de l'article 34 de la Loi sur la gestion des finances publiques (LGFP), en ce qui a trait aux paiements de transfert non évalués et non conventionnels.
La vérification de la demande de paiement de SMFS permettra de garantir que les recommandations du Centre d'expertise soient prises en compte dans les paiements et les accords résultant des paiements de transfert non évalués et non conventionnels.