N° 2009/14 - Montréal (Québec) - Le 27 mars 2009
Depuis bientôt 25 ans, le Conseil des relations internationales de Montréal contribue puissamment à étendre le rayonnement de Montréal dans le monde.
En ouvrant des horizons moins connus à une nouvelle génération de gens d'affaires, d'administrateurs publics et d'universitaires, le CORIM favorise aussi l'ouverture aux réalités qui ont profondément transformé notre monde en peu de temps. Je vous remercie donc de votre aimable invitation.
Le ministère des Affaires étrangères célèbre son centenaire cette année.
Cette date historique dans l'évolution de la fonction internationale du gouvernement du Canada survient à un moment où notre pays et le monde autour de nous traversent une période d'incertitude et d'instabilité économiques sans précédent.
Il n'est même plus tout à fait juste de parler aujourd'hui d'affaires « étrangères », tellement les questions internationales influencent notre vie quotidienne.
Par exemple, la crise que nous vivons présentement a éclaté aux États-Unis, mais par un effet pervers de la mondialisation, toutes les économies s'en trouvent ébranlées.
Et nous n'en sortirons que si la communauté internationale réussit à unir son action pour repousser la tentation protectionniste et adopter les mesures communes qui s'imposent.
Il découle tout aussi naturellement de ce contexte problématique que les Canadiens et Canadiennes attendent de leur gouvernement un leadership énergique et éclairé, y compris en politique étrangère.
Il ne faut pas s’y tromper : notre politique internationale vise avant tout à protéger la sécurité et la prospérité des Canadiens et des Canadiennes. C’est là notre première responsabilité comme gouvernement, et nous entendons nous y consacrer avec toute l’énergie et toute la concentration nécessaires.
Nous pourrons y parvenir, croyons-nous, si nous concentrons notre action sur un nombre limité de priorités et d’objectifs. Et c’est bien là ce que le premier ministre compte faire lors de la prochaine conférence du G20 à Londres.
Nous porterons donc tout d'abord une attention spéciale à la promotion de nos intérêts économiques, incluant avec notre premier partenaire économique, les États-Unis,
mais également partout dans le monde et en particulier, dans les marchés émergents.
Nous nous intéressons vivement à plusieurs de ces marchés émergents, entre autres à la Chine, à l'Inde et au Brésil.
Même si, comme tous les autres, ces pays subissent les effets du repli de l'économie, nous les considérons toujours comme des marchés propices au commerce et à l'investissement.
Nos relations avec les États-Unis naturellement imposées par la géographie, l'histoire et l'économie, sont prioritaires.
Les échanges économiques entre nos deux pays atteignent la valeur de 1,5 milliard de dollars par jour — ce sont là les plus importantes relations commerciales dans le monde.
Notre sécurité et notre prospérité respectives sont aussi indissociables, et nos relations sont basées sur un respect mutuel des valeurs communes et une longue tradition de coopération.
J'ai déjà eu l'occasion de rencontrer mon homologue des États-Unis, Mme Hilary Clinton à trois reprises, et je ne doute pas que les relations entre nos deux pays seront productives et positives au cours des prochaines années.
Les Canadiens et Canadiennes auront aussi noté avec satisfaction que c’est au Canada que le président Obama a effectué son premier voyage, le 19 février dernier.
Le Canada entend aussi renouveler et renforcer ses relations avec ses autres partenaires du continent américain. C'est pourquoi le premier ministre a désigné récemment un ministre d'État spécifiquement chargé de la région des Amériques.
En resserrant les liens avec les Amériques, le gouvernement continuera de faire progresser ses perspectives commerciales, dans la foulée des ententes de libre-échange signées avec la Colombie et le Pérou.
Sur le même continent, Haïti, mère-patrie d'environ 150 000 Montréalais et Montréalaises, demeure cependant prisonnière d'un sous-développement cruel.
Haïti est déjà le deuxième bénéficiaire de l'assistance canadienne à l'étranger, et notre gouvernement s'est engagé à y consacrer 555 millions de dollars de plus sur cinq ans aux efforts de reconstruction et de développement.
Nous mettons l'accent plus spécifiquement sur le renforcement de l'État, l'accès aux services de base, c'est-à-dire la santé, l'éducation et l'infrastructure, et les améliorations socioéconomiques rapides.
Il peut aussi arriver, comme individus et comme pays, que nous devions accepter la responsabilité d'événements qui ne dépendent pourtant pas de nous.
Nous avons ainsi accepté, après les attentats du 11 septembre 2001, de déployer des troupes en Afghanistan pour combattre le terrorisme et aider le peuple afghan à accéder à la liberté et au développement.
Nous transformons notre engagement pour nous concentrer sur la reconstruction et le développement, et pour préparer la fin de notre mission de combat en 2011.
Il y a une dizaine de jours, j'ai effectué une première tournée de l'Afghanistan et je peux vous assurer que tous les Québécois et tous les autres Canadiens peuvent être très fiers de ce que nous accomplissons là-bas.
Nous devons ajouter à ces grandes priorités internationales une priorité qui nous touche de près, soit l’affirmation de la souveraineté du Canada dans l'Arctique.
Le Canada est une nation arctique, une puissance arctique. L'Arctique et le Nord représentent 40 p. 100 de la superficie terrestre du Canada. L'Arctique et le Nord font partie de notre identité nationale.
Nous voulons aussi que cette région participe davantage à la vie économique du pays.
Je veillerai donc à ce que l'attention de la communauté internationale demeure axée sur les difficultés et les possibilités qui se présentent dans l'Arctique.
L'un des moyens d'y parvenir est de recentrer l'attention sur le rôle et l'importance du Conseil de l'Arctique, qui est la première instance internationale pour la coopération dans l'Arctique.
Le Conseil regroupe le Canada, le Danemark, la Finlande, l'Islande, la Norvège, la Russie, la Suède et les États-Unis.
C'est la raison pour laquelle notre gouvernement a annoncé une stratégie intégrée pour le Nord qui repose sur quatre piliers, à savoir la protection de notre patrimoine naturel, la promotion du développement économique et social, la démonstration de notre souveraineté ainsi que l'amélioration et le transfert de la gouvernance.
Notre politique étrangère sous-tend la dimension internationale de chacun des quatre éléments de cette stratégie et affirmons ainsi notre leadership, notre gérance et nos droits de propriété dans la région.
Depuis 2006, notre gouvernement a pris de nombreuses mesures pour protéger et préserver notre environnement arctique unique.
Nous bâtirons sur ces solides fondations pour faire face aux situations d'urgence, qu'il s'agisse de polluants chimiques, de la sécurité de la navigation, de la recherche et du sauvetage ou du changement climatique.
Bien que les experts ne s'entendent pas sur le rythme de ce changement énorme, nous reconnaissons que le changement climatique a une incidence disproportionnée sur l'Arctique et ses habitants.
Par exemple, certains experts ont prévu récemment que l'Arctique au complet n'aurait plus de glace en été d'ici 2013, alors que d'autres disent que ce phénomène n'arrivera qu'en 2050.
Par contre, le Service canadien des glaces estime que le passage du Nord-Ouest ne sera probablement pas une voie de navigation commerciale fiable pendant des décennies en raison de l'extrême variabilité des glaces.
Néanmoins, il ne fait aucun doute que nous devons être prêts à agir maintenant, en sachant que nous avons la garde d'un trésor pour les futures générations.
Par le biais des institutions multilatérales concernées, nous travaillons sur les mécanismes internationaux comme la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, pour prendre des mesures dans ces dossiers.
Et nous continuerons à jouer un rôle de chef de file dans l'élaboration de lignes directrices pour la navigation dans l'Arctique au sein de l'Organisation maritime internationale.
Le Canada figure depuis longtemps au premier plan de la protection de l'environnement arctique. À l'occasion de sa dernière visite de l'Arctique, le 27 août 2008, le premier ministre Stephen Harper a annoncé que le gouvernement du Canada élargirait le champ d'application de la Loi sur la prévention de la pollution des eaux arctiques au-delà de la zone actuelle de 100 milles marins. Nous voulons réglementer la navigation dans les zones jusqu'à 200 milles marins des lignes de base des mers territoriales canadiennes.
De plus, le premier ministre a annoncé que le Canada adopterait de nouveaux règlements en vertu de la Loi sur la marine marchande du Canada, destinés à obliger tous les navires se dirigeant vers les eaux arctiques du Canada à s'identifier dans la même limite de 200 milles marins.
Le gouvernement du Canada a aussi promis une présence militaire et une surveillance accrues dans les eaux arctiques canadiennes.
La création d'une Station de recherche de calibre mondial dans l'Extrême-Arctique constitue un investissement pour les générations futures.
Dans le budget de 2009, notre gouvernement s'est engagé à verser 87 millions de dollars sur deux ans pour améliorer les installations de science et de technologie dans l'Arctique et pour planifier la Station de recherche de l'Arctique.
La dimension humaine de l'Arctique — veiller au développement économique et social durable, au bénéfice des habitants de l'Arctique, tout particulièrement les populations autochtones — est un objectif clé pour le Canada.
Cela implique, entre autres, de tirer des leçons des savoirs traditionnels et d'appuyer les activités économiques ancestrales, telles que la chasse au phoque.
Cette collaboration porte également sur l'Évaluation du transport maritime dans l'Arctique, à paraître prochainement.
L'activité dans les terres et les eaux arctiques s'intensifie, et nos capacités dans le Nord se renforcent. Le gouvernement du Canada, en tant que première instance dirigeante nationale, a la responsabilité d'exercer ses droits souverains canadiens dans la région.
Le 10 août 2007, notre gouvernement a annoncé trois nouvelles initiatives visant à mettre en valeur la souveraineté canadienne dans l'Arctique, soit :
Un nouveau brise-glace de classe polaire est en voie de construction, le John G. Diefenbaker, nommé en l’honneur de cet ancien premier ministre qui a plaidé en faveur de l'investissement dans le Nord canadien, y compris sa protection.
Dans le cadre de leur mandat, les Forces canadiennes patrouillent fréquemment l'Arctique. Des exercices réguliers, tels que l'opération Nanook, assurent la visibilité de la présence canadienne dans la région.
Les Forces jouent également un rôle important dans la région et veillent à ce que le Canada puisse apporter son aide dans les situations d'urgence.
Il est également important de déterminer où le Canada peut exercer ses droits souverains. C'est précisément ce qui sous-tend les efforts visant à délimiter le tracé de la limite extérieure du plateau continental étendu.
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer reconnaît formellement le droit du Canada d'exercer ses droits souverains sur son plateau continental.
De même, elle prévoit une procédure par laquelle les États côtiers comme le Canada peuvent faire reconnaître sur le plan international la limite précise de leur plateau continental.
C'est ce que nous faisons.
La délimitation du plateau continental étendu implique une démarche méthodique et de longue haleine. Ce n'est ni une course, ni une question de rivalité.
Il s'agit plutôt d'une collaboration fondée sur un engagement commun envers le droit international.
L'amélioration et la délégation de la gouvernance constituent une priorité nationale pour le Canada.
Par notre politique étrangère pour l'Arctique, nous réaffirmons et renforçons notre action nationale en faveur d'une solide gouvernance dans le Nord.
À cet égard, nous sommes conscients de l'important rôle de leadership qu'ont joué les groupes autochtones et les communautés nordiques dans l'orientation de nos efforts internationaux.
Nous continuerons à veiller à ce que ceux-ci continuent à participer aux prises de décisions, de façon à ce que nos communautés nordiques puissent se faire entendre davantage.
Le Canada et les Canadiens du Nord ont joué un rôle prépondérant dans la mise en place du Conseil de l'Arctique. Nous voulons maintenant redynamiser ce Conseil.
La mission première du Conseil est de fournir un moyen de promouvoir la coopération, la coordination et les relations entre les États arctiques, ainsi que la participation des collectivités autochtones et d'autres habitants de l'Arctique dans les enjeux communs liés à l'Arctique.
Depuis sa création, le Conseil a réussi à élaborer un programme d'action commun pour les États de l'Arctique et ses participants permanents. Mais comme la région change, ses institutions doivent en faire autant.
Nous devons effectuer davantage de recherche sur certaines importantes questions émergentes pour le développement durable et la protection de l'environnement de l'Arctique.
Nous devons renforcer l'échange des meilleures pratiques et instituer un dialogue plus énergique sur des questions de politique et de coordination.
Je discuterai de ces questions avec mes homologues et avec les participants permanents prochainement, notamment lorsque j'assisterai à la réunion ministérielle du Conseil, à Tromsø, en Norvège, en avril 2009.
Les États-Unis sont nos premiers partenaires dans l'Arctique, et à ce titre, je suis impatient d'invoquer la possibilité d'une coopération accrue face aux enjeux arctiques lorsque je rencontrerai mon homologue américaine, la secrétaire d'État Clinton à Washington, le 6 avril prochain.
De toute évidence, nos deux pays ont de nombreux intérêts et objectifs en commun : parmi ceux-ci figurent l'environnement, la recherche et le sauvetage, la protection, la sécurité et l'exploitation durable des ressources.
Avec mon homologue russe, j'examinerai en outre comment il est possible de collaborer plus étroitement, y compris au sein du Groupe de travail sur l'Arctique et le Nord.
J'approfondirai aussi nos intérêts communs avec nos autres voisins arctiques — la Norvège, le Danemark, la Suède, la Finlande et l'Islande.
Ce mois-ci, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'OTAN, j'ai rencontré mes homologues norvégiens et finlandais, avec lesquels j'ai discuté de l'Arctique.
Nous collaborons également sur les enjeux de l'Arctique avec des pays qui ne sont pas bordés par cette région. L'exemple le plus récent serait la coopération entre le Canada et le Royaume-Uni en ce qui concerne la recherche scientifique polaire dans l'Arctique et l'Antarctique. Nous nous réjouissons aussi de la volonté exprimée par le premier ministre [du Québec Jean] Charest d'appuyer le développement du Nord québécois au moyen du plan Nord.
Je m'engage à renforcer en priorité notre coopération bilatérale avec les pays arctiques et je vais rencontrer tous mes collègues ministres des Affaires étrangères des pays arctiques prochainement pour en discuter.
Dans le prolongement de la dimension internationale de la Stratégie pour le Nord, nous protégerons notre patrimoine naturel, ferons la promotion du développement économique et social, exercerons notre souveraineté et encouragerons une gouvernance internationale plus efficace dans cette région cruciale.
Grâce à la solidité de nos partenariats nationaux et internationaux, nous continuerons, ensemble, à tirer parti des nouvelles possibilités et nous ferons face aux nouvelles réalités qui nous interpellent.
Il incombe à notre génération de redécouvrir l'Arctique pour que nous puissions transmettre avec fierté et confiance à nos enfants et petits-enfants ce joyau du monde dans toute sa splendeur et sa richesse.
Je vous remercie.