Poussée de la Chine vers le sommet de la chaîne de valeur

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Erik Ens
Bureau de l'économiste en chef
18 novembre 2008

Résumé

Les répercussions sur la Chine d’un ralentissement économique aux États-Unis et en Europe illustrent clairement à quel point la Chine s’est intégrée dans l’économie mondiale. Cette intégration repose jusqu’à maintenant sur l’avantage relatif de la Chine en ce qui concerne les produits exigeant beaucoup de main-d’oeuvre et sur la transformation de ce pays en « atelier du monde ». Aussi, la nature même de la concurrence subit des changements et changera encore plus au fur et à mesure que l’économie chinoise se rapproche du sommet de la chaîne de valeur. Le gouvernement chinois encourage fortement le transfert vers des segments à plus grande valeur ajoutée et il a fixé des objectifs ambitieux en matière d’investissement en R-D. La Chine s’est hissée au rang d’acteur important dans l’économie mondiale, mais elle ne fait que commencer à se démarquer comme concurrente dans les secteurs de pointe. Alors que les économies avancées voient leur avantage relatif décroître dans de nombreuses industries ou dans des segments d’industrie de pointe, les répercussions de cette deuxième vague d’« émergence » s’avéreront au moins aussi profondes que les premières. Ce phénomène constitue l’élément moteur des stratégies du gouvernement du Canada visant à encourager l’innovation dans notre pays et à accroître notre compétitivité dans l’économie mondiale du savoir.

La politique rehausse la chaîne de valeur

Le gouvernement chinois a annoncé (dans son plan quinquennal actuel de même que dans les plans subséquents) des stratégies visant à faire progresser le pays dans la chaîne de valeur et à accroître la valeur ajoutée. Selon les estimations de l’OCDE, la Chine est devenue en 2006 le deuxième investisseur mondial en R-D et s’est fixé comme objectif ambitieux de gonfler la part de son PIB consacrée à la R-D à 2 % en 2010. Cette part se situe légèrement au-dessus de celle du Canada et représente une hausse particulièrement importante, compte tenu de la croissance du PIB chinois. La croissance de l’investissement se poursuit dans le domaine de l’éducation : en 2006, la Chine comptait, selon les estimations, un nombre un peu plus élevé d’ingénieurs que les États-Unis et environ neuf fois plus que le Canada (bien que les niveaux de compétence ne soient pas encore équivalents)Note de bas de page 1. Elle accorde en outre des diplômes de spécialistes à un rythme beaucoup plus rapide. L’OCDE estime que la Chine a fait passer sa part de brevets d’invention de près de 0 % en 1995 à 0,8 % en 2005.

Les ambitions de la Chine ne peuvent être mieux illustrées que par les efforts qu’elle déploie pour réduire les secteurs exigeant beaucoup de main-d’oeuvre dans certains domaines (ou pour les inciter à s’installer dans des régions rurales) afin de libérer des travailleurs pour qu’ils puissent effectuer des activités à haute valeur ajoutée. En 2007, le pays a réduit les rabais sur la TVA dont les exportateurs de textile bénéficiaient, dans le but de canaliser la production vers des activités de fabrication à valeur plus élevéeNote de bas de page 2. Cette politique se démarque nettement de celle de nombreux pays développés qui prennent toutes les précautions pour protéger leurs industries à faible valeur ajoutée au moyen de subventions et de droits de douane, évitant ainsi que la main-d’oeuvre se déplace vers des secteurs à valeur ajoutée plus élevée.

Indicateurs de la progression dans la chaîne de valeur

Un bon nombre d’indicateurs confirment que l’économie chinoise devient plus concurrentielle dans les créneaux à haute valeur ajoutée, dominés par des pays membres de l’OCDE comme le Canada. Les entreprises chinoises créent leurs propres marques et s’appuient sur les connaissances sectorielles tirées des ventes effectuées dans les chaînes de valeur mondiales dominées par d’autres entreprises. Le secteur de l’aérospatiale (voir plus bas) est un exemple probant dans lequel les entreprises chinoises qui fournissaient jadis des pièces sont maintenant devenues des concepteurs importants de nouveaux aéronefs. La taille des entreprises chinoises croît de manière dramatique et ces dernières sont mieux en mesure de rivaliser sur le marché international. La Chine occupe maintenant le sixième rang du Fortune 500 de 2008, avec 29 sociétés en liste, alors qu’elle n’en avait que 3 de listées au cours des années 90.

Tel que le démontre l’annexe ci-après, la composition des exportations de la Chine change au fil des ans. En 2000, sept des dix produits chinois les plus exportés comprenaient les jouets, les textiles et les produits connexes. Depuis 2008, les produits textiles, les meubles et les jouets ne font plus partie des dix premiers produits d’exportation, ce sont maintenant les produits électroniques et les machines qui sont en tête, et leur part des exportations totales a augmenté considérablement. Bien qu’il soit difficile d’évaluer, pour ces produits, quelle part de la valeur ajoutée provient de la Chine, il est important de noter que la part des exportations provenant d’entreprises non détenues par des étrangers est à la hausse (mais plus de la moitié des exportations proviennent encore des filiales d’entreprises étrangères).

Les salaires en Chine se sont eux aussi adaptés, en partie en raison du rétrécissement du marché de la main-d’oeuvre, mais aussi à cause d’une croissance élevée de la productivité. La croissance annuelle réelle de la masse salariale s’est élevée en moyenne à 11,2 %, entre 1998 et 2006. Depuis 2007, la croissance se situe à 18,3 % (non ajustée), avec en tête les secteurs de la finance (+29,6 %), du commerce de gros et de détail (+22 %), de la science et de la technologie (+21 %) et de l’exploitation minière (+20,6 %).

Conséquences pour le Canada

Le gouvernement chinois a désigné dans son plan quinquennal plusieurs secteurs clés qu’il désire développer et certains de ceux-ci pourraient avoir des incidences sur les exportations canadiennes, notamment en ce qui concerne les aéronefs, les pièces automobiles et les biotechnologies. En mars 2008, la Chine a lancé son premier projet national d’aéronef civil de ces dernières années, le jet régional ARJ21. Conçu d’abord pour desservir le marché national, ce projet vise à créer éventuellement un constructeur d’avions de calibre mondial, lequel deviendrait un nouveau concurrent pour la société canadienne Bombardier. Les exportations de pièces atteignant 12,2 milliards de dollars américains en 2007, la croissance du secteur chinois de l’automobile a déjà des retombées sur les marchés mondiaux. Déjà en 2006, la Chine constituait la cinquième source d’importation de pièces automobiles aux États-Unis, un secteur affichant une croissance de plus de 500 % depuis 2000, comparativement à 20 % pour le Canada, principal fournisseur actuel. Les chaînes de valeur mondiales dominées par le Canada, qui font appel à des fabricants chinois pour leurs produits intermédiaires, subiront elles aussi les conséquences de la hausse des coûts de la production chinoise, ce qui fera augmenter leurs propres coûts et les obligera à se rabattre sur des pays tels que le Vietnam comme destination étrangère pour installer leur production exigeant beaucoup de main-d’oeuvre.

Conclusion

Soutenue par une source de main-d’oeuvre à bon marché, par une énorme base de R-D, par des diplômés très qualifiés et par des stratégies gouvernementales vigoureuses, la poussée de la Chine vers le sommet de la chaîne de valeur pourrait avoir des retombées beaucoup plus sérieuses pour les pays développés que l’actuelle prédominance de ses exportations résultant d’une production à faible technologie et exigeant beaucoup de main-d’oeuvre. Ces enjeux procurent la motivation requise pour faire du Canada une destination de choix pour mener des activités à valeur élevée.

Principales exportations de la Chine - 2000
RangProduitsPart des exportations
1Appareils informatisés de traitement des données, lecteurs magnétiques, etc.4,4 %
2Pièces et autres composantes pour les machines à écrire et autres appareils de bureau2,3 %
3Jouets, maquettes etc.; casse-têtes; pièces, etc.2,0 %
4Tailleurs pour femme ou enfant, ensembles, etc.; vêtements non tricotés, etc.1,8 %
5Chandails, pulls, gilets, etc.; tricotés ou crochetés1,8 %
6Chaussures, couvre-chaussures en caoutchouc, plastique, cuir et cuir haut de gamme1,7 %
7Complets pour homme ou enfant, ensembles, etc.; non tricotés1,7 %
8Articles de voyage, sacs à main, portefeuilles, coffrets à bijoux, etc.1,5 %
9Transfor. élec., conv. statiques et à induc., adap. d’alim., trans. d’alim., etc.1,5 %
10Chaussures, couvre-chaussures, en plastique ou en caoutchouc1,4 %
11Pièces et accessoires automobiles0,45 %
Principales exportations de la Chine - depuis 2008
RangProduitsPart des exportations
1Appareils informatisés de traitement des données, lecteurs magnétiques, etc.7,1 %
2Appareils électriques pour lignes téléphoniques, etc.; pièces6,1 %
3Appareils d’enregistrement audiovisuel, notamment écrans de contrôle vidéo et projecteurs2,6 %
4Pièces et autres composantes pour les machines à écrire et autres appareils de bureau2,4 %
5Appareils à cristaux liquides NDNCA; lasers; appareils opt.; transfo.1,8 %
6Circuits électroniques intégrés et microassemblage1,8 %
7Imprimantes, notamment à jet d’encre1,4 %
8Dispositifs semi-conducteurs; diodes à em. lég.1,2 %
9Véhicules de transport de personnes ou de marchandises1,2 %
10Transfor. élec., conv. statiques et à induc., adap. d’alim., trans. d’alim., etc.1,2 %
11Pièces et accessoires automobiles1,1 %

Préparé par le Bureau de l’économiste en chef. Données : World Trade Atlas

Notes de bas de page

Note de bas de page 1

McKinsey Global Institute juge que seulement un peu plus de un sur dix de ces professionnels seraient suffisamment qualifiés pour être embauchés par une multinationale.

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Note de bas de page 2

Depuis son adoption, cette politique a fait un retour en arrière du fait que, contrainte par des coûts de main-d’oeuvre et de matières premières plus élevés, la production a baissé à un rythme beaucoup plus rapide qu’anticipé.

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