Les préoccupations suscitées par la guerre froide continuent de dominer la politique étrangère canadienne en 1959, mais l'année marque aussi un moment de détente avant la reprise des hostilités en 1960-1962. La démission, en avril, du secrétaire d'État américain, John Foster Dulles, semble marquer le début d'un assouplissement. Les fonctionnaires du ministère des Affaires extérieures se réjouissent de la visite aux États-Unis, en septembre, du premier secrétaire soviétique, Nikita Khroushtchev, et de l'" esprit de Camp David " auquel elle donne lieu. En effet, les hauts responsables du Ministère craignent surtout que les Américains n'attachent pas assez d'importance à la nécessité de maintenir le climat de détente (document 345). C'est aussi en 1959 que les réserves exprimées au sujet de nombreux aspects de la politique américaine, qui s'amplifieront au cours des prochaines années, se manifestent clairement pour la première fois. Sur ce point, la nomination de Howard Green au poste de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, en juin (après le décès soudain de Sidney Smith en mars) marque un tournant important. De prime abord, cette nomination revêt un caractère inhabituel : bien qu'il soit un politicien chevronné, bénéficiant de la pleine confiance du premier ministre John Diefenbaker, Green n'a à peu près aucune expérience des affaires internationales. Les journalistes ont d'ailleurs vite fait de souligner que Green n'a pas quitté l'Amérique du Nord depuis son service militaire pendant la Première Guerre mondiale. Toutefois, le nouveau ministre se taille rapidement une place sur la scène internationale. En septembre, il prononce une allocution à l'Assemblée générale des Nations Unies et, en octobre, il se rend en Europe : d'abord à Paris, pour rencontrer le président Charles de Gaulle et le ministre français des Affaires étrangères, Maurice Couve de Murville (documents 329-331); puis à Londres, pour s'entretenir avec le premier ministre britannique, Harold Macmillan.
Dès les premiers mois de son mandat, le ministre Green décide que le désarmement et les effets des radiations nucléaires doivent figurer en tête des priorités canadiennes, ce qui conduira aux controverses ultérieures sur l'acquisition d'armes nucléaires. L'arrivée de Green et les nouvelles orientations qu'il donne à la politique suscitent des sentiments mitigés parmi les fonctionnaires du ministère des Affaires extérieures, mais les réactions sont généralement favorables.
L'ambassadeur du Canada à Washington, Arnold Heeney, estime que " Green, homme simple et des plus amènes, est un naïf dans l'arène internationale et, qui plus est, un homme obstiné et enclin à une sorte d'isolationnisme pacifique1 . " Pour sa part, le représentant permanent du Canada auprès des Nations Unies, Charles Ritchie, est d'avis que " ceux qui ne voient dans le nouveau ministre qu'un Canadien charmant et docile se trompent énormément. Il s'agit d'un politicien très avisé qui, de plus, fait preuve d'une détermination admirable dans la poursuite d'objectifs auxquels il croit résolument, notamment en ce qui concerne le désarmement2 . " Basil Robinson, chargé de la liaison entre les Affaires extérieures et le premier ministre, concède, quant à lui, que Green se montre parfois " naïf " et " obstiné ", mais le nouveau ministre est également " sérieux et dur à la tâche " et " sait comment mettre son ministère à contribution ". Étant donné le manque " de créativité et d'ingéniosité " des directives venant de Diefenbaker en matière de politique étrangère, " le Ministère était d'autant plus disposé à adhérer aux orientations de Green, même si son champs d'intérêt semblait plutôt limité. Au moins, on était ici en présence d'un ministre qui savait ce qu'il voulait, et ses relations avec le premier ministre étaient assez solides pour lui permettre de poursuivre le chemin qu'il s'était tracé3 . "
Lors de la quatorzième session de l'Assemblée générale des Nations Unies, la délégation canadienne lance une initiative importante axée sur la collecte et l'analyse systématiques de données sur les radiations atomiques afin de mieux en comprendre les effets. Au terme de longues négociations menées en coulisses, la résolution 1376 (XIV) est finalement adoptée. Le Canada joue également un rôle important dans d'autres dossiers, notamment celui des élections au Conseil de sécurité, qui donnent lieu à des tractations particulièrement houleuses. Avant le début de la quatorzième session, l'Afrique du Sud exerce des pressions pour que le Canada appuie sa candidature à un siège au Conseil de sécurité, en qualité de représentante du Commonwealth. Conscient du fait que les membres asiatiques et les autres membres africains du Commonwealth s'opposeront à ce projet, le Canada parvient à convaincre l'Afrique du Sud de retirer sa candidature au profit de Ceylan. Le Canada appuie également l'élection de la Pologne au Conseil de sécurité, même si les États-Unis et la Grande-Bretagne penchent fortement pour la Turquie. Au Cabinet, Green dénonce sans ambages les pressions exercées par les Américains en faveur de la Turquie, qui constituent, selon lui, une " manœuvre répondant aux impératifs de la guerre froide (...), contre-indiquée dans la situation actuelle " (document 6). Étant donné l'impossibilité de s'entendre, même après 52 tours de scrutin, une coalition de pays, dont le Canada, prend à tâche de négocier un compromis : la Turquie et la Pologne acceptent de se partager le siège vacant, la Pologne devant ensuite y renoncer en 1960, en faveur de la Turquie.
La position défendue par Green lors de l'élection au Conseil de sécurité montre sa détermination à ce que le Canada ne soit pas perçu comme un satellite des États-Unis. Le premier ministre affiche la même détermination, ce qui mènera ultérieurement à de profondes divergences, notamment au sujet de la défense et de la question nucléaire. On peut déjà deviner les signes avant-coureurs de l'orage lorsque le Cabinet oppose son veto au déploiement de l'opération Skyhawk, premier grand exercice de défense aérienne organisé depuis la création du NORAD et résultat d'un travail de planification très poussé mené pendant de nombreux mois par les responsables militaires. Après que l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Richard Wigglesworth, eut informé Diefenbaker que les dirigeants de Washington sont " absolument furieux " (document 204) à la suite de la décision du Canada, le président Dwight Eisenhower intervient personnellement dans le dossier pour demander à son pendant canadien d'autoriser l'opération Skyhawk. Le Cabinet se montre toutefois inflexible et refuse de reconsidérer sa décision.
Les relations s'assombrissent encore davantage lorsque les États-Unis demandent formellement que soient accélérées les négociations en cours entre les instances militaires afin qu'on puisse aboutir à un accord diplomatique officiel autorisant le stockage d'armes nucléaires dans des bases louées à bail au Canada. En prévision de la deuxième réunion du Comité ministériel Canada-États-Unis chargé de la défense commune, qui doit se tenir à Camp David en novembre 1959, le sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Norman Robertson, insiste sur l'importance de conclure un tel accord, notamment en raison des " graves répercussions4 " que l'échec des négociations pourrait avoir sur les relations entre les deux pays. En 1959, la fourniture d'armes nucléaires aux forces armées est au centre du débat nucléaire au Canada, et cette question jouera ultérieurement un rôle crucial dans la défaite du gouvernement conservateur. En mai, Washington recommande que les deux gouvernements procèdent à un échange de notes sur les conditions régissant l'acquisition d'armes nucléaires par le Canada; au début de décembre, les fonctionnaires canadiens à Ottawa ont déjà rédigé un projet d'entente (document 191). Toutefois, au grand dam du ministre de la Défense nationale, George Pearkes, le ministre Green n'avait rien fait à la fin de l'année 19595 . " Dès janvier 1960, les divergences entre les deux ministres sur cette question se creusent et leurs relations s'enveniment.
Alors que les relations de défense canado-américaines en 1959 se caractérisent par des dossiers complexes et de plus en plus controversés, on constate en revanche une amélioration marquée des rapports économiques cette année-là, et ce, dans plusieurs domaines. Les fonctionnaires canadiens craignent d'abord que leurs efforts en vue d'infléchir la politique restrictive de Washington relativement aux importations de pétrole brut se soldent par un " échec à peu près total " (document 235), mais les producteurs canadiens reçoivent éventuellement une exemption vis-à-vis les restrictions à l'importation des États-Unis. Par ailleurs, les négociateurs canadiens parviennent à conclure un nouvel accord sur l'uranium avec la Commission de l'énergie atomique des États-Unis, et les négociations sur le fleuve Colombia, qui traînent en longueur, franchissent un cap important : au cours de l'année, la Commission mixte internationale rédige et adopte une déclaration de principe sur la répartition des bienfaits découlant de l'exploitation du potentiel hydro-électrique du Colombia. Enfin, les deux pays réussissent également à s'entendre sur un projet d'accord relatif au partage des marchés publics en matière de production de défense. Comme le programme de fabrication de l'intercepteur CF-105 (Avro Arrow) a été abandonné en février, le nouvel accord revêt une importance cruciale pour le secteur canadien de la haute technologie. Dans les relations avec le bloc communiste, on met bien sûr l'accent sur la détente. Les Canadiens se montrent ravis de la visite brève et imprévue du vice-premier secrétaire de l'Union soviétique, Anastase Mikoyan, à Halifax, laquelle s'avère une rencontre mémorable par son caractère informel, chaleureux et amical (document 351). Les deux pays sont généralement disposés à favoriser les échanges culturels et les visites, mais le Canada accuse un retard important par rapport aux États-Unis et au Royaume-Uni en ce qui a trait aux relations culturelles officielles avec l'Union soviétique. La décision de Sydney Smith d'autoriser la venue au Canada de l'Opéra de Pékin marque à cet égard un changement d'orientation important. Il s'agit de la première visite du genre, en Amérique du Nord, d'artistes de la République populaire de Chine (RPC). Pour Norman Robertson, " cette décision s'inscrit dans une démarche progressive qui doit éventuellement mener à la reconnaissance " de la RPC (document 453). Un vent d'optimisme souffle également sur les relations commerciales. Les négociations sur la reconduction de l'accord commercial de 1956 avec l'Union soviétique se poursuivent tout au long de l'année. Malgré la controverse que suscitent les mesures antidumping adoptées par le Canada à l'encontre des importations chinoises, on peut entrevoir à la fin de 1959 des signes très prometteurs quant à l'avenir des relations commerciales entre les deux pays (document 452).
Par ailleurs, les membres de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN) continuent de faire face à la menace soviétique en Europe. Les dirigeants canadiens ne jouent toutefois qu'un rôle négligeable dans la formulation de la politique de l'OTAN. Berlin continue alors d'être au cœur des tensions Est-Ouest. Les responsables du ministère des Affaires extérieures espèrent d'abord que le Canada pourra jouer un rôle important dans la recherche d'une nouvelle solution occidentale à la question allemande et demandent aux diplomates canadiens dans les pays de l'OTAN de déterminer à quelle réception pourrait s'attendre une initiative canadienne sur l'Allemagne. Bien que les hauts responsables à Ottawa se disent satisfaits du résultat de ces consultations, ils admettent éventuellement que " le Canada n'a aucun intérêt à présenter ou à appuyer officiellement une solution plutôt qu'une autre " (document 83) au moment où les principales puissances de l'OTAN se préparent en vue de la Conférence des ministres des Affaires étrangères. Ces discussions de haut niveau se déroulent alors même qu'on donne suite aux décisions prises antérieurement par l'OTAN quant au stockage et à l'emploi d'armes nucléaires par l'Alliance en Europe. Les hauts responsables canadiens et le premier ministre, inquiets des répercussions de ces décisions sur la détente Est-Ouest, seront impuissants à dissuader l'Alliance de diffuser un communiqué de presse alarmant sur les nouveaux armements dont elle dispose.
Cette incapacité du Canada à influencer la politique de l'OTAN sur ces grands dossiers est imputable en partie à la diminution de la contribution financière et matérielle d'Ottawa à l'Alliance. Malgré la décision du gouvernement Diefenbaker de renouveler à grands frais les équipements de la Division aérienne du Canada, le Canada réduit progressivement sa contribution au programme global d'aide mutuelle. En août, le Cabinet approuve l'affectation de 90 millions de dollars au budget d'aide mutuelle pour 1959-1960, ce qui représente une baisse sensible par rapport au chiffre record de 250 millions de dollars enregistré au milieu des années 1950. Du reste, ces prévisions de dépenses englobent la contribution canadienne au programme d'infrastructure de l'OTAN, de sorte que les fonctionnaires canadiens se voient contraints d'admettre l'impossibilité de continuer à fournir du matériel et des équipements militaires aux pays de l'OTAN.
Comme toujours, Diefenbaker attache une importance toute particulière aux consultations avec les Britanniques. Lors de la visite du premier ministre Macmillan à Ottawa en mars, les deux hommes abordent un large éventail de dossiers, y compris Berlin, la réunification de l'Allemagne, la dernière visite de Macmillan en Union soviétique et les préparatifs de la Conférence de 1960 sur le droit de la mer. Ils doivent néanmoins reconnaître que les relations canado-britanniques sont soumises à certaines limites : lorsque Macmillan exprime l'espoir que le Canada achètera plus de produits britanniques, Diefenbaker répond qu'il ne peut " promettre que le gouvernement du Canada se sentira disposé à adopter de nouvelles mesures pour accroître les importations en provenance du Royaume-Uni " (document 149).
En Europe de l'Ouest, l'année 1959 sera placée sous le signe du changement. Les premières mesures prises par la Communauté économique européenne, qui vient de naître, raniment les inquiétudes du Canada au sujet d'éventuels préjudices au commerce multilatéral. Les responsables des Affaires extérieures s'intéressent de près à l'issue des discussions entre les " Six " sur l'imposition de droits tarifaires communs, notamment en ce qui concerne l'aluminium et les produits agricoles. Les négociations en vue de la création de la Zone européenne de libre-échange suscitent elles aussi beaucoup d'intérêt, d'autant plus que la Grande-Bretagne fait partie des " Sept ". Les Canadiens sont déterminés à préserver leurs liens économiques traditionnels avec le Royaume-Uni, mais leurs démarches dans les dossiers des produits du porc et du poisson surgelé n'aboutissent guère. Les États-Unis partagent d'ailleurs les inquiétudes canadiennes au sujet de la création de ces nouveaux blocs commerciaux. À la fin de l'année, le sous-secrétaire d'État américain aux affaires économiques, Douglas Dillon, demande au Canada d'appuyer la transformation et la revitalisation de l'Organisation européenne de coopération économique. Les relations entre les pays de l'Ouest et le monde en développement préoccupent de plus en plus le ministère des Affaires extérieures. Si le Canada s'intéresse déjà de très près au " nouveau Commonwealth ", au Moyen-Orient et à l'Indochine, les dirigeants politiques commencent également à prêter attention à l'Afrique (documents 144, 454, 455) et à l'Amérique latine. Le Commonwealth est alors sur le point de connaître une profonde transformation. Au cours de la prochaine décennie, la décolonisation se traduira par l'arrivée de 25 nouveaux membres, et Ottawa se penche déjà sur les conséquences de ce changement. Diefenbaker et Green restent fermement convaincus de l'utilité du Commonwealth et s'intéressent vivement à son développement futur. En outre, Diefenbaker attache une importance toute particulière à l'adhésion éventuelle de Chypre. En début d'année, une entente intervient à Londres sur la question de l'indépendance chypriote; on continue cependant de débattre de la question de l'adhésion de Chypre au Commonwealth et de son statut éventuel au sein de l'organisation. Diefenbaker s'inquiète tout particulièrement de ce que Chypre soit invitée à devenir membre sur la base de conditions restrictives, c'est-à-dire avec moins de droits que les autres membres. C'est donc avec prudence qu'il souscrit à l'ouverture de discussions entre les Britanniques et les Chypriotes, tout en faisant remarquer au haut-commissaire du Royaume-Uni que, selon lui, " l'idée de créer un statut spécial pourrait entraîner de graves conséquences pour l'avenir du Commonwealth " (document 117).
L'ambassadeur du Canada en Allemagne de l'Ouest et ancien haut-commissaire du Canada à New Delhi, Escott Reid, formule un certain nombre de propositions sur le rôle du Commonwealth dans le monde postcolonial qui se dessine. Dans une lettre adressée à Green, il affirme que le Commonwealth pourrait servir à " jeter des ponts solides entre les démocraties occidentales et les nouvelles démocraties d'Asie et d'Afrique " (document 143). C'est à cette fin qu'on décide de renforcer les liens existants. Réuni à Jakarta, le Comité consultatif du Plan Colombo décide de reconduire ce mécanisme au-delà de 1961 pour une période additionnelle de cinq ans (document 142). À la première Conférence sur l'éducation du Commonwealth, tenue à Oxford, il est également décidé de renforcer diverses initiatives dans le domaine de l'enseignement, y compris le programme de bourse d'études et de recherche, dont on avait d'abord envisagé la création lors de la Conférence sur le commerce et l'économie qui avait eu lieu à Montréal en 1958. Depuis le début des années 1950, les ministres des Finances du Commonwealth se réunissent à intervalles réguliers pour discuter des relations économiques. En 1959, il est décidé d'officialiser ces rencontres et de créer le Conseil économique consultatif du Commonwealth. Les fonctionnaires chargés des dossiers commerciaux et financiers se réunissent au printemps, tandis que les ministres des Finances se rencontrent en septembre. Ces efforts concertés pour accroître la consultation dans les domaines de l'éducation, de l'aide au développement et du commerce montrent à quel point le gouvernement Diefenbaker est déterminé à veiller à ce que le Commonwealth demeure une organisation internationale vigoureuse et dynamique.
Au Moyen-Orient, le Canada joue tout au long de l'année 1959 un rôle plus actif et plus important que jamais auparavant sauf au moment de la crise de Suez. Cela s'explique principalement par la nomination, à l'automne 1958, d'Arnold Smith au poste d'ambassadeur du Canada en République arabe unie (RAU). Depuis 1956, ni le Royaume-Uni ni la France ne sont représentés au Caire, de sorte que le Canada dispose d'une liberté d'action nettement plus grande qu'à l'accoutumée. Aussi Smith est-il capable de nouer d'excellentes relations personnelles avec le président Gamal Abdel Nasser et d'autres membres du gouvernement égyptien, ce qui lui permet d'exercer une grande influence sur le cours des événements.
L'attention de la communauté internationale se tourne de nouveau vers l'Égypte en décembre 1958, lorsque Nasser accepte l'aide soviétique pour la construction du barrage d'Assouan. Certains craignent naturellement que la RAU ne tombe dans le giron soviétique, mais comme le souligne Smith en janvier 1959 (document 363), Nasser lui-même amorce un revirement à la suite des événements en Irak. La révolution de juillet 1958 ayant mené au renversement de la monarchie et du régime pro-occidental du premier ministre Nuri al Said, il appert de plus en plus que le nouveau premier ministre iraquien, Abdul Karim Qasim, est lié d'un peu trop près aux éléments communistes présents dans son pays. Soucieux de préserver l'autonomie de l'Irak, Qasim rejette la prétention de Nasser à se poser en leader du monde arabe. Smith estime que cette situation offre aux pays occidentaux une excellente occasion d'améliorer leurs relations avec la RAU. Au début de 1959, les Britanniques et les Égyptiens s'entendent enfin sur le règlement des demandes de compensation qui ont suivi la confiscation des biens britanniques en 1956. Ce règlement ouvre la voie à une reprise des relations diplomatiques. Smith participe activement à ces efforts. Il joue un rôle encore plus important dans la reprise des relations entre la RAU et l'Australie, du fait que le Canada agit en qualité de puissance protectrice pour l'Australie depuis la rupture des relations en 1956. Le Canada jouit alors d'une réputation si grande dans le monde arabe que, lors d'une visite de Smith en Irak, le gouvernement dit souhaiter ardemment l'ouverture d'une mission canadienne à Bagdad (document 372). Par contre, les relations entre le Canada et Israël enregistrent peu de progrès pendant l'année 1959. Dans le différend relatif au droit d'Israël à utiliser le canal de Suez, le Canada se soucie surtout de ce que cette affaire ne nuise pas à l'amélioration des relations entre la RAU et l'Ouest. En Extrême-Orient, le Canada continue d'exercer son action dans le contexte des Commissions internationales de surveillance et de contrôle. Les travaux de la Commission de surveillance au Laos sont suspendus indéfiniment en juillet 1958 mais, au début de 1959, des allégations selon lesquelles des membres de l'ancien Pathet Lao ont été persécutés par le gouvernement du premier ministre Phoui Sananikone provoquent des incidents frontaliers entre le Laos et le Nord-Vietnam. Dès le début de la crise, la Pologne et l'Inde réclament que la Commission se réunisse de nouveau pour tenter d'apporter une solution, mais le Canada s'y oppose fermement. De façon générale, les responsables du ministère des Affaires extérieures conviennent avec le gouvernement américain que le rétablissement de la Commission demandé par les Nord-Vietnamiens, les Chinois et les Soviétiques n'est qu'un stratagème destiné à saper l'influence américaine et à renforcer la leur. Soucieux de préserver la neutralité laotienne, les diplomates canadiens cherchent d'autres pistes de solution en collaborant activement avec le secrétaire général des Nations Unies, Dag Hammarskjöld.
Les fonctionnaires canadiens estiment également que la Commission de surveillance au Vietnam doit poursuivre ses activités " jusqu'à ce que reprennent les relations entre les deux pays ou que les Nations Unies remplacent la Commission dans son rôle d'intermédiaire6 ". Le nouveau commissaire canadien, Price Erichsen-Brown, éprouve parfois de la difficulté à maintenir une apparence de neutralité, en particulier devant les provocations des Nord-Vietnamiens, dont la propagande affirme qu'un millier de prisonniers politiques ont été tués à Saïgon sur l'ordre des États-Unis. Depuis Ottawa, le sous-secrétaire d'État adjoint, John Holmes, le met en garde contre le risque d'une réaction exagérée dans de telles situations. Holmes lui-même est profondément irrité par une note dans laquelle les Américains sollicitent l'aide du Canada, notamment l'affectation d'effectifs additionnels au sein du MAAG (groupe consultatif d'aide militaire). Holmes estime qu'ils'agit d'" un document plutôt inquiétant en raison des tactiques de pression flagrantes qui le caractérisent " (document 435). Comme le confessent les Américains à Erichsen-Brown, la mission provisoire de récupération du matériel (TERM) a permis d'accroître les effectifs du MAAG au Sud-Vietnam. Or, la Commission avait déjà demandé la dissolution de la TERM en juin 1959. C'est à contrecœur qu'Ottawa convient qu'Erichsen-Brown devrait appuyer la reconduction de la TERM. En Amérique latine, les événements les plus dramatiques de l'année 1959 sont sans contredit le renversement soudain du dictateur cubain Fulgencio Batista, le 1er janvier, et la formation d'un gouvernement révolutionnaire dirigé par Fidel Castro. Le Canada n'hésite pas à reconnaître le nouveau régime, mais la répression brutale dont sont victimes les partisans de Batista fait rapidement douter de sa nature et de son aptitude à maintenir la stabilité. Lors d'une brève visite à Montréal en avril, Castro reçoit un accueil enthousiaste de nombreux sympathisants, mais le premier ministre et les responsables des Affaires extérieures se montrent plus réservés. Depuis La Havane, l'ambassadeur du Canada, Hector Allard, indique que " Castro devient rapidement victime de sa propre éloquence, ainsi que le jouet des éléments communistes qui l'entourent " (document 460). Il s'en faut toutefois de beaucoup pour que l'attitude du Canada envers le nouveau gouvernement et son leader soit entièrement négative. La lettre d'instructions adressée au successeur d'Allard, Allan Anderson, fait observer que Castro a accédé au pouvoir non pas à la suite " d'un simple remaniement à la tête de l'État " mais bien " d'une révolution profondément populaire ". De même, il est demandé à Anderson de " faire preuve d'autant de patience et de compréhension que le permet l'exercice de vos fonctions et de trouver les moyens de concilier les intérêts politiques et économiques du Canada avec un mouvement révolutionnaire que ne pourra se stabiliser que lorsque les injustices profondes qui l'ont engendré auront été redressées " (document 466). Tout au long de l'année 1959, le gouvernement conservateur s'attache avant tout à maintenir les bonnes relations que le Canada et Cuba entretiennent de longue date. On assiste au cours de l'année 1959 à plusieurs changements au sein de la direction du ministère qui se répercutent sur la conduite des relations extérieures du Canada. Au lendemain du décès de Sidney Smith, le 17 mars, Diefenbaker occupe à titre intérimaire les fonctions de secrétaire d'État aux Affaires extérieures, jusqu'à la nomination de Howard Green, le 4 juin. Les titulaires des autres portefeuilles qui ont un rôle à jouer en politique étrangère restent cependant à leur poste : Donald Fleming, Gordon Churchill et Ellen Fairclough conservent leurs responsabilités aux ministères des Finances, du Commerce et de la Citoyenneté et de l'Immigration, respectivement. Pendant ses sept premiers mois à la tête des Affaires extérieures, Howard Green bénéficie grandement des conseils et de l'expérience de Norman Robertson, qui assume les fonctions de sous-secrétaire tout au long de l'année 1959. On ne trouve toutefois pas la même continuité aux autres postes de responsabilités du ministère à Ottawa. C'est ainsi que R.M. Macdonnell, qui exerce la charge de sous-secrétaire suppléant jusqu'à son départ du ministère, le 20 juillet 1959, ne sera remplacé qu'un an plus tard. Par ailleurs, deux des quatre sous-secrétaires adjoints sont remplacés en cours d'année. Douglas LePan quitte le ministère en mars, pour être remplacé par A.E Ritchie en septembre. W.D. Matthews, après son décès survenu en mars, est remplacé par E.W.T. Gill en avril. Les deux autres sous-secrétaires adjoints, John Holmes et Marcel Cadieux, occuperont leurs fonctions pendant toute la période visée par le présent volume.
Au chapitre de la représentation canadienne à l'étranger, on constate peu de changements dans les principales missions diplomatiques. Arnold Heeney est nommé ambassadeur du Canada à Washington en janvier, succédant ainsi à Norman Robertson, rentré à Ottawa en octobre 1958 pour y exercer les fonctions de sous-secrétaire. George Drew et Chester Ronning conservent leurs postes de haut-commissaire au Royaume-Uni et en Inde, respectivement. De même, Pierre Dupuy reste à Paris en qualité d'ambassadeur, tout comme son collègue Escott Reid, à Bonn. Jules Léger, quant à lui, poursuit son rôle de représentant permanent du Canada auprès du Conseil de l'Atlantique Nord et de représentant du Canada auprès de l'Organisation européenne de coopération économique. À New York, Charles Ritchie continue de diriger la délégation permanente du Canada auprès des Nations Unies. Enfin, David Johnson est l'ambassadeur du Canada à Moscou pendant toute l'année 1959.
Les documents consultés pour le présent volume proviennent principalement des archives du ministère des Affaires extérieures et du Bureau du conseil privé. D'autres proviennent des dossiers des ministères des Finances, du Commerce ainsi que de la Citoyenneté et de l'Immigration, outre les documents personnels des ministres du Cabinet et de hauts fonctionnaires. En cours de préparation, les rédacteurs ont bénéficié d'un accès illimité aux dossiers du ministère des Affaires extérieures et d'un excellent accès à d'autres collections. Une liste complète des documents figure à la page xxxiii.
Le choix des documents du volume 26 s'inspire des principes généraux énoncés dans l'introduction au volume 7 (pp. ix-ix), et modifiés dans l'introduction du volume 20 (p. xxiii). Les volumes de cette série visent à rendre compte, dans une même collection, des grandes décisions prises par le gouvernement du Canada en matière de politique étrangère en mettant l'accent sur les relations bilatérales et multilatérales les plus importantes ainsi que sur les grands dossiers de la politique internationale à l'égard desquels les membres du Cabinet et les hauts responsables ont été amenés à prendre des décisions de fond. Toutefois, pour des raisons d'espace et d'économie, nous nous sommes attachés à réduire davantage le nombre de documents reproduits dans le présent volume. Le nombre de conclusions du Cabinet qu'il renferme est moins élevé que dans les volumes précédents car ces documents sont maintenant diffusés sur le site Web de Bibliothèque et Archives Canada. Par ailleurs, certains passages et certains noms ont été omis de façon à respecter les dispositions de la Loi sur l'accès à l'information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ces suppressions sont signalées dans le texte. Les signes typographiques sont les mêmes que ceux décrits dans l'introduction du volume 9 (p. xix). Une croix (†) indique un document canadien qui n'est pas imprimé. Les suppressions éditoriales sont signalées par une ellipse (…). L'expression " groupe corrompu " signale des problèmes de décryptage dans la transmission du télégramme original. Les mots et passages barrés par l'auteur, les notes dans la marge et les listes de destinataires sont indiqués en bas de page uniquement quand ils sont importants. Sauf indication contraire, on tient pour acquis que les documents ont été lus par leur destinataire. Les noms propres et les noms de lieu ont été standardisés. Les rédacteurs ont corrigé les fautes d'orthographe, de majuscule et de ponctuation, ainsi que les erreurs de transcription dont le sens est clair d'après le contexte. Tous les autres ajouts rédactionnels sont indiqués par des crochets. Les documents sont reproduits en anglais ou en français, selon la langue originale.
Ted Kelly, John Clearwater et Janice Cavell ont réalisé les recherches nécessaires à la publication de ce volume, avec l'aide de Jeff Noakes aux étapes finales. Comme par le passé, l'aide et les conseils prodigués par le personnel de Bibliothèque et Archives Canada ont été extrêmement précieux. Les rédacteurs souhaitent remercier tout spécialement Julie Attallah, Paulette Dozois, Loretta Barber et Dave Smith. Par ailleurs, l'accès aux archives du Bureau du conseil privé a été rendu possible grâce à Ciuineas Boyle et à Herb Barrett. Pour leur part, Rob Paul et Jason Caldwell, du Diefenbaker Canada Centre, à Saskatoon, ont tout mis en œuvre pour que le séjour que Ted Kelly y a effectué dans le cadre de ses recherches soit aussi agréable et utile que possible. Le manuscrit a été dactylographié et formaté par Aline Gélineau. Gail Kirkpatrick Devlin s'est chargée de la relecture de l'ensemble du manuscrit et a dressé la Liste des personnalités. Le service de traduction du Bureau de la traduction, à Affaires étrangères Canada (AEC), a produit le texte français des notes de bas de page, des légendes et des textes secondaires. Ted Kelly a quant à lui supervisé la production du volume. Comme il en est à sa dernière année à la Section historique, avant sa retraite, les rédacteurs souhaitent lui rendre un hommage particulier, pour l'excellence de sa contribution à cette série au fil des ans.
Greg Donaghy, le rédacteur en chef de la série, a lu l'ensemble du manuscrit, ce qui lui a permis de formuler de nombreux commentaires constructifs. Mary Halloran et Hector Mackenzie ont tous deux apporté leur concours et fourni des conseils. La publication de cette série ne serait pas possible sans le soutien de René Cremonese, à la tête de la Direction des programmes de sensibilisation et des communications électroniques. La responsabilité du choix des documents incombe exclusivement aux rédacteurs.
Enfin, nous souhaitons remercier nos familles de leur patience et de leur soutien : Alex, Cecily et Ben Cavell; Bina Mehta ainsi que Nikesh et Prem Mehta-Spooner; Robbie Stevenson.
Janice Cavell
Chapitres V à XI
Kevin Spooner
Chapitres I et III
Michael Stevenson
Chapitres II et IV
1Arnold Heeney, The Things That Are Caesar's: Memoirs of a Canadian Public Servant, publié sous la direction de Brian D. Heeney (University of Toronto Press, Toronto, 1972), p. 162; italique conforme à l'original anglais.
2Charles Ritchie, Diplomatic Passport: More Undiplomatic Diaries, 1946-1962 (Macmillan, Toronto, 1981), pp. 162 à 163.
3H. Basil Robinson, Diefenbaker's World: A Populist in Foreign Affairs (University of Toronto Press, Toronto, 1989), p. 103.
4Note manuscrite à l'intention du Ministre, 23 octobre 1959, MAE 50309-A-40.
5Robinson, Diefenbaker's World, p. 114.
6Note manuscrite de la Direction de l'Extrême-Orient à DL2, le 10 juin 1959, MAE 50052-40.