Le moment est venu pour le nouveau gouvernement palestinien de démilitariser la Cisjordanie et Gaza

Cette opinion a été publiée dans le Globe and Mail le 19 juin 2014.

Par John Baird

Vendredi, trois garçons rentraient chez eux après l’école. Ils ne sont jamais arrivés à destination, et l’on ne les a pas vus depuis. Cet enlèvement est un crime particulièrement choquant, mais ce n’est qu’un des derniers actes terroristes dans la campagne menée par le Hamas contre l’État juif d’Israël.

Le lendemain, deux roquettes ont été tirées contre Israël depuis Gaza; cela s’ajoutait aux 160 attaques au mortier et à la roquette déclenchées depuis l’amorce du processus de paix l’été dernier. La plupart des engins ont explosé dans une région méridionale d’Israël pas plus grande que la région métropolitaine de Toronto. Il est tragique que de tels actes semblent être devenus assez courants pour qu’ailleurs dans le monde, on n’y fasse plus vraiment attention. Nous devons toujours tout faire pour éviter que les actes terroristes deviennent de simples bruits de fond.

Ces dernières attaques se distinguent des autres par le fait qu’elles ont eu lieu sous les yeux du nouveau gouvernement palestinien dont la création a été annoncée il y a deux semaines. Le président Abbas a déclaré que le nouveau gouvernement, composé de technocrates n’ayant, selon ses propos, aucun lien direct apparent avec le Hamas, serait assujetti aux principes du Quatuor, à savoir la reconnaissance d’Israël, la renonciation à la violence et l’acceptation des accords antérieurs. C’est là une déclaration qui ravive l’espoir.

En annonçant la création du nouveau gouvernement, le président Abbas a aussi réaffirmé son autorité sur Gaza qui, jusque-là, était fermement sous la botte du Hamas. Voilà une autre raison de se réjouir. Le Hamas demeure une organisation terroriste résolument déterminée à détruire Israël. Cependant, cette réaffirmation de l’autorité du gouvernement sur Gaza doit s’accompagner d’une nouvelle déclaration de responsabilité en faveur des principes du Quatuor à Gaza.

Le président Abbas et l’Autorité palestinienne ont réussi à améliorer la sécurité en Cisjordanie. Le Canada a collaboré avec ardeur avec eux dans le cadre de ce processus, en les aidant à améliorer le leadership et la coordination dans leur appareil de sécurité et en appuyant des projets tels que la construction d’une installation de formation policière à Jéricho. Le moment est maintenant venu de faire fond sur ces progrès et de montrer au monde qu’ils peuvent enrayer ces attaques à Gaza et en obliger les auteurs à rendre des comptes. C’est en effet là le propre des gouvernements responsables et ce qui s’impose pour que la notion de souveraineté palestinienne ait des chances de s’implanter un jour.

Malheureusement, aucun des gestes du Hamas depuis la mise en place du nouveau gouvernement ne suscite chez nous le moindre espoir qu’il cédera de son plein gré et en permanence le contrôle réel de Gaza ou qu’il renoncera à son idéologie en vertu de laquelle il s’est voué à la destruction d’Israël. Le Hamas demeure la seule véritable autorité à Gaza. Sa police maintient sa présence dans les rues, et ses bureaucrates et apparatchiks continuent de contrôler la vie des gens.

Nous aimerions prendre le président Abbas au mot quand il déclare que les choses vont changer, mais ce changement doit commencer maintenant. Les actions de son gouvernement au cours des prochains jours doivent refléter les paroles qu’il a prononcées très clairement quand il a formé le gouvernement. En termes concrets, cela signifie qu’il doit relever trois défis de taille.

Tout d’abord, désarmer le Hamas et les autres groupes terroristes palestiniens opérant à Gaza, y compris le Djihad islamique palestinien, mandataire de l’Iran. En d’autres mots, le président Abbas doit donner suite à son engagement pris en faveur de la démilitarisation, ce qui comprend le sauvetage des trois élèves et l’enlèvement des milliers de missiles principalement fournis par l’Iran et cachés dans les maisons, les épiceries et les écoles des Palestiniens. Cela signifie que les combattants du Hamas doivent déposer les armes et embrasser le processus de paix.

En deuxième lieu, la production et la contrebande d’armes et de matériel qui permettent aux groupes terroristes d’acquérir et de fabriquer des roquettes et de s’organiser à l’échelle locale doivent cesser complètement.

Enfin, l’appareil de sécurité de l’Autorité palestinienne doit assumer immédiatement le contrôle total de Gaza et du poste frontalier de Rafah. Les milices, les armées privées ou les autres forces de sécurité n’ont plus leur place. Il faut faire respecter le principe voulant qu’une seule autorité ait le droit de recourir à la force, et la coordination entre les Palestiniens et les Israéliens en matière de sécurité doit se poursuivre.

Certes, le nouveau gouvernement palestinien vient d’être formé, mais il doit sans tarder montrer qu’il est résolu à respecter son engagement en faveur de la paix. Il peut commencer par rendre ces trois garçons à leur famille.

John Baird est le ministre des Affaires étrangères du Canada