Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Discours du ministre Cannon au Conseil des relations internationales de Montréal

No 2010/35 - Montréal (Québec) - Le 20 mai 2010

Sous réserve de modifications

Nous vivons présentement « l’Année internationale » du Canada, qui permet de faire rayonner de façon spéciale notre influence et nos valeurs sur tous les continents.

Déjà, à la mi-février, les Jeux d’hiver de Vancouver ont permis à nos athlètes de briller comme jamais dans la grande famille olympique.

Il n’y a pas de médaille d’or en diplomatie, bien sûr. Mais j’ai appris que la recette du succès, en affaires internationales, comprend les mêmes ingrédients que dans les sports : un objectif clair, un travail d’équipe et une bonne préparation.

Au mois de mars, à Gatineau, j’ai accueilli les ministres des Affaires étrangères du G8 – composé de l’Allemagne, du Canada, des États-Unis, de la France, de l’Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de la Russie - avec qui j’ai notamment effectué des travaux préparatoires en vue de la tenue des sommets de chefs d’État et de gouvernements qui se dérouleront bientôt chez nous.

Dans quelques semaines, le Canada accueillera, à Muskoka, les chefs d’État et les dirigeants des nations les plus industrialisées, ainsi que les présidents du Conseil européen et de la Commission européenne.

Le G8 représente :

  • 13 p. 100 de la population mondiale;
  • 61 p. 100 de l’économie mondiale;
  • 70 p. 100 du budget des Nations Unies;
  • 82 p. 100 de l’aide publique au développement.

Tout de suite après le G8, ce sont les dirigeants du G20, soit l’Afrique du Sud, l’Allemagne, l’Arabie saoudite, l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, les États-Unis, la France, l’Inde, l’Indonésie, l’Italie, le Japon, le Mexique, la République de Corée, le Royaume-Uni, la Russie, la Turquie et l’Union européenne, qui viendront à Toronto.

Le Malawi, en tant que représentant de l’Union africaine, le Vietnam, en tant que représentant de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, ainsi que l’Éthiopie, l’Espagne et les Pays-Bas participeront aussi au G20 à titre d’invités spéciaux au Sommet de 2010.

Je comprends parfaitement que pour beaucoup de Canadiens et Canadiennes, ces réunions et ces régions peuvent sembler des réalités bien lointaines.

De nos jours, nos intérêts sont fortement liés à ceux d’autres pays, et des décisions prises à des milliers de kilomètres de chez nous peuvent influencer directement et en profondeur notre vie quotidienne.

La crise financière que nous vivons en est la meilleure preuve.

Cette crise financière a éclaté en août 2008 aux États-Unis, provoquée par des prêts hypothécaires à risque et par la mauvaise gestion de quelques grandes firmes de Wall Street.

Elle touche maintenant le monde entier.

D’autres crises récentes ont aussi mis en évidence notre interdépendance avec le reste du monde pour protéger notre sécurité. 

À Noël dernier, par exemple, l’explosion avortée d’un dispositif transporté par un extrémiste nigérien venant du Yémen, sur un vol d’Amsterdam à destination de Detroit mais se trouvant dans l’espace aérien canadien, nous a rappelé que le terrorisme ne connaît pas de frontières et menace aussi les Canadiens.

Le Sommet du G8 à Muskoka

Le Sommet du G8, à Muskoka, se concentrera sur la paix et la sécurité internationales, ainsi que sur le développement international.

Les membres du G8 conviennent en effet que la sécurité et la prospérité sont mieux assurées par des États démocratiques qui respectent les droits de la personne et la primauté du droit.

Nous tenterons notamment de nous attaquer à d’importantes vulnérabilités à l’échelle mondiale qui pourraient avoir des répercussions directes chez nous.

Dans leurs discussions, les dirigeants s’appuieront sur les résultats de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G8 que j’ai convoquée à Gatineau, en mars dernier.

Cette réunion s’est concentrée sur trois enjeux principaux : le désarmement nucléaire et la non-prolifération, l’Afghanistan et le Pakistan, ainsi que les vulnérabilités en matière de sécurité auxquelles font face de nombreux pays.

La menace mondiale posée par l’utilisation potentielle d’armes nucléaires par des États et des groupes est malheureusement bien réelle.

Nous savons qu’Al-Qaïda a cherché à obtenir des armes nucléaires. Certains États défient par ailleurs ouvertement le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.

Le régime iranien, en particulier, continue de se soustraire impunément à ses obligations internationales. Vous n’ignorez certes pas que la communauté internationale doute très sérieusement du caractère pacifique du programme nucléaire iranien.

Le président Mahmoud Ahmadinejad a maintes fois exprimé son hostilité envers Israël et son indifférence à l’égard des Nations Unies.

S’il n’est pas contenu, le programme nucléaire de l’Iran risque de déclencher une course à l’armement nucléaire au Moyen-Orient et de miner le pacte mondial de non-prolifération.

La situation pourrait rapidement déclencher une crise qui serait la plus grave et la plus dangereuse qu’ait à affronter notre génération.

L’Iran ne nous laisse d’autres choix que d’imposer des sanctions supplémentaires, de préférence par le biais du Conseil de sécurité de l’ONU.

Malheureusement, Mahmoud Ahmadinejad n’est pas le seul chef d’État imprévisible et irresponsable qui veut mettre — ou a déjà mis — la main sur l’arme nucléaire.

Kim Jong Il, de la Corée du Nord, a démontré lui aussi son mépris total des mesures en faveur de la non-prolifération et du désarmement nucléaire, annonçant même en 2003 le retrait de son pays du Traité de non-prolifération.

Les ministres du G8 ont demandé instamment à la Corée du Nord de réintégrer les pourparlers à six sans condition préalable et d’honorer ses engagements, notamment en ce qui concerne la dénucléarisation complète et vérifiable de la péninsule coréenne. Cette demande n’a donné aucun résultat.

Tels que présentés hier soir, les faits indiquent, de manière concluante, qu’une torpille nord-coréenne est responsable du naufrage du navire Cheonan, dans lequel 46 marins ont péri.

Il n’y a aucune autre explication plausible. Le Canada a apporté sa contribution à l’équipe d’experts techniques qui a mené l’enquête.

Le Canada condamne avec force cette agression violente du régime nord-coréen, qui a fait preuve une fois de plus d’un comportement irréfléchi et inacceptable.

Notre gouvernement appuie résolument la Corée du Sud, qui est un allié et un ami démocratique.

Nous travaillons en étroite collaboration avec la Corée du Sud ainsi qu’avec nos alliés et nous continuerons d’appuyer la Corée du Sud afin de rappeler la Corée du Nord à l’ordre.

Nous respectons pour notre part l’entente de non-prolifération nucléaire et avons participé activement à la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires actuellement en cours à New York.

Le Partenariat mondial du G8 contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes, un programme de 20 milliards de dollars américains s’étendant sur une période de 10 ans, a d’ailleurs été lancé à l’initiative du Canada, au Sommet du G8 de 2002 tenu à Kananaskis, en Alberta.

Le Canada s’est engagé à verser 1 milliard de dollars sur 10 ans au Partenariat mondial et y a consacré plus de 640 millions de dollars à ce jour.

Ce Partenariat vise aussi à empêcher les terroristes et les pays qui les accueillent d’acquérir ou de mettre au point des armes nucléaires, chimiques, radiologiques ou biologiques.

Il a également permis le démantèlement de 184 sous-marins russes à propulsion nucléaire et contribué à la destruction de 18 000 tonnes de stocks d’armes chimiques en Russie.

L’Afghanistan et le Pakistan

Comme pour la plupart de nos collègues du G8, l’Afghanistan demeure pour nous une préoccupation prioritaire.

Le Canada est en Afghanistan avec ses alliés de la communauté internationale afin d’aider les Afghans dans la reconstruction de leur pays.

À la Conférence de Londres sur l’Afghanistan tenue à la fin de janvier, le président [Hamid] Karzaï a promis de prendre les mesures nécessaires pour que son gouvernement puisse assumer sa responsabilité en matière de sécurité, de services de base et de gouvernance démocratique à l’échelle du pays.

Nous accordons aussi une attention spéciale à la région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan, qui demeure l’épicentre du terrorisme international.

Le complot fomenté par 18 jeunes de Toronto tout comme le complot de 2006 ciblant des vols transatlantiques en provenance du Royaume-Uni à destination du Canada et des États-Unis, par exemple, étaient liés à cette région frontalière.

Par conséquent, le sort de l’Afghanistan et du Pakistan importe autant pour la sécurité des Canadiens et de nos alliés que pour celle des citoyens afghans et pakistanais.

Au cours des trois dernières années, le Canada a mis en place un processus de rapprochement entre les autorités frontalières afghanes et pakistanaises pour qu’elles puissent discuter de mesures concrètes en vue de sécuriser cette région frontalière.

Cette initiative canadienne, appelée « Processus de Dubaï », bénéficie de l’appui de nos partenaires du G8.

Les vulnérabilités en matière de sécurité

La dure réalité veut que s’allonge sans cesse la liste des vulnérabilités en matière de sécurité — qui vont des conflits internes au terrorisme en passant par le crime organisé transnational, le trafic de drogues et d’êtres humains et la prolifération des armes.

Je suis particulièrement inquiet face à l’extrême vulnérabilité de certains pays, qui ne disposent pas des institutions efficaces et responsables qui leur permettraient de corriger ces vulnérabilités.

Par conséquent, les pays du G8 investissent dans ces pays pour renforcer les capacités de leurs institutions de sécurité — c’est-à-dire l’armée, la police, le système judiciaire, les services frontaliers et douaniers, les services correctionnels et la garde côtière — et les aider à améliorer leurs mécanismes de supervision civils et parlementaires.

Le Canada soutient depuis longtemps les efforts déployés par certains États pour se doter d’institutions de sécurité. Au Kosovo, par exemple, des experts canadiens ont été parmi les premiers à aider à la mise en place d’un service correctionnel après le conflit.

En Haïti, depuis des décennies, des policiers canadiens aident à la formation et à l’encadrement des policiers haïtiens.

En Afrique, nous avons aidé à mettre en place un réseau de centres qui donne de la formation sur le maintien de la paix à des militaires et à des policiers africains.

Le G20

Si le G8 demeure l’instrument le plus puissant pour coordonner l’action des grandes puissances, le G20 a démontré, depuis sa création en 1999, qu’il pouvait mobiliser efficacement les principaux acteurs économiques mondiaux.

Le Sommet de Pittsburgh a permis de désigner le G20 comme principale tribune pour la coopération économique internationale, conférant ainsi au Groupe le mandat de poursuivre son travail après la présente crise économique.

La coordination économique internationale sans précédent qui s’est opérée au sein du G20 l’année dernière nous a permis d’éviter ce qui aurait pu devenir une dépression mondiale.

Grâce à l’action rapide et énergique de notre gouvernement qui a mis en œuvre un nouveau Plan d’action économique, le Canada est l’un des pays qui a le mieux traversé la crise et en a émergé le plus rapidement — ce qui n’est pas passé inaperçu au sein de la communauté internationale.

Mais nous devons demeurer vigilants et concurrentiels. Le pire est sans doute derrière nous, mais la situation reste critique pour plusieurs pays.

Nous estimons que les fondements qui ont permis au Canada d’obtenir des résultats économiques exemplaires dans les circonstances difficiles que nous connaissons actuellement jouent un rôle capital pour assurer à long terme une croissance durable et équilibrée de l’économie mondiale.

À Toronto, avec nos partenaires, nous entendons honorer les promesses qui ont été faites au Sommet du G20 à Pittsburgh en septembre 2009, afin d’assurer un redressement économique complet.

Récemment, le premier ministre Harper a écrit à ses homologues du G20 que nous pouvons « soit surmonter nos difficultés financières au moyen de plans de consolidation clairs et réalistes, soit attendre que les marchés nous dictent leurs conditions. »

« À l’heure où le redressement de l’économie progresse résolument et que nos plans de relance viennent à échéance, a déclaré le premier ministre, nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers. Nous devons nous pencher rapidement sur le prochain grand défi que devront relever nos pays, et l’ensemble du G20, à savoir la nécessité d’assainir nos finances publiques. »

La situation récente en Grèce et, dans une moindre mesure, dans certains pays européens, prouve combien il peut être difficile de gérer la crise économique actuelle.

Voilà pourquoi le G20 doit absolument présenter des plans réalistes pour stimuler la croissance économique à long terme.

Le G20 a dans le passé démontré son utilité pour aider à trouver des solutions à la présente crise économique. Il devra continuer de faire ses preuves et de maintenir ses efforts afin d’encourager la mise en place de mesures crédibles et de stimuler la croissance économique à long terme.

Nous avons cerné les causes du mal et ses effets.

Il nous reste maintenant à appliquer les remèdes nécessaires, en particulier la réduction radicale des déficits considérables encourus par plusieurs pays pour stimuler la croissance.

Et nous devons nous méfier des solutions faciles comme une taxe sur les banques, laquelle pénaliserait les institutions financières saines, comme celles du Canada, qui ont admirablement résisté à la crise pendant que de nombreuses autres faisaient faillite ailleurs dans le monde.

Conclusion

Les sommets de Muskoka et de Toronto nous offriront également l’occasion de faire la démonstration de l’efficacité de la fédération canadienne.

Il y a très peu d’exemples dans l’histoire du monde d’un pays qui est né et a prospéré par une volonté commune de groupes différents de partager un territoire de façon pacifique et démocratique.

Notre fédération, basée sur le respect des différences et le partage de valeurs et d’intérêts communs, est un exemple pour le monde. Et cette fédération continue d’évoluer.

Conformément à sa politique de fédéralisme d’ouverture, le premier ministre Stephen Harper a reconnu que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni.

Notre gouvernement a aussi permis au Québec de faire rayonner son caractère unique au sein de l’UNESCO.

Nous voulons, plus que tout, respecter et encourager l’autonomie des provinces au sein d’une fédération moderne, efficace et prospère.

C’est pourquoi je suis convaincu que l’ensemble des Canadiens partageront une même fierté, au cours des prochaines semaines, lorsque le monde entier nous rendra visite.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-12-28