
Pour remplir notre mandat, qui consistait à formuler des recommandations sur une stratégie qui renforcera la position du Canada à titre de destination de choix pour faire des études et de la recherche de calibre mondial, l’un des domaines sur lesquels nous nous sommes penchés au cours de nos délibérations a été le recrutement des étudiants internationaux. Comme nous l’avons vu plus tôt, l’augmentation du nombre d’étudiants internationaux au Canada constitue l’un des résultats visés dans le plan d’action pour la promotion de l’éducation internationale des provinces et des territoires. Tout au long de notre dialogue avec les acteurs du domaine de l’éducation, ceux-ci ont été unanimes à réclamer que l’un des objectifs primordiaux de la stratégie en matière d’éducation internationale vise à positionner le Canada comme une destination de premier plan pour les chercheurs et les étudiants internationaux.
Il a été répété à maintes reprises que le Canada était en mesure d’absorber une hausse des inscriptions des étudiants internationaux, et que la stratégie devrait donc viser expressément à accroître le recrutement. Toutefois, la difficulté consiste à fixer un objectif de croissance des inscriptions internationales qui permettra au Canada de saisir les nouvelles occasions qui se présentent tout en maintenant la qualité de son offre en matière d’éducation et l’intégrité de son système de délivrance des visas. Dans ce contexte, nous sommes fermement convaincus que la croissance ne doit pas être une fin en soi, mais plutôt s’inscrire dans l’optique d’une augmentation soutenue et réalisable qui contribue au maintien de la réputation de qualité et d’excellence du Canada. Plus important encore, cette cible doit viser en premier lieu à attirer au Canada des chercheurs et des étudiants internationaux du plus haut calibre.
Pour que nous puissions mieux évaluer le potentiel de croissance future du Canada, une étude a été réalisée afin de déterminer la capacité du Canada d’accueillir des étudiants internationaux. Nous avons jugé essentiel de nous assurer que les efforts pour attirer un plus grand nombre d’étudiants internationaux n’affectent en rien les possibilités pour les Canadiens de faire des études postsecondaires au Canada.
À la lumière des inscriptions et de la capacité actuelles, l’étude Capacité du Canada en matière d’effectifs étudiants internationaux a montré que les étudiants internationaux composent 0,7 p. 100 de l’effectif total de la maternelle à la fin du secondaire et 7,5 p. 100 des inscriptions dans les établissements postsecondaires à l’échelle du Canada66. L’étude sur la capacité donne également à penser que le Canada attire une part relativement modeste des étudiants internationaux au niveau postsecondaire comparativement à des pays concurrents comme la France (12,0 p. 100), l’Allemagne (11,5 p. 100) et tout spécialement l’Australie (23,2 p. 100)67.
Ces dernières années, le Canada a déjà enregistré une forte croissance des inscriptions d’étudiants internationaux. Depuis 2007, le nombre d’étudiants internationaux au Canada a crû de 36 p. 100 et dépasse maintenant 239 000. Cette progression s’est accélérée depuis 2008, comme en témoignent les taux de croissance annuels qui ont atteint 10,2 p. 100 en 2009 et 11,3 p. 100 en 201068. Ces taux élevés témoignent du haut degré de priorité accordé à l’internationalisation du secteur de l’éducation au Canada. Selon l’OCDE, la part de l’effectif mondial des étudiants internationaux au Canada s’établissait à 5,2 p. 100 en 2009. Toutes proportions gardées, nous prévoyons que la part de marché du Canada devrait demeurer la même, puisque l’ensemble du marché devrait aussi grosso modo doubler au cours de la même période.
Étudiants canadiens et internationaux inscrits au Canada en 2009 (en millions)
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Source : Illuminate Consulting Group, Rapport sur la capacité du Canada à recruter des étudiants internationaux.
Remarque : L’axe de gauche indique les inscriptions en millions. L’axe de droite indique le pourcentage des inscriptions d’étudiants internationaux par rapport au total des inscriptions. Le total des données de la maternelle à la 12e année (Statistique Canada) n’inclut que les écoles publiques, alors que les données sur les étudiants internationaux de la maternelle à la 12e année (CIC) comprennent toutes les écoles. Données : Statistique Canada, Système d’information sur les étudiants postsecondaires (SIEP) de Statistique Canada et CIC.
L’étude sur la capacité de recrutement du Canada a établi des projections sur l’augmentation des taux d’inscription des étudiants canadiens et internationaux dans les établissements postsecondaires canadiens, selon diverses hypothèses, dont un scénario fondé sur une forte croissance, qui prévoit une hausse de 10 p. 100 sur une base annuelle des inscriptions d’étudiants internationaux. Dans un tel cas, l’étude montre que les étudiants internationaux représenteraient alors 17,3 p. 100 de l’effectif étudiant total au niveau postsecondaire au Canada d’ici 202069.
Dans l’ensemble, l’étude arrive à la conclusion que le Canada ne connaît actuellement pas de problèmes notables en ce qui concerne sa capacité d’accueil des étudiants internationaux et que, à l’échelle nationale, ce point ne devrait pas susciter de préoccupations à court terme. L’étude a également fait ressortir certains écarts dans les taux d’inscription entre les provinces et sous-secteurs de l’éducation, donnant ainsi à penser que certaines provinces moins populeuses et le secteur de l’enseignement aux niveaux élémentaire et secondaire sont porteurs d’un potentiel de croissance à long terme.
Étudiants canadiens et internationaux inscrits au niveau postsecondaire au Canada Scénario de forte croissance
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Source : Illuminate Consulting Group, Rapport sur la capacité du Canada à recruter des étudiants internationaux.
Remarque : La ligne pointillée marque le début des projections. Le scénario est fondé sur un taux de croissance des inscriptions internationales de 10 p. 100 et un taux de croissance des inscriptions d’étudiants canadiens de 1 p. 100, ce qui correspond au taux moyen des cinq dernières années.
Données : SIEP de Statistique Canada.

Remarque : «étudiants internationaux» et «étudiants étrangers»
Dans l’évaluation de la capacité d’inscription des étudiants internationaux, il est important de garder à l’esprit la distinction faite entre les « étudiants internationaux » et les « étudiants étrangers ». Conformément à la définition de l’OCDE, dans Regards sur l’éducation 2011 :
- Les « étudiants en mobilité internationale » (dit « étudiants internationaux » ont quitté leur pays d’origine pour aller étudier dans un autre pays.
- Les nouveaux résidents permanents sont parfois classés dans la catégorie des « étudiants étrangers » puisqu’ils ne possèdent pas la nationalité du pays où ils font leurs études (par exemple, les enfants de familles d’immigrants).
L’étude sur la capacité du Canada indique que les étudiants internationaux et les étudiants possédant le statut d’immigrant reçu ou de résident permanent (« étudiants étrangers ») au Canada constituent collectivement un nouvel enjeu stratégique dont il faut tenir compte, étant donné les situations complexes que peut connaître ce groupe d’étudiants, dont la préparation aux études, les compétences linguistiques et les généralisations faites dans le grand public à l’égard de l’incidence de ces étudiants (tous groupes confondus) sur les communautés locales. L’étude fait également ressortir que ces questions revêtent une importance particulière dans les grands centres métropolitains comptant une forte population d’immigrants.
À la lumière de ces conclusions et de l’information qui nous a été fournie par les établissements d’enseignement ainsi que les provinces et les territoires au sujet de leur expérience de l’augmentation des inscriptions d’étudiants internationaux, nous avons cherché à établir une cible qui permettrait au Canada de faire preuve d’ambition dans le recrutement des chercheurs et étudiants internationaux, tout en assurant un juste équilibre avec le maintien de la qualité et le respect de la compétence des provinces et des territoires en matière d’éducation (y compris les mécanismes de financement en fonction des places et le droit de fixer des cibles ou des limites individuelles du nombre d’inscriptions d’étudiants internationaux).
«Dans le milieu de l’enseignement supérieur, le terme internationalisation désigne le processus d’intégration d’une dimension internationale et interculturelle aux fonctions d’enseignement, de recherche et de service à la collectivité d’une université70. »
L’internationalisation comprend plusieurs volets :
Les établissements peuvent exercer des activités dans une partie ou la totalité de ces volets, en fonction de leurs points forts et de leurs priorités. Certains établissements se sont dotés d’une approche ou d’une stratégie centralisée pour guider leurs activités d’internationalisation, tandis que d’autres suivent un processus ascendant où le corps professoral prend l’initiative (ou encore diverses approches en fonction des différentes facultés)71. L’objectif primordial consiste à assurer que les étudiants acquièrent les compétences interculturelles et linguistiques dont ils ont besoin pour devenir des chefs de file dans l’économie mondiale du savoir — pour devenir « des citoyens du monde ».
Tout le long de notre processus d’engagement, nous avons constaté que la plupart des établissements d’enseignement canadiens considèrent l’internationalisation comme une grande priorité. L’internationalisation des établissements canadiens est favorisée par les programmes d’échanges du corps professoral, qui permettent au personnel enseignant mais aussi administratif des universités canadiennes d’acquérir des pratiques exemplaires en prenant connaissance de pédagogies étrangères, d’établir des liens avec des établissements étrangers (qui peuvent mener à des partenariats universitaires et de recherche) et de mettre en lumière la qualité de l’offre canadienne en matière d’éducation sur la scène mondiale. Les expériences internationales des étudiants canadiens leur permettent d’élargir leurs horizons, de s’immerger dans des cultures différentes et d’apprendre des langues étrangères nécessaires pour faire des affaires à l’échelle mondiale.
Le Canada tire de l’arrière par rapport aux pays concurrents pour ce qui est de la mobilité internationale des étudiants canadiens. Environ 3 p. 100 des étudiants universitaires canadiens vont à l’étranger dans le cadre d’un programme de travail-études (comparativement à 3,5 p. 100 des étudiants américains, à 5 p. 100 des étudiants européens et à 6 p. 100 des étudiants australiens), une proportion qui tombe à près de 1,5 p. 100 dans le cas des étudiants canadiens du niveau collégialx. Les programmes de travail-études à l’étranger offrent aux étudiants canadiens l’occasion de faire l’expérience de sociétés et de cultures différentes et de devenir ainsi des citoyens du monde, en plus de jouer le rôle d’ambassadeurs pour l’éducation au Canada et de concourir de façon importante à promouvoir leur pays à titre de destination pour les études. Les étudiants canadiens ayant acquis une expérience à l’étranger seront mieux en mesure de contribuer aux efforts futurs du Canada pour renforcer les échanges commerciaux internationaux et la prospérité. Par ailleurs, les étudiants canadiens à l’étranger représentent le Canada sur la scène mondiale, en faisant connaître les valeurs canadiennes à leurs pairs et, à leur retour, ils contribuent au développement d’une société canadienne plus ouverte sur le monde.

L’Université Laval : préparer les étudiants au marché mondial au moyen des échanges internationaux
Fidèle à sa vision d’internationaliser l’éducation et de permettre l’acquisition de compétences interculturelles, l’Université Laval a fait de la mobilité des étudiants un volet clé de ses programmes. Ainsi, le Profil international permet aux étudiants d’aller étudier à l’étranger pendant une ou deux sessions alors que le Stage interculturel et international (SII) leur offre la possibilité de faire un stage dans un pays émergent. Des bourses d’études à l’étranger sont offertes aux étudiants qui remplissent certains critères (compétences linguistiques, crédits obtenus, moyenne pondérée cumulative).
Durant l’année universitaire 2010-2011, les participants au Profil international et au SII ont reçu plus de 2,8 millions de dollars en bourses. Bénéficiant du vaste réseau d’accords internationaux conclus par l’université (475 partenaires dans 67 pays), cette année, 911 étudiants de l’Université Laval ont l’occasion d’acquérir une expérience internationale aux quatre coins du monde cette année.
Jennifer Hamel, étudiante de l’Université Laval, au Guatemala. Photographie courtoisie de l’Université Laval.Selon Mme Nicole Lacasse, vice-rectrice adjointe aux études et aux activités internationales : « Nos étudiants doivent être prêts à évoluer dans un marché mondial hautement concurrentiel. Dans l’économie mondiale du savoir, les diplômés universitaires doivent être à la fine pointe des connaissances, mais aussi être capables de travailler en différentes langues et dans différents environnements culturels. Pour l’Université Laval, la formation de personnes compétentes va aujourd’hui de pair avec l’intégration d’une dimension internationale dans nos programmes, comprenant la possibilité d’aller étudier ou faire un stage à l’étranger. »
Il est bon de préciser que le mandat de RHDCC en matière de développement des compétences et du marché du travail met l’accent sur une approche globale qui, outre le recrutement, comprend également l’exportation de services, la mobilité bilatérale des étudiants et les partenariats internationaux entre les établissements d’enseignement. Cette approche comprenait l’administration de l’Initiative de mobilité académique internationale (MAI), qui fournissait du financement pour la mobilité étudiante et les projets de coopération universitaire entre les établissements d’enseignement postsecondaire du Canada et des pays partenaires. En juin 2011, RHDCC a annoncé qu’au terme d’un examen du programme, le gouvernement du Canada avait décidé de cesser de financer l’initiative MAI à compter du 31 mars 2015. Depuis l’annulation de l’initiative MAI en juin 2011, aucun nouveau financement fédéral n’a été octroyé à la mobilité internationale des étudiants du premier cycle universitaire.
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xEstimations approximatives sur la base des études de l’AUCC et de l’ACCC studies.