La reconduction du gouvernement du premier ministre L.S. Saint-Laurent au terme des élections générales du 10 août 1953 et le maintien de L.B. Pearson aux Affaires extrieures ont permis au ministère des Affaires extérieures et à ses maîtres politiques de continuer à travailler en étroite relation, comme ils le faisaient depuis quelques années. Cependant, tout en bénéficiant de la continuité au niveau politique, le ministère des Affaires extérieures a connu plusieurs changements au niveau des postes clés de son administration.
En juillet, M. Dana Wilgress, qui avait été nommé sous-secrétaire l'année précédente, a quitté ce poste pour devenir représentant permanent auprès du Conseil de l'Atlantique Nord, à Paris. M. Hume Wrong, ambassadeur aux États-Unis, a été choisi pour le remplacer en tant que sous-secrétaire. M. Arnold Heeney lui a succédé comme ambassadeur à Washington. Comme il était souffrant au moment de sa nomination, M. Wrong n'a commencé à assumer ses fonctions que le ler novembre. Deux semaines plus tard, sa santé se détériorant, il démissionnait. Il devait décéder en janvier 1954. En son absence, c'est le sous-secrétaire adjoint Charles Ritchie qui a dirigé le Ministère à titre intérimaire. Autre changement, en octobre, M. John Holmes était nommé sous-secrétaire adjoint, en remplacement de M. Jules Léger, nommé ambassadeur au Mexique.
Le Moyen-Orient occupait une place importante dans les projets d'ouverture de nouvelles missions à l'étranger (Chapitre Premier). L'accréditation d'un ministre israélien au Canada et la nécessité pour le gouvernement de prendre position sur les problèmes israélo-arabes aux Nations Unies ont renforcé le souhait du Ministère de créer ses propres méthodes d'évaluation des événements dans la région.
La guerre de Corée a continué d'être l'une des grandes priorités du gouvernement (Chapitre II). Avant la conclusion de la convention d'armistice, le 27 juillet, les Affaires extérieures réfléchissaient aux incidences du conflit sur la sécurité collective. Un document du Ministère (document 53) faisait remarquer que, bien que l'on ait espéré que l’expérience renforcerait le principe d'une action collective par le biais des Nations Unies, on se montrait pessimiste quant aux résultats. Incapable d'influer sur le comportement des belligérants, le Canada concentrait surtout ses efforts diplomatiques sur les États-Unis, autour desquels les forces des Nations Unies s'étaient ralliées. Toutefois, Ottawa exerçait une influence limitée sur la politique américaine, d'où la conclusion que les états participant à une action collective devaient se mettre d'accord sur des mécanismes de consultation plus efficaces.
D'autres points de l'ordre du jour de l'Assemblée générale de l'ONU présentaient un intérêt moins immédiat pour le Canada (Chapitre III). En conséquence, la délégation canadienne a joué un rôle plus secondaire que l'année précédente. Elle s'est manifestée, entre autres, à propos de la politique en matière de gestion du personnel et sur la question de la présence des troupes de la Chine nationaliste en Birmanie. Elle a aussi participé activement au débat sur le désarmement, le ministère de la Défense nationale ayant surmonté ses premières réticences à prendre part à la définition d'une politique canadienne en la matière. En avril, M. Dag Hammarskjöld était nommé secrétaire général, son prédécesseur, M. Trygve Lie, ayant démissionné. M. Pearson figurait parmi les favoris pour le poste, mais l'Union soviétique a opposé son veto à sa nomination (document 258.).
Le gouvernement s'est vivement intéressé aux opérations des Nations Unies et de ses institutions spécialisées (Chapitre IV). Comme les exemples de l'Organisation internationale du travail et de l'Organisation mondiale de la santé le démontrent, les délégations canadiennes ont toujours insisté sur l'importance d'une gestion compatible avec les objectifs des organismes et avec la volonté des États membres de fournir le soutien financier nécessaire, de façon équitable.
Bien que la consultation demeurât une priorité à l'OTAN (Chapitre V), les représentants du Canada reconnaissaient qu'il serait plus difficile d'obtenir un consensus sur des questions importantes au Conseil de l'Atlantique Nord si les grandes puissances ne s'entendaient pas préalablement sur ces questions (document 484). On acceptait donc de commencer normalement par des consultations bilatérales, en dehors du Conseil. Le gouvernement a également examiné une proposition de la Norvège sur la création d'une assemblée parlementaire de l'OTAN. Après avoir exprimé un intérêt initial pour l'idée, il a décidé d'appuyer une autre proposition demandant la mise en place de modes de communication non officiels entre l'Organisation et des parlementaires des États membres.
Des accords sur les services aériens ont été conclus avec le Mexique et le Pérou (Chapitre VI). Redoutant une nouvelle campagne visant à déménager de Montréal le siège de l'Organisation de l'aviation civile internationale, le gouvernement a dépêché une nombreuse délégation à la septième session de l'Assemblée de l'Organisation, qui se tenait en juin, à Brighton (Angleterre). Cependant, la question n'a pas été soulevée.
Les chefs de gouvernement du Commonwealth se sont réunis à Londres en juin, après le couronnement de la reine Elizabeth II, pour discuter de la situation internationale (Chapitre VII). À cette occasion, M. Saint-Laurent a accepté, non sans hésitation, une invitation du premier ministre Jawaharlal Nehru à se rendre en Inde l'année suivante. Ce voyage, dont les préparatifs ont commencé en septembre, a finalement comporté plusieurs étapes en Europe et en Asie. Ottawa a suivi de très près le Plan de Colombo. Les programmes d'aide financière et technique à l'Inde, au Pakistan et à Ceylan ont été adoptés et des négociations sur de futurs projets, entamées.
Les questions économiques et stratégiques ont dominé l'ordre du jour canado-américain (Chapitre VIII). Ottawa s'inquiétait quelque peu du manque d'enthousiasme apparent du nouveau gouvernement républicain pour la libéralisation du commerce multilatéral. Ce sentiment s'est accentué quand un certain nombre d'exportations canadiennes vers les États-Unis se sont trouvées menacées, suite à un regain de pressions protectionnistes dans ce pays. M. Saint-Laurent a exprimé son inquiétude quant à la politique commerciale américaine lorsque, accompagné de M. Pearson, il a rencontré le président Dwight Eisenhower et les membres de son gouvernement, à Washington, en mai. À la surprise des Canadiens, leurs hôtes leur ont proposé d'envisager un libre-échange bilatéral. Ottawa a refusé l'ouverture, mais, donnant suite à une suggestion faite par M. Pearson à la même rencontre de mai, les deux gouvernements ont mis sur pied la Commission mixte canado-américaine du commerce et des affaires économiques.
La collaboration en matière de défense aérienne de l'Amérique du Nord s'est accrue face aux capacités militaires croissantes de l'Union soviétique. Début 1953, Ottawa a décidé d'autoriser la construction sur le territoire canadien, de deux stations radar expérimentales qui permettraient de voir si l'implantation d'un réseau radar de préalerte dans le Grand Nord était faisable. Des études réalisées cet été-là aux États-Unis recommandaient la construction d'un tel réseau le long du 55e parallèle, suivie de celle d'un réseau d'alerte avancé, si nécessaire. Les Américains ne tardèrent pas ensuite à demander l'installation d'une ligne de radars Mid-Canada. Saisissant l'occasion, M. Brooke Claxton, ministre de la Défense nationale, proposa que le Canada construise seul cette ligne, espérant ainsi favoriser l'emploi de techniques canadiennes dans la défense continentale et renforcer la position du Canada quand il aurait à répondre à de futures demandes des États-Unis. Le Comité ministériel de la défense appuyait la proposition du ministre.
Quoique soutenant en général le principe d'une intégration européenne, le Canada n'intervenait guère à ce sujet (Chapitre IX). Les Affaires extérieures décidèrent de ne pas recommander l'accréditation d'une délégation auprès de la Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier, pensant que les intérêts canadiens ne justifiaient pas une telle représentation. Le Canada s'intéressait davantage aux travaux de l'Organisation européenne de coopération économique, notamment aux débats sur une approche collective de la convertibilité monétaire et à ceux consacrés à la libéralisation du commerce. Au Moyen-Orient, le principal pôle d'attention était la vente d'armes à Israël.
Les relations avec l'URSS se sont quelque peu améliorées après la mort de Joseph Staline, en mars (Chapitre X). L'assouplissement des restrictions aux déplacements des diplomates à l'intérieur de ce pays et la nomination d'un ambassadeur à Ottawa en étaient les signes les plus évidents. Le gouvernement canadien a répondu en assouplissant l'obligation de rendre compte de leurs déplacements à l'intérieur du Canada que lui-même faisait aux représentants soviétiques et en acceptant d'envoyer un ambassadeur à Moscou. La détente a également permis de régler deux vieilles plaintes canadiennes concernant les mines de nickel de Petsamo et l'aide mutuelle.
Le Canada s'est montré prudent sur la question indochinoise (Chapitre XI). Bien qu'il ait accordé une reconnaissance conditionnelle au Laos, au Cambodge et au Vietnam à la fin de 1952, le gouvernement n'a pas cherché à être invité à la Conférence de Honolulu, qui a eu lieu en avril et où les cinq puissances militaires se sont penchées sur la planification stratégique pour l'Asie du Sud-Est. Toutefois, Ottawa était prêt à examiner favorablement des demandes d'aide technique formulées par les trois États dans le cadre du Plan de Colombo. Les relations avec le Japon portaient essentiellement sur les dispositions à prendre pour que ce pays participe à l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), et sur les préparatifs à l'application réciproque de la clause de la nation la plus favorisée.
Le Canada a accru ses relations avec l'Amérique latine en y envoyant une mission commerciale de bonne entente conduite par le ministre du Commerce, M. C.D. Howe (Chapitre XII). Cette mission, qui a parcouru le continent pendant cinq semaines, a ravivé aux Affaires extérieures le débat sur la possible adhésion du Canada à l'Organisation des États américains. Le sentiment qui l'emportait était qu'il valait mieux, pour nous, poursuivre des relations bilatérales avec les pays de la région.
Les principes directeurs suivis pour sélectionner les documents présentés dans le présent volume sont exposés dans les introductions des volumes 7 (p. ix-xi) et 18 (p. xxi-xxiii). Le gros des documents est tiré des dossiers du ministère des Affaires extérieures. Les archives de M. L.B. Pearson se sont révélées une source précieuse, tout comme celles du Bureau du Conseil privé. Celles de M. L.S. Saint-Laurent ont beaucoup moins servi. D'autres ont été consultées lorsque c'était nécessaire pour l'étude de différents sujets.
Les signes typographiques sont les mêmes que ceux décrits dans l'introduction du volume 9 (p. xix). Ainsi, une croix signifie que le document n'est pas reproduit dans le présent volume; des points de suspension indiquent une coupure dans le texte.
J'ai bénéficié d'un plein accès aux dossiers du dépôt central du ministère des Affaires extérieures, aux archives de M. L.B. Pearson et à celles de M. L.S. Saint-Laurent. Malheureusement, quand je l'ai consulté, le Bureau du Conseil privé (BCP) n'a pu me fournir d'instrument de recherche pour ses archives de 1953. En conséquence, les documents de cette source ont été sélectionnés parmi ceux choisis par le BCP. Les personnes chargées d'autres archives m'ont aimablement autorisé à les consulter au besoin. La Commission permanente canado-américaine de défense ne nous a pas transmis un des documents retenus pour publication, les documents 592, 593 et 594 ont été préparés par Affaires extérieures et Commerce extérieur Canada, conformément à la Loi sur l'accès à l'information et sur la protection des renseignements personnels.
Je remercie M. Arthur Blanchette, ancien directeur de la Direction des affaires historiques et M. John Hilliker, actuel chef de la Section historique pour leurs conseils et leur soutien. Mme Janet Bax, ancienne directrice de la Direction des relations internationales en matière d'éducation, et son successeur, M. Brian Long, ont grandement facilité la réalisation de ce volume. MM. E.A. Kelly et Christopher Cook m'ont aidé dans le choix initial des documents et ont accompli nombre de tâches de suivi. Mme Jeannette K. Fournier, ancienne superviseuse des documents semi-actifs du ministère, et ses collègues, ainsi que le personnel des Archives nationales du Canada se sont montrés des plus coopératifs. Mmes Isobel Cameron, Geneviève de Chantal, Gail Devlin, Jean Hage, Liza Linklater, Margarita Maffett et Islay Mawhinney se sont occupées de la préparation technique du volume. Mme Cameron a également choisi les photographies, préparé la liste des personnes et l'index. Le traitement de texte a été assuré par Mme Joanne Whissell. Mes plus sincères remerciements à tous.
DONALD BARRY