Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Introduction

Ce livre est le second d'une série de deux volumes qui portent sur la période du 1er janvier 1956 au 10 juin 1957, date des élections générales au cours desquelles le gouvernement libéral dirigé par le Premier ministre Louis Saint-Laurent a été renversé par le Parti progressiste conservateur de John G. Diefenbaker. Bien qu'il soit évidemment impossible de diviser la période en deux volumes absolument complets et autonomes, l'éditeur et le Directeur général de la publication ont essayé de garder groupés autant que possible les documents apparentés sans trop s'écarter de l'organisation thématique qui caractérisait les volumes précédents de cette série. Il fallait en même temps, pour des raisons pratiques et budgétaires, que les deux volumes aient à peu près la même grosseur. Le premier volume, publié en juin 2001, se concentrait sur la crise de Suez et traitait du Moyen-Orient, des Nations Unies, de l'OTAN et du Commonwealth. Ce volume porte sur les relations avec les États-Unis, l'Union soviétique et l'Europe, l'Extrême-Orient, et l'Amérique latine. Il comprend des chapitres additionnels sur l'Afrique du Nord, l'énergie atomique et les relations économiques multilatérales.

Le visage changeant de la guerre froide entre l'Occident et l'Union soviétique a continué de préoccuper les décideurs canadiens pendant une bonne partie de la période étudiée dans ce volume. Ottawa a accueilli favorablement la baisse des tensions qu'annonçait la décision prise par Moscou d'instaurer une « coexistence concurrentielle » et s'est réjoui lorsque le Premier ministre soviétique, Nikita Khrouchtchev, a dénoncé Staline lors du 20e Congrès du Parti Communiste, en février 1956. « Il y a peu de doute que le mythe de Staline est en voie d'être complètement détruit » jubilait le Secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Lester B. Pearson. « À présent, le corps de Staline tout comme le cadavre d'Oliver Cromwell, va probablement être pendu, noyé et écartelé.» [Document 537] Bien qu'intrigué par cette évolution en Union soviétique, Ottawa se méfiait encore des intentions de Moscou. Au sein du ministère des Affaires extérieures, R.A.D. Ford, qui était le chef de la Direction de l'Europe et le plus éminent soviétologue du Canada, faisait cette sinistre mise en garde : « comme les visées des Soviétiques demeurent essentiellement les mêmes, la menace que fait peser l'URSS, bien qu'elle ait changé de caractère, demeure lourde et, à certains égards, plus dangereuse que la politique purement agressive de Staline. » [Document 536]

Parfois, les autorités canadiennes hésitaient sur ce qu'il fallait faire face à cette menace différente. C'était particulièrement le cas quand il s'agissait de réagir à la présence grandissante de Moscou dans les pays en développement. R.A.D. Ford et A.E. Ritchie, qui était à la tête de la Direction économique, ne s'entendaient absolument pas sur la stratégie occidentale et canadienne à adopter pour contrer les nouvelles interventions soviétiques en Afrique et en Asie. [Document 539] En revanche, les décideurs canadiens étaient d'accord pour négocier directement avec l'Union soviétique et ses satellites d'Europe de l'Est. Ils estimaient tous qu'il était judicieux de conclure un accord commercial avec Moscou et de vendre du blé canadien à l'URSS moyennant un paiement en espèces. La plupart d'entre eux reconnaissaient aussi la nécessité de prendre la direction du programme bilatéral et d'empêcher Moscou de définir les relations. « Nous ne pouvions pas nous borner à répondre aux visites proposées par le gouvernement soviétique en l'invitant à notre tour », déclarait M. Pearson à ses collègues du Cabinet. « Nous devons prendre nous-mêmes l'initiative dans des domaines qui nous intéressent particulièrement afin, entre autres, de prévenir les interventions indésirables des Soviétiques. » [Document 508]

Fait plus important, l'assouplissement de la politique soviétique a incité le ministère des Affaires extérieures à entreprendre un examen complet de la position du gouvernement à l'égard des pays satellites d'Europe de l'Est. Selon M. Ford, le Canada ne devait plus frapper d'ostracisme les satellites pour garder l'Union soviétique sur la défensive; il devait plutôt les faire participer de manière plus dynamique aux échanges économiques et culturels ainsi qu'au partage d'informations. M. Ford constatait, en juin 1956, « Les régimes ne vont pas être renversés; donc, il vaudrait mieux concentrer nos efforts pour essayer de les rendre plus acceptables à nos yeux ». « Notre politique devrait viser à encourager leur indépendance vis-à-vis de Moscou, tout en précisant clairement que nous n'avons pas d'intentions belliqueuses et que nous ne comptons absolument pas modifier radicalement leurs régimes sociaux et politiques actuels. » [Document 522]

L'Europe de l'Est, quant à elle, aspirait au changement. En automne 1956, des gouvernements communistes « nationalistes » ont vu le jour en Pologne et en Hongrie suite à l'agitation populaire qui a secoué les satellites. À la fin d'octobre, sous le regard stupéfait des habitants de la planète, des intellectuels et étudiants hongrois ont forcé les troupes soviétiques à se retirer de Budapest. La réaction de Moscou a été prompte et brutale. Les tanks et les soldats ont écrasé rapidement les rebelles mal armés et établi un gouvernement fantoche. Le sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Jules Léger, donnait cette explication : « L'erreur des rebelles et celle commise par [le Premier ministre Imre] Nagy pour s'être efforcé de satisfaire à leurs exigences a été d'essayer d'aller trop loin et trop vite ».[Document 463] Tandis que M. Pearson s'évertuait à faire sortir la Grande-Bretagne et la France de la situation fâcheuse dans laquelle elles se trouvaient au Moyen-Orient, le Canada se bornait à suivre l'exemple de Washington, qui consistait à condamner la conduite de Moscou en adoptant coup sur coup aux Nations Unies plusieurs résolutions, toutes aussi inutiles. Ces modestes témoignages de solidarité à l'égard du peuple hongrois, obtenus seulement au terme d'une longue querelle avec les délégations africaines et asiatiques à New York, ont déçu beaucoup de gens et leur ont donné l'impression d'avoir été trahis. « Je pense que nous devons reconnaître », concluait M. Ford, « que la démarche des Nations Unies à l'égard de la Hongrie a été dans une large mesure un échec ... On a refusé obstinément d'entendre la seule leçon utile que l'on aurait pu apprendre du groupe arabo-asiatique sur la nature du régime soviétique. » [Document 506]

Pour faire face au flot de réfugiés hongrois qui se répandait dans toute l'Europe à la suite de la crise, le Canada a également fait preuve d'un manque d'imagination. Comme les documents présentés au chapitre deux l'illustrent clairement, la réaction d'Ottawa a été lente et hésitante. M. Pearson insistait pour que le gouvernement verse une somme équivalant aux fonds qui affluaient de sources nationales et internationales pour aider les réfugiés, mais il a eu du mal à surmonter les difficultés. Il a exhorté le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, J.W. Pickersgill, d'accepter plus de réfugiés et pressé le Cabinet d'accorder des ressources supplémentaires. Le plus souvent, toutefois, il essuyait un refus et subissait un échec. Le Cabinet hésitait à mettre à l'épreuve la capacité du pays d'absorber les réfugiés, et faisait preuve de scepticisme et de manque de solidarité à l'égard des efforts déployés par les Nations Unies en Europe.

En revanche, la politique canadienne à l'égard de la Pologne était plus engagée et plus dynamique. Le sort du gouvernement communiste modérément nationaliste de la Pologne prenait encore plus d'importance en raison de l'intervention de l'Union soviétique en Hongrie. À la fin de novembre 1956, M. Léger a fait remarquer :« Si les Polonais réussissent à acquérir et à conserver une certaine indépendance dans leurs affaires intérieures, ce succès déterminera la politique soviétique en Europe de l'Est. » M. Pearson était d'accord avec lui, et le Canada a entrepris de « faire cesser lentement la dépendance de la Pologne à l'égard de Moscou ». [Document 569] Les diplomates canadiens ont essayé de normaliser les relations avec la Pologne, de résoudre le différend de longue date concernant les trésors d'art polonais et de soutenir l'économie polonaise en lui offrant une aide financière dont elle avait grandement besoin.

Comme la guerre froide se poursuivait, les questions de défense et de sécurité ont continué de jouer un rôle prépondérant dans les relations entre le Canada et les États-Unis. En 1956-1957, on a observé une nette aggravation des tensions entre les approches nationales et continentales à l'égard de la défense aérienne de l'Amérique du Nord. Ce dossier constituait déjà un sujet important, examiné dans le volume 21. En janvier 1956, Ottawa a appris que Washington désirait obtenir l'autorisation de déployer des armes nucléaires au Canada. Un mois plus tard, les chefs d'état-major combinés des États-Unis ont demandé au gouvernement canadien ce qu'il pensait de la possibilité d'intégrer complètement les systèmes de défense aérienne des deux pays. Le général Charles Foulkes, chef de l'état-major interarmes, désirait vivement acquiescer à la demande des Américains, alors que les dirigeants du ministère des Affaires extérieures étaient plus prudents. L'ambassadeur du Canada à Washington, Arnold Heeney, faisait part de ces préoccupations : « Si les chefs d'état-major américains et canadiens s'entendaient sur l'intégration du contrôle opérationnel de nos systèmes de défense aérienne et sur le déploiement d'unités nucléaires américaines au Canada, je me demande si le gouvernement serait aussi libre qu'il devrait l'être pour prendre des décisions bien fondées. » [Document 22]

Le débat entre diplomates et militaires s'est poursuivi de façon latente au cours de l'été et de l'automne 1956 avant que le Cabinet ne consente à contrecoeur au déploiement d'armes nucléaires américaines assorti des garanties voulues. Le ministère des Affaires extérieures insistait aussi sur la nécessité de maintenir la position canadienne au sein de tout système intégré de défense continentale. M. Léger avançait ces arguments : « La géographie et notre volonté de collaborer efficacement aux efforts communs de défense continentale nous confèrent un droit spécial d'exiger des consultations plus poussées. » [Document 46] Le Ministère voulait également profiter de l'intérêt que les Américains portaient à la défense continentale pour préciser les obligations qui incombaient à Washington de consulter son allié de plus petite taille et, en fin de compte, il a contraint le ministère de la Défense nationale à adopter cette position en février 1957. [Document 47] Le compromis a duré tout le printemps, mais après la défaite électorale subie par le gouvernement en juin, le Cabinet à refusé d'agir et laissé au nouveau ministère le soin d'examiner ce dossier. [Document 51]

La présence militaire croissante des Américains au Canada éveillait de plus en plus la méfiance des ministres. L'un d'eux a signalé au Cabinet qu' « il était regrettable que de plus en plus de troupes américaines soient stationnées dans des bases situées sur le territoire canadien ». Les Canadiens se demandaient eux aussi quels étaient les coûts et les avantages des accords de l'après-guerre qui resserraient la coopération avec les États-Unis en matière de sécurité. Au printemps 1957, un sous-comité sénatorial américain chargé de la sécurité intérieure a renouvelé les accusations non fondées de subversion communiste portées contre l'ambassadeur du Canada en Egypte, Herbert Norman. Accablé par ces nouvelles allégations, M. Norman s'est suicidé le 4 avril 1957, ce qui a soulevé au Canada une tempête de protestations contre les États-Unis. Des pressions intenses s'exerçaient sur M. Pearson, qui a déclaré à M. Heeney qu'il « n'avais jamais observé une attitude aussi critique à l'égard des États-Unis de la part de tous les députés de la Chambre des communes et dans tout le pays ». [Document 63] Ottawa a protesté énergiquement et a demandé des garanties formelles assurant que toute information confidentielle concernant des citoyens canadiens fournie aux États-Unis demeurerait secrète. N'obtenant pas de réponse à cette requête, le gouvernement canadien a menacé de rompre les accords existants relatifs à l'échange bilatéral de renseignements sur la sécurité.

De plus, un nombre croissant d'épineuses questions économiques surchargeaient le programme bilatéral en 1956-1957. Les ministres canadiens et leurs fonctionnaires étaient encore préoccupés par l'attitude de Washington qui brandissait la funeste Public Law 480 pour vendre du blé américain fortement subventionné sur les marchés canadiens. Les requêtes incessantes du Congrès en vue d'imposer des restrictions à l'importation de poisson de fond, d'huile et de graine de trèfle d'alsike les irritaient également. Ottawa a réagi avec une vigueur exceptionnelle lorsque la Maison-Blanche a décidé de hausser les droits de douane sur le plomb et le zinc, « un manquement extrêmement grave à la résolution prise par l'administration de résister aux pressions afin de protéger d'importants produits destinés au commerce international ». [Document 235]

Le gouvernement Saint-Laurent n'est pas resté sourd aux appels à l'aide pour défendre ses propres intérêts nationaux. Par exemple, le budget de 1956, instaurait des mesures controversées destinées à protéger les intérêts de la petite industrie canadienne de la publication de magazines contre la concurrence américaine, mesures qui ont suscité un échange de propos très vifs entre Ottawa et Washington. Le Cabinet a aidé rapidement Premium Iron Ores Limited à résoudre ses problèmes fiscaux avec les Américains, car il était pressé de démentir « l'impression assez répandue que le gouvernement canadien ne s'intéressait pas au traitement infligé par le gouvernement des États-Unis à une entreprise canadienne ». [Document 199] À l'aube des élections fédérales de juin 1957, les appels adressés à Ottawa ont été plus vibrants, et le gouvernement libéral y a répondu en prenant des mesures pour protéger les dindes ainsi que les fruits et les légumes canadiens contre la concurrence des voisins du Sud.

Comme toujours, les décideurs canadiens et américains ont dû s'occuper à régler les questions transfrontalières. Les progrès rapides en vue de l'ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent ont été compromis au début de 1956 lorsqu'est survenu un différend majeur parce qu'Ottawa voulait garder sa liberté d'étendre la Voie maritime sur le territoire canadien sans le consentement des Américains. La détermination d'Ottawa de retarder le projet pour parvenir à ses fins a, en définitive, persuadé Washington de battre en retraite, quoiqu'à regret et de mauvaise grâce. Le débat sur l'avenir du Peace Bridge, reliant Fort Erie, en Ontario, à Buffalo, dans l'État de New York, a également été marqué par des négociations bilatérales tout aussi laborieuses. Les documents reproduits ici donnent un exemple rare qui illustre l'interaction entre les députés de la région, les ministres du Cabinet et les fonctionnaires fédéraux dans la définition de la politique.

Dans ce volume, le principal dossier relatif aux ressources continentales est incontestablement l'instauration par le gouvernement de la nouvelle politique d'aménagement des rivières traversant la frontière entre le Canada et les États-Unis. En février 1956, après des années de discussion stérile au sein de la Commission mixte internationale sur l'avenir du bassin du Columbia, le ministre du Nord et des Ressources nationales, Jean Lesage, a proposé de négocier directement avec Washington aux niveaux politique et diplomatique. Il espérait que ces pourparlers permettraient de définir de nouveaux principes pour partager les avantages d'amont et d'aval qui découleraient de la mise en valeur de toutes les rivières traversant la frontière internationale. À la joie manifeste d'Ottawa, le président des États-Unis, Dwight Eisenhower, a accepté la proposition que M. Saint-Laurent lui avait faite lors de sa visite à White Sulphur Springs, en mars 1956. Les pourparlers proprement dits ont démarré lentement, et la plupart des documents reproduits ici décrivent les efforts en vue de définir la portée des négociations et de convenir d'une position commune avec le premier ministre batailleur de la Colombie-Britannique, W.A.C. Bennett.

Les questions économiques ont également joué un rôle prépondérant dans les relations entre le Canada et l'Europe occidentale, où la création du Marché commun et les propositions de la Grande-Bretagne en vue d'établir une Zone européenne de libre-échange posaient un formidable défi. M. Pearson, fortement influencé par les opinions du ministre des Affaires étrangères de la Belgique, Paul-Henri Spaak, a souligné les avantages politiques que présentait l'intégration accrue des pays européens pour l'alliance occidentale, tout en faisant peu de cas des coûts qu'elle entraînerait pour l'économie du Canada. Le ministre des Finances, Walter Harris, et son allié, le ministre du Commerce, C.D. Howe, ont adopté une position plus intransigeante, et n'étaient pas prêts à accueillir le Marché commun ou la Zone européenne de libre-échange. M. Pearson a toutefois fait peser son poids de premier ministre contre ces deux adversaires redoutables et, en définitive, le Canada n'était pas opposé à l'évolution de la situation en Europe.

Ce manque d'enthousiasme a également marqué la démarche du Canada à l'égard d'autres institutions européennes. Au sein de l'Organisation pour la coopération économique européenne (OEEC), le Canada est demeuré un participant réservé et peu disposé à s'engager dans le programme de libéralisation du commerce mis sur pied par l'organisation. Louis Rasminsky, sous-gouverneur de la Banque du Canada, a précisé que le Canada préférait les institutions de grande envergure comme la Banque mondiale ou le GATT. Il a déclaré d'un ton sarcastique que la politique canadienne au sein de l'OEEC pouvait donc se résumer comme suit :

Tu ne tueras point, mais tu n'auras pas besoin d'essayer officieusement de rester en vie. [Document 406]

Le Canada adoptait une attitude plus hostile à l'égard de l'Intergovernmental Conference on European Migration (ICEM), qui contribuait à organiser l'afflux d'immigrants en provenance de l'Europe de l'Ouest vers le Canada, l'Australie et l'Amérique du Sud. Malgré le solide appui dont l'ICEM jouissait parmi les alliés du Canada en Europe de l'Ouest, le ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration tenait à détruire cette organisation qui, de l'avis de certains responsables de l'Immigration, favorisait l'Australie. Le ministère des Affaires extérieures espérait que ses représentants en Europe pourraient recueillir assez de preuves pour modifier la politique canadienne, à condition de faire preuve d'« ingéniosité, de circonspection et d'une certaine finesse ». [Document 406]

En Extrême-Orient, le Canada demeurait profondément engagé dans la surveillance d'un processus de paix aléatoire en Indochine. Au début de 1956, M. Pearson a conclu que les trois Commissions internationales pour la surveillance et le contrôle au Vietnam, au Laos et au Cambodge (CISC) restaient, malgré leurs nombreuses imperfections, les principaux remparts « contre une explosion en Indochine qui risquerait de déclencher soudainement une guerre majeure ». [Document 613] Alors que la France se préparait à terminer le retrait de ses forces du Vietnam, le Canada a décidé de rester membre de la CISC au Vietnam pour convaincre Saïgon d'assumer la responsabilité des accords de cessez-le-feu et rassurer l'Inde, qui en doutait, que la Commission continuerait de fonctionner.

Avec l'aide du Canada, la Commission a survécu à la crise de succession survenue au printemps 1956, avant de reprendre son travail qui consistait à enquêter sur les violations du cessez-le-feu par les Nord-Vietnamiens et les Sud-Vietnamiens. De plus en plus frustré par l'aptitude de Hanoï à manipuler la CISC, le Canada s'est efforcé toujours davantage de rétablir un équilibre dans les activités de la Commission. Il a travaillé en étroite collaboration avec les autorités sud-vietnamiennes afin que les informations divulguées à Saïgon se bornent aux enquêtes de la Commission relatives aux violations des « libertés démocratiques » commises par le gouvernement de Saïgon. Le délégué canadien au Vietnam, Bruce Williams, a ensuite fait campagne pour l'élimination des postes isolés de la Commission au Nord-Vietnam afin de « dissiper l'illusion que le contrôle des armements était efficace ». [Document 677]

Bien que les Commissions aient beaucoup mieux fonctionné au Cambodge et au Laos, Ottawa estimait encore que les opérations de maintien de la paix étaient dangereuses et onéreuses. L'Inde s'est opposée vigoureusement aux efforts répétés du Canada en vue de faire cesser les activités de la Commission au Cambodge, où elle avait terminé son travail depuis longtemps. Les relations avec New Delhi et son diplomate Krishna Menon, d'humeur changeante mais toujours prêt à critiquer, ont souffert de ces tensions. Au Laos, Ottawa a accueilli favorablement les efforts déployés par les factions communistes et non communistes afin de régler leurs différends par la voie de négociations, mais il a été troublé d'apprendre que Washington n'avait eu la même réaction. M. Léger a observé avec prescience : « En faisant obstacle au désir de réunification de leur pays qui, à notre avis, anime presque tous les Laotiens, nous pourrions ultérieurement les détourner de leur position favorable à l'Occident et les inciter à adopter une position strictement neutre, voire opposée à l'Occident. » [Document 734]

Fatigué et vite irrité par les charges administratives, le Premier ministre Louis Saint-Laurent a joué un rôle moins important dans l'élaboration de la politique étrangère pendant la période étudiée dans ce volume. Néanmoins, il a participé à l'examen de plusieurs dossiers économiques importants. À plusieurs reprises, il s'est servi de ses relations cordiales avec le président Eisenhower pour demander à la Maison-Blanche d'aider des industries canadiennes frappées par les restrictions commerciales et les subventions américaines. En outre, il a fortement contribué à définir la position du Canada à l'égard du Marché commun européen.

M. Pearson est demeuré le principal membre de l'équipe gouvernementale chargée de formuler la politique étrangère. En son absence, le ministre de la Santé nationale et du Bien-être social, Paul Martin, continuait de le représenter au sein du Cabinet et à l'étranger. Au cours de l'automne 1956, M. Martin, a effectué une visite en Asie du Sud et en Indochine. Ce voyage l'a profondément marqué et a longtemps influencé son opinion sur le communisme asiatique. [Document 673] Parmi les autres ministres dotés d'importantes responsabilités en matière de politique étrangère figuraient Ralph Campney, le ministre de la Défense nationale, C.D. Howe, le puissant ministre du Commerce, ainsi que Walter Harris, ministre des Finances et principal candidat dans la course non officielle pour la succession de M. Saint-Laurent.

Au cours des dix-huit derniers mois de son mandat de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, M. Pearson a pu tirer parti des conseils du groupe de hauts fonctionnaires expérimentés avec lesquels il travaillait en étroite collaboration depuis des années. Jules Léger continuait d'exercer les fonctions de sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures, avec l'aide de son adjoint, R.M. Macdonnell. Il y a eu toutefois des changements importants au niveau des sous-secrétaires adjoints. À la fin de 1955, W.D. Matthews, ministre auprès de la Suède et de la Finlande, a été promu sous-secrétaire adjoint. En juin 1956, John Watkins est rentré de son affectation comme ambassadeur en Union soviétique et a été nommé sous-secrétaire adjoint en remplacement de Jean Chapdelaine qui a succédé à Matthews comme ministre auprès de la Suède et de la Finlande. En décembre 1956, Marcel Cadieux est devenu sous-secrétaire adjoint et jurisconsulte à la place de Max Wershof qui est devenu représentant permanent à Genève auprès de l'Office européen des Nations Unies. Et finalement, en avril 1957, Douglas LePan qui avait terminé son travail de secrétaire auprès de la Commission royale d'enquête sur les perspectives économiques du Canada a été promu au poste de sous-secrétaire adjoint. Seul John Holmes est demeuré sous-secrétaire adjoint pendant toute la période couverte par le présent volume.

Jusqu'à la fin du printemps 1957, il n'y a eu aucun changement dans la représentation du Canada dans les principales missions à l'étranger. Dana Wilgress demeurait aux postes de représentante permanente du Canada auprès du Conseil de l'Atlantique Nord et de représentante auprès de l'Organisation pour la coopération économique européenne. Norman A. Robertson était resté à Londres en qualité de Haut-commissaire du Canada en Grande-Bretagne jusqu'en mai 1957, lorsqu'il avait remplacé Arnold Heeney au poste d'ambassadeur à Washington. M. Heeney est retourné à Ottawa pour devenir président de la Commission de la Fonction publique. Georges Vanier est demeuré à son poste d'Ambassadeur du Canada en France.

Comme les autres volumes de cette série publiés récemment, le volume 23 repose surtout sur les dossiers du ministère des Affaires étrangères et du Bureau du Conseil privé. Au besoin, ils ont été étoffés par des documents privés appartenant à des ministres du Cabinet et à des hauts fonctionnaires, ainsi que par des dossiers des ministères de la Défense nationale, des Finances, de la Citoyenneté et de l'Immigration, et du Commerce. Pour préparer ce volume, j'ai pu avoir complètement accès aux dossiers du ministère des Affaires étrangères et largement accès à d'autres collections. Une liste complète des archives consultées pour la préparation de ce volume est présentée à la page xxvii.

Les documents sont choisis conformément aux principes généraux définis dans l'Introduction au volume 7 (pp. ix[ib]-xi), tels que modifiés dans l'Introduction au volume 20 (p. xxiii). En bref, la série essaie de présenter un « dossier complet et autonome des principales décisions de politique étrangère prises par le gouvernement du Canada », en se concentrant sur les relations bilatérales et multilatérales essentielles pour le Canada ainsi que sur les grandes questions internationales qui ont engagé directement des membres du Cabinet dans la prise de décisions stratégiques importantes.

Les formules de rédaction utilisées dans ce volume sont les mêmes que celles qui sont décrites dans l'Introduction au volume 9 (p. xix). Une croix (+) désigne un document canadien inédit. Les modifications rédactionnelles sont indiquées par une ellipse (...). L'expression « group corrupt » signale des problèmes de déchiffrement dans la transmission du télégramme original. Les mots et les passages biffés par l'auteur, les notes marginales et les listes de distribution ne sont reproduits sous forme de renvois en bas de page que lorsqu'ils sont importants. Sauf indication contraire, on suppose que les documents ont été lus par leur destinataire. Les noms propres et géographiques ont été normalisés. L'éditeur a corrigé sans se plaindre l'orthographe, la ponctuation et la mise en majuscules, ainsi que les erreurs de transcription dont il est facile de saisir le sens grâce au contexte. Tous les autres ajouts rédactionnels apportés aux documents sont indiqués par des crochets. Les documents sont reproduits en français ou en anglais selon la langue utilisée dans l'original.

La préparation de ce volume est le fruit d'efforts concertés. La Section historique reste tributaire de l'aide que lui fournissent les experts des Archives nationales du Canada pour rechercher les documents pertinents. Paulette Dozois, David Smith et Robert McIntosh de la Division des archives gouvernementales ont répondu rapidement et avec entrain aux demandes d'aide. Maureen Hoogenraad, de la Division des manuscrits, nous a également prêté main-forte. Ciuineas Boyle, coordonnatrice de l'accès à l'information au Bureau du Conseil privé, ainsi que son collègue, Herb Barrett, nous ont facilité l'accès aux dossiers du Cabinet portant sur la période visée. En outre, l'aide de Corrinne Miller, archiviste à la Banque du Canada, a été indispensable pour dépouiller cette collection.

Michael Rasminsky et Andrew Coyne ont eu la bonté de nous autoriser à reproduire des documents en provenance des collections de leur père. Mes collègues travaillant à l'étranger, Heather Yasamee et Keith Hamilton (Records and Historical Services, Foreign and Commonwealth Office), ont contribué au travail de déclassification de plusieurs documents britanniques importants. William Burr de National Security Archive, à Washington D.C., nous a également aidés à nous acquitter de cette tâche. Mark Hayes du Naval Historical Center, à Washington, Marijke van Faassen de l'Institute of Netherlands History, David S. Patterson de l'Office of the Historian, au Département d'État des É.-U., et Kunihiro Haraguchi des Archives diplomatiques, au ministère des Affaires étrangères du Japon, nous ont fournis des renseignements utilisés dans la Liste des personnes.

Ted Kelly a contribué au travail de recherche pour ce volume et il l'a dirigé en produisant assidûment des résultats. Christopher Cook, doté d'une connaissance insurpassable des collections d'archives, qui transparaît d'ailleurs dans ce volume, est demeuré mon principal assistant à la recherche. Parfois, il a été secondé avec compétence par Joseph McHattie, Nelson Joannette et Tina McLauchlan. Michael Stevenson a également participé aux recherches pour plusieurs chapitres de ce volume, et il a dressé l'index. Comme toujours, il a été agréable de travailler avec cette équipe d'excellents historiens.

Don Barry, Hector Mackenzie et Norman Hillmer, les anciens éditeurs de cette série, nous ont offert des conseils et des encouragements. Ma collègue, Mary Halloran, nous a soutenus par sa bonne humeur. Le Directeur général de la publication de la présente série, John Hilliker, a examiné minutieusement tout le manuscrit et joué un rôle important dans la définition de la portée de ce volume et de ceux qui l'ont précédé. La production de cette série aurait été impossible sans le concours du directeur de la Division des programmes de sensibilisation et des communications électroniques, Roger Bélanger, et de son prédécesseur Gaston Barban. Je demeure le seul responsable du choix définitif des documents figurant dans ce volume.

La Section historique a produit les annexes et coordonné la préparation technique du volume. Aline Gélineau a tapé et formaté le manuscrit. Le Bureau de la traduction a fourni la version française de la plupart des renvois en bas de page, des légendes et des annexes. Ma collègue de la Direction des services des communications, Francine Fournier, m'a offert généreusement de partager sa connaissance des subtilités de la grammaire française. Martha Bowers a accepté de bonne grâce de m'aider pour le texte anglais. Gail Kirkpatrick Devlin a effectué la correction d'épreuves de l'ensemble du manuscrit et a aidé à dresser la Liste des personnalités.

Enfin, je remercie mon épouse, Mary, et mes enfants, Katherine, Michael et Stephen, qui m'ont sans cesse appuyé, de multiples façons et avec joie, tout au long de ce travail.

Greg Donaghy