Le point sur le commerce et l'investissement – 2009

I. La performance de l'économie mondiale

Aperçu et perspectives globales

L'économie mondiale a connu une forte expansion au cours de la période de quatre ans allant de 2004 à 2007. Le produit intérieur brut (PIB) mondial a augmenté de près de 5 p. 100 l'an en moyenne, le rythme soutenu le plus élevé depuis le début des années 70. Cependant, la crise de liquidité apparue à la fin de 2007 s'est aggravée dès les premiers mois de 2008, pour ensuite atteindre un nouveau stade de turbulence en septembre 2008 qui a provoqué une contraction sans précédent de l'activité économique et du commerce. La production industrielle et les échanges de marchandises ont chuté au quatrième trimestre de 2008 et la dégringolade s'est poursuivie au début de 2009, tant dans les économies avancées que dans les économies émergentes. On estime que le PIB mondial s'est contracté de 6,25 p. 100 sur une base annualisée au quatrième trimestre de 20081 (un revirement par rapport au taux de croissance de 4 p. 100 observé un an plus tôt) et que la baisse s'est poursuivie à un rythme presque aussi rapide au premier trimestre de 2009. Pour l'ensemble de 2008, la croissance économique dans le monde a ralenti de plus du tiers, passant de 5,2 p. 100 en 2007 à 3,2 p. 100 l'an dernier.

Toutes les économies du monde ont été sérieusement touchées, mais l'impact du ralentissement s'est fait sentir de façon inégale. Les économies avancées ont enregistré un déclin sans précédent de 7,5 p. 100 au quatrième trimestre de 2008 et la plupart sont maintenant aux prises avec une profonde récession. Alors que l'économie américaine subissait les contrecoups des problèmes croissants du système financier et de la baisse continue du secteur de l'habitation, l'Europe de l'Ouest et les économies plus avancées d'Asie étaient durement frappées par l'effondrement du commerce ainsi que par l'aggravation des difficultés sur leurs propres marchés financiers et le mouvement de correction du marché de l'habitation dans certains pays.

Les économies émergentes ont aussi été fortement éprouvées et, dans l'ensemble, elles se sont contractées de 4 p. 100 au quatrième trimestre. Les dommages se sont propagés tant par les circuits financiers que par ceux du commerce. Dans les économies de l'Asie de l'Est, fortement tributaires des exportations manufacturières, l'activité a enregistré un recul marqué, bien que celui-ci ait été un peu moins prononcé en Chine et en Inde en raison de la part plus restreinte du secteur de l'exportation dans la production intérieure de ces deux pays, d'une demande intérieure plus résiliente et, dans le cas de la Chine, de mesures énergiques de relance budgétaire. Les pays émergents d'Europe et les pays membres de la Communauté des États indépendants (CEI)2 ont été durement frappés du fait de leur forte dépendance à l'égard du financement extérieur et des exportations manufacturières et, dans le cas de la CEI, des exportations de matières premières. Les pays d'Afrique, d'Amérique latine et du Moyen-Orient ont ressenti les effets de la brusque dégringolade des prix des produits de base, ainsi que des difficultés du système financier et de la faible demande à l'exportation.

En supposant que des mesures vigoureuses de soutien macroéconomique seront mises en oeuvre et en prévoyant que le rythme de contraction ralentira à partir du second trimestre de 2009, on estime que l'activité mondiale diminuera de 1,3 p. 100 en 2009 (tableau 1-1). Quelle que soit la mesure employée, un tel recul constitue clairement la plus grave récession survenue dans le monde depuis la Grande Crise3. Qui plus est, toutes les régions du monde sont touchées : selon les projections, les pays où il y aura déclin de la production par habitant représentent les trois quarts de l'économie mondiale, tandis que la croissance est en baisse marquée dans presque tous les pays par rapport aux taux observés de 2003 à 2007. On prévoit que la croissance reprendra en 2010, mais à un taux de 1,9 p. 100, ce qui serait nettement inférieur au potentiel de croissance.

Tableau 1-1
Croissance du PIB réel dans certaines économies entre 2005-2008 et prévisions pour 2009
 20052006200720082009
Monde4,5 %5,1 %5,2 %3,2 %-1,3 %
Économies avancées2,6 %3,0 %2,7 %0,9 %-3,8 %
Canada2,9 %3,1 %2,7 %0,5 %-2,5 %
États-Unis2,9 %2,8 %2,0 %1,1 %-2,8 %
Royaume-Uni2,1 %2,8 %3,0 %0,7 %-4,1 %
Japon1,9 %2,0 %2,4 %-0,6 %-6,2 %
Zone euro1,7 %2,9 %2,7 %0,9 %-4,2 %
France1,9 %2,4 %2,1 %0,7 %-3,0 %
Allemage0,8 %3,0 %2,5 %1,3 %-5,6 %
Italie0,7 %2,0 %1,6 %-1,0 %-4,0 %
Économies en développement7,1 %8,0 %8,3 %6,1 %1,6 %
Chine10,4 %11,6 %13,0 %9,0 %6,5 %
Inde9,2 %9,8 %9,3 %7,3 %4,5 %
Russie6,4 %7,7 %8,1 %5,6 %-6,0 %
Brésil3,2 %4,0 %5,7 %5,1 %-1,3 %
Mexique3,2 %5,1 %3,3 %1,3 %-3,7 %
ANASE-5
Indonésie5,7 %5,5 %6,3 %6,1 %2,5 %
Malaisie5,3 %5,8 %6,3 %4,6 %-3,5 %
Philippines5,0 %5,4 %7,2 %4,6 %0,0 %
Thailand4,6 %5,2 %4,9 %2,6 %-3,0 %
Vietnam8,4 %8,2 %8,5 %6,2 %3,3 %
NIEs
Hong Kong7,1 %7,0 %6,4 %2,5 %-4,5 %
Corée4,0 %5,2 %5,1 %2,2 %-4,0 %
Singapour7,3 %8,4 %7,8 %1,1 %-10,0 %
Taiwan4,2 %4,8 %5,7 %0,1 %-7,5 %

Source : FMI, Perspectives de l’économie mondiale, base de données, avril 2009.

Les États-Unis

Le PIB réel a crû de 1,1 p. 100 en 2008 aux États-Unis, après un gain de 2,0 p. 100 en 2007. Le ralentissement de la croissance du PIB réel traduit avant tout la forte décélération des dépenses de consommation personnelles, le repli de l'investissement fixe non résidentiel, notamment en matériel et logiciels, et le ralentissement des exportations et des dépenses des gouvernements des États et des administrations locales. Ces tendances ont été en partie contre -balancées par une forte baisse des importations, une accélération des dépenses fédérales et une diminution plus modeste de l'investissement privé dans les stocks.

Pour l'ensemble de l'année, les dépenses de consommation ont sensiblement ralenti, n'augmentant que de 0,2 p. 100 après un gain de 2,8 p. 100 en 2007. Les dépenses en biens durables ont fléchi, principalement sous l'effet d'une baisse des dépenses pour les véhicules et les pièces d'automobile. Les dépenses en biens non durables ont aussi fléchi de façon généralisée. Même constat du côté des services, où les dépenses ont ralenti partout, sauf pour les soins médicaux. L'investissement fixe non résidentiel a aussi décéléré, progressant de seulement 1,6 p. 100 après une expansion de 4,9 p. 100 l'année précédente. Cette décélération traduit une contraction des dépenses en matériel et logiciels. L'investissement résidentiel a diminué tout au long de 2008 – la troisième année d'affilée où ce secteur enregistre un déclin – retranchant 0,93 point de pourcentage de la croissance du PIB réel. Le solde exportateur net a fait un apport de 1,4 point de pourcentage à la croissance du PIB réel en 2008, après une contribution de 0,58 point de pourcentage en 2007. Tant les exportations de biens que les exportations de services ont ralenti en 2008. Les importations de biens étaient en repli, mais ont néanmoins fourni 0,65 point de pourcentage à la croissance du PIB réel en 2008, renversant une contribution négative de 0,25 point de pourcentage en 2007. Les importations de services ont aussi fléchi. Par contre, les dépenses gouvernementales étaient en hausse, sous l'effet d'une accélération des dépenses consacrées à la défense nationale et d'un retournement de la tendance des autres postes de dépenses, mais en dépit du ralentissement des dépenses des États et des administrations locales.

La performance a été généralement faible durant la première moitié de 2008, mais est devenue carrément négative dans la seconde moitié de l'année. Le PIB réel a chuté de 0,5 p. 100 au troisième trimestre puis a dégringolé de 6,3 p. 100 au quatrième trimestre alors que la récession faisait sentir pleinement ses effets – le plus important repli depuis le premier trimestre de 1982.

Au dernier trimestre de 2008, les dépenses de consommation ont enregistré leur plus forte baisse depuis le second trimestre de 1980, enlevant 3,0 points de pourcentage à la croissance du PIB réel. Les ménages américains ont été durement éprouvés par la perte de richesse financière et immobilière, la détérioration des perspectives de gains et l'incertitude croissante entourant la sécurité d'emploi; ces facteurs ont poussé la confiance des consommateurs vers de nouveaux creux et freiné la consommation. L'investissement fixe non résidentiel a enregistré le recul le plus important depuis le premier trimestre de 1975, tombant de 21,7 p. 100, tandis que l'investissement résidentiel régressait de 22,8 p. 100 sur le trimestre, après une baisse de 16,0 p. 100 le trimestre précédent. Il s'agit du douzième trimestre consécutif de repli de l'investissement fixe résidentiel.

Les exportations étaient aussi nettement en recul, la première baisse enregistrée depuis le second trimestre de 2003 et la plus importante depuis le quatrième trimestre de 1971. Celle-ci est le reflet du fléchissement généralisé des exportations de biens. Les exportations de services ont aussi diminué au cours du trimestre La baisse des exportations de biens est notamment imputable aux biens d'équipement, aux fournitures et matériaux industriels, aux véhicules et pièces d'automobile et aux biens de consommation non liés à l'automobile. Les importations ont fortement diminué au quatrième trimestre, soit de 17,5 p. 100, après un repli de 3,5 p. 100 au troisième trimestre. Il s'agit du cinquième trimestre consécutif de recul des importations et la plus importante baisse depuis le troisième trimestre de 1980. Les dépenses du gouvernement fédéral ont ralenti au cours du trimestre, traduisant une décélération des dépenses consacrées à la défense nationale, compensée en partie par une accélération des dépenses fédérales non liées à la défense.

Les données récentes laissent entrevoir une autre diminution marquée de l'activité économique au premier trimestre de 2009. Bien que l'on observe quelques indices d'une amélioration du climat des affaires et d'un raffermissement de la demande des consommateurs, l'emploi a continué de chuter rapidement – 5,1 millions d'emplois ont disparu depuis décembre 2007 – portant le taux de chômage à 8,5 p. 100 en mars 2009. La politique monétaire s'est assouplie rapidement devant la détérioration des conditions économiques et les taux directeurs se situent maintenant près de zéro.

Selon les projections, l'économie devrait se contracter de 2,8 p. 100 en 2009. Le rythme de décroissance devrait ralentir au second trimestre et par la suite, alors que les mesures d'allégement fiscal soutiendront la demande des consommateurs. L'économie américaine devrait commencer à se redresser au milieu de 2010, sous réserve de mesures de stimulation budgétaires (équivalant à environ 5 p. 100 du PIB) sur la période 2009-2011, le maintien d'une politique monétaire souple, des mesures visant à stabiliser les prix des maisons et à contenir la vague de reprises, ainsi que de nouvelles politiques destinées à faciliter le rétablissement du secteur financier. On prévoit que la croissance moyenne du PIB sera nulle en 2010, mais qu'elle atteindra 1,5 p. 100 au quatrième trimestre par rapport au même trimestre de l'année précédente.

Le Japon

Le Japon est l'une des quelques économies avancées qui ont enregistré une contraction en 2008, avec un taux de décroissance réelle de 0,6 p. 100, après une croissance positive de 2,4 p. 100 l'année précédente. Sous l'effet de la crise financière mondiale, les exportations et l'investissement des entreprises ont dégringolé, tandis que le yen s'est apprécié sensiblement et que les prix des actions sont tombés de moitié.

Sur l'ensemble de l'année, les dépenses de consommation ont décéléré, n'avançant que de 0,5 p. 100, contre un gain de 0,7 p. 100 en 2007. L'investissement fixe non résidentiel a reculé de 3,7 p. 100, après avoir augmenté de 5,8 p. 100 l'année précédente, ce qui a retranché 0,6 point de pourcentage de la croissance du PIB réel en 2008, après une contribution positive de 0,9 point de pourcentage en 2007. L'investissement résidentiel a de nouveau reculé en 2008, cédant 6,9 p. 100 après une baisse de 9,3 p. 100 en 2007, ce qui a enlevé 0,2 point de pourcentage à la croissance du PIB réel pour l'année. Les exportations nettes n'ont contribué que 0,1 point de pourcentage à la croissance du PIB réel en 2008, après un apport de 1,1 point de pourcentage en 2007. Les exportations de biens et services ont décéléré en 2008, ajoutant seulement 0,3 point de pourcentage à la croissance du PIB réel. Les importations de biens sont demeurées relativement stables, progressant de 1,1 p. 100 sur l'année. Les dépenses gouvernementales ont enregistré une modeste hausse de 0,9 p. 100, alors qu'elles avaient progressé de 2,0 p. 100 en 2007.

L'économie japonaise a été en déclin durant les trois derniers trimestres de 2008 et a terminé l'année en enregistrant, au dernier trimestre, le taux de contraction le plus élevé en 35 ans. Le PIB a diminué à un taux réel annualisé de 12,1 p. 100 au cours du trimestre, soit le recul le plus marqué depuis 1974, année où le Japon subissait de plein fouet les effets de la crise pétrolière. La contraction au quatrième trimestre a été dominée par le recul de 44,9 p. 100 (en termes annualisés) des exportations de biens et services. L'investissement fixe non résidentiel était aussi en forte baisse, cédant 19,8 p. 100 (en termes annualisés) pour inscrire le quatrième trimestriel consécutif de perte. Les revenus des ménages ont fléchi alors que l'emploi marquait le pas et que les salaires diminuaient, causant une contraction de la consommation des ménages. La croissance des dépenses de consommation personnelles est devenue négative au quatrième trimestre.

Les trois séries de mesures budgétaires successivement adoptées depuis août 2008 – qui, ensemble, représentent quelque 2 p. 100 du PIB –, s'ajoutant aux effets des mesures de stabilisation automatique, contribueront à atténuer la sévérité et la durée de la récession4. Cependant on prévoit que le repli actuel sera le plus grave enregistré par le Japon au cours de la période d'après-guerre. La vigueur du yen et, de façon plus générale, le resserrement des conditions du crédit ont aggravé les problèmes du secteur d'exportation du pays. Selon les prévisions, la production diminuera de 6,2 p. 100 en 2009, ce qui accentuera le chômage et ramènera le Japon en territoire déflationniste. La reprise de la demande intérieure prévue à partir du milieu de 2010 devrait permettre à la production de renouer avec la croissance, même si celleci demeurera nettement en-deçà de son potentiel.

La zone euro

L'activité économique dans plusieurs économies européennes avancées avait commencé à se contracter bien avant la débâcle financière de septembre 2008, en raison principalement de l'augmentation des prix du pétrole. La croissance dans la zone euro a ralenti à un rythme de 0,9 p. 100 en 2008, une baisse des deux tiers par rapport au taux de 2,7 p. 100 enregistré en 2007.

La perception initiale était que les économies européennes avancées échapperaient à une véritable récession. On jugeait que la meilleure situation financière des ménages dans la plupart des grandes économies et que la structure différente du marché de l'habitation et du marché financier par rapport aux États-Unis leur assurerait une certaine protection. Cependant, les systèmes financiers ont subi un choc beaucoup plus fort et soutenu que prévu. En raison des liens étroits existant entre les grandes institutions financiers européennes et de leurs ratios d'endettement élevés, la crise financière s'est rapidement propagée à l'économie réelle.

En conséquence, la plupart des économies européennes avancées sont clairement en contraction depuis le milieu de 2008. Au quatrième trimestre, le PIB réel a diminué à un taux annuel d'environ 6,0 p. 100 dans la zone euro. Selon les prévisions, il devrait reculer de 4,2 p. 100 en 2009, et la contraction devrait se poursuivre encore pendant quelques trimestres pour en faire la plus grave récession depuis la Deuxième guerre mondiale. Pour 2010, on s'attend à une décroissance moyenne d'environ 0,4 p. 100. Selon les prévisions, la récession devrait être particulièrement grave en Irlande, où le boum de la construction a connu un revirement spectaculaire. En raison de la baisse généralisée de la production, les taux de chômage dépasseront probablement 10,0 p. 100 à la fin de 2009 dans les économies avancées et continueront d'augmenter tout au long de 2011.

Il y a un risque élevé que ces prévisions ne se réalisent pas dans les économies européennes, tant avancées qu'émergentes, notamment dans ces dernières où les contraintes financières externes pourraient s'aggraver. La principale menace serait une réduction inconsidérée de l'exposition aux risques liés aux prêts bancaires transfrontières intra-européens. Un tel mouvement pourrait vouloir dire que plusieurs économies émergentes ne seraient pas en mesure de reconduire d'importants volumes de crédit à court terme; il pourrait y avoir un effet similaire sur certaines économies avancées qui ont vu grimper leurs primes de risque souverain. Cela pourrait entraîner un effondrement du secteur financier et du secteur réel de la plupart des économies émergentes et de quelques économies avancées, avec de graves répercussions sur les autres économies. Cependant, les choses pourraient aussi évoluer en sens opposé : si les pays de l'UE parviennent à mettre en oeuvre une réponse énergique, globale et coordonnée face aux difficultés que traverse le secteur financier, la confiance et la prise de risque pourraient se rétablir plus rapidement que prévu.

Le Royaume-Uni

La croissance réelle au Royaume-Uni a reculé de 3,0 p. 100 en 2007 à 0,7 p. 100 en 2008, tandis que les dépenses des consommateurs britanniques ont décéléré de 1,4 p. 100 en 2008 après avoir crû de 3,0 p. 100 en 2007. Les dépenses ont fléchi tant pour les biens et que pour les services. Il y a eu ralentissement des dépenses en biens non durables, alors que les dépenses en biens durables et semi-durables ont fléchi. L'investissement intérieur a reculé de 3,1 p. 100 après avoir augmenté 6,8 p. 100 en 2007, reflet du revirement de situation observé sur le marché de l'habitation. Les exportations de biens et services ont augmenté légèrement en 2008, soit de 0,1 p. 100. Les importations de biens ont baissé de 2,0 p. 100, tandis que les importations de services progressaient de 3,6 p. 100. Les dépenses gouvernementales se sont accélérées en 2008, avançant de 3,4 p. 100, comparativement à une progression de 1,5 p. 100 un an plus tôt.

La production réelle a enregistré un déclin au Royaume-Uni au cours des trois derniers trimestres de 2008 et le taux de décélération est allé en augmentant. Le PIB réel a chuté à un taux annuel de 6,1 p. 100 au quatrième trimestre. Pour l'avenir, on s'attend à une récession assez sérieuse au Royaume-Uni, durement frappé par la fin du boom du secteur immobilier et la contraction de l'activité financière. En conséquence, le PIB réel du Royaume-Uni devrait diminuer de 4,1 p. 100 en 2009 et de 0,4 p. 100 en 2010.

Les économies émergentes

Les économies émergentes d'Asie

La crise mondiale a percuté les économies asiatiques avec une sévérité étonnante. Plusieurs facteurs laissaient penser que l'Asie serait relativement à l'abri de la crise : la région n'était pas fortement exposée aux avoirs titrisés américains, tandis qu'un meilleur contexte macroéconomique fondamental et (sauf quelques exceptions) un bilan relativement sain dans les secteurs des banques et des entreprises devaient amortir l'impact de la crise. Néanmoins, depuis septembre 2008, la crise s'est répandue rapidement aux économies asiatiques et a eu des effets dramatiques.

Les effets marqués qui se sont transmis à l'économie réelle par l'intermédiaire des échanges extérieurs ont frappé sans distinction l'ensemble des pays de la région. La chute de la demande mondiale a touché plus particulièrement les secteurs de l'automobile, des produits électroniques et des autres biens de consommation durables, qui occupent une place stratégique dans la structure de production de l'Asie de l'Est, entraînant une baisse précipitée des exportations et de la production industrielle.

La crise financière mondiale a aussi eu de sérieuses répercussions sur les marchés financiers de l'Asie. Les prix des actions et des obligations ont dégringolé. Le marché immobilier continue de montrer des signes de tension dans certaines économies (à Singapour et en Chine, par exemple). Les monnaies de la plupart des économies émergentes de la région se sont dépréciées, bien que le renminbi chinois soit demeuré à peu près inchangé par rapport au dollar É.-U. Les mouvements de portefeuille et autres sont en forte baisse, un signe du resserrement des conditions de crédit sur les marchés intérieurs. En conséquence, plusieurs banques et entreprises ont commencé à éprouver de graves difficultés.

Les prévisions de croissance en Asie ont été abaissées à divers degrés afin de tenir compte d'une demande mondiale anémique et du resserrement des conditions du financement extérieur. Le mode de transmission des chocs externes et la sévérité de leur impact varient considérablement d'une économie à l'autre. Malgré ces effets, les économies émergentes d'Asie, menées par la Chine et l'Inde, devraient poursuivre leur expansion. Une reprise modeste est prévue en 2010, dans le contexte d'une reprise de la croissance mondiale et de l'effet stimulateur de politiques budgétaires et monétaires expansionnistes.

En raison de leur très grande ouverture et de leur forte dépendance à l'égard de la demande extérieure, la croissance des nouvelles économies industrialisées (NEI, soit Hong Kong, Corée, Singapour et Taiwan) devrait reculer à des taux variant entre 4,0 p. 100 et 10,0 p. 100 en 2009, en raison de l'effondrement de la demande de biens de consommation durables et de biens d'équipement dans les économies développées (hors d'Asie) et, dans une moindre mesure, de la détérioration de la situation financière dans le monde. Parmi ces économies, Singapour et Hong Kong sont particulièrement exposées vu l'importance de leurs centres financiers internationaux. La vulnérabilité des bilans des entreprises et des ménages viendra accentuer l'impact des chocs externes en Corée. Néanmoins, ce pays devrait mener la reprise des NEI en 2010, avec un taux de croissance de 1,5 p. 100. La reprise sera plus modérée à Hong Kong, où la croissance devrait atteindre 0,5 p. 100 en 2010. Elle devrait prendre plus de temps à Taïwan et Singapour où l'on prévoit des taux de croissance de zéro et de -0,1 p. 100, respectivement, en 2010.

En Chine et en Inde, le secteur d'exportation a aussi régressé, mais ces deux économies ont continué de croître parce que le commerce occupe une place plus modeste dans l'activité économique et que les politiques adoptées ont soutenu l'activité intérieure. En outre, on a observé certains signes d'une reprise en Chine au premier trimestre de 2009. Parallèlement, les pressions inflationnistes se sont dissipées rapidement dans la plupart des économies à cause de la croissance plus chancelante et du recul des prix des produits de base.

La croissance en Chine devrait ralentir aux environs de 6,5 p. 100 en 2009, soit la moitié du taux de 13,0 p. 100 enregistré en 2007 avant la crise, ce qui demeure une solide performance dans la conjoncture mondiale actuelle. Deux facteurs contribuent à soutenir ce rythme d'activité en dépit de la chute des exportations. Premièrement, le secteur des exportations représente une part plus restreinte de l'économie, notamment si l'on tient compte de leur contenu élevé en importations. Deuxièmement, le gouvernement est intervenu de manière énergique pour offrir des stimulants budgétaires et assouplir les conditions du marché monétaire, ce qui a contribué à stimuler la consommation et l'investissement en infrastructures.

À l'instar de la Chine, l'Inde est moins exposée au déclin de la demande mondiale que les NEI du fait que le commerce détient une plus petite part de l'activité économique. Néanmoins, l'économie indienne ressent encore les effets des conditions de financement externe plus rigoureuses qu'affrontent les entreprises et les banques, et comme le pays a une marge de manoeuvre plus étroite pour assouplir ses politiques macroéconomiques, on prévoit une forte baisse de la croissance, qui passera de plus de 7,3 p. 100 en 2008 à 4,5 p. 100 en 2009. Le ralentissement est principalement imputable à la faiblesse de l'investissement, un reflet des conditions de financement plus difficiles, et au renversement du cycle du crédit sur le marché intérieur.

Les économies de l'Association des nations de l'Asie du Sud-Est (ANASE-5) ont ressenti fortement les effets conjugués de l'affaiblissement de la demande mondiale et du resserrement des conditions de crédit, quoi que moins brutalement que les économies avancées. Pour l'ensemble du groupe – Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande et Vietnam – on prévoit que la croissance tombera de près de 5 p. 100 en 2008 à zéro en 2009. Même si ces économies ont été touchées par le recul des échanges commerciaux dans le monde, leurs exportations sont moins concentrées dans les biens durables, qui ont été les plus malmenés par la contraction de l'économie mondiale.

Les pays émergents d'Europe

Dans les pays émergents d'Europe, l'activité économique s'est détériorée sérieusement. En raison de la forte dépendance de ces pays à l'égard de toutes les formes d'entrées de capitaux – notamment le financement provenant des banques occidentales, qui a soutenu l'expansion du crédit sur les marchés locaux – leurs économies ont été beaucoup plus durement touchées par la crise financière que les économies émergentes d'Asie.

Ainsi, le PIB réel dans les économies émergentes d'Europe devrait se contracter de 3,7 p. 100 en 2009 pour ensuite se rétablir et connaître une croissance d'environ 1,0 p. 100 en 2010, ce qui est peu en comparaison des taux de croissance de 4,0 à 7,0 p. 100 observés entre 2002 et 2007. Les causes de ce brusque revirement de la performance englobent, à des degrés divers, la surchauffe de l'économie durant la période d'expansion qui a précédé la récession actuelle, une dépendance excessive à l'égard des capitaux à court terme extérieurs qui ont financé cette expansion, la propriété des banques, aux mains d'institutions financières étrangères elles-mêmes en difficulté, et la part élevée de l'activité manufacturière dans l'économie. On s'attend à ce que les baisses de production seront plus prononcées dans les économies baltiques (recul de 10,6 p. 100), où les régimes de taux de change fixes ne laissent aux autorités qu'une mince marge de manoeuvre. Selon les prévisions, le repli devrait se poursuivre en 2010 avec une autre baisse d'environ 2,3 p. 100. En Europe centrale, la Hongrie connaîtra vraisemblablement une contraction prolongée et l'on estime que la production diminuera de 3,3 p. 100 en 2009 et de 0,4 p. 100 en 2010. Les prévisions pour la Pologne laissent entrevoir une légère contraction en 2009, marquée par un recul de 0,7 p. 100 de la production, suivie d'une reprise l'année suivante alors que la production devrait augmenter à nouveau de 1,3 p. 100. Dans les pays d'Europe du Sud et du Sud-Est, le ralentissement devrait être plus profond et durable, les prévisions quant à l'activité économique montrant un repli de 3,6 p. 100 en 2009 et de 0,2 p. 100 en 2010.

L'Amérique latine et les Caraïbes

La crise financière mondiale s'est rapidement propagée aux marchés d'Amérique latine et des Caraïbes après la mi-septembre 2008. Les monnaies de ces pays se sont fortement dépréciées, notamment celles du Brésil et du Mexique, deux importants pays exportateurs de produits de base dotés de régimes de taux de change flexibles. En outre, le ralentissement économique dans les économies avancées – en particulier aux États-Unis, le principal partenaire commercial de la région – contribue à déprimer la demande extérieure et à faire fondre les rentrées provenant de l'exportation, du tourisme et des transferts de fonds de l'étranger.

La faiblesse des prix des matières premières a assombri les perspectives de croissance des producteurs de produits de base de la région (notamment l'Argentine, la Bolivie, le Brésil, le Chili, la Colombie, l'Équateur, le Mexique, le Pérou, Trinidad et Tobago, l'Uruguay et le Venezuela), tandis qu'elle a eu un effet positif pour les pays importateurs de produits de base des Caraïbes et d'Amérique centrale. En outre, l'arrêt de la croissance dans les économies avancées, et surtout aux États-Unis, a réduit la demande pour les exportations, ralenti le tourisme et diminué les transferts provenant des travailleurs expatriés – trois piliers des économies des Caraïbes et d'Amérique centrale. Avec tous ces facteurs à l'oeuvre, l'expansion du crédit a fortement ralenti, la production industrielle et les exportations ont dégringolé et la confiance des consommateurs s'est effondrée rapidement dans l'ensemble de la région.

Dans ce contexte externe particulièrement difficile, on peut dire que la plupart de ces pays s'en tirent assez bien. Néanmoins, les estimations du PIB réel indiquent une contraction de 1,5 p. 100 en 2009, suivie d'une faible reprise en 2010. La demande intérieure baissera d'environ 2,25 p. 100 en 2009 à cause du coût plus élevé et de la rareté relative du financement étranger et de la faiblesse de la demande pour la production intérieure. Grâce à l'effet amortisseur du taux de change, l'activité diminuera légèrement ou connaîtra une modeste expansion dans certaines économies où l'on applique une politique antiinflationniste (entre autres le Chili, le Pérou et l'Uruguay). Étant donné ses liens étroits avec l'économie américaine, la contraction devrait être plus sévère au Mexique, nonobstant l'effet compensatoire d'un taux de change flexible. Ainsi, l'économie mexicaine devrait se replier de 3,7 p. 100 en 2009 avant de connaître une légère reprise de 1,0 p. 100 en 2010. En revanche, le Brésil devrait subir un ralentissement plus limité (1,3 p. 100) en 2009, suivi d'une reprise plus décisive (autour de 2,2 p. 100) en 2010.

Les économies de la Communauté des États indépendants (CEI)

Parmi les diverses régions du monde, on s'attend à ce que ce soit le groupe des pays de la CEI qui connaisse le revirement économique le plus grave à court terme. Cette situation s'explique par le fait que ces économies sont secouées par trois chocs majeurs : la turbulence financière, qui a sérieusement réduit l'accès au financement extérieur, la demande léthargique des économies avancées et la chute concomitante des prix des produits de base, en particulier l'énergie.

Le début de la crise financière a coïncidé avec la détérioration des débouchés à l'exportation et des prix des produits de base en réponse à la baisse rapide d'activité dans les économies avancées. Ces éléments ont ajouté aux pressions qui s'exerçaient sur les économies de la CEI ayant un système bancaire ouvert et ont sérieusement miné le potentiel de croissance des pays exportateurs de produits de base, notamment la Russie. Les perspectives diffèrent sensiblement entre les exportateurs et les importateurs d'énergie : chez les premiers, on peut s'attendre à voir se tarir les importants excédents du compte courant avec la chute des prix des produits de base; chez les seconds, on devrait observer une réduction marquée du déficit extérieur en raison du resserrement des conditions de crédit. Le PIB réel de la région, qui a augmenté de 5,5 p. 100 en 2008, devrait se contracter d'un peu plus de 5,0 p. 100 en 2009, le niveau le plus bas parmi l'ensemble des régions émergentes. En 2010, la croissance devrait rebondir à plus de 1,0 p. 100. Compte tenu des pressions qui s'exercent sur les monnaies, le taux d'inflation devrait demeurer dans les deux chiffres chez les exportateurs nets d'énergie, malgré le ralentissement de l'activité. Les pressions inflationnistes devraient se résorber plus rapidement dans les pays importateurs nets d'énergie. On prévoit notamment qu'en 2009, la Russie subira une contraction plus prononcée (6,0 p. 100) que toute autre économie de la CEI, à l'exception de l'Ukraine, et qu'elle connaîtra l'une des reprises les plus maigres de la région en 2010.

Le Moyen-Orient

La crise mondiale n'a pas épargné le Moyen-Orient. La dégringolade des prix du pétrole frappe de plein fouet cette région. La détérioration des conditions du financement extérieur et l'inversion des flux de capitaux font sentir leurs effets : les marchés immobiliers et boursiers de la région sont fortement éprouvés, la liquidité intérieure s'est détériorée, les écarts de taux de crédit ont grimpé pour certaines entreprises, des tensions sont apparues dans le système financier de certains pays et les fonds souverains ont subi des pertes sur leurs placements un peu partout dans le monde. De plus, la forte baisse de la demande extérieure (y compris des pays de la région du Golfe) freine l'expansion des exportations, les transferts de fonds des travailleurs expatriés et les recettes du tourisme (notamment en Égypte, en Jordanie et au Liban).

En dépit des politiques résolument expansionnistes adoptées pour atténuer ces effets, les chocs défavorables devraient avoir de profondes répercussions sur l'activité économique. Pour l'ensemble de la région, on s'attend à ce que la croissance fléchisse de 5,9 p. 100 en 2008 à 2,5 p. 100 en 2009. Le ralentissement de la croissance devrait être à peu près le même dans les pays producteurs de pétrole et les autres pays, même si les forces à l'oeuvre diffèrent sensiblement.

Parmi les pays producteurs de pétrole, le repli le plus marqué devrait survenir dans les Émirats arabes unis (É.A.U.), où les sorties de capitaux (entrés initialement pour spéculer sur une éventuelle réévaluation de la devise) ont provoqué une forte baisse de liquidité, une chute notable des prix sur les marchés immobiliers et boursiers, ainsi que de sérieuses tensions dans le système bancaire. Centre financier important, les É.A.U. subiront aussi les effets de la contraction de l'activité sur le marché financier mondial et celui des fusions et acquisitions. À l'opposé, on retrouve le Qatar, où la croissance devrait atteindre 18,0 p. 100 en 2009 (un gain par rapport au taux de 16,5 p. 100 enregistré en 2008), en raison du doublement prévu de la production de gaz naturel dans ce pays cette année. Parmi les pays non producteurs de pétrole, c'est le Liban qui devrait connaître le plus fort ralentissement, alors que les conditions difficiles du marché du crédit extérieur haussent le coût du service de la dette et que le ralentissement des économies du Golfe réduit les transferts de fonds en provenance de cette région.

L'Afrique

Les liens financiers relativement ténus de cette région avec les économies avancées n'ont pas réussi à protéger les pays africains de la tempête économique mondiale. Le choc qui s'est répercuté le plus durement sur le continent est la grave détérioration de la croissance à l'étranger, qui a réduit la demande pour les exportations africaines et les transferts de fonds des travailleurs expatriés. La chute des prix des produits de base frappe aussi les pays de la région qui possèdent d'abondantes ressources. Le resserrement des conditions de crédit sur le marché mondial a aussi fait tomber l'IED et renversé les mouvements de portefeuille, notamment vers les marchés émergents et naissants (par exemple le Ghana, le Kenya, le Nigeria, l'Afrique du Sud et la Tunisie). Ces chocs externes freinent lourdement l'activité économique. Pour l'ensemble de la région, on prévoit que la croissance fléchira de 5,2 p. 100 en 2008 à 2,0 p. 100 en 2009. De façon générale, le ralentissement sera plus profond dans les pays exportateurs de pétrole (comme l'Angola et la Guinée équatoriale) et certains marchés émergents et naissants clés (notamment le Botswana, Maurice et l'Afrique du Sud), qui ont ressenti les trois chocs qui frappent le continent. Ainsi, l'économie de l'Afrique du Sud devrait se contracter de 0,3 p. 100 en 2009, son plus faible taux de croissance en une décennie, alors que les sorties de capitaux entraîneront un rajustement important des prix des avoirs, notamment sur les marchés boursier, obligataire et monétaire, mais aussi dans l'économie réelle.

Hypothèses et risques

Tel qu'indiqué précédemment, toutes les projections présentées dans ce chapitre proviennent de l'édition d'avril 2009 de Perspectives de l'économie mondiale du FMI. Les projections du FMI reposent sur un certain nombre d'hypothèses techniques. Parmi les plus importantes, il y a celles-ci : 1) pour la plupart des pays, les taux de change effectifs réels demeurent constants à leur niveau moyen enregistré entre le 25 février et le 25 mars 2009; 2) les politiques en vigueur (budgétaires et monétaires) sont maintenues; 3) le prix moyen du pétrole, mesuré par la moyenne simple des prix du pétrole brut des catégories Brent (R.-U.), Dubaï et West Texas Intermediate, est de 52,00 dollars É.-U. pour 2009 et de 62,50 dollars É.-U pour 2010 et demeurera inchangé en termes réels à moyen terme. Un certain nombre d'autres hypothèses ont été faites quant aux taux d'intérêt sur les dépôts sur les divers marchés financiers dans le monde. Le lecteur intéressé est invité à consulter Perspectives de l'économie mondiale pour obtenir plus de détails sur ces hypothèses techniques.

Les modéliseurs ont aussi fait diverses hypothèses sur le cadre de politiques et le contexte macroéconomique dans lesquels la crise financière et la récession économique actuelles s'inscrivent. Un facteur déterminant de l'évolution du ralentissement économique et de la reprise subséquente est la vitesse à laquelle le secteur financier se rétablira. La prévision actuelle reconnaît que la stabilisation financière prendra plus de temps que prévu en raison de la complexité des facteurs en jeu. Elle reconnaît aussi les défis redoutables que présente, sur le plan de l'économie politique, le « sauvetage » des établissements qui ont commis des erreurs dans le passé. La prévision de référence envisage donc que les tensions financières sur les marchés établis demeureront importantes pendant une bonne partie de 2010 et qu'elles ne se résorberont que lentement, à mesure que l'on évaluera mieux les pertes subies sur les avoirs contaminés et que les injections de capitaux publics atténueront les préoccupations en matière d'insolvabilité et abaisseront les risques et l'instabilité sur le marché.

Le sentier prévu vers la reprise suppose aussi le maintien de mesures énergiques de soutien macroéconomique axées sur la demande globale. La politique monétaire visera à abaisser ou à maintenir près de zéro les taux d'intérêt dans les grandes économies avancées, tandis que les banques centrales continueront de rechercher des moyens d'intervenir par des opérations sur les marchés en vue d'assouplir les conditions du crédit. Les projections supposent des plans de stimulation budgétaire dans les pays du G20 correspondant à 2,0 p. 100 du PIB en 2009 et à 1,5 p. 100 du PIB en 2010, de même que le bon fonctionnement des mesures de stabilisation automatique dans la plupart de ces pays.

Une autre hypothèse retenue est que les prix des produits de base demeureront à peu près à leurs niveaux actuels en 2009 et qu'ils augmenteront modestement en 2010, lorsque la reprise s'engagera de manière définitive, conformément aux prix anticipés par les marchés à termes.

Bien entendu, tout écart réel par rapport aux hypothèses énoncées ci-dessus risque d'influer sur la fiabilité des projections. D'autres facteurs de risque et d'incertitude pourraient aussi entraver la performance de l'économie.

Le FMI insiste sur le fait que la conjoncture actuelle est exceptionnellement incertaine et que les risques en présence pourraient produire des résultats inférieurs aux projections. La principale crainte est que les politiques demeurent insuffisantes pour freiner l'effet de réverbération négatif entre la dégradation de la situation financière et l'affaiblissement des économies. Du côté positif, une intervention énergique au moyen de politiques susceptibles de convaincre les marchés que l'on s'attaque résolument aux problèmes financiers actuels pourrait susciter un effet de « ralliement » mutuellement bénéfique sur les marchés, le retour de la confiance parmi les entreprises et les consommateurs et une meilleure disposition à faire des dépenses à plus long terme.


1. Toutes les estimations et projections présentées dans ce chapitre proviennent de Perspectives de l'économie mondiale, Fonds monétaire international (FMI), avril 2009.

2. La Communauté des États indépendants regroupe l'Azerbaïdjan, l'Arménie, le Bélarus, la Géorgie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, la Moldavie, la Russie, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Ouzbékistan et l'Ukraine.

3. Perspectives de l'économie mondiale, chapitre 1.

4. Perspectives économiques de l'OCDE, mars 2009.