Sécurité nucléaire et radiologique

«   … [Nous] devons faire en sorte que les terroristes ne se procurent jamais une arme nucléaire. C’est la menace la plus immédiate et la plus extrême à la sécurité mondiale. Un terroriste muni d’une arme nucléaire pourrait déclencher une destruction massive. Les dirigeants d’al-Qaïda ont dit qu’ils cherchent à obtenir une bombe et qu’ils n’auraient aucun problème à l’utiliser, et nous savons qu’il y a des matières nucléaires non protégées à la grandeur du globe. »

— Barack Obama, président des États-Unis, à Prague, le 5 avril 2009.

Les matières nucléaires et radiologiques utilisables à des fins militaires représentent une grande menace pour la sécurité mondiale partout où elles sont susceptibles d’être volées ou que des personnes y aient accès sans autorisation. Ce risque est particulièrement élevé dans les pays de l’ancienne Union soviétique (AUS) , particulièrement en Russie qui a hérité de vastes quantités de plutonium et d’uranium hautement enrichi (UHE) ainsi que d’autres matières radiologiques dangereuses à la fin de la Guerre Froide.

En raison de la menace pressente que représente la possibilité que des terroristes se procurent des matières nucléaires et radiologiques dangereuses, la protection et l’élimination de ces matières demeurent une grande priorité pour le Canada et ses partenaires internationaux, de même qu’un objectif clé du Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes (PM).


La menace

On sait que des groupes terroristes bien financés cherchent à se procurer des armes nucléaires dans l’intention de les utiliser contre certains pays, dont le Canada et ses alliés. Un dispositif nucléaire improvisé relativement simple pourrait être fabriqué d’après des plans disponibles dans le domaine public et avec à peine 15 à 25 kilogrammes d’uranium hautement enrichi (UHE) ou 4 à 8 kilogrammes de plutonium militaire pour un dispositif légèrement plus perfectionné. En Russie seulement, il y a environ 600 tonnes d’UHE et 100 tonnes de plutonium; il en reste aussi des quantités considérables dans d’autres pays de l’AUS. Ces matières sont souvent mal protégées.

De même, des matières hautement radioactives pourraient être utilisées pour fabriquer un dispositif de dispersion radiologique (DDR), c’est-à-dire une bombe sale. Ces sources sont faciles à trouver et il est relativement facile de s’en procurer. On a récemment trouvé des documents décrivant la fabrication de tels engins dans plusieurs zones de conflit.

Il y a aussi eu quelques tentatives surprenantes de trafic de matières nucléaires, dont un cas en Géorgie où de l’UHE utilisable à des fins militaires a été saisi par les autorités en 2008. Ces craintes sont aggravées par les révélations concernant le profond degré de pénétration et la vaste portée mondiale du réseau de prolifération d’A.Q. Khan, un groupe responsable du transfert illégal de matières nucléaires et de savoir-faire connexe à la Corée du Nord, à l’Iran, à la Libye et peut-être au-delà.

La sécurité canadienne n’est pas plus solide que le maillon le plus faible dans la chaîne qui protège les matières nucléaires et d’autres matières radioactives. Si un groupe terroriste réussissait à se procurer le matériel nécessaire, il pourrait théoriquement fabriquer au minimum un dispositif nucléaire rudimentaire. Comme ces matières demeurent vulnérables, il n’est pas étonnant qu’on affirme dans plusieurs rapports récents qu’il y a une forte probabilité qu’un acte de terrorisme nucléaire soit perpétré quelque part dans le monde dans un proche avenir.


Approche du Canada pour prévenir le terrorisme nucléaire

Depuis 2002, le Programme de sûreté nucléaire et radiologique du Canada a mis au point une stratégie globale pour contrer la menace de terrorisme nucléaire. Cette stratégie s’articule autour de cinq piliers :

  1. protection matérielle des matières nucléaires
  2. transport sûr et protégé des matières nucléaires
  3. sécurité radiologique
  4. prévention du trafic illicite de matières nucléaires
  5. réduction des matières nucléaires.

Pilier 1: Protection matérielle des matières nucléaires

Le Canada contribue à des projets visant à améliorer la sécurité des matières nucléaires en Russie et dans d’autres pays de l’AUS. La priorité du Programme de sécurité nucléaire et radiologique du Canada est d’aider à renforcer la protection matérielle des installations qui renferment ces matières afin de réduire le risque de vol ou d’accès non autorisé.

Actuellement, le Canada met en œuvre des projets pour améliorer la sécurité matérielle dans neuf installations nucléaires en Russie. Ces travaux comportent, par exemple, la construction de clôtures de sécurité, de points de contrôle d’entrée et de voûtes, ainsi que l’installation de caméras, de contrôles par cartes d’accès et de barrières contre les véhicules. Depuis 2002, le Canada a procédé à des améliorations essentielles de la protection matérielle dans deux installations renfermant des matières nucléaires utilisables à des fins militaires en Russie, pour les rendre conformes aux normes internationales en matière de protection matérielle. Par l’intermédiaire du Fonds pour la sécurité nucléaire (NSF) de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le Canada finance également un éventail de projets de sécurité matérielle dans d’autres pays de l’AUS.

En outre, par l’intermédiaire de l’AIEA, le Canada a financé des mesures de viabilité à long terme de la protection matérielle, dont plusieurs cours de formation internationaux et des travaux de modernisation de laboratoires de formation et de bancs d’essais dans le principal centre de formation sur la protection matérielle de la Russie, le Centre spécial de formation interministériel (ISTC), situé à Obninsk. À l’ISTC, des techniciens et des inspecteurs des systèmes de protection matérielle d’installations nucléaires des quatre coins de l’AUS et d’ailleurs reçoivent une formation concrète contre les attentats, le sabotage ou le vol de matières nucléaires. Les spécialistes de la protection matérielle du PPM du Canada donnent aussi fréquemment des cours à l’ISTC. 

Pilier 2: Transport sûr et protégé des matières nucléaires

Les matières nucléaires sont plus vulnérables au cours de leur transport, lorsque les couches de protection sont moins nombreuses et que les unités d’intervention de réserve sont souvent loin. Le Canada a mené à bien des projets pour fournir des moyens de transporter ces matières de façon sûre et protégée en Russie, notamment par l’allocation de camions spéciaux. Par ailleurs, le Canada exécute d’autres projets dans ce domaine, en vue de fournir des wagons spécialement blindés pour le transport sûr et protégé de matières nucléaires dangereuses.

Pilier 3: Sécurité radiologique

Depuis des décennies, les sources radioactives sont employées comme petites sources d'énergie ainsi que dans des applications médicales. Il est cependant essentiel d'inventorier et de mettre en lieu sûr les matières radioactives qu'elles contiennent. En cas de vol, ces matières pourraient en effet servir à fabriquer des dispositifs de dispersion radiologique, c’est-à-dire des « bombes sales ». Les « sources orphelines » vulnérables qui se trouvent en Russie et dans l’AUS présentent un risque considérable pour la sécurité, et le Canada collabore avec ses partenaires, en particulier la Russie et le département de l’Énergie (DOE) des États-Unis, à enrayer la menace en récupérant ces sources radioactives et en les mettant en lieu sûr.

Le Canada a travaillé avec la Russie à l’élaboration d’un plan directeur stratégique pour l’enlèvement, la protection, le remplacement et l’élimination ultime de toutes les génératrices thermoélectriques à radio-isotopes (GTR) encore en service, des sources d’électricité hautement radioactives employées pour alimenter des dispositifs de navigation en Russie. En outre, le Canada a versé neuf millions de dollars à la Global Threat du DOE pour démanteler les GTR le long de la côte de la Russie. Par l’intermédiaire de l’AIEA, le Canada finance aussi un éventail de projets de récupération de source radiologique dans d’autres pays de l’AUS. Reduction Initiative (GTRI)

Pilier 4: Prévention du trafic illicite de matières nucléaires

La prévention du trafic illicite de matières nucléaires constitue la « deuxième ligne de défense » contre le terrorisme nucléaire. Elle vise à détecter et intercépter les matières nucléaires lorsqu’elles sont passées aux frontières internationales.

Afin de maximiser les travaux en cours dans ce domaine important, le Canada a versé environ dix millions de dollars à l’Office of the Second Line of Defense (SLD) du DOE pour améliorer la sécurité aux principaux postes frontaliers de l’Ukraine. En décembre 2008, le système de détection des radiations financé par le Canada a été commandé pour l’aéroport international Boryspil de Kiev. Le Canada finance aussi plusieurs projets de sécurité frontalière dans d’autres pays de l’AUS par l’intermédiaire de l’AIEA.

Pilier 5: Réduction des matières nucléaires et élimination du plutonium

La clé de la prévention du terrorisme nucléaire à long terme consiste à réduire la quantité globale de matières nucléaires propices à la prolifération. À cette fin, le Canada a versé une contribution de neuf millions de dollars pour aider à femer le dernier réacteur produisant du plutonium militaire en Russie, à Zheleznogorsk, d’ici 2010. Le Canada contribuera aussi aux travaux d’élimination de 34 tonnes de plutonium déclarées excédentaires par la Russie.

À court terme, le Canada collabore avec la Russie pour aider à sécuriser les matières nucléaires destinées à être éliminées.