Démantèlement des sous-marins nucléaires

« Au début des années 1990, des dizaines de sous-marins qui avaient encore du combustible nucléaire irradié dans leurs réacteurs faisaient tout bonnement partie de la flotte, dans diverses bases navales. Ils représentaient un grand risque terroriste, de même qu’une menace potentielle pour l’environnement. Cette menace mettait en péril tout le Nord-Ouest de la Russie et même l’ensemble de l’Arctique.»

– Nikolay Kalistratov, directeur général du chantier naval Zvyozdochka, en juillet 2006

Après l’effondrement de l’Union soviétique, la Fédération russe a hérité de près de 200 sous-marins à propulsion nucléaire. Au cours des dix années suivantes, elle a été aux prises avec le problème de démanteler ces sous-marins et de protéger leur combustible nucléaire. Bon nombre de ces sous-marins pourrissaient déjà depuis des années  à leur mouillage.


Contexte

Après l’attentat contre les États-Unis en septembre 2001, il est devenu urgent d’examiner les risques de terrorisme nucléaire. Le Partenariat mondial contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes a été lancé à la réunion des dirigeants du G8 à Kananaskis en 2002, sous le leadership du Canada. Comme partie intégrante de cette initiative, la Fédération russe a demandé l’appui de la communauté internationale pour faire progresser l’élimination des sous-marins à propulsion nucléaire dont elle avait hérité, en vue d’éliminer le problème, d’ici  2010.

Avant la réunion de Kananaskis en 2002, le Japon et les États-Unis avaient déjà commencé à aider la Russie à éliminer des sous-marins nucléaires dans le cadre d’ententes bilatérales alors en vigueur. Après la création du Partenariat mondial en 2002, le Canada, la Norvège, le Royaume-Uni et l’Italie se sont joints à cet effort. Depuis août 2004, le Canada travaille activement au démantèlement de sous-marins à propulsion nucléaire russes déclassés. On prévoit que le problème lié à l’héritage de sous-marins nucléaires de la Russie sera réglé d’ici 2012. Le coût total du démantèlement de tous les sous-marins nucléaires déclassés de la Russie atteindra plusieurs milliards de dollars.

La plupart des sous-marins nucléaires russes sont munis de biréacteurs à eau sous pression qui utilisent de l’uranium enrichi comme combustible. L’élimination du legs des sous-marins nucléaires russes réduit les menaces de terrorisme et de prolifération liées à ce combustible. En outre, cette initiative élimine la menace considérable que ces vieux sous-marins à propulsion nucléaire représentent pour l’environnement fragile de l’Arctique et de la région du Pacifique que le Canada partage avec la Russie.


Le Canada et les activités du Partenariat mondial

Le démantèlement des sous-marins à propulsion nucléaire (SPN) russes déclassés figurait parmi les quatre préoccupations prioritaires des dirigeants du G8 lorsqu’ils ont lancé le Partenariat mondial au Sommet du G8 de 2002 à Kananaskis.

La réduction des risques en matière de prolifération, d’environnement et de sécurité que représentent les sous-marins nucléaires déclassés de la Russie et le combustible nucléaire irradié (CNI) qu’il renferme est avantageux pour le Canada et la communauté internationale dans son ensemble.

Le Canada, pour sa part, va verser jusqu'à un milliard de dollars canadiens au Partenariat mondial durant 10 ans. La première tranche de la contribution canadienne a été annoncée avant le Sommet du G8 de 2003 à Évian, en France, et ces projets sont en cours. Cette première annonce comportait une contribution canadienne de 32 millions de dollars au Partenariat environnemental de la Dimension septentrionale, un programme de la Banque pour s’attaquer aux problèmes du CNI et des déchets radioactifs dans le Nord de la Russie reliés aux activités des sous-marins nucléaires russes. européenne pour la reconstruction et le développement (BERD)

La conclusion d’un accord bilatéral avec la Russie au Sommet du G8 à Sea Island en juin 2004 a permis au Canada d’exécuter des projets directement avec la Russie. Le projet de démantèlement de sous-marins a été le premier projet annoncé dans le cadre de cet accord qui a été mis en œuvre quelques semaines seulement après le Sommet de juin 2004. La deuxième série de projets, annoncée quelques semaines après le Sommet, comprenait 120 millions de dollars pour le démantèlement de 12 sous-marins à propulsion nucléaire déclassés dans le Nord de la Russie, processus devant se poursuivre jusqu’en 2008.

Cet engagement initial de démanteler 12 sous-marins a été complété dans les délais prévus, en mars 2008. Les 24 réacteurs nucléaires des 12 SPN ont été vidangés de leur combustible à l’usine de génie d’une entreprise unitaire d’État, le chantier naval de Zvyozdochka à Severodvinsk. Onze SPN de classe Victor ont été entièrement démantelés. Le douzième sous-marin vidangé était un sous-marin d’attaque de classe Typhon, le plus grand sous-marin du monde. Ce sous-marin a été démantelé en coopération avec la Russie et les États-Unis. Le Canada a dirigé la vidange du combustible des biréacteurs du sous-marin, tandis que les États-Unis ont financé l’élimination du système de lancement des missiles d’attaque et que la Russie a démantelé le reste du sous-marin.

En 2006, le Canada et la Russie ont réalisé une première mondiale en transportant deux sous-marins à propulsion nucléaire en tant que cargaison sèche sur le pont d'un navire pour chargements lourds. Une société maritime hollandaise, Dockwise, a été chargée de transporter les sous-marins. À cause de leur mauvais état technique, un remorquage normal était considéré dangereux et aurait pu représenter une menace pour l’environnement. Cette mesure a été prise pour éliminer les éventuels risques environnementaux associés au remorquage. Les sous-marins ont été chargés à une base navale située près de Murmansk, dans le Nord de la Russie, à 850 kilomètres du chantier naval de Zvyozdochka à Severodvinsk, dans le Nord de la Russie, où ils devaient être vidangés et démantelés.

Entre 2004 et 2008, pendant leurs visites de suivi au chantier naval, les membres de l'équipe canadienne ont consacré de leur temps libre pour aider un orphelinat situé à proximité. Grâce à l'effet de levier des fonds provenant de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), de l’équipement de buanderie, essentiel dans un orphelinat accueillant près de 250 enfants, a été mis en place en 2006. Dans la même année, profitant d’un don d'espace de chargement dans un bateau de marchandises, l'équipe a réussi à faire transporter, du Canada à Severodvinsk, une large caisse de matériel de dentisterie, y compris un nouveau fauteuil dentaire et du matériel de stérilisation. Des techniciens du service dentaire des Forces canadiennes ont installé cet équipement en 2007. Ces deux projets auront une incidence majeure sur la santé et le bien-être des enfants.

Le Canada a entrepris de nouveaux projets de démantèlement de sous-marins en 2008, d’une valeur de 56 millions de dollars. De ce montant, 24,6 millions de dollars serviront au démantèlement de deux sous-marins nucléaires déclassés à Severodvinsk, dans le Nord-Ouest de la Russie. Le reste des fonds sont destinés à des projets dans l’Extrême-Orient russe. Cette somme comprend 12,5 millions de dollars pour la modernisation d’une voie ferrée afin de faciliter l’élimination de tout le combustible nucléaire irradié de la région. Le reste, 19,2 millions de dollars, a servi, en 2009, au transport de deux sous-marins à propulsion nucléaire, au moyen du même navire pour chargement lourd employé en 2006, et à la vidange subséquente du combustible des quatre réacteurs.

Pour en savoir plus sur les progrès du démantèlement des SPN, veuillez visiter notre page  État d'avancement du démantèlement des sous-marins nucléaires, ici.


Démantèlement des sous-marins

Le démantèlement des sous-marins nucléaires déclassés est un processus onéreux et de longue durée réalisé en 13 grandes étapes.

Dès l’amarrage du sous-marin, le combustible nucléaire irradié doit être retiré et expédié à bord d’un train spécial lourdement armé vers une usine de traitement dans les monts Oural. Après la vidange, les compartiments contaminés du réacteur sont retirés et remorqués vers une installation d’entreposage spéciale à sec où ils resteront pendant plusieurs décennies. Quand leur niveau de radioactivité aura diminué, il sera enfin possible de les éliminer sans danger. En parallèle au retrait du compartiment du réacteur, le reste de la coque du sous-marin est mis en morceaux et recyclé.