Part de marché du Canada aux États-Unis et les effets de la gamme de produits et de la compétitivité

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Mykyta Vesselovsky
Bureau de l’économiste en chef
Juin 2010

Résumé

Au cours des dix dernières années, la part du marché américain détenue par le Canada n’a cessé de diminuer en raison d’un certain nombre de facteurs (la force du dollar canadien, la concurrence livrée par la Chine et les perturbations dans le secteur de l’automobile). Ce phénomène ayant été accentué par la récession de 2009, le Canada a terminé la décennie avec une part du marché des importations américaines inférieure de presque un quart à celle qu’il détenait en 2000.

Les pertes de part de marché peuvent s’expliquer par la gamme de produits (concentration dans des secteurs à plus lente croissance) ou la chute de compétitivité sur le plan sectoriel. Le présent document démontre qu’avant 2009, la gamme de produits avait peu d’effet net sur la part de marché canadienne aux États-Unis, puisque l’impact négatif de la concentration dans le secteur de l’automobile était plus que compensé par l’effet positif de la croissance rapide des importations d’énergie des États-Unis. Ces effets compensatoires permettent de déduire que la chute de compétitivité dans tous les secteurs d’activités est le principal facteur qui explique la diminution de la part de marché du Canada. La gamme de produits a effectivement joué un plus grand rôle pendant la récession alors que la baisse des prix de l’énergie avait entraîné une diminution de la valeur des exportations d’énergie, mais il n’en reste pas moins que l’effet de compétitivité demeurait négatif dans presque tous les secteurs. En outre, le rétrécissement du marché engendré par la récession a également contribué à la chute radicale des exportations canadiennes aux États-Unis.

Puisque la concurrence livrée par la Chine et par d’autres marchés émergents ainsi que la force du dollar canadien constitueront probablement des facteurs permanents, la présente analyse met en relief la nécessité d’accroître la compétitivité du Canada au moyen d’une productivité accrue ainsi que d’une plus grande compétitivité en amenant de nouveaux exportateurs sur le marché américain – un sujet de discussions stratégiques intenses à l’heure actuelle.

Contexte

Le taux de croissance des exportations canadiennes de biens et de services aux États-Unis, qui dépassait largement 10 p. 100 par année pendant les années 1990, a reculé entre 2000 et 2008, s’élevant à une fraction de point de pourcentage. Par conséquent, la part du Canada pour les marchandises importées aux États-Unis a diminué, passant de 18,8 p. 100 en 2000 à 16,1 p. 100 en 2008. En 2009, les exportations de marchandises canadiennes aux États-Unis ont considérablement chuté (de 29 p. 100). Cette performance avait été fortement influencée par la crise économique mondiale et par l’affaiblissement des cours des produits de base, ramenant ainsi la part de marché canadienne aux États-Unis à 14,5 p. 100. Ce taux représente une perte de presque un quart de sa part de marché en neuf ans.

Pour mieux comprendre ces faits, nous décortiquons le changement total des importations américaines provenant du Canada en fonction de trois effets distincts : l’effet de la croissance (ou l’effet de la taille du marché), l’effet relatif aux produits et l’effet de pure compétitivité. Cette décortication est une forme d’analyse à parts de marché constantes (APMC), couramment utilisée dans le cadre de recherches sur les politiques commerciales et économiques. L’effet de la croissance désigne le potentiel de croissance des importations américaines provenant du Canada si elles s’étaient accrues au même rythme que le total des importations américaines durant cette même période. L’effet relatif aux produits indique dans quelle mesure les changements en matière d’importation s’expliquent par la gamme de produits d’exportations offerte par le Canada. La concentration dans des secteurs de produits à croissance rapide accentuerait cet effet, et vice-versa. En dernier lieu, l’effet de compétitivité illustre les gains/pertes enregistrés au niveau des importations américaines provenant du Canada causés par le gain ou la perte de part de marché du Canada dans un secteur pendant une période donnée. Cet indice illustre les changements concernant la compétitivité du Canada vis-à-vis d’autres sources d’importations aux États-Unis.

Résultats

De 1995 à 2000, le Canada a obtenu de bons résultats sur le marché américain, augmentant la valeur de ses exportations de 141 milliards $. Cette croissance est entièrement attribuable à l’économie américaine florissante, alors que la compétitivité et la gamme de produits ne constituaient qu’un léger handicap aux importations américaines provenant du Canada. La chute de compétitivité était alors mineure, ne coûtant au Canada que 9 milliards $ en importations américaines potentielles. L’impact négatif de la gamme de produits était encore plus faible. Ensemble, ces effets n’ont engendré que 8 p. 100 de réduction de la croissance des exportations du Canada, ce qui représentait un bon résultat relativement aux efforts du Canada pour conserver sa part de marché durant cette période.

De 2000 à 2008, cependant, la situation a considérablement changé. La croissance de la demande des États-Unis s’est ralentie – l’effet de la croissance durant cette période (80 milliards $ sur huit ans) n’équivalait qu’à environ la moitié de celui de la période précédente (154 milliards $ sur cinq ans). En outre, cet effet a été en grande partie contrebalancé par la chute de la compétitivité du Canada et, par le fait même, le rétrécissement de sa part de marché. L’effet de la gamme de produits, positif, mais modeste, n’a pas suffi à influencer les résultats de façon importante (un gain de 3 milliards $, attribuable en grande partie à l’augmentation des cours des produits de base – en fait, les gains attribuables aux produits de base ont tout juste compensé de considérables pertes liées à la gamme de produits dans le secteur de la fabrication). Un effet de compétitivité négatif a été constaté dans tous les secteurs pendant cette période (sauf dans le cas de l’aérospatiale). Le secteur de l’automobile est celui qui a connu le pire effet de compétitivité négatif (20 milliards $) et les secteurs de la machinerie et de l’équipement, ainsi que l’industrie manufacturière diverse ont également essuyé d’importantes pertes.

En 2009, tous les effets combinés ont entraîné une diminution de 104 milliards $ de la valeur des exportations canadiennes aux États-Unis. La majeure partie de cette diminution était attribuable au fléchissement général du marché américain, qui a coûté au Canada 75 milliards $ en exportations, et elle a été aggravée par l’affaiblissement de la compétitivité du Canada ainsi que par une gamme de produits défavorable (en grande partie à cause de la baisse des cours des produits de base).

Conclusion

Alors que le Canada avait plutôt réussi à conserver sa part dans ce marché en croissance rapide entre 1995 et 2000, il n’a obtenu qu’une part réduite du même marché entre 2000 et 2009 (le marché étant celui des importations américaines). L’effet relatif à la gamme de produits a été notable dans certains secteurs, mais a seulement apporté une contribution globale importante en 2009, surtout en raison de l’affaiblissement des prix de l’énergie et d’autres ressources. Cependant, l’essentiel de la diminution de la part de marché du Canada survenue avant 2009 est attribuable à l’affaiblissement de la compétitivité.

Constant Analyse de part de marché des importations américaines en provenance du Canada en milliards de dollars
 1995-20002000-20082008-2009
Effet total141,48018,489-103,569
Effet de la compétitivité-9,173-64,804-11,744
Effet produit-3,3983,483-17,137
Effet de la croissance154,05179,810-74,689

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