Le point sur le commerce et l'investissement – 2009

Aperçu

La crise de plus en plus grave qui agite les marchés financiers a freiné l'expansion de l'activité économique dans le monde, qui a fléchi à 3,2 p. 100 en 2008 alors qu'elle avait atteint 5,2 p. 100 en 2007. La crise financière est entrée dans une nouvelle phase, plus tumultueuse, en septembre dernier, ébranlant fortement les marchés et entraînant une contraction sans précédent de l'activité économique et du commerce. Les économies avancées ont vu leur PIB réel reculer de 7,5 p. 100 au quatrième trimestre de 2008, et on estime que la baisse de la production s'est poursuivie à un rythme presque aussi élevé au premier trimestre de 2009. Les économies émergentes ont aussi ressenti durement les contrecoups de la crise au quatrième trimestre, alors qu'elles se sont contractées globalement de 4,0 p. 100. La contraction devrait décélérer à compter du second trimestre, mais le FMI prévoit que la production mondiale diminuera de 1,3 p. 100 en 2009 et ne se rétablira que graduellement en 2010, enregistrant une croissance de 1,9 p. 100.

Pour la quatrième année consécutive, l'économie américaine a ralenti en 2008, le PIB réel n'augmentant que de 1,1 p. 100, contre des taux de 2,0 p. 100 et de 2,8 p. 100 les deux années précédentes. La performance a été anémique durant presque tout le premier semestre de 2008 et est devenue négative dans la seconde moitié de l'année. Le PIB réel a fléchi de 0,5 p. 100 au troisième trimestre, avant de reculer de 6,3 p. 100 au quatrième trimestre lorsque la récession a pleinement fait sentir ses effets. Dans la zone euro, la croissance a ralenti à 0,9 p. 100 l'an dernier, ce qui représente une perte des deux-tiers par rapport au taux de croissance de 2,7 p. 100 enregistré en 2007. Comme aux États-Unis, l'activité économique dans cette région était en nette contraction au quatrième trimestre de 2008, reculant de 6,0 p. 100. Au Japon, la croissance a fléchi de 0,6 p. 100 sur l'ensemble de l'année, tandis qu'au Royaume-Uni, l'économie est parvenue à croître de 0,7 p. 100 en 2008; les deux économies ont enregistré des pertes de production réelle au cours des trois derniers trimestres de l'année.

On avait d'abord cru que les économies émergentes seraient largement à l'abri de la crise en raison de leur meilleure situation macroéconomique fondamentale et du fait qu'elles étaient peu exposées aux avoirs titrisés américains. Cependant, la crise s'est propagée aux économies émergentes par la voie du le commerce et a eu des répercussions profondes sur ces économies. En Chine, la croissance a ralenti de 13,0 p. 100 en 2007 à 9,0 p. 100 en 2008, tandis que le taux de croissance a diminué de 8,1 p. 100 à 5,6 p. 100 en Russie, de 9,3 p. 100 à 7,3 p. 100 en Inde et de 5,7 p. 100 à 5,1 p. 100 au Brésil.

Avec la détérioration de la conjoncture économique dans le monde, le rythme de l'activité réelle au Canada est tombé rapidement, la croissance du PIB réel passant de 2,7 p. 100 en 2007 à 0,5 p. 100 en 2008. L'économie s'est contractée au premier trimestre, puis a rebondi au cours des deux trimestres suivants, avant de chuter brusquement au dernier trimestre. La moitié des provinces – l'Île-du-Prince Édouard, la Nouvelle-Écosse, le Québec, le Manitoba et la Saskatchewan – et deux territoires – le Nunavut et le Yukon – ont enregistré une croissance positive en 2008, tandis que l'activité économique était en recul dans les cinq autres provinces et le territoire restant. À 259 400 postes, la création nette de nouveaux emplois a atteint son niveau le plus bas depuis 2005, alors que le marché du travail au Canada subissait les contrecoups du ralentissement économique survenu durant la seconde moitié de 2008. La tendance haussière de l'emploi avait marqué un sommet en octobre. Cependant, l'économie a perdu 83 700 emplois au cours des deux derniers mois de l'année et le taux de chômage est monté à 6,6 p. 100 à la fin de 2008. Les prix à la consommation sont en hausse de 2,3 p. 100 pour l'année, le taux d'inflation augmentant légèrement par rapport au niveau de 2,2 p. 100 enregistré en 2007.

En 2008, le commerce mondial a été caractérisé par une grande volatilité des prix des produits de base. Exprimée en dollars É.-U., la valeur des échanges mondiaux de marchandises a augmenté de 15 p. 100, tandis que le commerce mondial des services progressait de 11 p. 100. Sur cette base, les exportations canadiennes de marchandises ont avancé à un taux d'environ la moitié de la moyenne mondiale (8 p. 100), tandis que la croissance des exportations de services canadiens n'a atteint que le cinquième de la moyenne mondiale, soit 2 p. 100. En volume, le commerce mondial des marchandises n'a augmenté que de 2 p. 100, contre 6 p. 100 en 2007, ce qui est nettement sous la moyenne de 5,7 p. 100 enregistrée pour la période 1998-2008. La baisse a été concentrée dans la seconde moitié de l'année – après septembre, on a assisté à de fortes baisses des échanges commerciaux dans le monde.

Exprimée en dollars canadiens, la valeur des exportations de biens et services du Canada a progressé de 5,2 p. 100 en 2008, les exportations de biens augmentant de 5,8 p. 100 et les exportations de services, de 1,1 p. 100. Les importations de biens et services ont augmenté de 6,3 p. 100, avec un taux de croissance de 6,3 p. 100 pour les biens et de 4,7 p. 100 pour les services. Durant la première moitié de l'année, la valeur du commerce a été fortement influencée par la montée des prix des produits de base. Cependant, la demande a ralenti à mesure que la récession s'est répandue dans l'économie mondiale, les prix des produits de base ont chuté et le commerce mondial a commencé à montrer des signes de faiblesse vers la fin de l'année.

Pour l'ensemble de l'année, les exportations et les importations de biens et services avec tous les principaux marchés étaient en hausse, à l'exception des importations de biens et services du Japon. Au chapitre des exportations de marchandises, le Japon a repris la troisième position au classement des destinations des exportations canadiennes tandis, que la Chine est retombée au quatrième rang; la Corée du Sud a gagné trois places au classement pour devenir la septième destination en importance des exportations du Canada.

Les gains observés dans les valeurs exportées en 2008 s'expliquent par des hausses de prix puisque les volumes étaient en baisse de 7,7 p. 100. La forte progression des prix sur les marchés des produits de base durant la plus grande partie de l'année a dopé la performance commerciale des secteurs de ressources. Le secteur de la forêt fait exception : le ralentissement de l'activité sur le marché de l'habitation aux États-Unis a eu un profond impact sur les exportations canadiennes. En outre, les hausses de valeur des exportations ont été limitées aux produits énergétiques, aux biens et matériaux industriels et aux produits de l'agriculture et de la pêche; les exportations de machines et de matériel et de produits de consommation ont fléchi. Le ralentissement de l'économie américaine a engendré de sérieux problèmes dans le secteur de l'automobile, et les manufacturiers canadiens et les industries de fabrication de pièces ont dû composer avec des fermetures d'usines et des baisses de production et d'exportations l'an dernier.

Du côté des importations, la plupart des secteurs ont marqué des gains en 2008. La croissance est imputable à une combinaison de prix et de volumes plus élevés. L'augmentation des prix résulte de la montée des prix des produits de base durant la première moitié de l'année et de la perte de valeur du dollar canadien par rapport au dollar É.-U. dans la seconde moitié. Seuls les secteurs des produits forestiers et des produits de l'automobile ont vu leurs importations reculer en 2008.

Pour ce qui est des produits qui ont soutenu la performance commerciale du Canada en 2008, le pétrole brut, les huiles de pétrole et les autres gaz tirés du pétrole (principalement le gaz naturel) ont dominé les échanges de produits énergétiques du Canada en 2008, intervenant pour la plus grande partie de l'augmentation des niveaux d'importation et d'exportation et de l'excédent commercial. Le commerce avec les États-Unis a été le principal moteur de la croissance du commerce des produits énergétiques durant la plus grande partie de 2008; dans le cas du charbon, la progression s'explique par la forte demande provenant de l'Asie, imputable à des problèmes d'approvisionnement au niveau régional. Dans les secteurs de l'automobile et des produits liés à l'automobile, c'est encore une fois le commerce avec les États-Unis qui est à l'origine de l'évolution observée; mais dans ce cas, il y a eu recul des échanges accompagné d'une sérieuse détérioration des soldes commerciaux pour les voitures et les camions.

Au-delà des produits énergétiques, les autres produits liés aux ressources qui ont eu une influence considérable sur les échanges commerciaux du Canada en 2008 sont notamment le blé et le canola, où les fortes hausses de prix et de bonnes récoltes au Canada coïncidant avec de mauvaises récoltes ailleurs ont aidé à stimuler les niveaux d'exportation, mais les prix plus élevés ont aussi gonflé les valeurs à l'importation. L'or a connu une année exceptionnelle, alors que les prix ont atteint de nouveaux sommets et que la demande a été robuste, propulsant à la fois les exportations et les importations; le soufre a aussi contribué à une progression marquée des exportations de métaux et minéraux. Les exportations de potasse ont augmenté sensiblement, grâce à la demande provenant des États-Unis et de certaines grandes économies émergentes, tandis que les exportations d'uranium vers l'Europe étaient en net recul.

Dans le secteur de la fabrication de pointe, les exportations de matériel téléphonique et de pièces étaient en forte baisse, mais les importations de ces produits ont connu une croissance robuste en 2008. Tant les exportations que les importations d'aéronefs ont baissé en 2008 à cause du fléchissement de la demande au Canada et aux États-Unis. Cependant, les exportations et les importations de turbines à gaz, surtout utilisées dans le secteur aéronautique, ont fortement progressé, principalement en raison de l'augmentation des échanges avec les États-Unis.

L'investissement étranger direct (IED) au Canada a ralenti de façon spectaculaire en 2008, avec une avancée de seulement 2,8 p. 100, en comparaison des taux de croissance dans les deux chiffres observés au cours des deux années précédentes. Les nouveaux investissements provenaient principalement de l'extérieur des États-Unis puisque l'investissement américain au Canada a marqué le pas. L'IED total au Canada a augmenté pour s'établir à 504,9 milliards de dollars à la fin de 2008, contre 491,3 milliards de dollars en 2007. C'est la première fois que le stock d'IED au Canada dépasse la marque du demi-billion de dollars.

Parallèlement, l'investissement direct du Canada à l'étranger (IDCE) a bondi de 23,6 p. 100 (121,8 milliards de dollars) pour atteindre 637,3 milliards de dollars à la fin de 2008. Environ 68 p. 100 de la hausse est imputable aux effets de change, alors que le dollar canadien s'est déprécié par rapport aux autres devises. Néanmoins, abstraction faite des variations de taux de change, le stock d'IDCE a progressé de 39 milliards de dollars en 2008. Globalement, l'écart entre l'investissement sortant et l'investissement entrant, qui représente le solde net de l'investissement direct du Canada, a augmenté de façon spectaculaire, atteignant 132,4 milliards de dollars en 2008, comparativement à 24,8 milliards de dollars en 2007. L'année 2008 marque aussi la première fois où le Canada est devenu exportateur net de capital aux États-Unis, le solde de l'investissement direct du Canada dans ce pays ayant dépassé l'investissement direct des États-Unis au Canada.

Quant aux tendances à plus long terme, examinées dans les divers encadrés que l'on trouve dans cette publication, elles indiquent que le commerce du Canada s'est diversifié. La croissance des échanges du Canada sur les marchés autres que les États-Unis – tant les exportations que les importations – a été plus rapide que celle du commerce avec les États-Unis à chaque année depuis 2000, coïncidant avec une hausse du nombre d'entreprises exportant en Europe et dans la région de l'Asie-Pacifique et une progression de la part des ventes des filiales canadiennes à l'étranger hors des États-Unis, notamment dans les pays non membres de l'OCDE. Du même coup, moins d'entreprises exportent aux États-Unis et le commerce canado-américain dépend moins aujourd'hui des liens intra-entreprises, comme en témoigne la part du commerce intra-entreprise entre le Canada et les États-Unis, en repli pendant la plus grande partie de la présente décennie.

Supplément spécial : Débouchés commerciaux pour le Canada dans les marchés émergents

Les progrès des technologies de l'information et des communications suscitent à une plus grande intégration de l'économie mondiale. Cela laisse entrevoir de nouvelles possibilités d'expansion à long terme pour les pays émergents et développés, lorsque ceux-ci renoueront fermement avec la croissance au sortir de la crise économique actuelle. Le potentiel de croissance de ces pays, basé sur les gains de productivité que permet la technologie, a été très peu exploité jusqu'à maintenant. Les améliorations connexes au niveau de la production et de l'efficience et l'accès à des marchés mondiaux relativement ouverts, dans un contexte de bonne gouvernance économique, assureront une croissance régulière du revenu par habitant et faciliteront la convergence entre nations riches et pauvres, réduisant du même coup les déséquilibres dans la répartition internationale du revenu.

Ce processus s'accompagnera d'une augmentation considérable de l'importance des pays émergents. Selon les estimations, une tranche d'un dixième de 1 p. 100 du marché d'importation des pays du groupe BRIC représentera 29 milliards de dollars en 2038, de sorte que la part de ces marchés que détient le Canada revêt beaucoup d'importance. Une modélisation économétrique des exportations de marchandises du Canada vers le monde en émergence a fait ressortir que notre pays exporte environ, en moyenne, quelque 42 p. 100 de plus que prévu vers les économies en émergence ou en développement, en tenant compte des facteurs qui influent sur le commerce – le PIB, l'éloignement du Canada et autres. Les exportations sont notamment élevées en Asie de l'Est (Chine, Malaisie et Indonésie), mais elles sont plus faibles que prévu vers certaines destinations importantes telles que le Brésil et l'Inde.

Une analyse de l'avantage comparatif du Canada dans quinze marchés émergents clés nous fournit d'autres indices utiles sur la performance des exportations canadiennes dans les marchés en émergence. La valeur de référence de notre compétitivité à l'échelle mondiale, hors des États-Unis, révèle des atouts dans les secteurs de l'agroalimentaire, des métaux et minéraux, du bois et du papier et de l'aérospatiale. Les écarts locaux par rapport à cette tendance sont interprétés comme une surexportation ou une sousexportation vers ces destinations. La plupart des secteurs de fabrication de pointe surexportent vers les marchés émergents par rapport à la valeur de référence mondiale. L'aérospatiale est le seul secteur manufacturier qui sous-exporte de manière générale vers les marchés émergents étudiés, en raison de notre robuste performance dans ce secteur sur les marchés des économies avancées. Dans l'ensemble, ces résultats incitent à penser que les marchés émergents joueront un rôle important dans l'avenir du secteur manufacturier canadien.