Le commerce international du Canada: Le point sur le commerce et l'investissement – 2011

Sommaire

En 2010, l’activité économique a poursuivi sa remontée après la sévère récession qui a succédé à la crise financière mondiale. La reprise a été soutenue par les mesures de stimulationmonétaire et budgétaire. Un cycle des stocks prolongé a aussi aidé la reprise économique dans le monde, alors que les entreprises, encouragées par de meilleures perspectives économiques, ont reconstitué leurs stocks. La poursuite de la normalisation des conditions de financement et l’amélioration de la confiance des consommateurs et des entreprises ont eu un effet positif sur la reprise de l’économie mondiale. La situation de l’emploi s’est améliorée progressivement au fil de l’année, après les pertes généralisées subies au cours des deux années précédentes. Le redressement de la situation économique en général et le rebond de l’activité se sont accompagnés d’une solide reprise des échanges commerciaux, notamment dans la première moitié de l’année.

Durant la seconde moitié de l’année, la reprise a perdu de son impulsion en raison du soutien décroissant provenant de l’effort de reconstitution des stocks et des mesures de stimulation budgétaire. Plusieurs pays ont par ailleurs annoncé des mesures de consolidation face à la précarité des budgets publics. En conséquence, les flux commerciaux mondiaux ont quelque peu ralenti dans la deuxièmemoitié de 2010, et l’expansion des échanges s’est poursuivie à un rythme plus lent qu’au cours des six premiers mois.

Le rythme de la reprise a toutefois été inégal parmi les régions. Dans les économies avancées, le regain d’activité est demeuré plutôt modeste. Parallèlement, les économies émergentes ont poursuivi leur robuste expansion, notamment en Asie et en Amérique du Sud, dominant le mouvement de reprise mondiale. Cette dynamique a contribué à accentuer le réalignement de l’activité économique à plus long terme dans lemonde en faveur de l’Asie, et plus particulièrement vers les économies émergentes que sont la Chine et l’Inde.

Sur l’année, le PIB réel mondial a progressé de 5,0 p. 100, après une contraction de 0,5 p. 100 en 2009. Les économies avancées ont affiché un taux de croissance de 3,0 p. 100 en 2010, après un déclin de 3,4 p. 100 l’année précédente. En revanche, l’expansion a procédé plus rapidement dans les économies en développement, où le taux de croissance a monté pour atteindre 7,3 p. 100 l’an dernier, après un gain de 2,7 p. 100 en 2009.

Parmi les économies développées, celles d’Asie ont présenté lameilleure feuille de route : les nouvelles économies industrialisées d’Asie ont progressé de 8,4 p. 100, tandis que le Japon enregistrait le meilleur taux de croissance parmi les grandes économies avancées, soit 3,9 p. 100. En 2010, les États- Unis ont connu leur plus forte croissance depuis 2005, soit 2,9 p. 100, après un repli de 2,6 p. 100 en 2009. Par contre, la reprise dans la plupart des pays avancés d’Europe a été plusmodeste, la zone euro affichant un taux de croissance de 1,8 p. 100, après un recul de 4,1 p. 100 l’année précédente. Au Royaume-Uni, la croissance a été encore plus faible en 2010, à 1,3 p. 100, après une contraction de 4,9 p. 100 en 2009. Cependant, l’Allemagne a bénéficié d’une croissance plus vigoureuse l’an dernier, soit 3,5 p. 100.

La croissance dans les pays émergents d’Asie a été plus rapide que dans les autres régions en 2010 avec, en tête, la Chine et l’Inde, qui ont inscrit des taux de 10,3 p. 100 et 10,4 p. 100, respectivement. Parmi les économies émergentes, la seconde région qui a connu la croissance la plus rapide est celle de l’Amérique du Sud et des Caraïbes. L’expansion de la production réelle dans cette région s’est poursuivie à un rythme de 6,1 p. 100 l’an dernier, dominée par le Brésil, avec un taux de croissance de 7,5 p. 100. L’Afrique sub-saharienne, qui a évité la contraction durant la récessionmondiale de 2009, a bénéficié d’une croissance rapide l’an dernier, soit 5,0 p. 100. La performance économique des pays du Commonwealth des États indépendants et celle des pays émergents d’Europe ont été similaires en 2010, les premiers avançant de 4,6 p. 100 et les seconds, de 4,2 p. 100; enfin, la croissance dans la région duMoyen-Orient a tiré de l’arrière sur celle de toutes les autres régions, avec un taux de 3,8 p. 100 en 2010.

Dans le climat de reprise de l’économie mondiale, le rythme de l’activité économique réelle a rebondi au Canada en 2010, gagnant 3,1 p. 100, après un recul de 2,5 p. 100 un an plus tôt. L’économie a commencé à prendre de l’expansion dans la seconde moitié de 2009 et a crû durant les quatre trimestres de 2010. La production a augmenté dans toutes les provinces et tous les territoires. Les grandes catégories de dépenses ont toutes progressé, à l’exception du solde des échanges commerciaux. L’inflation est demeurée faible, à 1,8 p. 100 pour l’année. La croissance de l’emploi a repris en 2010 après avoir fléchi en 2009. La création d’emplois a eu une large assise régionale et sectorielle, mais certains secteurs et régions n’ont pas fait de gains. Le taux de chômage national est tombé de 8,3 p. 100 en janvier à 7,6 p. 100 en décembre, se situant à 8,0 p. 100 en moyenne pour l’ensemble de l’année. En bonne partie à cause de l’augmentation des prix des produits de base, le dollar s’est apprécié face à toutes les grandes monnaies et il a terminé l’année au-dessus de la parité avec le dollar américain.

Après la contraction la plus sévère jamais enregistrée en 2009, le volume du commerce mondial a rebondi en 2010, marquant l’expansion la plus forte de mémoire, pour retrouver son niveau d’avant la récession. Cependant, comme les prix des produits de base sont demeurés inférieurs à leur niveau de 2008 (p. ex. pour le pétrole brut), les exportations mondiales de marchandises, exprimées en dollars É.-U., étaient encore 5,4 p. 100 sous le sommet atteint cette annéelà. En 2010, les exportations canadiennes de marchandises vers le monde, exprimées en dollars É.-U., ont progressé au même rythme que l’ensemble des exportations mondiales, soit 22 p. 100. Parallèlement, les exportations canadiennes de services ont augmenté à un rythme de près du double de celui des exportations mondiales de services – 15 p. 100 contre 8 p. 100. Ces mesures sont toutefois fondées sur des données converties en dollars américains et elles incluent l’effet de l’appréciation du dollar canadien par rapport à la devise américaine.

Exprimées en dollars canadiens, les exportations canadiennes de biens et services vers lemonde ont grimpé de 8,7 p. 100 en 2010, alors que les exportations de biens avançaient de 9,5 p. 100 et les exportations de services, de 4,4 p. 100. Pour leur part, les importations de biens et services ont progressé de 9,2 p. 100, les importations de biens gagnant 10,4 p. 100 et les importations de services, 4,0 p. 100.

Dans l’ensemble, les exportations et les importations canadiennes de biens et services vers et en provenance de tous les grands marchés étaient en progression en 2010. Les gains observés dans les exportations de bien et services ont été dominés par le Japon, l’UE et les États-Unis, avec des hausses de 10,5, 10,4 et 8,8 p. 100, respectivement. Du côté des importations de biens et services, les augmentations ont été les plus fortes dans la région du reste du monde et au Japon, avec des hausses de 12,8 et 9,4 p. 100, respectivement.

Par secteur, la plupart des gains dans les exportations de biens se retrouvent du côté des biens et matériaux industriels, des produits de l’automobile et de l’énergie, tandis que les exportations de machines et matériel, d’autres biens de consommation et de produits de l’agriculture et de la pêche ont fléchi. Par contre, les importations étaient en hausse de manière générale. Les exportations et les importations de services ont augmenté dans toutes les grandes catégories, sauf pour les exportations de services gouvernementaux et les importations de services commerciaux. Le Canada enregistre habituellement un déficit dans ses échanges de services de voyage, de services de transport et de services commerciaux, mais un excédent du côté des services gouvernementaux. Cependant, en 2010, le pays a enregistré son premier excédent commercial au poste des services commerciaux.

L’appréciation du dollar canadien par rapport aux autres grandes monnaies a entraîné une forte réévaluation à la baisse de l’investissement direct du Canada à l’étranger en 2010, retranchant quelque 35,5 milliards de dollars de la valeur du stock d’investissement direct détenu à l’étranger. Ainsi, malgré les acquisitions nettes et la vigueur des investissements dans les filiales existantes au cours de l’année, il y a eu recul de 0,7 p. 100 de la valeur de l’investissement direct du Canada à l’étranger l’an dernier. Simultanément, les entrées d’investissement étranger direct au Canada ont remonté en 2010 et contribué à accroître le stock d’investissement direct au Canada de 2,6 p. 100. En dépit de ces mouvements, le stock d’investissement direct du Canada à l’étranger dépasse toujours le stock d’investissement étranger direct au Canada.

Article spécial : l’évolution des chaînes de valeur mondiales

Un changement structurel fondamental survenu dans l’économie mondiale ces dernières décennies est la montée en importance des chaînes de valeurmondiales (CVM). Il est de plus en plus rare qu’un bien ou un service soit entièrement produit en un seul endroit et que le bien final qui en résulte soit exporté vers un consommateur final établi à un autre endroit. Ce que l’on observe plutôt, c’est que des chaînes de valeur fragmentent les différentes étapes de la production en les dispersant entre différents endroits selon les avantages qui en découlent sur le plan des coûts et de la compétitivité. Ainsi, la conception et la recherche peuvent se faire à un endroit, le montage à un autre, avec des pièces provenant d’un peu partout dans le monde, tandis que l’ensemble du processus peut être géré à partir d’un troisième lieu – toute cette activité étant destinée à servir un marché d’envergure mondiale. Cela suppose un commerce croissant, notamment de pièces,mais aussi de services, demême que desmouvements grandissants de personnes, d’idées et d’investissements.

Les facteurs qui soutiennent la croissance des CVMdemeurentmal compris, et il est impossible de prévoir si l’impact des CVM ira en augmentant, se stabilisera, ou même diminuera. La thèse selon laquelle les CVM sont apparues à la faveur de la baisse des coûts de transport et de l’amélioration des technologies de l’information et des communications (TIC) n’a pas encore été établie. À vrai dire, des travaux récents indiquent que l’essor actuel des CVM pourrait être moins influencé par les coûts de transport au sens traditionnel que par la rapidité accrue des moyens de transport. Cet argument s’appuie sur des données qui révèlent qu’une part croissante du commerce et notamment des intrants intermédiaires se faitmaintenant par voie aérienne – unmode de transport rapide mais tout de même relativement coûteux. En outre, le rôle des TIC dans le contexte du commerce n’a pas été confirmé. D’autres facteurs clés, dont la réduction des droits tarifaires et l’ouverture au commerce de larges pans de l’économie mondiale, pourraient jour un rôle plus déterminant et, ce qui est plus important, être sous le contrôle des décideurs publics.

Trois tendances sont de plus en plus associées à l’ascension des GVC : l’impartition, la délocalisation et le rapatriement d’activités au pays, lesquels correspondent, respectivement, au déplacement d’activités de production hors de l’entreprise, hors du pays et à leur retour au pays. Malgré l’attention que leur accordent lesmédias, des données récentes indiquent que la délocalisation et la relocalisation au pays ne sont pas fréquemment employées. De plus, elles ont tendance à s’annuler mutuellement lorsqu’on y recourt. La délocalisation des activités qui exigent de faibles compétences profite aux entreprises et aux travailleurs canadiens en augmentant leur productivité et leur compétitivité, ce qui se traduit par plus d’empois mieux rémunérés pour les Canadiens. Les données révèlent aussi un déplacement net vers le Canada de certaines activités stratégiques spécialisées. La mesure dans laquelle le Canada peut prospérer dans un contexte économiquemondial en évolution rapide dépendra de sa capacité de créer les conditions économiques permettant d’attirer et de conserver des activités à valeur ajoutéé élevée qui amélioreront le niveau de vie de tous les Canadiens.