Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Volume 24 (1958) - Introduction

Le volume 24 des Documents relatifs aux relations extérieures du Canada est le premier des deux consacrés à la période allant du 10 juin 1957 au 31 décembre 1958 qui a suivi l'élection du gouvernement progressiste-conservateur minoritaire de John G. Diefenbaker. Ce volume contient des documents qui expliquent en détail la participation du Canada aux affaires des Nations Unies, de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) et du Commonwealth. Il contient également des chapitres sur l'Europe occidentale et l'énergie atomique. Le volume suivant documentera les relations du Canada avec les États-Unis, le Moyen-Orient, l'Union soviétique et l'Europe de l'Est, l'Extrême-Orient et l'Amérique latine.

La victoire électorale des conservateurs en 1957 garantissait que les affaires du Commonwealth seraient traitées de façon plus prioritaire que sous les gouvernements libéraux précédents. Comme le révèle l'abondante documentation du chapitre trois, cependant, ce changement n'a pas toujours conduit à des orientations productives. Le premier ministre Diefenbaker s'envola pour Londres pour assister à la rencontre des premiers ministres du Commonwealth, décidé à obtenir leur appui pour une conférence commerciale et économique du Commonwealth, la première depuis 1932. Ses homologues accueillirent la proposition avec tiédeur, mais John Diefenbaker rentra au Canada avec la promesse qu'ils examineraient favorablement une demande de réunion des ministres des Finances du Commonwealth au Canada. À son arrivée à l'Aéroport d'Uplands, le 6 juillet 1957, John Diefenbaker annonça son intention d'acheter à la Grande-Bretagne 15 p. 100 des marchandises normalement achetées aux États-Unis, idée qui sera ensuite au centre des efforts déployés pour organiser la rencontre des ministres des Finances.

De hauts fonctionnaires avisèrent rapidement John Diefenbaker de ce qu'une telle préférence marquée pour les marchandises britanniques aurait de « graves répercussions sur les exportations et sur la prospérité générale du Canada ». [Document 345] Cependant, les Britanniques prirent John Diefenbaker au mot et allèrent même plus loin en proposant un accord de libre-échange entre le Canada et la Grande-Bretagne, projet politique qui, s'il se réalisait, serait désavantageux pour le Canada. [Document 351] Le 9 septembre, le ministre de l'Agriculture britannique, Derick Heathcote Amory, rencontra John Diefenbaker et le ministre des Finances, Donald Fleming, à Ottawa, pour demander que les Canadiens se décident rapidement au sujet du projet de libre-échange, tactique que Wynne Plumptre, sous-ministre adjoint des Finances, décrivit comme « purement scandaleuse ». [Document 354] Les propos échangés lors de pourparlers bilatéraux détaillés entre des ministres du Cabinet et de hauts fonctionnaires [documents 353 et 360] s'ébruitèrent avant et après la réunion des ministres des Finances du Commonwealth Finance qui eut lieu à Mont-Tremblant (Québec), du 28 au 30 septembre 1957, mais aucun accord de fond ne fut trouvé sur des mesures qui auraient permis d'accroître sensiblement les échanges commerciaux anglo-canadiens.

Malgré cette initiation éprouvante à la scène politique du Commonwealth, le gouvernement Diefenbaker reçut l'approbation nécessaire à Mont-Tremblant pour organiser une Conférence économique et commerciale du Commonwealth à Montréal, en septembre 1958. Les hauts fonctionnaires avaient compris dès le départ qu'il y avait au sein du Commonwealth « une discordance entre le fond et la forme » [Document 364], mais des préparatifs minutieux furent entrepris pour garantir le succès de la conférence. À la veille de celle-ci, toutefois, des membres du Cabinet reconnaissaient être « assez pessimistes » à son propos [Document 370], et leurs craintes s'avérèrent largement fondées quant aux avantages économiques en tant que tels pour le Canada. Cependant, des mesures importantes furent adoptées au cours de la conférence, y compris une entente de principe en vue d'installer un réseau de câble dans le Commonwealth et, point plus important encore, une décision visant le financement d'un système global de bourses d'études pour les étudiants du Commonwealth. [Documents 374-386]

Bien que la Conférence commerciale et économique se fût soldée par une déception, faute de réels progrès pour le Canada sur le plan économique, le lien avec le Commonwealth se révéla considérablement important dans d'autres domaines stratégiques. Les conservateurs de Diefenbaker restaient déterminés à ce que le Canada continue de contribuer avec une générosité exemplaire au Plan de Colombo. Le Canada continuait de financer des programmes d'investissement pour aider les pays bénéficiaires, mais les conservateurs choisirent également d'utiliser le Plan de Colombo pour se débarrasser d'une partie de l'excédent de blé considérable du Canada. [Documents 414-428] Le lien sentimental qui unissait de nombreux Canadiens au Commonwealth fut mis en évidence et renforcé par la longue série de visites officielles à l'étranger entreprise par le ministre Diefenbaker le 29 octobre 1958. Diefenbaker fit d'abord la tournée des capitales européennes, ce qui fut l'occasion de conversations importantes avec les dirigeants britanniques, français et allemands. Puis il se rendit dans des pays du Commonwealth en Extrême-Orient, pour rentrer au Canada à la mi-décembre, pleinement convaincu du succès retentissant de ces visites sur le plan publicitaire.

Malgré l'attention accrue prêtée aux questions relatives au Commonwealth, les représentants canadiens, comme le montre la documentation du chapitre un, continuaient d'accorder une grande priorité aux dossiers des Nations Unies. De fait, l'initiative multilatérale la plus importante prise par le Canada au cours des dix-huit premiers mois du mandat de John Diefenbaker visait à obtenir la conclusion d'un accord codifiant le droit international de la mer, notamment en ce qui concernait la délimitation des eaux territoriales. Le gouvernement St-Laurent s'était d'abord déclaré favorable à une zone de douze milles marins, mais, sous les fortes pressions exercées par les États-Unis et la Grande-Bretagne, avait finalement adopté une politique appelant à opter pour des eaux territoriales allant jusqu'à trois milles au-delà des côtes, plus une zone contiguë de neuf milles dans laquelle l'État côtier exercerait un contrôle exclusif sur la pêche. En préparation à la première conférence des Nations Unies sur le droit de la mer, qui devait s'ouvrir à Genève le 24 février 1958, le nouveau gouvernement conservateur choisit d'accepter la formule des trois plus neuf comme position officielle du Canada pour ce qui était des eaux territoriales. [Documents 37, 40 et 43] Se fondant sur des consultations préalables à la conférence, qui eurent lieu à New York entre des représentants du Canada et leurs homologues britanniques et américains [Documents 39 et 42], la délégation canadienne s'attendait à une certaine coopération de la part de ses principaux alliés.

Cependant, cet espoir se révéla illusoire. Après que la position canadienne sur les eaux territoriales fut rendue publique à la conférence, le 17 mars 1958, le Royaume-Uni et les États-Unis abandonnèrent tous deux leurs positions rigides d'avant la conférence pour épouser la proposition de mer territoriale de trois milles sans zone de pêche contiguë. Le 2 avril, la délégation britannique déposa une résolution demandant que les eaux territoriales soient portées à six milles au-delà des côtes, sans zone de pêche contiguë. Peu après, la délégation américaine proposait que les eaux territoriales soient portées à six milles et que s'y ajoute une zone contiguë de six autres milles dans laquelle l'État côtier aurait le contrôle exclusif de la pêche après une période transitoire de cinq ans au moins pour les pays y exerçant des droits de pêche traditionnels. Voyant que la position canadienne « ne cessait de se détériorer », le président de la délégation du Canada, George Drew, conclut que la proposition du Canada n'avait « aucune chance » d'être retenue. [Document 61] Pour finir, il demanda et obtint l'autorisation d'Ottawa de déposer une autre proposition visant à porter les eaux territoriales à six milles au-delà des côtes, avec en plus une zone contiguë de pêche exclusive de six milles, ce qui revenait à copier la proposition américaine sans reconnaître les droits de pêche traditionnels.

Le 19 avril 1958, le comité de la conférence qui étudiait la question des eaux territoriales se prononça sur les nombreuses propositions qui lui avaient été présentées. Après quatorze votes, seul le deuxième paragraphe de la proposition canadienne, qui demandait une zone de pêche exclusive contiguë à la mer territoriale s'étendant au maximum à douze milles des côtes, fut approuvé par la majorité des membres. Peu troublée par le rejet de sa résolution par le comité, la délégation américaine réussit à représenter sa proposition en séance plénière de la conférence. Le 25 avril 1958, la proposition américaine et la portion de proposition canadienne adoptée au comité emportèrent la majorité des voix. Cependant, ni l'une ni l'autre n'obtinrent les deux tiers des voix nécessaires pour entrer dans le droit international. Dans son analyse rétrospective de la conférence, George Drew affirmait que les Américains et les Britanniques avaient menacé bon nombre de délégations de leur retirer leur aide économique si la position du Canada recueillait les deux tiers des voix en séance plénière. Il concédait, cependant, que le rejet de la résolution américaine, qui n'avait donc pas été intégrée dans le droit, constituait une « véritable victoire » dans la défense des intérêts halieutiques du Canada face à « l'impérialisme flagrant du dollar ». [Document 78] Il concluait également que la conférence avait été « un succès remarquable », puisque l'on y avait notamment « reconnu sans réserve » la nécessité d'une zone de pêche contiguë. Les États réunis s'étaient déclarés favorables à une nouvelle rencontre et, à sa XIIIe Session, l'Assemblée générale des Nations Unies (AGNU) réussit à s'entendre sur une deuxième conférence, qui se tiendrait à Genève au printemps de 1960. [Documents 81-86]

En plus du droit de la mer, deux questions qui avaient auparavant dominé l'ordre du jour de l'ONU occupent une place importante dans ce volume. Les efforts continus déployés pour créer un Fonds spécial des Nations Unies pour le développement économique (SUNFED) donnèrent enfin des résultats. [Documents 88 à 116] En juillet 1957, à la XXIVe Session du Conseil économique et social, les pays en développement obtinrent l'appui des Pays-Bas et de la France dans l'adoption d'une résolution demandant la création du SUNFED. Comprenant qu'ils ne pouvaient plus retarder l'inévitable, les États-Unis formulèrent une version modifiée du SUNFED étroitement liée aux mécanismes de l'assistance technique onusienne. À la XIIe Session de l'AGNU, la délégation du Canada exerça une « influente modératrice importante » [Document 105] dans les efforts déployés pour rédiger la résolution qui serait adoptée en séance plénière le 14 décembre 1957 et qui portait création d'un fonds spécial en principe. Après qu'un comité préparatoire se fut réuni au printemps de 1958 pour définir les paramètres officiels du Fonds spécial, celui-ci fut officiellement établi en octobre 1958.

La création du Fonds spécial mettait fin à une décennie de disputes procédurales entre les pays développés et pays en développement, mais la question du désarmement restait en suspens. [Documents 117-143] Le sous-comité de la Commission du désarmement des Nations Unies, réuni à Londres durant l'été 1957, ne marqua aucun progrès, malgré la présentation d'un plan de désarmement occidental détaillé. [Document 117] Dans son compte rendu des délibérations du sous-comité [Document 123], Charles Ritchie expose avec à-propos les raisons du clivage irrémédiable entre l'Est et l'Ouest au sujet du désarmement. À la XIIe Session de l'AGNU, les États s'efforcèrent de nouveau de remporter des victoires de propagande, après quoi l'Union soviétique annonça son intention de ne plus participer à des consultations onusiennes sur le désarmement. [Document 134] La piètre réaction occidentale à une plainte déposée par les Soviétiques auprès du Conseil de sécurité, en avril 1958, au sujet des vols du Commandement des forces aériennes stratégiques vers l'Union soviétique, amena Charles Ritchie à faire observer que le Conseil était « impuissant face aux risques réels qui pèsent sur la paix et la sécurité ». [Document 138]. À la XIIIe Session de l'AGNU, cette impuissance était manifeste, car aucune mesure constructive ne fut proposée pour relancer les négociations sur le désarmement sous l'égide des Nations Unies. Parallèlement, deux conférences indépendantes sur les attaques surprises et la suspension des essais nucléaires avaient lieu à Genève, et l'ONU en était tout simplement réduite à adopter des résolutions les appuyant.

Le chapitre deux du présent volume se penche sur la participation du Canada à l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord. Deux sujets présentaient un intérêt immédiat pour les représentants canadiens. Premièrement, l'OTAN formulait alors un document d'orientation important, appelé MC 70, qui fixait le nombre de soldats que chaque pays devait aligner entre 1958 et 1963. [Documents 181-204] Le Canada joua un rôle décisif pour ce qui est de convaincre le Conseil de l'OTAN d'inscrire la mise en œuvre du document MC 70 dans l'Examen annuel de 1958. [Document 193] Cependant, Ottawa refusa d'engager les ressources financières nécessaires pour remplir ses obligations aux termes du document MC 70, y compris l'acquisition d'un deuxième porte-avions et le rééquipement de sa division aérienne en Europe avec des avions d'attaque. Le besoin de repli financier du Canada était également évident dans les crédits votés pour l'aide mutuelle aux pays de l'OTAN [Documents 237 à 242], qui tombèrent à 90 millions de dollars pour l'exercice 1959-1960, après avoir atteint 290 millions de dollars en 1953-1954.

La deuxième décision stratégique fondamentale qui retint l'attention des responsables canadiens en ce qui concerne l'OTAN visait la question épineuse des réserves stratégiques d'armes nucléaires en Europe. [Documents 205 à 236] Le volume 25 de la présente série proposera quantité de documents sur l'élaboration de la politique sur le rôle des armes nucléaires dans la défense continentale nord-américaine. Ottawa ne s'en intéressait pas moins à la proposition américaine de fournir des armes nucléaires à ses alliés de l'OTAN, étant donné, notamment, qu'il était possible que l'on demande à la brigade d'armée canadienne stationnée en Europe de se doter d'armes nucléaires tactiques. Après que les chefs de gouvernement de l'OTAN réunis à Paris, en décembre 1957, eurent approuvé la proposition américaine concernant les réserves stratégiques, les responsables canadiens surveillèrent de près l'évolution des négociations entre Washington et les capitales européennes sur l'incorporation d'armes nucléaires dans les arsenaux de l'Europe occidentale. La possibilité que la République fédérale d'Allemagne acquière des armes nucléaires l'inquiétait tout particulièrement, et un échange de vues franc entre le secrétaire d'État aux Affaires extérieures Sidney Smith et son homologue américain, John Foster Dulles, se produisit au printemps de 1958. [Documents 221 et 226] Les représentants du ministère des Affaires extérieures restèrent vagues sur le commandement et le contrôle des réserves stratégiques d'armes nucléaires pendant toute cette période. Un échange fort intéressant de lettres entre le général Charles Foulkes, président du Comité des chefs d'état-major, et le sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures Jules Léger, pendant l'été 1957 [Documents 206 et 207], révéla la « divergence d'opinion profonde » [Document 206] entre les responsables civils et militaires au sujet du contrôle des armes nucléaires. Le général Foulkes estimait que les responsables militaires de l'OTAN avaient toute autorité pour utiliser l'arme nucléaire sans avoir à demander l'assentiment des dirigeants politiques, alors que Jules Léger refusait catégoriquement la suprématie de l'armée sur les pouvoirs civils. Ce débat prit un tout autre relief quand les accords négociés entre Washington et les pays membres de l'OTAN sur les réserves stratégiques d'armes nucléaires entrèrent en vigueur. À la fin de 1958, les hauts fonctionnaires canadiens étaient encore incapables de dire avec certitude à qui incombait en dernier ressort la responsabilité de déployer des armes nucléaires en cas de guerre. [Documents 228-236]

L'OTAN était également préoccupée par plusieurs autres questions importantes. La menace que les Soviétiques faisaient de nouveau planer sur le statut de Berlin, au risque de provoquer une nouvelle crise de Berlin, inquiétait fort la communauté internationale. La décision des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et de l'Allemagne d'organiser des pourparlers séparés pour trouver une réponse à l'initiative soviétique concernant Berlin déplaisait aux responsables canadiens. [Document 313] Le représentant permanent du Canada au Conseil de l'Atlantique Nord qualifia de « peu inspirés » et de « déprimants » les efforts que l'OTAN déploya ensuite pour rédiger des notes diplomatiques à l'intention de Moscou. [Document 320] Les événements qui se déroulaient en France absorbaient également l'attention des pays membres de l'OTAN. Le retour de Charles de Gaulle au pouvoir, en juin 1958, garantissait qu'il essaierait de faire admettre son point de vue sur la place et la position que la France devrait occuper au sein de l'Alliance. En septembre 1957, le général de Gaulle avait contacté le premier ministre britannique Harold Macmillan et le président américain Dwight Eisenhower afin de constituer un triumvirat au sein de l'OTAN, initiative que le premier ministre Diefenbaker rejeta en précisant qu'elle trahissait « le manque total de réalisme [du général de Gaulle] par rapport à la puissance de la France et à son influence dans les affaires de l'OTAN ». [Document 289] Cependant, les représentants canadiens se rendaient compte que le projet français reléguerait des pays membres de l'OTAN tels que le Canada au deuxième rang au sein de l'Alliance, et ils suivirent donc de près les entretiens diplomatiques entre les Français, les Américains et les Britanniques pendant les derniers mois de 1958.

Les faits et gestes des représentants de la France occupent une place importante dans deux sujets clés documentés au chapitre quatre du présent volume, qui porte sur la politique du Canada vis-à-vis de l'Europe occidentale. Ottawa continua de s'intéresser de près à la situation politique en France avant et après le retour de Charles de Gaulle au pouvoir, et les fonctionnaires canadiens étaient directement concernés par les politiques et les attitudes françaises par rapport à l'Algérie. Des représentants des Affaires extérieures s'attirèrent les foudres de Paris en envisageant de recevoir une mission composée de divers pays africains afin d'examiner la question algérienne. Après la brusque annulation de cette mission sous les pressions françaises, un mémoire ministériel parlait de « colonialisme persistant » [Document 505] pour qualifier les relations de la France avec le Canada. Sans doute plus sensible à des critiques éventuelles après cet incident, le Canada exerça des pressions sur les pays membres du Commonwealth pour qu'ils ne reconnaissent pas le gouvernement provisoire algérien formé par le Front de libération nationale (FLN), initiative qu'apprécia beaucoup Paris. [Document 516] La France dominait également les négociations complexes menées par le Royaume-Uni en vue de former une zone européenne de libre-échange, bloc commercial qui aurait pu être lourd de conséquences pour le commerce canado-européen. Tout au long de 1958, un comité intergouvernemental dirigé par Reginald Maudling chercha à gagner les six membres de la Communauté économique européenne à l'idée d'une association de libre-échange continental plus vaste. Cependant, la France resta intransigeante et faillit bien « saboter le Marché commun lui-même ». [Document 491]

Le dernier chapitre du présent volume propose un examen détaillé de la politique du Canada en matière d'énergie atomique. L'application de contrôles et de garanties aux exportations d'uranium était une des principales questions stratégiques auxquelles les responsables de plusieurs ministères fédéraux canadiens étaient confrontés. L'Allemagne de l'Ouest et la Suisse négocièrent très facilement des accords, et le Canada travailla en étroite collaboration avec les États-Unis et le Royaume-Uni afin d'adopter une politique globale en matière de contrôles internationaux. Ces contrôles s'imposaient manifestement au vu des actions de pays producteurs d'uranium tels que l'Afrique du Sud, qui se montraient prêts à exporter ce produit sans appliquer de mesures de contrôle. L'attachement du Canada à la supervision internationale de l'énergie atomique était également évident dans son approche de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Bien que Max Wershof, représentant du Canada auprès de l'AIEA, se déclarât pessimiste quant aux capacités administratives de l'AIEA [Document 572], le Canada s'attacha à la soutenir sans relâche, par des contributions financières et par le don d'uranium métal que l'Agence revendrait au Japon. [Documents 583 et 585]

Pendant les trois premiers mois du mandat conservateur, John Diefenbaker s'occupa du portefeuille des Affaires extérieures, en plus de ses fonctions de premier ministre. Tout au long de son mandat, il s'intéressa de près aux affaires internationales et insista pour traiter personnellement les questions de politique étrangère délicates, écartant souvent ce faisant les représentants des Affaires extérieures. John Diefenbaker considérait avec une certaine méfiance les « Pearsonalités » du Ministère, à cause de leur allégeance apparente à leur ancien maître politique. En août 1957, Robert Bryce, greffier du Conseil privé, fit donc en sorte que H. Basil Robinson soit chargé d'assurer à plein temps la liaison entre le Cabinet du premier ministre et le Ministère, responsabilité dont H. Basil Robinson s'acquitta remarquablement. En septembre 1957, John Diefenbaker nomma Sidney Smith, recteur de l'Université de Toronto, au poste de secrétaire d'État aux Affaires extérieures. Administrateur et universitaire capable, Sidney Smith ne réussit pas à se distinguer dans ses nouvelles fonctions avant son décès soudain, en mars 1959. La documentation réunie dans le présent volume démontre amplement qu'il opta souvent pour la passivité dans son portefeuille, se contentant de laisser les fonctionnaires de son ministère dicter ses opinions sur de nombreuses questions clés. Il était aussi éclipsé par d'autres ministres plus influents au sein du Cabinet, comme Donald Fleming et Gordon Churchill, qui jouaient un rôle déterminant dans la définition de la position du Canada sur les grandes questions internationales.

Pendant les 18 premiers mois du gouvernement conservateur, John Diefenbaker et Sidney Smith purent tous deux profiter des conseils d'un groupe de vétérans des Affaires extérieures. Jules Léger servit comme sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures avant que Norman Robertson le remplace en octobre 1958. R.M. Macdonnell les assista tous les deux en qualité de sous-secrétaire d'État adjoint à partir de septembre 1958 (ce poste était vacant depuis mai 1957). Pendant la période couverte dans le présent volume, le Ministère compta quatre sous-secrétaires adjoints; à savoir : John Holmes, Douglas LePan, W.D. Matthews et Marcel Cadieux. Marcel Cadieux fut également jurisconsulte du Ministère.

Aucun changement majeur d'ambassadeur n'intervint dans les principales missions du Canada à l'étranger jusqu'à l'automne 1958. Norman Robertson représenta le Canada à Washington jusqu'au 10 octobre 1958, date à laquelle il regagna Ottawa pour prendre ses fonctions de sous-secrétaire. A.D.P. Heeney le remplaça dans la capitale américaine. En juin 1957, John Diefenbaker nomma George Drew haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni. Jean Désy fut ambassadeur en France jusqu'en juillet 1958, après quoi il fut remplacé par Pierre Dupuy. Avant de prendre sa retraite en juillet 1958, Dana Wilgress fut représentant permanent du Canada auprès du Conseil de l'Atlantique Nord et représentant auprès de l'Organisation européenne de coopération économique. Jules Léger le remplaça à ces postes en septembre 1958.

Les documents présentés dans le présent volume ont été choisis principalement dans les archives du ministère des Affaires extérieures et du Bureau du Conseil privé. D'autres documents ont été choisis dans les dossiers du ministère des Finances et du ministère du Commerce, ainsi que dans les papiers personnels de ministres du Cabinet et de hauts fonctionnaires. J'ai bénéficié, pour préparer le présent volume, d'un accès illimité aux dossiers du ministère des Affaires extérieures et d'un accès généreux à d'autres collections. Une liste complète des archives consultées figure à la page ???.

Le choix des documents du volume 24 est guidé par les principes généraux énoncés dans l'introduction au volume 7 (pp. ix-xi), dans leur version modifiée dans l'introduction au volume 20 (p. xxiii). En bref, la série vise à présenter un « compte rendu indépendant des principales décisions de politique étrangère prises par le gouvernement du Canada », en se concentrant sur les relations bilatérales et multilatérales les plus importantes de celui-ci et sur les grands dossiers internationaux qui ont amené des membres du Cabinet et de hauts fonctionnaires à participer à la politique de fond.

Les signes typographiques employés dans le présent volume sont les mêmes que ceux décrits dans l'introduction au volume 9 (p. xix). Une croix (†) indique un document canadien qui n'est pas imprimé. Les suppressions rédactionnelles sont signalées par une ellipse (...). L'expression « groupe corrompu » signale des problèmes de décryptage dans la transmission du télégramme original. Les mots et passages qui ont été barrés par l'auteur, les notes marginales et les listes de distribution sont reproduits sous formes de notes de bas de page uniquement quand ils sont importants. Sauf indication contraire, il est entendu que les documents ont été lus par le destinataire prévu. Les noms propres et noms de lieu sont normalisés. Le rédacteur a corrigé discrètement les fautes d'orthographe, de majuscule et de ponctuation, ainsi que les erreurs de transcription dont le sens est clair d'après le contexte. Tous les autres ajouts rédactionnels aux documents sont indiqués par l'utilisation de crochets. Les documents sont reproduits en anglais ou en français, selon leur langue originale.

Beaucoup de personnes ont collaboré à la préparation du présent volume. La Section des affaires historiques continue de s'en remettre au personnel des Archives nationales du Canada pour localiser les archives recherchées. Paulette Dozois et Maureen Hoogenraad ont répondu rapidement aux demandes d'aide, et Loretta Barber m'a autorisé à consulter certains dossiers dans les papiers de Donald Fleming. Au Bureau du Conseil privé, Ciuineas Boyle, directeur de la Direction de l'accès à l'information et de la protection des renseignements personnels, et Herb Barrett ont facilité l'accès à des archives classifiées du Cabinet de l'époque et ont déclassifié plusieurs documents reproduits dans le présent volume. Au Centre Diefenbaker Canada, Bruce Shepard, le directeur, Johnson Kong et Rob Paul m'ont été d'une précieuse assistance pendant mon séjour à Saskatoon et ils ont répondu rapidement aux nombreuses demandes de renseignements que je leur ai ensuite adressées. Basil Robinson m'a dirigé vers une documentation importante faisant partie de ses papiers personnels. Enfin, le père Jacques Monet, s.j., m'a gentiment permis d'examiner les papiers de Jules Léger.

Ted Kelly a aidé à la recherche pour certaines parties du présent volume et supervisé le processus de production avec beaucoup d'efficacité. Boris Stipernitz, Liz Turcotte et Michael Carroll ont prêté un précieux concours dans la recherche nécessaire à de grands passages du présent volume. Christopher Cook a effectué des recherches dans les archives et corrigé le manuscrit. Hector Mackenzie et Mary Halloran ont dispensé des conseils et apporté un soutien moral pendant la mise en forme. Greg Donaghy m'a patiemment appris les subtilités de l'édition de documents, et son soutien tout au long de mes efforts est grandement apprécié. John Hilliker, éditeur général de cette série, a examiné soigneusement tout le manuscrit et a suggéré des idées constructives et détaillées pour l'améliorer. La série elle-même ne serait pas possible sans le soutien de l'ancien directeur de la Direction des programmes de communications et de sensibilisation, Gaston Barban, et de son successeur, Roger Bélanger, directeur de la Direction des programmes de sensibilisation et des communications électroniques. Je reste entièrement responsable de la sélection finale des documents présentés dans ce volume.

La Section des affaires historiques a fourni le texte supplémentaire et coordonné la préparation technique du présent document. Aline Gélineau a tapé et composé le manuscrit. Gail Kirkpatrick Devlin a corrigé le manuscrit et dressé la liste des personnes. Le Bureau de la traduction a fourni le français pour l'essentiel des légendes et des textes secondaires, qui ont été soigneusement revus par Francine Fournier de la Direction des services de communications.

Enfin, mon épouse, Robbie, a supporté patiemment une autre période de séparation prolongée pendant que je terminais le présent volume. Je la remercie de son soutien continu.

Michael Stevenson