Le commerce international du Canada : Le point sur le commerce et l'investissement – 2010

I. La performance de l’économie mondiale

Aperçu et perspectives globales1

Dans l’optique de la performance de l’économie mondiale, le passé récent peut être scindé en deux épisodes. Entre août 2008 et le milieu de 2009, le monde a été frappé par l’un des pires ralentissements de l’économie mondiale de l’histoire. Le système bancaire a frôlé l’effondrement, la production réelle a chuté et le commerce mondial a fortement reculé dans la plupart des économies.Une intervention d’une échelle sans précédent au niveau des politiques a été essentielle pour relancer l’activité. La politique monétaire a été résolument expansionniste et s’est appuyée sur une offre de liquidité exceptionnelle, tandis que la politique budgétaire a procuré un important stimulant face à la sévérité du ralentissement. La reprise de l’activité réelle et celle de l’activité financière se soutiennent mutuellement. Le ralentissement économique a touché un creux vers le milieu de 2009, et le mouvement de reprise se poursuit depuis. Mais malgré le fait que la reprise est maintenant bien engagée et que les risques pour la stabilité financièremondiale se sont résorbés, la stabilité économique n’est pas encore pleinement assurée.

Bien que l’activité demeure tributaire de politiques macroéconomiques particulièrement accommodantes, la reprise s’est déroulée dans des conditions meilleures que plusieurs ne l’avaient prévu. Cependant, la croissance a repris à des rythmes variés – timidement dans beaucoup d’économies avancées, mais solidement dans la plupart des économies émergentes et en développement.

Après avoir enregistré des taux de croissance dépassant les 5 p. 100 en 2006 et 2007, le produit intérieur brut (PIB) a ralenti la cadence à 3,0 p. 100 en 2008, avant de se contracter de 0,6 p. 100 en 2009. C’est la première et seule période de contraction du PIB mondial enregistrée depuis que cette série de données a commencé à être compilée, soit en 1980. Les pertes ont été généralisées et seules quelques économies de petite taille n’ont pas subi de ralentissement ou de contraction. La reprise s’est consolidée à mesure que l’année avançait : la croissance du PIB mondial réel a atteint environ 3,2 p. 100 sur une base annualisée au deuxième trimestre de 2009 et est grimpée à plus de 4,5 p. 100 durant la seconde moitié de l’année.

La plus grande partie du déclin s’est produite dans les économies avancées; collectivement, elles ont régressé de 3,2 p. 100 l’an dernier. Le Japon (baisse de 5,2 p. 100) et les pays avancés de l’UE (au Royaume-Uni, la baisse a été de 4,9 p. 100, contre 4,1 p. 100 dans la zone euro) ont été les plus durement touchés, tandis que l’Amérique du Nord (les États-Unis ont enregistré un repli de 2,4 p. 100 et le Canada, de 2,6 p. 100) s’en est tirée un peu mieux; tous les autres pays avancés ont mieux fait (recul de 1,1 p. 100). Pourtant, certains signes encourageants laissent penser que les économies avancées sont solidement engagées sur la voie de la reprise. Le retournement récent du cycle des stocks et le ralentissement de la détérioration desmarchés du travail aux États- Unis (lesquels ont montré dernièrement des signes d’amélioration) ont contribué à cette évolution positive; en outre, la vigueur des commandes manufacturières et le rétablissement du marché des obligations de sociétés favorisent l’investissement.

La relance aux États-Unis a été un peu plus tardive qu’en Europe et au Japon,mais elle semble mieux amorcée. La reprise plus vigoureuse de l’économie américaine traduit certaines différences entre les États-Unis, d’une part, et la zone euro et le Japon, de l’autre : les stimulants budgétaires y ont été plus importants; le secteur des entreprises non financières dépendmoins du crédit bancaire, qui demeure assujetti à des restrictions, et les marchés obligataires se sont redressés; les bilans des entreprises non financières sont plus sains et la rapidité de la restructuration a stimulé la productivité; enfin, la Réserve fédérale a réagi plus tôt et a davantage abaissé ses taux en termes réels. À l’opposé, la forte appréciation du yen pourrait avoir freiné la reprise des exportations japonaises, qui ont fortement chuté au cours du ralentissement du commercemondial, et le retour de la déflation a poussé les taux d’emprunt et les salaires réels. Les liens commerciaux de la zone euro avec les économies émergentes d’Europe et de la Communauté des États indépendants (CÉI) et l’appréciation intermittente de l’euro ont freiné les exportations de cette région. En outre, plusieurs économies de la zone euro ont été frappées durement par les crises financière et immobilière.

Tableau 1-1
Croissance du PIB réel dans certaines économies (2006 à 2009 et prévision pour 2010)
 20062007200820092010
Monde5,1%5,2%3,0%0,6%4,2%
Économies avancées3,0 %2,8 %0,5 %-3,2 %2,3 %
Canada2,9 %2,5 %0,4 %-2,6 %3,1 %
États-Unis2,7 %2,1 %0,4 %-2,4 %3,1 %
Royaume-Uni2,9 %2,6 %0,5 %-4,9 %1,3 %
Japon2,0 %2,4 %-1,2 %-5,2 %1,9 %
Zone euro3,0 %2,8 %0,6 %-4,1 %1,0 %
dont la France2,4 %2,3 %0,3 %-2,2 %1,5 %
dont l’Allemagne3,2 %2,5 %1,2 %-5,0 %1,2 %
dont l’Italie2,0 %1,5 %-1,3 %-5,0 %0,8 %
Économies en développement7,9 %8,3 %6,1 %2,4 %6,3 %
Chine11,6 %13,0 %9,6 %8,7 %10,0 %
Inde9,8 %9,4 %7,3 %5,7 %8,8 %
Russie7,7 %8,1 %5,6 %-7,9 %4,0 %
Brésil4,0 %6,1 %5,1 %-0,2 %5,5 %
Mexique4,9 %3,3 %1,5 %-6,5 %4,2 %
ANASE-55,7 %6,3 %4,7 %1,7 %5,4 %
Indonésie5,5 %6,3 %6,0 %4,5 %6,0 %
Malaisie5,8 %6,2 %4,6 %-1,7 %4,7 %
Philippines5,3 %7,1 %3,8 %0,9 %3,6 %
Thaïlande5,1 %4,9 %2,5 %-2,3 %5,5 %
Vietnam8,2 %8,5 %6,2 %5,3 %6,0 %
NIE5,8 %5,8 %1,8 %-0,9 %5,2 %
Hong Kong7,0 %6,4 %2,1 %-2,7 %5,0 %
Corée5,2 %5,1 %2,3 %0,2 %0,2 %
Singapour8,7 %8,2 %1,4 %-2,0 %5,7 %
Taïwan5,4 %6,0 %0,7 %-1,9 %6,5 %

Source : FMI, base de données de Perspectives de l’économie mondiale, avril 2010.

Dans l’ensemble, les économies émergentes et en développement ont vu leur activité économique ralentir en 2009,mais elles ne se sont pas retrouvées en territoire négatif. Ces économies ont enregistré un taux de croissance de 2,4 p. 100 en 2009, comparativement à 6,1 p. 100 un an plus tôt. Néanmoins, dans certaines régions en développement, la production en 2009 a été inférieure à 2008, notamment en Europe centrale et de l’Est, dans les pays de la CEI, ainsi qu’en Amérique centrale et en Amérique du Sud. Divers facteurs se conjuguent maintenant pour replacer ces économies sur la voie de la reprise. Dans les principales économies émergentes et en développement, la demande intérieure finale était déjà robuste.De plus, ces économies ont profité du revirement du cycle des stocks, tandis que la demande extérieure s’est gonflée avec le retour à la normale des échanges mondiaux.

Dans les principales économies émergentes d’Asie, la production dépasse par une fortemarge les niveaux antérieurs à la crise, et la croissance de la production, qui a atteint quelque 10 p. 100 en moyenne en 2009 (du second au quatrième trimestre), est déjà supérieure aux estimations de la croissance de la production à pleine capacité (potentielle). Au troisième trimestre de 2009, la croissance avait commencé à dépasser les estimations de la production potentielle dans certaines économies latino-américaines. Cependant, les niveaux de production dans cette région ont tout juste retrouvé leurs niveaux d’avant la crise, et une certaine capacité inutilisée persiste dans plusieurs pays. La reprise semanifeste tardivement dans quelques économies émergentes d’Europe et de la CEI, bien que certaines montrent des signes évidents de redressement par rapport au creux qu’elles ont touché. Les économies du Moyen-Orient profitent de l’augmentation de la demande de pétrole et des prix pétroliers. L’expérience en Afrique sub-saharienne est mixte. La plupart des économies à revenu moyen et des économies exportatrices de pétrole, qui avaient vu leur production décélérer fortement ou même se contracter en 2009, sont aujourd’hui sur le chemin de la reprise grâce au regain des échangesmondiaux et des prix des produits de base. Simultanément, dans la plupart des économies à faible revenu, la croissance de la production se situe aujourd’hui près des taux tendanciels, après avoir ralenti en 2009.

La reprise devrait se poursuivre dans l’ensemble de l’économie mondiale, bien qu’à des rythmes variés, tant au niveau qu’à l’intérieur des régions. Selon le FMI, la croissance mondiale devrait atteindre 4,2 p. 100 en 2010 et 4,3 p. 100 en 2011.On prévoitmaintenant que les économies avancées connaîtront une expansion de 2,3 p. 100 en 2010, après avoir vu leur production décliner de 3,2 p. 100 en 2009; en 2012, leur taux de croissance devrait augmenter légèrement, soit à 2,4 p. 100.Dans le groupe des économies émergentes et en développement, la croissance devrait atteindre 6,3 p. 100 en 2010 et 6,5 p. 100 en 2011, après un modeste taux d’expansion de 2,4 p. 100 en 2009.

Les États-Unis

Le PIB réel a reculé aux États-Unis en 2009, cédant 2,4 p. 100, après une modeste hausse de 0,4 p. 100 en 2008. Les principaux facteurs qui ont contribué à ce déclin sont le ralentissement de l’investissement fixe non résidentiel, de l’investissement dans les stocks et des dépenses de consommation, des tendances qui n’ont été que partiellement compensées par l’amélioration des exportations nettes.

L’investissement fixe non résidentiel a fortement régressé, perdant 17,8 p. 100 en 2009, ce qui s’est traduit par une ponction de 2,1 points de pourcentage sur la croissance réelle en 2009. Ce ralentissement est le reflet des sévères compressions dans les dépenses en structures et une forte baisse des dépenses en matériel et en logiciel, lesquelles ont fléchi de 19,8 p. 100 et 16,6 p. 100, respectivement. L’investissement fixe résidentiel était aussi en retrait, mais à un rythme plus modéré qu’en 2008 (20,5 p. 100, contre 22,9 p. 100 un an plus tôt). La baisse des stocks a également contribué à retrancher 0,7 point de pourcentage à la croissance réelle du PIB, après avoir privé celle-ci de 0,4 point de pourcentage l’année précédente.

Les dépenses des consommateurs ont fléchi en 2009, ce qui a réduit la croissance du PIB réel de 0,4 point de pourcentage. Les dépenses consacrées aux services ont ralenti, tandis que les dépenses en biens durables ont chuté légèrement moins qu’en 2008. Le rythme des dépenses gouvernementales a aussi diminué, traduisant un ralentissement des dépenses du gouvernement fédéral, des gouvernements des États et des administrations locales.

Les exportations nettes ont fait une contribution de 1,1 point de pourcentage à la croissance du PIB réel. Les exportations ont ralenti pour la première fois depuis 2002,mais les importations ont diminué davantage qu’en 2008. Sauf pour une légère augmentation des importations de services, les échanges de biens et services étaient en baisse de part et d’autre, contribuant ainsi aux reculs observés.

Sous l’effet desmesures de stimulation, la reprise s’est engagée aux États-Unis2, mais on s’attend à ce qu’elle soit graduelle, notamment lorsque les effets desmesures de stimulation se seront estompés. En réponse à cesmesures et à un robuste cycle des stocks, le PIB réel a progressé à un taux annuel désaisonnalisé de 2,2 p. 100 au troisième trimestre de 2009 et de 5,6 p. 100 au quatrième trimestre. La demande finale privée demeure toutefois léthargique. Au quatrième trimestre, la diminution des ponctions sur les stocks a contribué pour plus de la moitié à la croissance.Durant lamême période, les exportations nettes ont aussi fait une modeste contribution positive à la croissance, alors que le regain des échangesmondiaux et la reprise des économies des pays partenaires ont stimulé les exportations. Cependant, l’investissement intérieur privé brut (c.-à-d. la construction résidentielle et l’investissement des entreprises en usines et en matériel) demeure bien en-deçà des niveaux d’avant la crise.

Néanmoins, le marché du travail demeure exceptionnellement faible. Depuis le début de la crise, plus de 7 millions d’emplois sont disparus et 8,8 millions de personnes travaillent à temps partiel de façon involontaire. Le taux de perte d’emplois a beaucoup ralenti, mais la croissance de l’emploi demeure négative, le taux de chômage atteignait 10 p. 100 à la fin de 2009, bien qu’il ait diminué légèrement au premier trimestre de 2010.

Le PIB réel devrait croître à un rythme de 3,1 p. 100 en 2010. La reprise sera tempérée par le besoin continu de reconstituer la richesse des ménages, le lent mais nécessaire processus de réforme et de désendettement du secteur financier et la faiblesse persistante dumarché du travail. Ainsi, la demande privée devrait demeurer fragile. Le retrait des mesures de stimulation réduira la croissance, qui devrait ralentir à 2,6 p. 100 en 2011. Le chômage devrait demeurer élevé en 2010, à 9,4 p. 100 selon les projections, avant de diminuer à 8,3 p. 100 en 2011, alors que la croissance de l’emploi ira en s’intensifiant. L’inflation devrait demeurer faible, à 2,1 p. 100 en 2010 et à 1,7 p. 100 en 2011, étant donné la persistance d’une capacité excédentaire dans l’économie.

Le Japon

L’économie japonaise s’est contractée pour la seconde année d’affilée en 2009. Le PIB réel a reculé de 5,2 p. 100 après avoir fléchi de 1,2 p. 100 en 2008. Le ralentissement est le reflet de la forte baisse de l’investissement privé, de la consommation personnelle et des flux commerciaux, notamment du côté des exportations.

Pour l’ensemble de l’année, l’investissement privé non résidentiel a plongé de 19,3 p. 100 après six années consécutives d’augmentation. Du même coup, l’investissement privé résidentiel a reculé de 14,2 p. 100 par rapport à 2008. Tout considéré, l’investissement privé non résidentiel a supprimé 3,1 points de pourcentage de la croissance réelle, tandis que la croissance de l’investissement privé résidentiel a soustrait un autre demi-point de pourcentage de la croissance. Les rajustements des stocks ont fait une ponction additionnelle de 0,3 point de pourcentage sur le taux de croissance.

Pour ce qui est du solde net des échanges, les exportations réelles du Japon ont dégringolé de 24,0 p. 100; la baisse n’a été que partiellement compensée par un recul de 17,0 p. 100 des importations réelles. Cela se traduit par une réduction nette de la croissance de 1,2 point de pourcentage, attribuable aux échanges commerciaux.

La consommation des ménages a aussi fait une contribution négative à la croissance de l’économie japonaise en 2009, retranchant 0,6 point de pourcentage de la croissance réelle du PIB.

Les mesures de stimulation étaient bien en évidence au Japon l’an dernier, alors que les dépenses publiques ont augmenté. La consommation gouvernementale a progressé de 1,6 p. 100, tandis que l’investissement public a lui-même crû de 6,0 p. 100 en termes réels, marquant la première augmentation en une décennie. Ces dépenses publiques ont globalement ajouté 0,5 point de pourcentage à la croissance du PIB.

À mesure que l’année avançait, l’économie japonaise a repris de la vigueur, notamment avec l’amélioration des conditions économiques à l’étranger et les diverses mesures adoptées, bien que l’impulsion ne soit par encore suffisante pour amorcer une reprise autonome de la demande privée intérieure. Les exportations et la production ont augmenté, principalement à la faveur de la forte croissance des économies émergentes. Le climat d’affaires s’est amélioré, tout comme l’investissement fixe des entreprises. Les progrès observés dans le secteur des affaires sous la poussée des exportations devraient se propager au secteur des ménages; néanmoins, la demande intérieure demeurera probablement faible pour diverses raisons, y compris une résurgence de la déflation, une capacité excédentaire persistante et la faiblesse dumarché du travail. L’appréciation continue du yen en 2010 pourrait limiter la contribution des exportations nettes à la croissance, notamment en comparaison avec le reste de l’Asie. En conséquence, le taux de croissance de l’économie ne devrait augmenter que graduellement, mais il dépendra du soutien annoncé dans le cadre de la politique budgétaire et du retournement de la conjoncture mondiale. Le PIB devrait croître de 2 p. 100 en 2010, en s’appuyant sur les mesures de stimulation budgétaire et une augmentation des exportations. Une reprise plus généralisée devrait être au rendez-vous en 2011, dans la foulée d’une augmentation modérée de l’investissement des entreprises.

La zone euro

Ébranlé par la récession la plus grave depuis la Seconde guerremondiale, le PIB de la zone euro a touché un plancher au deuxième trimestre de 2009, pour remontermodestement depuis. Mesuré entre le sommet et le creux, le PIB a reculé de 5,2 p. 100 durant la récession de 2008-2009, ce qui est plus de deux fois le déclin enregistré lors de la seconde récession la plus sévère, qui remonte à 1970. La reprise du PIB au troisième trimestre de 2009 a bénéficié de l’un des taux de croissance initiaux les plus élevés au lendemain d’une récession; cependant, cette poussée a été suivie par une quasi-stagnation du PIB au quatrième trimestre de 2009. En conséquence, la relance depuis le creux du deuxième trimestre de 2009 a été trèsmodeste et le PIB de la zone euro demeure bien en-deçà de son sommet d’avant la récession.

Pour l’ensemble de l’année, le PIB de la zone euro a régressé de 4,1 p. 100, après un gain de 0,6 p. 100 en 2008. Seule la consommation gouvernementale a fait une contribution positive à la croissance, toutes les autres grandes composantes de la croissance réelle battant en retraite sur l’année. Les baisses les plus marquées s’observent du côté de l’investissement, la formation de capital fixe brut chutant de 10,8 p. 100 en 2009 et soustrayant 2,4 points de pourcentage à la croissance. L’investissement est demeuré en territoire négatif depuis le deuxième trimestre de 2008 à cause de la faiblesse de la demande, de la piètre confiance des milieux d’affaires, de la croissance négative des bénéfices, d’un taux historiquement faible d’utilisation de la capacité et du resserrement des normes de crédit. La baisse des stocks arrive au second rang, retranchant 0,8 point de pourcentage de la croissance sur l’année. Les exportations nettes, soit la différence entre les exportations et les importations, ont supprimé 0,7 point de pourcentage de la croissance en raison de la chute plus marquée des exportations réelles (baisse de 12,9 p. 100) que des importations réelles (baisse de 11,5 p. 100). Enfin, les dépenses des consommateurs ont reculé de 1,1 p. 100 après avoir augmenté de 0,4 p. 100 en 2008 : ce recul a privé la croissance de 0,6 point de pourcentage. La consommation gouvernementale s’est accélérée entre 2008 et 2009, avançant de 2,3 p. 100 en regard d’une augmentation de 2,1 p. 100 l’année précédente, ce qui s’est soldé par une contribution de 0,4 point de pourcentage à la croissance.

Dans la zone euro, les expériences et les perspectives de reprise varient considérablement d’un pays à l’autre. La zone euro a été l’une des plus durement touchées par la crise mondiale et elle sort de la récession plus lentement que les autres régions.

D’importantes mesures de stimulation macroéconomiques ont appuyé la reprise dans les principales économies avancées d’Europe (comme lemontre l’accélération de la consommation gouvernementale notée précédemment), mais la demande privée n’est pas encore parvenue à trouver une assise solide. Selon le FMI, toutefois, les déséquilibres importants du compte courant et du budget menacent la reprise dans certaines économies européennes de plus petite taille, ce qui pourrait avoir des effets dommageables sur le reste de la région. En particulier, les préoccupations au sujet de la solvabilité et de la liquidité des titres souverains en Grèce (un phénomène qui pourrait se propager à d’autres pays vulnérables de la zone euro)menacent la normalisation des conditions des marchés financiers. D’autre part, les problèmes non résolus du secteur bancaire, qui joue un rôle clé dans l’intermédiation financière en Europe, ont entravé le retour à la normale.

Néanmoins, la reprise en cours en Europe prend appui sur plusieurs facteurs. Tout d’abord, le retournement du cycle des stocks a stimulé l’activité dans la zone euro durant la seconde moitié de 2009. Ensuite, la normalisation du commerce mondial a contribué de façon significative à l’expansion de la zone euro et des pays émergents d’Europe. Enfin, des politiques rigoureuses ont aussi favorisé la relance, y compris des mesures macroéconomiques de soutien et la réforme du secteur financier dans plusieurs économies européennes, sans compter l’aide coordonnée en provenance des institutions multilatérales à l’intention des économies les plus durement touchées de la région.

Avec ces éléments en toile de fond, la croissance dans les pays avancés d’Europe devrait être modeste. Selon les projections, le PIB de la zone euro devrait croître de 1,0 p. 100 en 2010 et d’un peu plus de 1,5 p. 100 en 2011. Quoiqu’il en soit, il y aura des écarts marqués dans la performance des pays de la région. On s’attend à ce que la reprise soitmodérée en Allemagne et en France, où la croissance des exportations est limitée par la demande extérieure, l’investissement est ralenti par la capacité excédentaire et les restrictions au crédit, et la consommation freinée par un chômage plus élevé. Les plus petites économies de la zone euro sortiront de la récession à un rythme encore plus lent du fait que leur croissance est entravée par de sérieux déséquilibres des budgets publics et du compte courant (p. ex. la Grèce, l’Irlande, le Portugal et l’Espagne).

L’incertitude qui entoure les perspectives en Europe a monté d’un cran alors que deux facteurs de risque sont devenus plus sérieux. La principale menace à court terme est que, si les préoccupations dumarché au sujet de la liquidité et de la solvabilité des titres souverains de la Grèce ne s’atténuent pas, la situation pourrait dégénérer en une crise de l’endettement public de grande envergure, avec un certain effet de contagion3. Le second facteur de risque baissier est lié au besoin de corriger les déséquilibres des budgets et du compte courant des économies périphériques. Même s’il faut s’attendre à ce qu’un redressement de ces déséquilibres freine la croissance, tout retard à prendre desmesures décisives pourrait prolonger le processus de reprise, ponctué de crises occasionnelles.

Le Royaume-Uni

L’activité économique au Royaume-Uni s’est contractée de 4,9 p. 100 en 2009, la plus forte baisse jamais enregistrée, après une expansion de 0,5 p. 100 en 2008. La contraction du PIB traduit principalement une accélération de la baisse de la formation brute de capital fixe, des ponctions sur les stocks et du recul des dépenses de consommation.

Pour l’année 2009, la formation brute de capital fixe a chuté de 14,9 p. 100, enlevant du même coup 2,6 points de pourcentage à la croissance. La baisse de la formation de capital privé de 20,1 p. 100 a été partiellement compensée par une augmentation de 17,2 p. 100 des dépenses publiques en immobilisations, ce qui explique le déclin observé.

Du même coup, le niveau des stocks a diminué de 15,2 milliards de livres sterling, le recul le plus important enregistré, en comparaison d’un gain de 0,9 milliard de livres sterling en 2008. La baisse des stocks a retranché 1,2 point de pourcentage du taux de croissance en 2009.

La rémunération des employés a fléchi de 0,5 p. 100, la seule baisse jamais observée, ce qui a contribué à un déclin de 3,2 p. 100 des dépenses de consommation finale desménages pendant l’année. Cette baisse des dépenses des consommateurs a soustrait 2,0 points de pourcentage au taux de croissance.

Sur l’ensemble de l’année, les dépenses de consommation finale des gouvernements ont augmenté de 2,2 p. 100, faisant une contribution positive de 0,5 point de pourcentage à la croissance. Les piètres conditions à l’étranger expliquent la diminution de 10,6 p. 100 des exportations, tandis que les importations subissaient une contraction encore plus sévère, soit 11,9 p. 100. Par conséquent, les exportations nettes ont ajouté 0,7 point de pourcentage à la croissance économique au Royaume-Uni en 2009.

Après six trimestres consécutifs de repli remontant au deuxième trimestre de 2008, la croissance est redevenue positive au Royaume-Uni au cours du quatrième trimestre de 2009. Selon les prévisions, la reprise devrait se poursuivre à un rythme modéré, la dépréciation passée de la livre sterling ayant un effet de stimulation sur les exportations nettes, alors que la demande intérieure devrait demeurer léthargique. Plus précisément, on s’attend à ce que le PIB augmente de 1,3 p. 100 en 2010 et de 2,5 p. 100 l’année suivante. Bien entendu, certains des éléments d’incertitude entourant les prévisions pour la zone euro s’appliquent aussi au Royaume-Uni.

Les économies émergentes

Les pays émergents d’Asie

Le ralentissement observé dans de nombreuses économies asiatiques à la fin de 2008 a été plus marqué que plusieurs ne l’avaient prévu; cependant, la reprise est survenue rapidement et a été tout aussi forte. La reprise a été plus équilibrée en Asie qu’ailleurs, la croissance de la production dans la plupart des économies de la région s’appuyant à la fois sur la demande extérieure et la demande intérieure. Bien que les mesures de stimulation macroéconomique aient été importantes, la demande privée a aussi repris de la vigueur dans plusieurs économies. Une grande marge de manoeuvre au niveau des politiques et un solide bilan sectoriel laissent entrevoir une reprise relativement robuste dans plusieurs économies de la région.

Quatre facteurs ont contribué à soutenir la reprise économique en Asie. Premièrement, la normalisation rapide des échanges commerciaux après le ralentissement de la fin de 2008 a grandement profité aux économies de la région tributaires de l’exportation. Deuxièmement, le retournement du cycle des stocks, tant sur le plan intérieur que chez les principaux partenaires commerciaux, comme les États- Unis, a stimulé la production industrielle et les exportations. Troisièmement, la reprise des entrées de capitaux dans la région – en réponse aux écarts grandissants de croissance et à un appétit renouvelé pour le risque – a créé d’abondantes liquidités dans beaucoup d’économies. Enfin, la demande intérieure a été résiliente, avec de solides contributions des composantes publique et privée dans plusieurs économies de la région. Cette résilience est en partie attribuable au fait que les conditions étaient déjà plus saines au début de la crise, tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Le faible niveau d’endettement public a aussi permis à plusieurs économies asiatiques d’intervenir sans délai pour prendre des mesures énergiques pour lutter contre la crise; selon les estimations du FMI, la stimulation budgétaire a fait une contribution positive de quelque 1,7 point de pourcentage à la croissance en Asie en 2009. Une politique monétaire plus souple a aussi amélioré les conditions de financement dans la région – par le biais de baissesmarquées des taux d’intérêt et, dans certaines économies, de mesures visant à accroître la liquidité.

Dans ce contexte, les projections indiquent que le PIB des pays émergents d’Asie croîtra de 8,7 p. 100 en 2010 et en 2011. Cependant, des écarts significatifs persistent au sein de la région.

Tant en Chine qu’en Inde, la reprise pourra compter sur une forte demande intérieure. En Chine, la croissance du PIB a dépassé la cible de 8 p. 100 fixée par le gouvernement en 2009, et elle devrait atteindre près de 10 p. 100 en 2010 et en 2011. Ce qui a été jusqu’à maintenant un sentier de croissance tracé principalement par le secteur public grâce à des investissements en infrastructure, devrait maintenant céder le pas à une consommation privée et un investissement plus vigoureux.

En Inde, on s’attend à ce que la croissance atteigne 8,8 p. 100 en 2010 et 8,4 p. 100 en 2011, grâce à l’augmentation de la demande privée. La consommation se renforcera à mesure que les conditions du marché du travail s’amélioreront, et l’investissement devrait profiter d’une solide rentabilité, d’une plus grande confiance des milieux d’affaires et de conditions de financement favorables.

La vigueur de la demande intérieure finale en Inde et, notamment, en Chine devrait avoir des retombées positives sur les autres économies asiatiques, en particulier celles qui exportent des produits de base et des biens d’équipement. Étant donné leur extrême ouverture et leur grande dépendance à l’égard de la demande externe, la croissance dans les nouvelles économies industrialisées (NEI – Hong Kong, la République de Corée, Singapour, et Taïwan) devrait rebondir fortement, passant d’un recul de 1 p. 100 en 2009 à une croissance supérieure à 5 p. 100 en 2010. En Corée, l’activité économique devrait s’accélérer pour atteindre 4,5 p. 100 en 2010 et 5,0 p. 100 en 2011, une progressionmarquée par rapport au taux de 0,2 p. 100 enregistré en 2009. Taïwan devrait également rebondir, passant d’une contraction de 1,9 p. 100 à une expansion de 6,5 p. 100 en 2010, soit le taux de croissance prévu le plus élevé parmi les NEI. À Singapour, les prévisions pour la reprise voient l’économie passer d’une contraction de 2,0 p. 100 en 2009 à une expansion de 5,7 p. 100 en 2010, tandis qu’à Hong Kong on s’attend à une croissance de 5,0 p. 100 après une contraction de 2,7 p. 100. Cela reflète non seulement la vigueur de la croissance des exportations – les exportations de biens d’équipement vers la Chine constituant un volet important – mais aussi un apport continu provenant du renversement du cycle des stocks et de la hausse de l’investissement des entreprises devant un taux élevé d’utilisation de la capacité et la confiance élevée des milieux d’affaires. Tous ces facteurs devraient se conjuguer pour atténuer l’impact du retrait prévu des mesures de stimulation budgétaire en 2010.

Les économies de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE-5)4 devraient croître de 5,4 p. 100 en 2010 et de 5,6 p. 100 en 2011. La demande intérieure privée devrait être le principalmoteur de la croissance, les exportations nettes jouant un rôle moins important que dans le passé, en raison d’importations plus élevées que par le passé. Au sein de l’ANASE-5, l’économie indonésienne s’est révélée remarquablement résiliente, la production y ayant crû de 4,5 p. 100 en 2009 comparativement à 1,7 p. 100 pour l’ensemble du groupe, grâce surtout à la vigueur de la demande intérieure et à une dépendance moins grande à l’égard du commerce. La croissance en Indonésie devrait s’accélérer pour atteindre 6,0 p. 100 en 2010 et 6,2 p. 100 en 2011, sous l’effet d’une reprise de l’investissement privé.

Les pays émergents d’Europe

Les hauts et les bas des pays émergents d’Europe sont inextricablement liés à ceux des pays européens avancés. Globalement, la région a vu sa production reculer de 3,8 p. 100 en 2009. Les restrictions frappant le financement externe ont suscité une baisse marquée de la production dans certaines économies émergentes d’Europe, notamment celles qui avaient d’importants déficits de leur compte courant et qui étaient fortement tributaires du financement étranger (comme les États baltes, la Bulgarie et la Roumanie). Les répercussions sur les États baltes ont été particulièrement lourdes en 2009, la production en Estonie reculant de 14,1 p. 100, tandis qu’elle chutait de 15,0 p. 100 en Lituanie et de 18,0 p. 100 en Lettonie. Bien que les déséquilibres du compte courant aient été corrigés dans plusieurs pays émergents d’Europe, les contraintes persistantes au niveau du financement extérieur, la vulnérabilité des bilans des ménages et des sociétés et le désendettement du secteur financier conjugueront leurs effets pour freiner la cadence de la reprise dans les économies de la région les plus durement touchées. Ainsi, les perspectives de croissance varient sensiblement d’un pays à l’autre. Les économies qui sont parvenues à traverser sans trop de mal la crise mondiale (Pologne) et les autres pays où la confiance intérieure est en voie de rétablissement après le choc externe initial (Turquie) devraient rebondir plus fortement, assistés par une reprise des flux de capitaux et la normalisation du commerce mondial. Par contre, les économies qui ont dû affronter la crise après une période d’expansion intérieure insoutenable ayant alimenté un déficit excessif de leur compte courant (Bulgarie, Lettonie et Lituanie) et celles où la situation financière du secteur privé et du secteur public est vulnérable (Hongrie, Roumanie et États baltes) devraient connaître une reprise plus lente, en partie à cause de la marge de manoeuvre plus limitée dont disposent les responsables des politiques.

Selon les projections, c’est la Turquie qui devrait bénéficier de la reprise la plus vigoureuse en 2010, avec une croissance estimative de la production de 5,2 p. 100; cependant, la croissance devrait ralentir à 3,4 p. 100 en 2011. En Europe centrale, les attentes sont plus partagées. La Pologne, seule économie à avoir évité une contraction en 2009, devrait connaître une reprise modérée en 2010 – avec un taux de croissance de 2,7 p. 100, qui s’accélérera à 3,2 p. 100 en 2011. La Hongrie, qui a subi une contraction de 6,3 p. 100 en 2009, devrait enregistrer à nouveau une légère contraction de 0,2 p. 100 en 2010 avant de renouer avec la croissance en 2011. Pour ce qui est des États baltes, la Lituanie (baisse de 1,6 p. 100) et la Lettonie (baisse de 4,0 p. 100) devraient afficher la performance lamoins reluisante parmi les économies émergentes d’Europe en 2010; ces deux pays devraient toutefois retrouver le chemin de l’expansion en 2011.

L’Amérique latine et les Caraïbes (ALC)

Après avoir affronté relativement bien la récessionmondiale, la région de l’ALC devrait bénéficier d’une forte reprise. Celle-ci s’appuiera sur divers facteurs. Premièrement, des politiques favorables contribuent à soutenir la demande intérieure. Deuxièmement, de bonnes conditions fondamentales (systèmes financiers sains et bilans solides) aident cette région à s’engager dans la reprise et à attirer à nouveau des flux de capitaux dans un contexte financier qui s’est amélioré à l’échelle mondiale. Troisièmement, les prix élevés des produits de base et la reprise de la demande extérieure soutiennent la croissance de nombreuses économies, étant donné leur dépendance envers les gains tirés de ces produits. Cependant, la faible demande dans le secteur du tourisme provenant d’Amérique du Nord et d’Europe entrave la croissance de certaines économies de la région, notamment dans les Caraïbes, tandis que les niveaux moins élevés des transferts de fonds ont un effet négatif sur plusieurs économies d’Amérique latine et des Caraïbes.

Dans ces circonstances, le PIB de la région de l’ALC devrait croître de 4,0 p. 100 en 2010 et 2011, bien que les perspectives varient considérablement d’un pays à l’autre.

La reprise devrait être particulièrement forte dans plusieurs économies exportatrices de produits de base et financièrement intégrées5, lesquelles représentent environ les deux tiers du PIB de la région de l’ALC. Au Brésil, la croissance devrait rebondir pour atteindre 5,5 p. 100 en 2010 grâce à la vigueur de la consommation et de l’investissement du secteur privé. En dépit du tremblement de terre qui a dévasté le pays, le PIB du Chili devrait croître à un rythme d’environ 4,7 p. 100 en 2010 et de 6,0 p. 100 en 2011, appuyé par des politiques très accommodantes, un regain des prix des produits de base et les efforts de reconstruction. Au Mexique, la croissance devrait rebondir à 4,2 p. 100 en 2010 grâce à la reprise en cours aux États-Unis. Au Pérou, qui a le taux de croissance le plus élevé de la région, les prévisions montrent que le PIB devrait connaître une expansion de 6,3 p. 100 en 2010, principalement en raison d’une dynamique interne favorable et des prix élevés des produits de base. On prévoit que la reprise sera aussi relativement vigoureuse en Bolivie, au Paraguay et en Uruguay – avec des taux de croissance de 4,0 p. 100, 5,3 p. 100, et 5,7 p. 100, respectivement – tandis qu’elle sera plus faible en Argentine et en Colombie et qu’elle pourrait se manifester plus tard au Venezuela, à cause des pénuries d’électricité que connaît ce pays.

La reprise devrait aussi être moins forte dans plusieurs économies importatrices de produits de base de la région qui ont un important secteur touristique (comme Antigua et Barbuda, les Bahamas, la Barbade et Sainte-Lucie). Les perspectives plus sombres du secteur du tourisme, s’ajoutant à unemarge demanoeuvre plus limitée pour soutenir la reprise, devraient peser sur la croissance à court terme.

Les risques pour la croissance dans la région de l’ALC sont importants mais globalement équilibrés. Les principaux facteurs de risque à la baisse se situent à l’extérieur de la région. Ils sont liés à la fragilité de la reprise dans les économies avancées et à la faiblesse potentielle des prix des produits de base. Par ailleurs, il y a aussi d’importants facteurs de risque haussier. Parmi ceux-ci, les facteurs dynamiques internes pourraient être plus robustes que prévu, ce qui pourrait attirer davantage de flux de capitaux.

Les économies de la Communauté des États indépendants (CEI)

La région de la CEI sort de la récession à un rythme modéré après un effondrement important de sa production pendant la crise. Les prix plus élevés des produits de base (pétrole, gaz etmétaux) donnent à nouveau un appui à la production et à l’emploi dans les économies exportatrices de produits de base de la région, tandis que la normalisation du commerce mondial et des flux de capitaux devraient aider les économies de la CEI à retrouver le sentier de la croissance. La reprise de l’activité réelle en Russie profite aussi au reste de la région en stimulant la demande externe pour l’emploi, le capital et les biens de ces économies. Cependant, la vulnérabilité persistante du secteur financier et une forte dépendance à l’égard du financement extérieur freinent la croissance dans plusieurs économies de la région.

Dans ce contexte, l’activité réelle dans la région de la CEI devrait augmenter de 4,0 p. 100 en 2010, avant de ralentir légèrement à 3,6 p. 100 en 2011.

Au sein de la région, les perspectives d’expansion varient. En Russie, la croissance devrait afficher une modeste reprise et atteindre 4,0 p. 100 en 2010. Cependant,malgré les prix relativement élevés du pétrole et l’important effort de stimulation du gouvernement, la demande intérieure privée devrait demeurer chancelante, tandis que lesmauvaises créances dans le système bancaire devraient limiter le crédit et la croissance de la consommation.

L’Ouzbékistan, un exportateur d’énergie, profite des prix élevés des produits de base et devrait afficher l’une des meilleures performances de la région en 2010, avec une croissance de 8,0 p. 100. Les volumes accrus d’exportations de gaz et les investissements à grande échelle devraient stimuler la croissance au Turkménistan où, selon les projections, l’expansion atteindra 12,0 p. 100 en 2010. De façon plus générale, les économiesmoins liées au secteur financier extérieur devraient continuer à faire mieux. Néanmoins, pour la plupart des économies de la CEI, les perspectives de croissance demeurent fortement tributaires de la rapidité de la reprise en Russie, qui pourrait causer une surprise dans un sens ou dans l’autre.

Le Moyen-Orient

Le ralentissement mondial a réduit de plus de moitié la croissance dans la région du Moyen-Orient, où la production a progressé de 2,4 p. 100 en 2009, alors qu’elle avait augmenté de 5,1 p. 100 en 2008. La croissance dans la région devrait rebondir rapidement sous l’influence de trois facteurs. Premièrement, les prix élevés des produits de base et la plus forte demande extérieure stimulent la production et les exportations dans plusieurs économies de la région. Deuxièmement, les programmes de dépenses des gouvernements jouent un rôle clé en favorisant la reprise. Troisième, la faiblesse de la reprise en Europe pourrait freiner la croissance des exportations, des transferts de fonds des travailleurs et des recettes touristiques dans certaines parties de la région (au Maroc et en Tunisie, par exemple), bien que ces flux montrent une amélioration graduelle.

En prenant en considération ces facteurs et d’autres, le PIB auMoyen-Orient devrait croître à un taux de 4,5 p. 100 en 2010 et de 4,8 p. 100 en 2011. À l’instar des autres régions, les perspectives de reprise varient sensiblement entre les économies.

Parmi les exportateurs de pétrole, c’est le Qatar qui affiche la meilleure performance : l’activité réelle devrait bondir de 18,5 p. 100 en 2010 sous l’effet de l’expansion continue de la production de gaz naturel et de fortes dépenses d’investissement. En Arabie saoudite et au Koweït, le PIB devrait croître d’environ 3,7 p. 100 et 3,1 p. 100, respectivement, cette année, appuyé dans les deux cas par d’importants investissements gouvernementaux dans les infrastructures. Dans les Émirats arabes unis, on prévoit que la croissance seramodeste en 2010, à 1,3 p. 100, et l’on s’attend à ce que la contraction se poursuive dans les secteurs liés à l’immobilier.

Parmi les importateurs de pétrole, le PIB de l’Égypte devrait croître de 5,0 p. 100 en 2010 et de 5,5 p. 100 en 2011, aidé en cela par les politiques de stimulation budgétaire et monétaire. Le Maroc et la Tunisie continueront de croître à des taux variant entre 3,2 p. 100 et 4,0 p. 100 en 2010 et entre 4,5 p. 100 et 5,0 p. 100 en 2011, en supposant que les exportations, le tourisme, les transferts de fonds et l’investissement étranger direct continuent de s’améliorer.

L’Afrique

Même si elle a des liens financiers relativement limités avec les économies avancées, l’Afrique n’a pas échappé aux contrecoups du ralentissement à l’échelle mondiale. L’onde de choc provoquée par la crise mondiale a atteint la région principalement par les canaux du commerce. Néanmoins, l’Afrique a affronté assez bien la crise mondiale et la reprise qui a suivi le creux de 2009 devrait être plus forte qu’au lendemain des ralentissements antérieurs de l’économie mondiale. Même si certains pays à revenumoyen et certaines économies exportatrices de pétrole ont été durement frappés par l’effondrement des marchés d’exportation et des produits de base, la région a réussi à éviter une contraction en 2009, enregistrant une expansion de 2,1 p. 100. Sa croissance devrait s’accélérer pour atteindre 4,7 p. 100 en 2010 et 5,9 p. 100 en 2011. Cette reprise traduit l’intégration relativement limitée à l’économie mondiale de la plupart des économies à faible revenu, lemoindre impact sur leurs termes d’échange, la normalisation rapide du commerce mondial et des prix des produits de base, ainsi que l’adoption de politiques budgétaires contracycliques. Les flux de transferts de fonds et d’aide officielle ont aussi été moins touchés que prévu par la récession qui a sévi dans les économies avancées. Les secteurs bancaires ont jusqu’à maintenant montré une résilience générale, et les entrées de capitaux privés ont repris dans les économies plus intégrées de la région.

Traduisant leur plus grande ouverture au commerce, les économies à revenu moyen de la région ont été parmi les plus durement touchées. La production en Afrique du Sud, qui vient en tête de liste de ces pays, a fléchi de 1,8 p. 100 en 2009. Le rétablissement des échanges commerciaux soutient la reprise, mais la croissance en Afrique du Sud – estimée à 2,6 p. 100 en 2010 et à 3,6 p. 100 en 2011 – sera entravée par un chômage élevé, des conditions de crédit plus restrictives et la vigueur récente du rand.

Le fléchissement de la demande mondiale et l’effondrement des prix pétroliers ont aussi donné un dur coup aux grands exportateurs de pétrole de la région. Les excédents budgétaires, dont certains étaient importants, ont chuté fortement et certaines économies ont enregistré un déficit. En conséquence, la croissance de la production dans ces économies a ralenti de 3,5 points de pourcentage, à 3,9 p. 100 en 2009, bien qu’une solide performance dans les secteurs non-pétroliers ait permis au Nigeria, le plus gros producteur de pétrole de la région, d’éviter un ralentissement significatif. La remontée des prix pétroliers et une demandemondiale plus vigoureuse porteront la croissance dans ces économies à 6,8 p. 100 en 2010 et à 7,1 p. 100 en 2011.

Dans les économies à faible revenu de la région, le ralentissement de l’activité économique a été plus modéré en raison du niveau plus limité des échanges commerciaux et de l’intégration financière. La croissance de certaines économies plus fragiles amême accéléré l’an dernier, traduisant principalement des politiques plus interventionnistes et l’aide à la reconstruction suivant une période de conflit civil et d’instabilité économique, et des chocs externes antérieurs. Pour l’ensemble de ces économies, on prévoit que la production croîtra de 4,7 p. 100 en 2010 et de 6,7 p. 100 en 2011. L’Éthiopie dominera le classement avec une croissance attendue de 7,0 p. 100 en 2010 et de 7,7 p. 100 en 2011.

Hypothèses et risques

Tel qu’indiqué précédemment, toutes les projections présentées dans ce chapitre reposent sur Perspectives de l’économie mondiale, un document publié par le FMI en avril 2010. Pour faire ses projections, le FMI a adopté un certain nombre d’hypothèses techniques. Parmi les principales, il y a 1) dans les économies avancées, les taux de change effectifs réels demeureront constants à leur niveau moyen de la période du 23 février au 23 mars 2010; 2) les politiques (budgétaires et monétaires) établies des autorités nationales seront maintenues; 3) le prix du pétrole s’établira, en moyenne, à 80,00 $É.-U. le baril en 2010 et à 83,00 $É.-U. le baril en 2011. En outre, l’organisme a retenu un certain nombre d’hypothèses de travail concernant les taux d’intérêt sur les dépôts dans le secteur financier mondial. Les lecteurs intéressés à obtenir plus de détails sur ces hypothèses techniques devraient consulter le document du FMI.

Pour l’essentiel, les hypothèses adoptées dans les modèles reposent sur les budgets officiellement annoncés, rajustés pour tenir compte des différences entre les autorités nationales et le FMI quant aux hypothèses macroéconomiques et aux paramètres budgétaires projetés; les projections à moyen terme intègrent les mesures de politiques qui seront vraisemblablement mises en oeuvre. De façon similaire, les hypothèses au sujet de la politique monétaire reposent sur le cadre de politique en place dans chaque pays.

Les perspectives pour l’activité économique demeurent exceptionnellement incertaines, et les risques à la baisse découlant de la fragilité de la situation budgétaire demeurent présents. La principale préoccupation a trait à la marge de manoeuvre dont disposent les responsables des politiques dans de nombreuses économies avancées, laquelle a été entamée dans une large mesure ou est devenue beaucoup plus restreinte, laissant la fragile reprise vulnérable à de nouveaux chocs. De plus, l’exposition des banques au secteur immobilier continue de représenter un facteur de risque baissier, principalement aux États-Unis et dans certaines parties de l’Europe. Les risques liés à l’augmentation de l’endettement public dans les économies avancées sont aussi sensiblement plus élevés, comme c’est le cas du risque associé à la dette souveraine. Les préoccupations dumarché au sujet de la liquidité et de la solvabilité des titres souverains de la Grèce pourraient dégénérer en une crise de l’endettement souverain à grande échelle qui risquerait de se propager6, en se répercutant sur les systèmes bancaires ou par delà les frontières. Cependant, il semble peu probable que l’on assiste à une panique généralisée face à l’endettement public dans les grandes économies avancées parce que, globalement, celles-ci ont des assiettes fiscales et des assises d’investissement étendues. À cet égard, les évaluations du risque faites par les investisseurs reflèteront probablement une différenciation plus fine entre les économies, témoignant d’une plus grande sensibilité à la détérioration des perspectives budgétaires.

En revanche, un facteur qui s’est résorbé est le risque systémique lié au secteur financier, lequel a diminué àmesure que la reprise devenait plus robuste. De façon générale, la santé du système bancaire s’améliore parallèlement à la reprise de l’activité économique, la poursuite des efforts de désendettement et la normalisation des marchés.


1. Les statistiques, estimations et projections présentées dans ce chapitre proviennent de Perspectives de l’économie mondiale, Fonds monétaire international, avril 2010, auxquelles s’ajoutent des statistiques du U.S. Bureau of Economic Analysis, du Japan Cabinet Office, de la Banque centrale européenne, du U.K. Office for National Statistics et de la base de données de Perspectives de l’économie mondiale d’avril 2010.

2. Selon le FMI, les mesures de stimulation budgétaire ont gonflé la croissance du PIB réel dans une proportion estimative de 1 point de pourcentage en 2009. (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2010, p. 44.)

3. Pour plus de détails, voir FMI, Global Financial Stability Report, avril 2010, chap. 1.

4. L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) comprend l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thaïlande et le Vietnam.

5. L’intégration financière correspond habituellement au degré d’intégration financière d’un pays à l’économie mondiale en termes de flux de capitaux (c.-à-d. la capacité d’emprunter du reste du monde, la capacité d’investir dans des actifs à l’étranger et la capacité de recevoir de l’investissement étranger direct).

6. Pour une explication plus détaillée, voir FMI, Global Financial Stability Report, avril 2010.