Raisons pour lesquelles le Canada défend les intérêts des filles

Ce texte d’opinion a été publié originellement en anglais dans le Toronto Star le 4 juillet 2014.

Par John Baird

Au Canada, nous avons la liberté de choisir si nous nous marierons, quand nous le ferons et avec qui. Cette liberté est plus rare qu’on pourrait l’imaginer. Il y a trois ans, peu de temps après ma nomination à titre de ministre des Affaires étrangères du Canada, j’ai pris part à une réunion des pays du Commonwealth. Dans la version provisoire d’un communiqué, il était brièvement fait mention des mariages précoces et forcés. Sur le coup, j’ai cru que cela allait de soi. Dans mon esprit, la plupart des pays étaient prêts à condamner sans hésitation toute situation où une jeune fille serait forcée de se marier contre son gré. Cependant, lorsque j’ai commencé à condamner cette pratique horrible, je me suis aperçu que je me trompais. Certains dans la salle m’accusaient d’être insensible aux différences culturelles.

Après cette rencontre, j’ai pris connaissance d’une statistique stupéfiante : 14 millions de jeunes filles partout dans le monde sont forcées de se marier chaque année. Cela signifie 39 000 de plus aujourd’hui même. L’ampleur et la gravité du problème ont de quoi nous briser le cœur. Les effets dévastateurs des mariages précoces et forcés des enfants sont bien documentés. Songeons, par exemple, aux complications associées aux grossesses et aux naissances, qui, dans les pays en développement, constituent la principale cause de décès des filles âgées de 15 à 19 ans — mariées dans une proportion de 90 p. 100.

En plus des effets sur la santé, les mariages précoces et forcés obligent celles qui en sont victimes à arrêter leurs études, ce qui les condamne à une vie de pauvreté et nuit au développement de communautés entières. J’ai rencontré des jeunes filles victimes de mariages précoces et forcés. L’histoire de chacune est déchirante et toutes font preuve d’un courage inspirant. J’estime que le Canada a la responsabilité de prendre leur défense pour faire valoir leurs droits et leur assurer un avenir meilleur.

Depuis deux ans, la conjoncture internationale nous incite à prendre la parole, et c’est une fierté pour moi que le Canada ait mené le bal. Ainsi, c’est nous qui avons dirigé les efforts qui ont mené à la création de la Journée internationale de la fille, en 2011, laquelle avait justement pour thème, la première année, les mariages précoces et forcés des enfants. Nous avons aussi contribué directement à la présentation de la toute première résolution indépendante sur les mariages précoces et forcés des enfants au Conseil des droits de l’homme. Enfin, nous avons parrainé avec la Zambie la première résolution en la matière lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, à l’automne 2013; toutes deux ont d’ailleurs été adoptées par une large majorité.

Le Canada s’est aussi attaqué directement à la lutte contre cette pratique dans les pays où elle est la plus répandue, notamment par de nouveaux investissements annoncés l’automne dernier

En Afghanistan, nous avons établi des liens entre les principes régissant les droits de la personne dans les lois afghanes, islamiques et internationales et faisons valoir que les droits des femmes constituent un principe islamique fondamental.

En Éthiopie, malgré le fait que les lois criminalisent les mariages précoces et forcés, 27 p. 100 des femmes se sont mariées, sont devenues veuves ou ont divorcé entre 15 et 19 ans. Afin de répondre à cette situation, le Canada a aidé les leaders communautaires à élaborer des plans d’action afin d’améliorer la scolarisation des jeunes filles.

Au Ghana, où les mariages précoces et forcés prennent des proportions alarmantes, le Canada a appuyé les groupes de la société civile qui cherchent à encourager le dialogue avec les législateurs et le renforcement des lois existantes.

En Somalie et au Zimbabwe, nous nous sommes efforcés d’améliorer l’éducation des jeunes filles, tout en contribuant à protéger celles qui ont été victimes de sévices sexuels, notamment de viols et de mariages précoces et forcés.

En avril, j’ai annoncé qu’au cours des deux prochaines années, le Canada réaffectera les fonds de sa contribution volontaire au Commonwealth en appui aux initiatives qui épousent les valeurs de cette organisation. Une grande partie de ces fonds sera consacrée à la lutte contre les mariages précoces et forcés.

J’estime que nous avons réalisé beaucoup de choses en peu de temps, mais l'ampleur du défi signifie que nous devons poursuivre sur cette lancée. C'est pourquoi j’annoncerai une nouvelle contribution à ces efforts, aujourd’hui à Montréal.

Les éléments qui constituent la politique du Canada en matière d’affaires étrangères et de développement suivent un même fil conducteur. Ce fil conducteur est manifeste dans la stratégie progressiste qui a résulté du fructueux sommet mondial Sauver chaque femme, chaque enfant : un objectif à notre portée, dont le premier ministre a récemment été l’hôte à Toronto. C’est aussi ce fil conducteur qui nous pousse à soutenir, diplomatiquement et financièrement, les femmes désireuses de jouer un rôle dans le processus électoral et la société civile, de la Libye à l’Afghanistan.

Nous croyons que la protection et l'autonomisation des femmes constituent la pierre angulaire de pays pacifiques, prospères et stables. Avec ses partenaires aux vues similaires, le Canada continuera de se faire le champion indéfectible des droits, et des possibilités, des femmes et des filles de partout dans le monde. Après tout, si nous ne prenons pas leur défense, qui d’autre le fera?

John Baird
Ministre des Affaires étrangères du Canada