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DCER : Volume #27 - 540.DEA/50052-A-2-40 :

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Volume #27 - 540.

CHAPITRE VIII

EXTREME-ORIENT

2E PARTIE

VIETNAM

540.

DEA/50052-A-2-40

Le commissaire de la Commission internationale de surveillance et de contrôle pour le Vietnam
au chef de la Direction de l’Extreme-Orient

Saigon, le 1er février 1960

Dear Ralph [Collins]:

I thank you for your letter of January 20† with the enclosed copy of Blanchette’s letter to Grondin.†

I had a talk with Charles Bédard shortly before his departure concerning his year in Hanoi in the course of which I suggested that he might prepare a resumé of his impressions of the DRVN and particularly of the relative force of Soviet and Chinese influence.

I have now received a letter from Bédard enclosing copies of a memorandum which he has prepared since returning to Ottawa. The enclosures were in three carbons and it is possible that the original has already found its way to the Far Eastern Division. In any event, I attach a copy.

I am favourably impressed with this memorandum and agree with practically everything in it, in fact, I think his analysis of the Soviet and Chinese influence is rather penetrating.

I am forwarding a copy to Grondin.

Yours sincerely,
J.P. Erichsen-Brown

[PIÈCE JOINTE/ENCLOSURE]

Note
Memorandum

CONFIDENTIEL

[Ottawa, s.d.]

QUELQUES IMPRESSIONS ET COMMENTAIRES SUR LA R.D.V.N.

J’ai, dans mes communications précédentes, donné le produit de mon observation sur le plan économique, au fur et à mesure des événements. J’ai laissé presque intouché tout le domaine politique, plus difficilement accessible que le premier sans entraînement préalable à la philosophie et au milieu socialistes. L’objectif de ce bref tour d’horizon est de livrer quelques unes des impressions qui se dégagent de mon année de séjour en R.D.V.N. et d’esquisser quelques conclusions d’ordre général sur le pays.

L’année qui vient de s’écouler a, tel que prévu, marqué, de pair avec la disparution des derniers vestiges de la bourgeoisie capitaliste, une avance considérable de la socialisation dans tous les secteurs de l’économie. Nonobstant les méthodes employées que j’ai déjà exposées et commentées, l’année se solde, à mon avis, avec un bilan positif. Il y a eu progrès économique, progrès infime et à rythme lent dans de nombreux secteurs, mais progrès réel dans l’ensemble. Cette lenteur tient d’une foule de facteurs les plus divers: manque de main d’œuvre spécialisée, de techniciens, de capitaux, etc., auxquels s’ajoute l’hypothèque onéreuse d’une aide étrangère généralement remboursable à brève échéance. Elle est d’abord et surtout inhérante à un système économique dont le dynamisme repose presque exclusivement sur l’esprit de sacrifice des masses, sur leur soumission aux impératifs d’une idéologie imposée de l’extérieur et, partant, subite.

Le fait primordial demeure toutefois l’adhésion totale du pays au clan socialiste, groupe monolithique dirigé de Moscou. Il en découle que pratiquement tous les phénomènes, tant politiques que économiques, portent en dernière analyse la marque de cette appartenance laquelle constitue pour la R.D.V.N. une sorte de raison d’être. Dans cet optique, la politique extérieure du pays n’est plus que l’écho, retransmis parfois à la fréquence de Pékin; de la voix du Kremlin. Quant à la politique interne, elle demeure, étant donné la nature essentiellement arbitraire du Régime, une sorte d’impondérable pour tous sauf une poignée de dirigents locaux et leurs conseillers étrangers. Le seul phénomène de l’année observable à nos yeux a été, dans ce domaine, la soumission «au peuple» d’une nouvelle « constitution socialiste» dont l’objectif principal semble avoir été de défini et de ramifier davantage les divers organes de direction du gouvernement et du parti. Le mécanisme est devenu un peu plus complexe sans y gagner en souplesse ni en contenu démocratique.

La R.D.V.N. est un pays à économie faible, un pays sous-développé. Il reçoit à ce titre une certaine mesure d’aide et est, partant, soumis à l’influence des autres pays plus fortunés membres du clan socialiste. Les deux principales sources d’aide et, à la fois, influence dominantes en R.D.V.N., sont l’U.R.S.S. et la Chine. Un observateur qui n’est pas dans le secret des dieux parviendra difficilement, s’il y arrive jamais, à retracer les limites des sphères d’influence respectives de ces deux pays. Toutefois la plupart de ceux qui ont vécu quelque temps dans le pays sont généralement d’accord que, dans les domaines scientifique, militaire et culturel (en général), l’influence de l’U.R.S.S. prédomine. En témoigne le nombre sans cesse croissant d’étudiants qu’on envoie chaque année poursuivre ou compléter leurs études scientifiques en U.R.S.S. ou dans les pays satellites de l’est de l’Europe. La main de l’U.R.S.S. est visible dans des parades militaires du type de celle du 2 septembre à Hanoi. Tout le monde de la musique contemporaine et de la danse (domaine qui n’est plus accessible que les autres domaines artistiques) porte définitivement l’empreinte soviétique.

Aux Chinois semble revenir davantage en propre le monde de l’entraînement technique, de l’agriculture et, en grande partie, celui de la technique de propagande et d’éducation des masses. On retrouve en R.D.V.N. nombre de récentes innovations techniques chinoises, telles que celles de matière d’élevage du cochon et de repiquage du riz. À l’instar de la Chine, on rééduque par le travail manuel les intellectuels récalcitrants et les déviationnistes. On exploite aux fins de l’état la main d’œuvre écolière et étudiante. Certains montages de propagande, particulièrement gigantesques, tels que ceux conçus dans les affaires Tanh-Thi-Ly et Phu-Loi, semblent porter la griffe chinoise. L’influence chinoise semble d’ailleurs à l’origine de nombre d’accès et d’intempérances en R.D.V.N., par opposition à l’influence soviétique qui semblerait jouer dans le sens de la modération.

Si l’on peut encore aujourd’hui, dans une certaine mesure, parler de la R.D.V.N. comme d’une «petite Chine,» mon impression est que l’influence soviétique est en montée et qu’elle tendrait même à supplanter la chinoise dans un nombre de secteurs de plus en plus grands. Cette impression se fonde sur bon nombre d’observations dont voici quelques unes:

- Un examen tant soit peu approfondi du caractère national révèle que, sous la flatterie, se cache une sorte de méfiance, voire même, chez d’aucuns, une sorte d’animosité sourde à l’endroit des Chinois. Ces sentiments trouvent un fondement naturel dans la vassalité humiliante imposée pendant plus d’un millénaire par les Chinois à un peuple orgueilleux et fier. Le Vietnamien (aidé en ceci par près d’un siècle de présence française) concèdera assez aisément à l’occidental une supériorité dans le domaine de la science et de la technologie; il respecte l’occidental, s’y subordonne même assez volontiers pendant un certain temps du moins. Il n’admet toutefois pas de maîtres sur le continent asiatique.

- Ce peuple un peu enfantin (à ses heures) et bricoleur se passionne pour la réalisations technologiques de tout ordre, domaine dans lequel excelle l’U.R.S.S. par opposition à la Chine.

- Dans les nombreuses réceptions officielles auxquelles j’ai assisté à Hanoi, j’ai pu observer que le nombre des diplomates et experts chinois était infime par opposition à celui des représentants et techniciens de l’U.R.S.S. et des « pays frères» de l’est de l’Europe.

- Toutes les occasions, enfin, sont bonnes à Hanoi (y compris les réceptions en l’honneur de la Chine) pour prôner l’hégémonie soviétique et rappeler à qui veut l’entendre sa toute puissance et son leadership dans le clan des nations socialistes.

Effet ou non d’une régression de l’influence Chinoise en R.D.V.N., il me semble que les dirigeants adoptent peu à peu une attitude plus positive en matière économique, que le pays dans son ensemble prend davantage conscience de ses limites.

Avant de clore ce bref tour d’horizon, quelques commentaires s’imposent en marge de notre présence en R.D.V.N. Dans les divers milieux où j’ai pu pénétrer pendant mon séjour dans ce pays, j’ai été heureux d’y constater la réputation de probité et d’honnêteté, toute à l’actif du Canada, que mes compatriotes se sont généralement acquise. A l’échelon officiel, du moins, on semble comprendre assez bien la position du Canada dans le monde, on admire même ouvertement sa prospérité et la dynamisme de son économie. J’ai été maintes fois étonné et touché par la nature objective et éclairée de propos qu’on me tenait ainsi que des questions que l’on me posait sur mon pays. Nonobstant la touche d’obséquiosité inévitable au Vietnam, une chose demeure: le nord Vietnamien cultivé (et ils sont nombreux à l’échelon officiel) est en général fasciné par l’image du Canada, grand pays capitaliste, prospère, libre, sans visées impérialistes et vivant en bonne intelligence avec tous ses voisins. Il professe même souvent une sympathie ouverte à l’endroit des Canadiens. J’ai quelquefois même oui dire à Hanoi qu’un pays comme le nôtre, respecté en Asie, sans passé colonialiste et possédant de plus une langue et une culture (française) accessibles aux Vietnamiens était de tous les émissaires possibles du monde occidental en R.D.V.N. le meilleur choix qui puisse être.

Mis à part ce que des remarques de ce genre peuvent contenir de trop ouvertement flatteur, peut-être avons-nous, de notre côté, tendance à sous-estimer les effets de notre présence en R.D.V.N., les possibilités de pénétration que cette présence nous fournit. S’il ne peut être question, pour le moment, étant donné l’hermétisme du milieu, de mettre en œuvre ou même d’élaborer un programme d’information ou d’échanges culturels, on aurait sans doute, à mon avis, tout intérêt à maintenir et à raffermir, dans la mesure du possible, les courants de sympathie ou même de simple curiosité qui existent à notre égard. Sans doute pourrions-nous du moins tenter de répondre de façon bienveillante et expéditive aux quelques requêtes (verbales) d’information sur le Canada qu’on nous fait parfois à l’échelon officiel, plutôt que de devoir les esquiver, faute de «matériel» d’information convenable, faute de fonds ou, même, tout simplement, faute d’intérêt. Nous pourrions, à un stage plus avancé, nous intéresser aux quelques ouvertures qu’on nous fait dans le domaine des échanges commerciaux. Nous pourrions enfin rehausser le niveau de notre représentation à Hanoi en y envoyant des agents davantage préparés et soutenus. — D’une façon générale, je souhaite que notre présence en R.D.V.N. sorte du stage purement symbolique dans lequel elle s’est installée ces dernière années et que, compte tenu des limitations qu’impose le milieu, cette présence devienne plus dynamique.

J’ai, pour mon compte, rencontré en R.D.V.N. un people industrieux, intelligent, fier, curieux, subtil, dont l’élite férue de culture française conserve la nostalgie de l’occident. Nonobstant la mauvaise foie des dirigeants et l’état de croupissement des masses, il y a au Nord Vietnam une réserve de forces vives que le régime actuel ne peut étouffer. Il me semble donc qu’une contribution canadienne, infime soit-elle, au dégagement de ces forces ne pourrait manquer, à longue échéance du moins, de favoriser la cause du monde libre tout entier dans le Sud-Est asiatique.

Charles M. Bédard



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