Affaires étrangères et Commerce international Canada
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VOLUME 27 - 1960 - INTRODUCTION

Dans l’avant-propos du rapport de son ministère pour 1960, le secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Howard Green, disait ceci : « La plupart des événements marquants des dernières années doivent évidemment être examinés dans le cadre des rapports Est-Ouest; toute analyse du climat international tient forcément compte du degré d'harmonie entre l'univers communiste et le monde non communiste ».1 Dans cette optique, disait Green, l'année 1960 a suscité de grands espoirs qui, cependant, se sont effondrés de façon dramatique. Le sommet auquel avaient convenu de participer le président américain Dwight Eisenhower et le dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev, en décembre 1959, devait se tenir en mai à Paris. Même si le Canada n'y était pas représenté, les politiciens et les diplomates canadiens s'intéressaient de très près aux préparatifs menés par l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

Plus tôt dans l'année, les perspectives de réussite du nouveau Comité des dix puissances sur le désarmement semblaient également très favorables. Le Canada faisait partie de cet organe créé en septembre 1959. En mars 1960, le Comité se réunit à Genève pour une première session qui, contre toute attente, s'avéra ardue et frustrante, puis il suspendit ensuite ses travaux pendant la tenue du sommet. Les Canadiens assistèrent avec désarroi à l'échec de ce sommet, provoquée par la révélation que des avions-espions américains avaient survolé le territoire de l'Union soviétique (URSS). L'ambassadeur du Canada à Moscou, David Johnson, était présent lorsque dans un discours, Khrouchtchev annonça la capture du pilote américain Francis Gary Powers. « Nous nous attendions à tout un spectacle, rapporta Johnson non sans ironie, et malheureusement, nous n'avons pas été déçus. Ce fut un moment sublime pour Khrouchtchev, mais pas pour l'Ouest » (document 180).

Le Comité des dix puissances sur le désarmement reprit ses travaux en juin, mais les abandonna après le départ hâtif des représentants de l'Union soviétique, de la Bulgarie, de la Tchécoslovaquie, de la Pologne et de la Roumanie. La Commission du désarmement des Nations Unies s’est réunie en août, et les Canadiens, dirigés par un Green déterminé, ont demandé instamment une reprise prochaine des négociations. Cependant, il n’y a pas eu davantage de discussions en 1960. La situation au Congo, au Laos et à Cuba contribua aussi à anéantir les espoirs d’une plus grande harmonie internationale qui s’étaient manifestés en début d’année. Chacun de ces conflits de la guerre froide eut d'importantes répercussions sur le gouvernement du Canada.

La crise du Congo commença en juillet, avec la révolte contre le régime belge dans la province du Katanga. Les désaccords au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) entre les puissances occidentales et l'Union soviétique firent comprendre rapidement que les luttes de la guerre froide allaient largement infléchir le cours des événements à venir. Le Canada soutint sans réserve les tentatives menées par le secrétaire général de l'ONU, Dag Hammarskjöld, pour « faire en sorte que la situation congolaise et même tous les problèmes politiques de l'Afrique échappent au contexte de la guerre froide » (document 10). Le gouvernement approuva une contribution de un million de dollars au titre de l'aide. Du personnel technique canadien se joignit à la force des Nations Unies au Congo, et le Canada participa aux coûts du transport aérien des troupes et des fournitures. L'Union soviétique dénonça la présence de militaires canadiens au Congo, lesquels furent attaqués à deux reprises. En visite à Ottawa, le dirigeant congolais Patrice Lumumba donna l'impression que « son attitude envers les pays occidentaux et le bloc soviétique était encore incertaine et méritait un examen plus attentif », et que, sur le plan personnel, « il était vaniteux, mesquin, rustre, méfiant et peut-être sans scrupules » (document 17). Parmi les instructions qui furent données à la délégation canadienne participant à la 15e session de l'Assemblée générale de l'ONU, on lit ceci : « Ces derniers mois, non seulement les relations internationales se sont-elles gravement détériorées, mais on constate aussi, et cela est alarmant, que certains pays usent d'une rhétorique agressive et se montrent irascibles et belliqueux ». Le document se poursuit en disant qu'il y a là « un sérieux défi au prestige et à l'autorité des Nations Unies » et « qu'il est plus impératif que jamais de rappeler les nobles objectifs et principes de l'organisation. Il est particulièrement souhaitable que la délégation canadienne fasse valoir que les Nations Unies jouissent de notre total soutien » (document 96). À la fin de l'année, le ministère des Affaires extérieures réexamina la situation et réitéra avec fermeté l'attachement du Canada aux efforts de maintien de la paix déployés par l'ONU. Cela dit, le représentant permanent du Canada, Charles Ritchie, n'en informa pas moins Hammarskjöld, avec doigté, des préoccupations canadiennes concernant l'organisation et le fonctionnement de la force onusienne (documents 39 et 40).

Tout au long de l'année 1959, le Canada avait maintenu que la Commission internationale de supervision et de contrôle au Laos ne devait pas être convoquée de nouveau. Malgré les troubles qui persistaient dans ce pays, la question demeura en suspens pendant presque toute l'année 1960, du moins en ce qui concerne le Canada. En octobre cependant, elle revint au premier plan des discussions stratégiques canadiennes. Le Canada soutint les efforts déployés à l'ONU pour que le Laos et le Cambodge soient déclarés pays neutres, mais il hésita lorsque le premier ministre de l'Inde, Jawaharlal Nehru, demanda encore une fois que la Commission soit convoquée de nouveau. Les responsables indiens reçurent l'assurance qu'Ottawa « examinait promptement et avec sympathie » la proposition de Nehru (document 534). Cet examen mena cependant à la conclusion que « la réactivation de la Commission internationale de supervision et de contrôle au Laos ne semblait pas réalisable à ce moment » (document 539).

Les incidences que la situation à Cuba en 1960 eut sur le Canada se firent sentir surtout au niveau des relations bilatérales avec les États-Unis plutôt que dans les grandes enceintes des Nations Unies et de l'OTAN. Les Canadiens étaient déterminés à améliorer leurs rapports avec l'Amérique latine en général, comme en témoigne la visite extrêmement fructueuse du premier ministre Diefenbaker au Mexique et celle de Howard Green en Amérique du Sud. Le gouvernement, pleinement soutenu en cela par les Affaires extérieures, voulait maintenir des relations cordiales avec Cuba et accroître le commerce, sans pour autant avaliser le régime castriste. Le Canada craignait cependant beaucoup la politique de nationalisation pratiquée par Castro, et les exportations canadiennes de matériel militaire vers Cuba furent contrôlées minutieusement. En même temps toutefois, le Canada adopta délibérément un ton « très modéré » envers Cuba, contrairement aux États-Unis dont les protestations étaient considérées par Ottawa comme excessivement « vigoureuses et rigides ». Cette attitude, espérait-on, « nous permettra de jouer un rôle indépendant dans l'hypothèse où la situation empirerait » (document 578).

Au début de juillet, le président Eisenhower fit tenir à Diefenbaker une lettre personnelle où il dit : « La situation dans les Antilles est grave et à l'évidence, cela favorise la pénétration soviétique dans l'hémisphère occidental à travers Cuba » (document 582). Eisenhower demanda à Green de discuter de la question avec les représentants américains lors de la réunion annuelle du Comité ministériel Canada États-Unis sur la défense commune, laquelle se tint cette année-là à Montebello, au Québec. Les discussions (documents 302, 586 et 587) tenues à cette occasion ne servirent qu'à faire ressortir les différences entre les évaluations américaine et canadienne de la situation. L'ambassadeur du Canada aux États-Unis, Arnold Heeney, déclara plus tard que la réunion de Montebello fut un point tournant majeur dans les relations canado-américaines pendant les années Diefenbaker.2 Une tentative de médiation menée conjointement par le Canada, le Mexique et le Brésil fut rejetée fermement par Washington. En octobre, les Américains imposèrent un embargo sur les exportations vers Cuba. À La Havane, l'ambassadeur du Canada, Allan Anderson, fit part de ses « inquiétudes concernant le développement d'une situation où le Canada commençait à apparaître comme le « chouchou » tenu en haute estime par le gouvernement cubain ». Les appréhensions d'Anderson étaient bien fondées : en décembre 1960, le ressentiment américain envers les échanges commerciaux grandissants du Canada avec Cuba était élevé. Comme le précisa Green dans l'avant-propos de son rapport annuel, malgré l'intensification des conflits Est-Ouest partout dans le monde, les événements survenus en 1960 « ne provoquèrent pas une reprise à grande échelle de la guerre froide. Les contacts avec le bloc soviétique, bien que réduits, ne furent pas coupés entièrement ». Les politiciens et les diplomates canadiens s'efforcèrent de garder les canaux de communication ouverts. Peu avant le sommet, le ministre du Commerce, Gordon Churchill, se rendit à Moscou pour signer une prolongation de l'accord commercial de 1955 avec l'URSS, et revint enchanté de l'accueil amical qu'on lui réserva (document 504). Même après l'échec de la conférence de Paris, l'ambassadeur Johnson eut des échanges cordiaux avec les dirigeants soviétiques (documents 505 et 506) au cours desquels il exprima l'espoir canadien d'un élargissement des relations commerciales et culturelles avec l'URSS. La question des citoyens canadiens nés en Russie puis revenus en URSS et détenus contre leur volonté fut au moins en partie réglée.

Contraste plutôt ironique, les relations du Canada avec son principal allié occidental, les États-Unis, se détériorèrent de façon notable en 1960. Les discussions politiques bilatérales entre les deux pays furent dominées par la question des armes nucléaires. Au Canada, les avis à ce sujet étaient très partagés. Green, soutenu par le sous-secrétaire d'État aux Affaires extérieures, Norman Robertson, s'opposait à l'acquisition d'armes nucléaires par les forces canadiennes, tandis que le ministre de la Défense nationale, George Pearkes, et le greffier du Conseil privé, Robert Bryce, préconisaient le maintien d'une étroite coopération avec les Américains dans le domaine militaire. En janvier 1960, Bryce et D. B. Dewar, également du Conseil privé, avancèrent des arguments diamétralement opposés. Selon Bryce, « une action rapide » s'imposait et serait bien perçue des Canadiens (document 242). De son côté, Dewar tint les propos suivants : « ...le pays traverse une période d'incertitude quant à sa politique et à ses programmes de défense. Ce flottement n'est peut-être pas majeur au point de nous obliger à parler de crise dans la politique de défense, mais il est très peu probable que le problème aille en s'amenuisant dans les mois et les années à venir. Les doutes et les insatisfactions sont trop marqués pour disparaître rapidement, et les événements à venir pourraient même les amplifier ». Il fit valoir également que « des rédacteurs en chef, des enseignants, des étudiants et des citoyens de différents milieux » estimaient que le gouvernement avait accepté trop facilement « la politique de défense des États-Unis, qualifiée au mieux de stérile, et au pire de provocatrice » (document 304). Diefenbaker, malgré son mépris pour « ces illuminés aux cheveux longs qui prêchent contre la défense nucléaire » (document 110), partageait l'avis de Dewar quant à l'humeur du public. Le premier ministre déclara à Heeney que l'intensification du sentiment anti-américain au Canada l'inquiétait. Ses appréhensions firent l'objet de discussions avec des hauts responsables américains (documents 228-235).

Ces évaluations contradictoires ralentirent considérablement la négociation d'un accord sur le stockage de têtes nucléaires dans les bases occupées à bail par les Américains en territoire canadien. Le texte des notes autorisant la présence d'ogives sur les bases aériennes de Goose Bay et Harmon fut convenu officieusement en juillet. Cependant, l'ébauche de l'accord ne fut pas avalisée par le Cabinet en 1960, malgré l'affirmation catégorique de Pearkes selon qui il était « difficile de justifier tout autre retard » (document 254). Les négociations sur la dotation des forces canadiennes en armes nucléaires devinrent alors encore plus tortueuses. Le 18 janvier, une déclaration publique ambiguë du premier ministre déplut aux Américains, qui se dirent meme « vivement préoccupés » (document 265) par l'absence d'orientation claire dans la politique canadienne. En juin, Pearkes fit remarquer à Diefenbaker que le Canada se trouvait dans la « regrettable situation » de devoir payer pour des missiles BOMARC et Honest John qui coûtaient cher et de n'avoir aucun arrangement lui permettant de les armer avec les ogives nucléaires requises. Finalement, Bryce réussit à faire bouger le gouvernement plus tard dans l'année. Il orchestra la rédaction d'un document qui permit au Cabinet d'autoriser la tenue de négociations sur la base d'un contrôle conjoint des armes nucléaires américaines confiées à des unités canadiennes. À la fin décembre, Douglas Harkness (qui avait remplacé Pearkes comme ministre de la Défense nationale en octobre) fit circuler l'ébauche d'un accord (document 277). En même temps toutefois, Green l'emporta sur ses collègues pro-nucléaire quand il obtint du Cabinet la permission de donner à la délégation du Canada à l'Assemblée générale des Nations Unies instruction de voter en faveur d'une résolution irlandaise contre la prolifération des armes nucléaires (document 111). La plupart des autres membres de l'OTAN s'abstinrent de voter sur cette résolution, mais Green voulut montrer clairement l'engagement du Canada envers le désarmement. Par ailleurs, il fut précisé que si aucun progrès n'était fait en matière de désarmement dans un proche avenir, le Canada pourrait alors acquérir des armes nucléaires.

D'autres éléments du programme de défense et de sécurité continentales avancèrent aussi à pas de tortue. En juin, les ministres canadiens approuvèrent à contrecœur la tenue d'un exercice du Commandement de la défense aérienne de l'Amérique du Nord, appelé Opération Sky Shield. Cet exercice remplaçait l'Opération Sky Hawk à laquelle Ottawa avait mis fin l'année précédente. Les négociations commencèrent en vue de l'acquisition de chasseurs d'interception américains pour remplacer les vieux CF-100. Ce dossier fut alourdi par de nombreux problèmes politiques découlant de la décision controversée du gouvernement Diefenbaker d'annuler le projet du chasseur Avro Arrow, en 1959. Les détails d'un éventuel accord commencèrent finalement à émerger en juin : les États-Unis achèteraient des avions de transport canadiens CL-44, en échange de quoi le Canada acquerrait 66 chasseurs à réaction américains F-101. Lors d'une rencontre avec Eisenhower en septembre, Diefenbaker pressa vivement les Américains d'accepter l'entente. Mais ces derniers la rejetèrent en décembre et suggérèrent plutôt de donner les F-101 au Canada, pourvu que celui-ci prenne à sa charge le réseau radar Pinetree.

Malgré ces débats parfois acrimonieux et des irritants comme la réglementation américaine sur la balance des paiements ainsi que la prédominance des périodiques américains sur le marché canadien, les relations économiques avec les États-Unis pendant l'année 1960 furent marquées, dans l'ensemble, par un esprit de bonne volonté. De retour d'une réunion du Comité canado-américain du commerce et des affaires économiques tenue à Washington en février, le ministre des Finances, Donald Fleming, fit état d'une discussion « franche et amicale », la « meilleure et la plus productive » (document 314) de toutes celles auxquelles il avait participé. La coopération entre les deux pays ne fut jamais aussi évidente que lors des négociations sur l'aménagement du fleuve Columbia. Des contraintes d'espace obligent ici à n'imprimer qu'une infime partie des volumineuses archives à ce sujet. Cependant, les documents du présent volume donnent un aperçu des principaux événements qui contribuèrent à dénouer l'impasse dans les négociations. En juin, le ministre de la Justice, E. Davie Fulton, rapporta qu'« aucun problème insurmontable » (document 344) ne demeurait. En septembre, un rapport d'étape fut publié, exposant les grandes lignes du traité qui serait signé en janvier 1961. Cependant, même si les négociateurs des gouvernements fédéraux des deux pays se dirent satisfaits, le gouvernement de la Colombie-Britannique « continuait de se méfier » (document 351) des actions et des intentions d'Ottawa.

Le Commonwealth fut aussi une des grandes préoccupations du Canada tout au long de l'année 1960. La perspective que le Royaume-Uni puisse se joindre à la Communauté économique européenne était très mal vue par un gouvernement conservateur désirant à tout prix maintenir les liens économiques et émotifs avec la mère patrie. En juin, les responsables canadiens demandèrent « l'assurance ferme que le Royaume-Uni n'avait pas changé sa politique et que les consultations très étroites avec le Canada se poursuivraient » (document 389). Après les discussions tenues en août entre le premier ministre britannique Harold Macmillan et le chancelier ouest-allemand Konrad Adenauer, Ottawa fut informé qu'un changement dans les relations économiques avec l'Europe était envisagé, du fait que « le Royaume-Uni devait être solide sur le plan économique s'il entendait continuer de participer pleinement au développement économique du Commonwealth et à la stabilité du monde ». Pour les Britanniques, il fallait « partir de l'hypothèse que les pays du Commonwealth étaient généralement favorables à l'idée que le Royaume-Uni resserre ses liens avec l'Europe, pourvu que certaines conditions essentielles soient respectées » (document 391). À cela, Ottawa répondit que « le Royaume-Uni devait bien se garder de penser que le Canada souscrirait à tout arrangement avec l'Europe qui nuirait à ses intérêts commerciaux » (document 392).

Cette volonté de préserver les liens avec le « vieux Commonwealth » s'accompagna d'une détermination égale, sinon plus marquée, à maintenir de bonnes relations avec le « nouveau Commonwealth ». Dans ce contexte, l'Afrique du Sud, que des émeutes raciales et des actes de violence avaient secouée en début d'année, était au centre des préoccupations du Canada. En mars, George Glazebrook, de la Direction du Commonwealth, écrivit à ce sujet une note dont le but était « lancer discrètement l'idée que le Canada pourrait jouer un rôle politique très visible au sein du Commonwealth » (document 356). En effet, le Canada, suggéra Glazebrook, pourrait rendre service au Commonwealth en général et également, sur le long terme, à l'Afrique du Sud, en mettant la politique de l'apartheid à l'ordre du jour de la réunion des premiers ministres du Commonwealth en mai. Les pourparlers menés à Londres à ce sujet ne donnèrent rien, mais grâce en partie aux efforts de Diefenbaker, le communiqué publié à la fin de la réunion affirma que le Commonwealth était une association multiraciale. En juillet, Bryce signala l'inquiétude des responsables des pays asiatiques et africains du Commonwealth « devant la possibilité d'un schisme entre les « anciens » et les « nouveaux » membres du Commonwealth... sur la question... de l'Afrique du Sud ». Un de ces responsables estima « qu'il serait nettement préférable qu'au moins un des anciens pays membres à majorité blanche se retrouve du côté des nouveaux pays membres à majorité noire, et que cela rendait la position du Canada particulièrement importante » (document 386).

Les préparatifs de la réunion des premiers ministres de 1961 s'amorcèrent à l'automne 1960. Il devint alors encore plus évident que pour maintenir l'harmonie au sein du « nouveau Commonwealth », le Canada pourrait devoir s'opposer à la politique britannique voulant qu'on évite toute discussion sur les affaires internes d'un pays membre. En novembre, Diefenbaker déclara à Basil Robinson, son agent de liaison aux Affaires extérieures, que si l'Afrique du Sud ne donnait pas un peu de lest dans ses politiques raciales, « il ne pourrait pas... adopter à la prochaine réunion une attitude aussi tolérante qu'avant et pendant la dernière » (document 378). Diefenbaker avisa Macmillan en conséquence (document 380). Dans sa lettre en réponse, ce dernier livra un vibrant plaidoyer, faisant valoir que si l'Afrique du Sud était expulsée du Commonwealth, « nous la condamnerons à de nombreuses autres années d'apartheid et à une rancœur qui ira s'amplifiant ». Macmillan affirma que le premier ministre de la Malaisie, Tunku Abdul Rahman Putra, tenu en assez haute estime par Diefenbaker, était « très conscient des incidences désastreuses que tout signe de rupture, maintenant, pourrait avoir sur la structure globale du Commonwealth » et qu'il était d'accord « pour ne pas insister sur la question, du moins pour le moment » (document 382). De Londres cependant, le haut-commissaire du Canada, George Drew, donna un tout autre son de cloche quant aux vues de Tunku (document 383). La table était donc mise pour un heurt entre les politiques canadienne et britannique sur cette question en 1961.

L'année 1960 fut marquée par peu de changements au niveau de la haute direction du Ministère, au pays et à l'étranger. Howard Green et Norman Robertson restèrent en poste pendant toute l'année, tout comme Arnold Heeney à Washington, George Drew à Londres, Pierre Dupuy à Paris, Chester Ronning à New Delhi, Escott Reid à Bonn, Jules Léger au siège de l'OTAN à Paris, et Charles Ritchie aux Nations Unies. David Johnson quitta Moscou en novembre et fut remplacé par Arnold Smith en janvier 1961. À Ottawa, George Glazebrook et George Ignatieff se joignirent à A. E. Ritchie et E. W. T. Gill à titre de sous-secrétaires adjoints. Marcel Cadieux fut nommé sous-secrétaire suppléant, un poste devenu vacant avec le départ de R. M. Macdonnell en 1959. John Holmes quitta le ministère des Affaires extérieures à la fin de l'année. Au Cabinet, George Hees remplaça Gordon Churchill en tant que ministre du Commerce, tandis que Douglas Harkness succéda à George Pearkes comme ministre de la Défense nationale. Ces deux nominations furent faites en octobre 1960. Ellen Fairclough et Donald Fleming conservèrent leurs portefeuilles en tant que ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration et ministre des Finances.

La plupart des documents reproduits dans le présent volume proviennent des archives du ministère des Affaires extérieures et des dossiers personnels du premier ministre Diefenbaker, qui sont conservés au Diefenbaker Canada Centre, à Saskatoon. Les autres sont tirés des dossiers du Bureau du Conseil privé, du ministère des Finances, du ministère du Commerce, du ministère de la Citoyenneté et de l'Immigration ainsi que des archives privées des ministres du Cabinet et des hauts fonctionnaires. Pour la préparation du présent volume, les chercheurs ont eu libre accès aux dossiers du ministère des Affaires extérieures et un accès généreux à ceux des autres collections. La liste complète des documents consultés pour la préparation du présent volume figure à la page xxix.

Le choix des documents du volume 27 s'inspire des principes généraux énoncés dans l'introduction du volume 7 (pp. ix-ix), et modifiés dans l'introduction du volume 20 (p. xxiii). Les volumes de cette série visent à rendre compte, dans une même collection, des grandes décisions prises par le gouvernement du Canada en matière de politique étrangère, en mettant l'accent sur les relations bilatérales et multilatérales les plus importantes ainsi que sur les grands dossiers de la politique internationale à l'égard desquels les membres du Cabinet et les hauts responsables ont été amenés à prendre des décisions de fond. Certains passages et noms ont été omis de façon à respecter les dispositions de la Loi sur l'accès à l'information et de la Loi sur la protection des renseignements personnels. Ces suppressions sont signalées dans le texte.

Les signes typographiques sont les mêmes que ceux décrits dans l'introduction du volume 9 (p. xix). Une croix (†) indique un document qui n'est pas imprimé. Les suppressions éditoriales sont signalées par une ellipse (...). L'expression « groupe corrompu » signale des problèmes de décryptage dans la transmission du télégramme original. Les mots et passages barrés par l'auteur, les notes dans la marge et les listes de destinataires sont indiqués en bas de page uniquement quand ils sont importants. Sauf indication contraire, on tient pour acquis que les documents ont été lus par leur destinataire. Les noms propres et le nom des lieux ont été uniformisés. Le rédacteur a corrigé les fautes d'orthographe, de majuscule et de ponctuation. Tous les autres ajouts rédactionnels sont indiqués par des crochets. Les documents sont reproduits en anglais ou en français, selon la langue originale.

Jennifer Anderson, Alexandra Clark, John Clearwater, Virginia Miller et Jeff Noakes ont facilité grandement mes recherches pour ce volume. Michael Stevenson a fait une bonne partie du travail de révision pour le Chapitre III et a préparé l'index. Comme toujours, l'aide et les conseils prodigués par le personnel de Bibliothèque et Archives Canada ont été extrêmement précieux. Ce fut le cas aussi pour Rob Paul du Diefenbaker Canada Centre. Ciuineas Boyle et Herb Barrett ont facilité l'accès aux archives du Bureau du Conseil privé. Le manuscrit a été tapé et mis en forme par Aline Gélineau, avec son efficacité et sa minutie habituelles. Gail Kirkpatrick Devlin s'est chargée de la relecture de l'ensemble du manuscrit et a dressé la liste des personnes, avec l'aide de Christopher Cook. Le service du Bureau de la traduction d'Affaires étrangères et Commerce international Canada a produit le texte français des notes de bas de page, des légendes et autres textes complémentaires.

Greg Donaghy, le rédacteur en chef de la série, a lu l'ensemble du manuscrit et a formulé de nombreux commentaires constructifs. Mes autres collègues de la Section historique, Hector Mackenzie et Mary Halloran, ont tous deux apporté leur concours et fourni des conseils. Enfin, la publication de cette série ne serait pas possible sans le soutien d'Ariel Delouya, directeur de la Recherche sur les politiques. La responsabilité du choix des documents m'incombe entièrement.

Enfin, je voudrais remercier mon fils, Ben Cavell, pour son humour et son attitude positive pendant cette année dont nous allons tous deux nous souvenir.

JANICE CAVELL


1Rapport du ministère des Affaires extérieures, 1960 (Imprimeur de la Reine, Ottawa, 1961), p. vii.

2Arnold Heeney, The Things that are Caesar's: Memoirs of a Canadian Public Servant, ed. Brian D.
Heeney (Toronto : University of Toronto Press, 1972), pp. 162-163.