Examen de l’étude intitulée : « Employment Implications of Trade Liberalization with East Asia »

Travailleurs canadiens de l’automobile, parue en septembre 2006

Dan Ciuriak, Le Bureau de l’économiste en chef, MAECI
Septembre, 2006

Résumé

L’étude commandée par les TCA examine l’incidence sur l’emploi au Canada des accords de libre-échange potentiels entre le Canada et la Corée, le Japon et la Chine. Malheureusement, tant par sa forme que dans son exécution technique, l’étude est boiteuse et ses conclusions sont sujettes à caution.

Dans cette étude, on exclut la libéralisation des échanges dans le domaine agricole. Étant donné qu’un ALE Canada-Corée sans l’agriculture ne saurait être viable, les conclusions de l’étude ne sont utiles à aucune entente réaliste.

Dans l’étude, on utilise l’équilibre commercial bilatéral et l’incidence sur les emplois sectoriels pour mesurer les avantages d’un ALE. L’équilibre commercial bilatéral ne sert à rien dans le cadre des échanges du Canada avec plus de 200 partenaires. L’incidence sur les emplois sectoriels correspond au coût d’adaptation au moment du passage de la main-d’oeuvre et du capital de secteurs en déclin à des secteurs en croissance, et non à des pertes permanentes. Également, l’étude ignore le travail habituel de mesure des avantages e la libéralisation des échanges commerciaux, à savoir les gains en efficacité dus à la plus forte spécialisation dans le domaine où le pays jouit d’un avantage comparatif et les avantages pour les consommateurs de prix plus faibles et d’une concurrence accrue sur le marché.

Dans son évaluation de l’incidence des ALE sur l’emploi au Canada, l’étude suppose que toute croissance des importations en provenance des pays partenaires se produit tout à fait au détriment de la production et des emplois au Canada. Cette hypothèse serait vraie, si le Canada n’importait pas de pays tiers et si les prix plus bas sur le marché intérieur n’accroissaient pas les achats de consommation. Les hypothèses posées ne sont pas valides et entraînent de grossières erreurs, qui sont particulièrement énormes dans un secteur tel que l’automobile, où les importations de pays tiers représentent la part du lion des ventes sur le marché intérieur.

En jugeant que l’avantage, pour le Canada, d’augmenter les exportations vers la Corée serait limité, voire nul, l’étude se base sur une analyse économétrique qui ne tient pas la route et qui s’écroule si on en fait un examen minutieux.

L’étude de TCA utilise également des « analogies historiques » qui amènent le lecteur à conclure que l’incidence d’un ALE Corée-Canada sur le flux commercial futur correspondra au modèle historique moyen de la croissance des importations et des exportations avec les partenaires actuels du Canada. À cet égard, l’étude de TCA attribue implicitement à un ALE toute hausse du commerce due à une croissance des économies respectives, les variations du taux de change et celles du prix des marchandises qui pourraient se produire après la conclusion de l’ALE. Cette approche n’est pas scientifique : l’effet d’un ALE doit être examiné en s’appuyant sur le principe que « toutes choses étant égales par ailleurs », c’est-à-dire qu’il faut éliminer les incidences des autres facteurs sur le commerce. Ainsi, c’est cette approche, associée à des hypothèses limites (aucune sensibilité coréenne aux réductions tarifaires et exclusion de l’agriculture), qui a engendré l’en-tête prédisant la perte de 33 000 emplois en cas d’un ALE Canada-Corée.


Pour obtenir une copie du rapport complet, prière d'envoyer un courriel à l'adresse suivante:
statistiquescommerciales.cea@international.gc.ca