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Entré en vigueur le 5 juillet 1997, l'Accord de libre échange Canada Chili (ALECC) a été, à plusieurs égards, une première pour le Canada et le Chili. Pour le Canada, il s'agissait du premier accord de libre-échange conclu avec un grand pays sud américain, et de l'accord du genre le plus important sur le plan économique depuis l'Accord de libre échange nord américain (ALENA). Pour le Chili, il constituait le tout premier accord de libre échange global signé avec un pays industrialisé de pointe.

Les quinze années écoulées depuis l'entrée en vigueur de l'ALECC offrent suffisamment de recul pour permettre d'évaluer les progrès réalisés grâce à l'accord et d'examiner dans quelle mesure l'accord a donné les résultats escomptés. Au cours de la période, les avancées se sont multipliées en théorie du commerce, au sujet notamment de l'importance de la variété et de l'effet de la libéralisation du commerce sur les produits nouveaux ou existants. Ainsi, l'ALECC constitue une source de données empiriques sur les effets d'un ALE sur la « marge extensive » (l'introduction de nouveaux produits dans une relation commerciale) et sur la « marge intensive » (la fluctuation du volume des échanges de produits déjà en circulation). Enfin, le Chili a signé de nombreux autres ALE depuis l'ALECC, soit plus de 18, entre autres avec l'Union européenne, les États Unis, le Mexique et la Chine; à cet égard, l'ALECC constitue une plateforme tout indiquée pour évaluer l'effet de l'érosion de la préférence tarifaire découlant de la multiplication des ALE.

L'ALECC a essentiellement tenu ses promesses en permettant aux deux pays d'intensifier notablement leurs échanges bilatéraux, tant les échanges existants (marge intensive) que les nouveaux échanges (marge extensive), et de générer un fort accroissement des revenus.

  1. En moyenne, les échanges commerciaux bilatéraux entre les deux pays ont crû de 12,2 % plus rapidement qu'ils ne l'auraient fait n'eût été l'ALECC.
  2. Les exportations du Canada à destination du Chili ont affiché une croissance de 5,4 % en moyenne entre 1997 et 2011, contre seulement 1,7 % pour l'ensemble de l'Amérique latine.
  3. En 2011, le Chili s'est hissé au rang de troisième destination en importance des exportations du Canada en Amérique latine, derrière le Mexique et le Brésil, alors qu'il occupait le septième rang en 1997.
  4. L'essentiel des gains réalisés au chapitre des échanges commerciaux a été attribuable aux nouveaux échanges, c'est à dire aux produits qui ne faisaient pas l'objet d'échanges avant la signature de l'ALECC et pour lesquels l'accord a abaissé le seuil d'entrée. Les nouveaux produits ont contribué pour 90 % à l'augmentation nette de la valeur des exportations canadiennes au Chili.
  5. L'ALECC a procuré des avantages allant au delà de ceux traditionnellement associés à l'élimination tarifaire. Il est donc permis de croire que les mesures visant à libéraliser les investissements et les services, couramment adoptées dans les accords de libre échange de nouvelle génération, ainsi que l'assurance additionnelle conférée par un accord commercial, pourraient influer plus fortement sur les échanges bilatéraux de marchandises que la réduction des tarifs.
  6. Dans l'ensemble, les gains annuels pour la prospérité économique du Canada attribuables à l'ALECC ont totalisé environ un quart de milliard de dollars (ou 250 millions de dollars).
  7. Si le Canada a vu s'accroître sa part dans le marché du Chili après l'entrée en vigueur de l'ALECC, ses avantages préférentiels au Chili se sont amenuisés à la suite de la signature d'accords entre le Chili et des pays tiers.

L'ALECC donne les résultats escomptés en favorisant l'intensification des échanges commerciaux entre les deux pays.

La valeur des exportations du Canada à destination du Chili a plus que doublé entre 1997 et 2011, étant passée de 392 millions de dollars à 819 millions de dollars, au rythme d'une hausse annuelle de 5,4 % durant les quinze dernières années. Cette croissance est nettement supérieure à celle de la valeur des exportations dans les autres grands pays sud américains, comme l'Argentine et le Brésil, avec lesquels le Canada n'avait pas d'accord commercial préférentiel. Durant la même période, les exportations de marchandises du Canada dans l'ensemble de l'Amérique latine n'ont gagné que 1,7 %. À la faveur de cette croissance exceptionnelle, le Chili s'est hissé au rang de troisième destination en importance des exportations du Canada en Amérique latine en 2011, derrière le Mexique et le Brésil. Par comparaison, le Chili était le septième marché en importance en Amérique latine en 1997.

La croissance des importations canadiennes de marchandises en provenance du Chili observée depuis la signature de l'ALECC est encore plus remarquable. Évaluées à 1,9 milliard de dollars en 2011, les importations canadiennes totales de marchandises en provenance du Chili ont été six fois plus élevées qu'en 1997, alors qu'elles s'étaient chiffrées à 326 millions de dollars. Même si l'on exclut les métaux précieux, qui ont contribué pour environ 50 % à l'augmentation totale nette des importations en provenance du Chili et qui n'étaient pas visés par l'ALECC, les importations en provenance du Chili ont plus que triplé.

Fort diversifiées, les marchandises grâce auxquelles le Canada a réalisé des gains d'exportation à destination du Chili comprenaient le minerai, les machines et le matériel, les huiles et les combustibles minéraux, les produits du fer et de l'acier, les plastiques, les graisses animales et les huiles végétales, les produits chimiques, les produits pharmaceutiques, le matériel médical et les instruments de précision, ainsi que les outils en métaux communs. Les gains d'importation en provenance du Chili étaient surtout attribuables aux pierres et métaux précieux, au cuivre, aux poissons et aux fruits et légumes comestibles.

Dans l'ensemble, les résultats de recherches économétriques poussées montrent que la croissance des échanges commerciaux bilatéraux entre les deux pays a été de 12,2 % plus rapide en moyenne qu'elle ne l'aurait été en l'absence de l'ALECC.

La croissance des échanges commerciaux est en bonne partie attribuable aux nouveaux échanges, c'est à dire à des produits qui ne faisaient pas l'objet d'échanges bilatéraux avant l'ALECC.

Le Chili se situe au deuxième rang des destinations de choix pour les exportateurs canadiens en Amérique du Sud, derrière le Brésil. Le nombre d'entreprises canadiennes qui ont exporté au Chili après l'entrée en vigueur de l'ALECC a plus que doublé pour atteindre 1 281 en 2010, comparativement à ce qui était observé avant la signature de l'accord.

Le nombre de produits que le Canada a exportés au Chili a lui aussi plus que doublé pour atteindre 1 759 produits en 2011, par rapport à 848 produits en 1996. Comme 267 produits ont été retirés de l'ensemble des exportations, ce sont plus précisément 1 178 nouveaux produits qui ont élargi l'éventail des exportations canadiennes à destination du Chili. Les nouveaux produits qui n'étaient pas exportés en 1996 ont contribué pour 90 % à l'augmentation nette de la valeur des exportations canadiennes au Chili.

Le nombre de produits que le Canada a importés du Chili a presque triplé entre 1996 et 2011, étant passé de 454 à 1 210. L'ajout de 922 nouveaux produits et le retrait de 166 autres ont porté l'augmentation nette du nombre de produits importés du Chili à 756 produits. Les nouveaux produits qui n'étaient pas importés avant l'entrée en vigueur de l'accord de libre échange ont contribué pour 76 % à l'augmentation nette de la valeur des importations.

L'ALECC a généré des retombées dépassant les retombées associées habituellement à l'élimination des droits de douane.

Après l'entrée en vigueur de l'ALECC, c'est pour les produits déjà exempts de droits de douane avant l'Accord et les produits qui ont fait l'objet d'une réduction de droits de douane de plus de 10 p. 100, que la croissance commerciale la plus importante a été observée. L'augmentation des échanges de produits exempts de droits de douane met en évidence le fait que les accords commerciaux de la « nouvelle génération », comme l'ALECC, permettent souvent des retombées qui dépassent les retombées associées traditionnellement à l'élimination ou à la réduction des droits de douane. La mise en oeuvre de mesures visant à libéraliser les investissements et les services de même que la plus grande certitude qui résultent de ces accords commerciaux pourraient avoir un effet bien plus grand sur le commerce bilatéral des marchandises que l'effet produit par une simple réduction des droits de douane.

Le grand nombre d'ALE signés par le Chili après la signature de l'ALECC a freiné la croissance soutenue des exportations canadiennes vers le pays.

Le Chili a signé de nombreux ALE après avoir signé l'ALECC, et elle en compte actuellement 18, notamment avec l'Union européenne, les États-Unis, le Mexique et la Chine. Si ces ALE ont érodé la préférence tarifaire accordée aux produits canadiens dans le marché chilien et ralenti le rythme de la croissance des exportations canadiennes au Chili, on observe que ce ralentissement a surtout marqué les exportations canadiennes traditionnelles et que la croissance des nouvelles exportations canadiennes n'a été que faiblement touchée.

Ce constat s'explique par le fait que les consommateurs des deux pays ont grandement apprécié les nouveaux produits rendus accessibles aux termes de l'ALECC. Par ailleurs, comme le Chili est une économie relativement petite qui abrite seulement 17 millions d'habitants, cela limite, tout comme les pressions concurrentielles des pays tiers, les possibilités d'expansion du volume commercial de chaque nouveau produit canadien.

Les gains sur le plan du bien-être économique découlant de l'ALECC se chiffrent à environ un quart de milliard de dollars (ou 250 millions de dollars) annuellement.