Destruction des armes chimiques

« Je félicite le Royaume-Uni et le Canada pour le travail qu’ils ont accompli ici à Shchuch’ye. Londres et Ottawa sont des partenaires indispensables de nos efforts visant à détruire cet arsenal dangereux. »

– Richard G. Lugar, ex-sénateur des États-Unis, lors d'une visite de l'usine de destruction d'armes chimiques de Shchuch'ye en août 2007.

À la fin de l'ère soviétique, la Russie a hérité d’un gigantesque arsenal d'armes chimiques (AC). Ces armes chimiques constituent une grave menace sur le plan de la sécurité et de la prolifération. Si elles devaient tomber entre les mains de terroristes, le risque de pertes de vies humaines pourrait être extrêmement élevé. Vu le caractère urgent et l'énormité de la tâche que représente l'élimination de l'arsenal d'armes chimiques de la Russie, le Canada et d'autres membres du Partenariat mondial aident la Russie à bâtir les installations nécessaires pour détruire son stock d'armes chimiques.


Contexte

Chiffré à environ 40 000 tonnes, l'arsenal déclaré d'armes chimiques de catégorie I de la Russie est le plus vaste du monde. La destruction de ces armes, que la Russie s'est engagée à entreprendre en vertu des articles I, IV et V de la Convention sur les armes chimiques (CAC), représentera une entreprise fort coûteuse et de longue durée.

La CAC oblige tous les États parties qui possèdent des armes chimiques à les détruire de façon sûre et écologique. Même si les États parties ont la faculté de choisir et d'appliquer des méthodes de destruction appropriées pour leurs armes chimiques, certaines méthodes (p. ex. le déversement dans l'eau, l'enfouissement et l'incinération à ciel ouvert) sont interdites.

La CAC, qui détermine aussi le rythme et la séquence de la destruction des armes chimiques, stipule que la destruction définitive des arsenaux nationaux doit être achevée au plus tard 10 ans après l'entrée en vigueur de la Convention (c.-à-d. le 29 avril 2007). Dans les cas exceptionnels seulement, une prolongation de cinq ans de ce délai pourra être accordée (c.-à-d. le 29 avril 2012). La Fédération de Russie a officiellement demandé cette prolongation, laquelle a été acceptée.

En octobre 2005, le gouvernement russe a adopté un plan de destruction d'armes chimiques révisé, qui montre la façon dont la Russie compte détruire la totalité de ces armes chimiques d'ici 2012. Ce plan a depuis été modifié, car la Fédération de Russie a annoncé que le processus de destruction devrait se terminer en 2015. La destruction de ces armes fera l'objet de vérifications par la présence permanente sur les lieux d'inspecteurs de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques. Même si la Fédération de Russie ne sera pas en mesure de respecter l’échéance de 2012, le gouvernement russe a toujours la ferme intention de compléter la destruction de ses stocks déclarés d'armes chimiques.

Haut de page


Arsenal de la Russie

Les armes chimiques de la Russie sont entreposées dans sept différents sites, dont six à l'ouest des monts Oural et un à l'est. Cinq des sites sont des entrepôts d'agents organophosphorés (c.-à-d. des agents neurotoxiques) tels que le sarin, le soman et l'agent VX, qui représentent 80 p. 100 de l'arsenal total d’armes chimiques de la Russie (environ 32 500 tonnes). Deux autres abritent les vésicants (c.-à-d. les agents vésicants), l'ypérite et le mélange lewisite/ypérite, qui représentent 20 p.100 de l'arsenal total (environ 5 500 tonnes). Alors que la plupart des agents neurotoxiques demeurent dans leurs contenants militaires – soit des obus d'artillerie, roquettes et ogives de missile, bombes aériennes et réservoirs de pulvérisation –, les agents vésicants se trouvent entreposés dans des contenants en vrac.

Haut de page


Aide internationale 

L'aide internationale à la Russie pour la destruction des armes chimiques en vertu du Partenariat mondial améliorera la sécurité et la protection en empêchant les terroristes, ou ceux qui leur donnent asile, d'acquérir ou de mettre au point des armes chimiques et/ou les matières, le matériel et la technologie qui s'y rattachent. En aidant la Russie à s'acquitter de ses obligations en vertu de la CAC, le Partenariat mondial renforce également les efforts multilatéraux en matière de non-prolifération, de contrôle des armements et de désarmement.

Vu le caractère urgent et l'énormité de la tâche que représente l'élimination de l'arsenal d'armes chimiques de la Russie, le Canada et d'autres membres du Partenariat mondial – Allemagne, Belgique, États-Unis, Finlande, France, Irlande, Italie, Nouvelle-Zélande, Norvège, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse et Union européenne – aident la Russie à bâtir les installations nécessaires pour détruire sans danger son stock d'armes chimiques.

La première usine de destruction d’armes chimiques (UDAC) de la Russie a été construite à Gorny; elle est entrée en service en décembre 2003 et on y a terminé la destruction des 1 125 tonnes d'agents vésicants stockés sur place en décembre 2005. On a commencé à détruire le stock d'agents vésicants qui se trouvaient à l’usine de Kambarka en mars 2006. La première usine de destruction d’agents neurotoxiques a ouvert ses portes en septembre 2006 à Maradikovsky. L’usine de Leonidovka a entamé ses activités en juin 2008 et celle de Shchuch’ye, en mars 2009. En novembre 2010, la sixième UDAC a ouvert ses portes à Pochep. La dernière UDAC, celle de Kizner, devrait entrer en service d’ici 2012.

Haut de page


Usine de destruction d'armes chimiques de Shchuch'ye

Pour le Canada, l'UDAC de Shchuch'ye est une priorité, étant donné qu'elle permettra de détruire les armes chimiques portables autonomes (c.-à-d. celles qui favorisent la prolifération) les plus mortelles. L'arsenal comprend 5 440 tonnes d'agents neurotoxiques mortels, comme le sarin, le soman et l'agent VX, stockés dans plus de 1,9 million de munitions et d'obus d'artillerie lancés au moyen de roquettes. Ces obus posent un risque particulier étant donné qu'ils sont assez petits pour être transportés, ce qui les rend particulièrement attrayants pour les terroristes. L'arsenal de Shchuch'ye pourrait tuer tous les habitants de la planète, et ce, plusieurs fois.

Avant l'avènement du Partenariat mondial, le Canada avait octroyé 5,35 millions de dollars pour la construction d'une UDAC à Shchuch'ye. En 2000 et 2001, par l’entremise de Parsons Delaware, le Canada a versé 350 000 $, destinés à l'élaboration de documents de conception pour une route d'accès de 3,89 km vers le secteur industriel du site, à la conception et la construction partielle de lignes de transmission de 10 kilovolts et de 110 kilovolts servant à fournir de l'électricité à l'usine, et à la reconstruction d'un déversoir sur la rivière Chumlyachka. En 2002, le Canada a aussi versé 5 millions de dollars directement à l’Agence des munitions de Russie (AMR), somme qui a servi à financer en partie (avec l’appui de l’Italie) la construction d’un gazoduc de 105 kilomètres. Le projet de gazoduc a été mené à bien en septembre 2003.

En septembre 2004, le Canada a autorisé l'Agence fédérale pour l'industrie (anciennement l'Agence des munitions de Russie) à utiliser les 330 000 $ restants de la contribution de 5 millions de dollars versée par le Canada en 2002 pour la construction d'une route de patrouille de 1,319 kilomètres à Shchuch'ye.

Après la création du Partenariat mondial, les activités du Canada à Shchuch’ye ont été placées sous l’égide du PPM. Dans le cadre d'un premier projet réalisé en vertu du Partenariat mondial, le Canada a versé 33 millions de dollars pour la construction d'une voie ferrée de 18 kilomètres reliant le dépôt d'armes chimiques situé près de Planovy au centre de destruction de Shchuch'ye. Ce projet est essentiel, car la voie ferrée est nécessaire pour transporter en toute sécurité les quelque 1,9 million de munitions chimiques de leur lieu d'entreposage jusqu'à Shchuch'ye, où elles seront détruites. La contribution du Canada à ce projet s'inscrit dans le cadre de l'accord bilatéral conclu par le Royaume-Uni avec la Russie. Le 19 novembre 2003, le Canada et le Royaume-Uni ont signé un protocole d'entente pour le versement de ces fonds en vertu duquel le Royaume-Uni a été responsable de la mise en œuvre du projet, en partenariat et en consultation avec le Canada étant donné que l'entente bilatérale du Canada avec la Russie n'était pas encore établie. Après une longue période de planification, la construction de la voie ferrée a commencé en mars 2006 et s’est terminée en novembre 2008.

Le 7 février 2005, le Canada a signé un accord de contribution avec la Nuclear Threat Initiative (NTI). En vertu de cet accord, la NTI a versé un million de dollars américains afin d'appuyer la construction du chemin de fer à Shchuch'ye. Les fonds de la NTI ont servi à la construction d'un pont enjambant la rivière Miass, achevé en septembre 2007.

À Moscou, le 18 janvier 2005, le Canada et le Royaume-Uni ont signé un deuxième protocole d'entente sur la coopération visant à appuyer la Russie dans la destruction de ses stocks d'armes chimiques. Ce protocole d’entente fournissait un cadre au Canada afin qu'il verse des contributions financières importantes supplémentaires pour la construction de l'usine de Shchuch'ye, notamment un montant de 10 millions de dollars pour d'autres projets clés d'infrastructure industrielle à Shchuch'ye. Ces projets comprenaient la construction d'un système d'avertissement local (visant à fournir de l'information en temps opportun aux résidants de la région en cas d'incident menant à une fuite de produits chimiques à l'installation de stockage et de destruction de Shchuch'ye) et de lignes de communication protégées à haute vitesse entre l’usine de destruction, le dépôt et les postes de commandement militaire locaux. Les deux projets ont été menés à terme en octobre 2007.

En octobre 2005, le Canada a annoncé le versement de 55 millions de dollars de plus pour financer la livraison de la grande majorité du matériel destiné au deuxième grand édifice de destruction (MDB-2) à l'usine de Shchuch'ye. Les fonds canadiens, qui proviennent du deuxième protocole d’entente Canada-Royaume-Uni, ont été utilisés par le Royaume-Uni pour acquérir du matériel construit par les Russes nécessaire à la destruction des munitions d'agents neurotoxiques dans le MDB-2. Le MDB-2 permettra de doubler la capacité de destruction des armes chimiques de l'usine de Shchuch'ye et de contribuer directement à la destruction, le plus tôt possible, des stocks d'agents neurotoxiques mortels du site. Le matériel comprenait des réacteurs catalytiques (14 millions de dollars), livrés sur place en février 2007, et des chaînes de destruction (20 millions de dollars), livrées sur place en juillet 2008. Le reste du matériel standard et non standard a été livré avant la fin de 2008, et l’UDAC de Shchuch’ye est entrée en service en mars 2009.

Haut de page


Partenariat international à Shchuch’ye

Le Canada coordonne très étroitement ses efforts dans le domaine de la destruction des armes chimiques avec d'autres membres du Partenariat mondial, notamment en ce qui concerne les paramètres des réunions trimestrielles du conseil exécutif de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques de La Haye. De plus, un groupe de travail formé du Canada, de la Russie, du Royaume-Uni et des États-Unis a été mis sur pied en 2003 en vue de coordonner les politiques et la construction à Shchuch'ye. Le groupe facilite les efforts des quatre pays qui participent de façon plus directe à la gestion de la construction de l’usine de Shchuch'ye afin de communiquer les principales décisions stratégiques nationales à chacun des participants et de coordonner les activités de construction. La coordination étroite avec d'autres donateurs, particulièrement avec ceux qui sont engagés dans les travaux à Shchuch'ye, s'est avérée inestimable pour le Canada jusqu'à présent. Elle a notamment facilité la résolution de problèmes de mise en œuvre de projet, a permis de cerner les domaines susceptibles de poser problème et les pratiques exemplaires de même que de tenir des échanges et des discussions régulières et en temps opportun sur de l’information importante sur le projet.

Haut de page


Usine de destruction d'armes chimiques de Kizner

Au Sommet du G8 de Sea Island en juin 2004, le Canada et la Russie ont signé un traité bilatéral qui fournit le cadre juridique en vertu duquel le Canada peut mettre en œuvre des projets de destruction des armes chimiques. En novembre 2008, le Canada a signé avec le ministère russe de l’Industrie et du Commerce (anciennement l’Agence fédérale de l’industrie) un accord de mise en œuvre global qui définit la portée des contributions du Canada d’environ 100 millions de dollars pour l’Usine de destruction d'armes chimiques (UDAC) de Kizner, devant être construite entre 2008 et 2012.

Comme l’usine de Shchuch’ye, l’UDAC de Kizner sera l’une des principales usines de la Russie pour la destruction d’agents chimiques organophosphorés à vocation militaire (c.-à-d. des agents neurotoxiques). La nature des agents neurotoxiques et la taille des munitions se trouvant à Kizner sont presque identiques à ceux de l’arsenal de Shchuch’ye et par conséquent, les autorités russes ont décidé d’utiliser le même processus de destruction et une conception similaire. Cela étant, le Canada est en mesure de mettre à profit l’expérience et le savoir-faire considérables qu’il a acquis grâce au rôle soutenu et étendu qu’il a joué à l’usine de Shchuch’ye.

Le Canada a fourni de l’aide à l’UDAC de Kizner en vertu de l’engagement de 100 millions de dollars pris à l’occasion du Sommet du G8 tenu à Saint-Pétersbourg en 2006. Comme l’usine de Kizner est pratiquement identique à celle de Shchuch'ye, le Canada s'est employé à fournir un matériel de destruction semblable pour les deux principaux bâtiments de l’usine de destruction de Kizner. En décembre 2008, un contrat a été signé pour la livraison de réacteurs catalytiques à Kizner. Le projet a été achevé comme prévu en janvier 2010. En février 2009, un contrat a été signé pour la livraison de deux fournaises pour pièces métalliques et d’équipement auxiliaire qui font partie intégrante du processus de destruction. Les travaux respectent le calendrier, tout le matériel a été livré sur place en juillet 2010 et l’installation est presque terminée. En août 2009, un contrat a été signé pour la livraison de chaînes de destruction et en août 2010, un contrat a été signé pour la fourniture de matériel de déchargement des munitions pour les chaînes de destruction. Ce matériel joue un rôle primordial dans le processus de démilitarisation. Collectivement, ces quatre projets procureront le matériel de base dont l’UDAC a besoin : le matériel de déchargement des munitions transporte les munitions du conteneur destiné au transport jusqu’aux chaînes de destruction; les chaînes de destruction percent et drainent les munitions, les réacteurs catalytiques absorbent et neutralisent les agents qui seraient mortels s’ils s’échappaient des munitions sous forme de gaz pendant le processus de destruction et les fournaises pour pièces métalliques brûlent tous les résidus d’agents chimiques qui peuvent rester à l’intérieur des gaines des munitions. Tout le matériel a été livré sur place et les travaux d’installation se poursuivent.

Haut de page


Croix-Verte

Le Canada soutient également les efforts déployés par la Croix-Verte internationale pour fournir des informations indépendantes et objectives sur le programme de destruction d'armes chimiques en Russie aux personnes vivant dans le voisinage des installations chargées de stocker et d'éliminer ces armes. Grâce à son réseau de bureaux d'information, la Croix-Verte internationale contribue à sensibiliser les populations locales aux projets de désarmement chimique, et à répondre à leurs préoccupations et inquiétudes en matière de santé, d'environnement, d'économie et de questions sociales. En novembre 2004, le Canada s'est engagé à fournir 100 000 $US par année pendant quatre ans pour financer l'établissement et le fonctionnement du Bureau d'information de la Croix-Verte à Izhevsk (République d'Oudmourtie) et ainsi mieux faire connaître les plans et programmes russes à l'UDAC de Kizner. En 2009, le Canada a accru son financement et a versé 150 000 $US de plus pour la poursuite des activités de ce bureau de sensibilisation; environ 170 000 $US en 2010 et près de 200 000 $US en 2011.

Haut de page