Affaires étrangères et Commerce international Canada
Symbole du gouvernement du Canada

Affaires étrangères et Commerce international Canada

international.gc.ca

Discours du ministre Cannon à l’École Munk des affaires internationales de l’Université de Toronto

No 2010/43 - Toronto (Ontario) - Le 18 juin 2010

Sous réserve de modifications

Gouvernance de la sécurité mondiale : le rôle de la diplomatie dans le cadre des sommets

On m’a demandé de prononcer une allocution sur la « Gouvernance de la sécurité mondiale : le rôle de la diplomatie dans le cadre des sommets », une question des plus pertinentes en cette année internationale du Canada.

J’avoue que je trouve rafraîchissant de pouvoir parler à un public sérieux et averti de la teneur des réunions des sommets.

La portée et l’ampleur, pour le pays hôte, d’accueillir les deux importants sommets de chefs de file mondiaux sont sans précédent. Des délégations représentant 80 p. 100 de la population mondiale et 90 p. 100 de sa production économique ainsi que les plus influentes organisations internationales seront au Canada pour la première fois simultanément.

En plus des chefs de file, quelque 8 000 délégués et 3 500 journalistes de tous les coins de la planète se rendront au Canada pour ces réunions.

Le Canada respectera ses obligations afin de s’assurer que chacun — chefs de file mondiaux, délégués, journalistes et gens du public — soit en sécurité pendant ces deux sommets essentiels.

Dans la nuée des forums d’après-guerre voués à la sécurité internationale, le G‑8 brille par ses résultats, attribuable en grande partie au leadership du Canada.

Le G-8 aujourd’hui

Les succès passés et la contribution durable du G-8 sont dus à son rôle tout à fait singulier de tribune au sein de laquelle des pays influents et partageant une vision commune peuvent avoir des discussions franches et ciblées sur certains des enjeux mondiaux les plus délicats.

Ensemble, les huit pays apportent une contribution importante aux ressources financières et diplomatiques qui soutiennent la paix et la sécurité à l’échelle mondiale, puisqu’ils représentent 70 p. 100 du budget des Nations Unies [ONU], 79 p. 100 du budget des opérations de maintien de la paix de l’ONU et 82 p. 100 de l’aide publique au développement.

Les pays membres du G-8 travaillent ensemble de manière efficace et dans un but commun puisqu’ils partagent non seulement des intérêts mais également des valeurs.

Lorsque j’ai rencontré les ministres des Affaires étrangères du G-8, à Gatineau en mars dernier, nous avons réaffirmé un principe directeur de l’approche du G-8, à savoir que des États démocratiques qui respectent les droits de la personne et la primauté du droit sont les meilleurs garants de la sécurité et de la prospérité.

Cette vision commune, conjuguée à la taille limitée du G-8, permet la tenue de discussions franches et ciblées sur des questions de nature délicate, ce qui n’est pas toujours possible dans d’autres contextes. 

C’est grâce à ces trois facteurs ― une responsabilité partagée, une perspective commune et des discussions ciblées — que le G-8 a acquis une solide expérience dans les domaines de la paix et de la sécurité.

Au cours de leurs discussions à Muskoka, les dirigeants mettront à profit les réalisations antérieures du G-8 et feront progresser les résultats obtenus lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G-8, qui s’est concentrée sur trois thèmes : la non-prolifération et le désarmement nucléaire, l’Afghanistan et le Pakistan, et les vulnérabilités en matière de sécurité auxquelles de nombreux pays font face.

La non-prolifération

Ce programme témoigne du fait que la menace internationale posée par l’utilisation potentielle d’armes nucléaires par des acteurs étatiques et non étatiques demeure très réelle.

À Gatineau, les ministres des Affaires étrangères du G-8 ont discuté de l’Iran, de la Corée du Nord, du Traité de non-prolifération [Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP)] et de la sécurité nucléaire. Je pense que les dirigeants du G-8 voudront faire de même au cours du prochain sommet.

Le gouvernement iranien persiste à ne pas respecter les obligations qu’il a contractées envers l’Agence internationale de l’énergie atomique [AIEA] et au titre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Les pays du G-8 conviennent que l’Iran doit remédier au grave manque de confiance qu’éprouve la communauté internationale à l’égard du programme nucléaire iranien et de ses ramifications militaires potentielles.

Permettre à l’Iran de continuer à ne pas respecter ses obligations mine le régime mondial de non-prolifération ainsi que la sécurité au Moyen-Orient.

Le Canada et ses partenaires internationaux s’efforcent d’obtenir une quatrième série de sanctions sévères de l’ONU à l’encontre de l’Iran.

Nous avons accueilli favorablement et appuyons énergiquement la Résolution de 1929 du Conseil de sécurité de l’ONU qui ciblera le programme nucléaire de l’Iran et les acteurs qui en favorisent l’exécution, tels que les Gardiens de la révolution islamique. Le Canada mettra pleinement en œuvre ses obligations en vertu de cette résolution. Nous nous tenons prêts à appliquer des sanctions supplémentaires en réaction au comportement belliqueux de l’Iran.

La semaine dernière marquait le premier anniversaire des élections en Iran, qui ont été entachées d’irrégularités et qui ont donné lieu à une terrible répression de la part du gouvernement iranien.

L’usage continue de la violence et de l’intimidation ainsi que l’arrestation de partisans et de membres de l’opposition sont inacceptables.

Au cours de sa présidence du G-8, le Canada continuera d’inciter la communauté internationale à surveiller les actions de l’Iran et à réagir en conséquence.

Le mépris affiché par l’Iran à l’égard de la communauté internationale est malheureusement semblable à celui affiché par la Corée du Nord, qui possède déjà des armes nucléaires. En se retirant du Traité de non-prolifération en 2003, la Corée du Nord a montré son manque total de respect pour la non-prolifération nucléaire et les mesures de désarmement.

Les récents gestes posés par la Corée du Nord sont alarmants et sont en contradiction avec la volonté qu’elle a exprimée de participer de manière constructive à la communauté des nations. Comme vous le savez, la Corée du Nord a attaqué une frégate sud-coréenne, la Cheonan, le 26 mars dernier, entraînant la mort de 46 marins. 

Le Canada condamne cet acte violent d’agression de la Corée du Nord qui pose une menace importante à la paix et à la sécurité.

Nous participons à des consultations avec la Corée du Sud et nos alliés, et nous continuerons à soutenir la Corée du Sud.

Nous sommes déterminés à participer à une intervention internationale concertée, notamment par l’entremise du Conseil de sécurité de l’ONU.

Dans l’allocution que j’ai prononcée à la Conférence d’examen du Traité de non-prolifération qui s’est tenue récemment à New York [Conférence d’examen de 2010 des parties au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires], j’ai demandé à la Corée du Nord de reprendre les pourparlers à six, de démanteler son programme d’armes nucléaires de façon complète, vérifiable et irréversible, et d’accepter les sauvegardes de l’AIEA pour ses programmes nucléaires.

Il est possible que la Corée du Nord tente d’exporter sa technologie nucléaire vers un autre pays reconnu pour son mépris des droits de la personne, la Birmanie, un pays à l’égard duquel nous avons mis en œuvre des sanctions extrêmement sévères.

Malgré les défis posés par les activités de l’Iran et de la Corée du Nord, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires est en voie d’être renforcé.

Nous sommes ravis des progrès réalisés lors de la Conférence d’examen pour ce qui est de réaffirmer notre engagement à mettre en œuvre le Traité et à établir des gestes de suivi dans le cadre des trois piliers, soit le désarmement, la non-prolifération et l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.

Je suis particulièrement heureux de voir que sous la présidence canadienne du G-8 en 2010, nous avons pu susciter une large adhésion au renforcement de ce traité vital et que cela nous rapproche de notre objectif commun d’éliminer les armes nucléaires dans le monde.

De plus, le Canada accueille favorablement l’accord sur la mise en œuvre de la Résolution de 1995 sur le Moyen-Orient, tout en regrettant la façon dont Israël a été pointé du doigt dans le document final.

Cette façon de faire ne favorise pas la coopération qui serait nécessaire à la tenue de la conférence proposée sur l’établissement d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient.

Nous devons également faire face au danger bien réel que la prolifération nucléaire s’étende au-delà des États.

Des groupes terroristes n’ayant aucun scrupule à causer des destructions massives, al-Qaïda par exemple, cherchent à obtenir des armes et des matières nucléaires.

Le Sommet sur la sécurité nucléaire, organisé par le président Barack Obama en avril dernier, a été un événement majeur dans le cadre duquel 47 pays participants ont reconnu que le terrorisme nucléaire constituait l’une des plus importantes menaces à la sécurité et se sont engagés à sécuriser toutes les matières nucléaires dans un délai de quatre ans.

Le Partenariat mondial du G-8 contre la prolifération des armes de destruction massive et des matières connexes, qui est un programme sur 10 ans et d’une valeur de 20 milliards de dollars américains, a été lancé lors du Sommet du G-8 à Kananaskis, en Alberta.

Le Partenariat mondial a été créé pour empêcher les terroristes et ceux qui les hébergent d’acquérir ou de mettre au point des armes nucléaires, chimiques, radiologiques ou biologiques.

Le Canada s’est engagé à verser jusqu’à 1 milliard de dollars sur 10 ans au Partenariat mondial. Il a fourni plus de 640 millions de dollars à ce jour.

Le Partenariat mondial a obtenu des résultats importants, principalement en aidant à démanteler 184 sous-marins nucléaires russes déclassés et à en retirer le combustible nucléaire, et en contribuant à détruire 18 000 tonnes d’armes chimiques russes.

L’Afghanistan et le Pakistan

Le G-8 poursuit également son engagement actif auprès de l’Afghanistan et du Pakistan.

À la suite des attaques tragiques du 11 septembre 2001, un groupe de travail du G-8 sur la sécurité en Afghanistan a coordonné les principaux apports à la première mission militaire.

Le Canada, aux côtés de ses alliés internationaux, intervient en Afghanistan pour aider le peuple afghan à reconstruire son pays et l’empêcher de jamais redevenir un havre pour les terroristes.

Les 12 prochains mois constitueront une période déterminante pendant laquelle le gouvernement afghan devra démontrer sa capacité à améliorer la gouvernance et la sécurité de son peuple. 

À cet égard, le Canada estime que la Conférence de Kaboul, à laquelle je participerai en juillet, offrira au président Hamid Karzaï et à son gouvernement une occasion privilégiée de prouver leur volonté d’honorer les engagements qu’ils ont pris à la Conférence de Londres sur l’Afghanistan en janvier dernier.

La communauté internationale appuie les efforts continus pour l’établissement d’un processus national de réconciliation et de réintégration par l’Afghanistan.

La récente Jirga nationale de la paix a marqué une étape importante au chapitre des efforts actuellement déployés pour trouver une solution au conflit en Afghanistan. Tous les Afghans qui se consacrent à rétablir la paix, la stabilité et la prospérité méritent notre appui.

Le Canada continue également à soutenir les efforts déployés par le gouvernement du Pakistan pour surmonter les importantes difficultés en matière d’économie et de sécurité auxquelles il se heurte.

La frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan demeure le premier foyer des terroristes internationaux et représente une menace directe à la sécurité de tous les pays, y compris du Canada.

Nous ne devrions pas oublier que le complot terroriste fomenté par 18 jeunes de Toronto et que la conspiration de 2006 ayant ciblé des vols en partance du Royaume-Uni à destination du Canada et des États-Unis, par exemple, sont directement liés à cette région frontalière.

Ces dernières années, le Canada a adopté un rôle de leadership pour faciliter le dialogue entre l’Afghanistan et le Pakistan par l’entremise du « Processus de Dubaï », une initiative réunissant des responsables des deux pays et ayant pour but de définir et de mettre en œuvre des mesures pratiques pour améliorer la coopération en matière de gestion frontalière.

Prenant appui sur l’expérience du Canada pour faciliter ce processus, les ministres des Affaires étrangères du G-8 ont lancé, en mars dernier, l’Initiative pour la prospérité de la région frontalière entre l’Afghanistan et le Pakistan. Cette initiative vise à créer des conditions économiques favorables dans cette région et à promouvoir le dialogue et la coopération à l’échelle régionale, deux conditions essentielles pour contrer les facteurs d’instabilité.

Dans le cadre de cette initiative, le G-8 facilite déjà deux projets communs retenus par les ministres des Affaires étrangères du Pakistan [Shah Mehmood Qureshi] et de l’Afghanistan [Zalmai Rassoul], soit la construction d’une autoroute et d’une ligne de chemin de fer reliant Peshawar à Jalalabad.

Les vulnérabilités en matière de sécurité

Les conflits internes, les catastrophes, le crime organisé transnational, le trafic des drogues et des personnes, ainsi que la prolifération des armes sont le lot de nombreux États et ont des répercussions directes sur la sécurité mondiale et celle du Canada. 

Je m’inquiète particulièrement de l’extrême vulnérabilité de certains pays qui ne possèdent pas d’institutions efficaces et responsables pour s’attaquer à ces problèmes de sécurité.

Par conséquent, les membres du G-8 investissent dans ces pays pour renforcer les capacités des institutions de sécurité — soit l’armée, la police, la garde côtière, le secteur judiciaire, les agences frontalières et douanières, ainsi que les services correctionnels — et les aider à consolider leurs mécanismes de supervision civils et parlementaires.

Néanmoins, les menaces à la sécurité transfrontalière et maritime posées par des terroristes, des pirates, des bandits et des trafiquants de drogue, d’armes et de migrants clandestins ne cessent d’augmenter.

Ces acteurs sans scrupules agissent parfois de manière concertée, formant des partenariats opportunistes.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, en Afrique de l’Ouest et dans certaines parties de l’Asie, nous avons vu des terroristes, d’autres criminels et insurgés collaborer pour leur bénéfice mutuel et au détriment de la sécurité des habitants des régions où ils exercent leurs activités.

La région du Sahel, en Afrique, une vaste zone désertique enclavée, suscite des préoccupations particulières. Le groupe terroriste al-Qaïda dans le Maghreb islamique cherche notamment à profiter des vulnérabilités en matière de sécurité générées par le trafic illicite qui a cours dans cette région entourée de frontières poreuses.

Le Canada travaille activement aux côtés de ses partenaires du G-8 pour adapter les interventions visant à répondre à ces menaces en constante évolution.

Situer le G-8 au chapitre de la sécurité mondiale

Ces trois questions — la non-prolifération, l’Afghanistan et le Pakistan, et les vulnérabilités en matière de sécurité — ainsi que d’autres questions connexes sont abordées par une multitude d’acteurs. 

Par conséquent, un des points forts du G-8 réside dans le fait qu’il a réussi à jouer un rôle rassembleur et complémentaire à celui d’autres organisations internationales, régionales et de groupes spéciaux.

En unissant leur voix, les pays du G-8 peuvent aider à faire progresser les mesures adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU. 

La collaboration du G-8 peut également aider à façonner l’ordre du jour d’organismes clés de l’ONU, comme c’est le cas pour la lutte contre le terrorisme.

Le G-8 joue un rôle complémentaire à celui de l’OTAN [Organisation du Traité de l’Atlantique Nord] en permettant des discussions ciblées dans un plus petit groupe comprenant également des partenaires importants non membres de l’OTAN. 

Le G-8 collabore aussi avec un certain nombre d’organisations régionales vouées à la sécurité, telles que l’Union africaine.

Enfin, le G-8 renforce le travail de groupes spéciaux, tels que les pourparlers à six sur le programme nucléaire de la Corée du Nord, le Quartet pour le Moyen-Orient et le groupe P5+1 sur l’lran [les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ainsi que l’Allemagne]. Lorsque les circonstances l’exigent, le Sommet du G-8 offre des orientations et un appui de haut niveau à ces groupes.

La responsabilisation

Puisque bon nombre d’entre vous étiez ici mercredi soir pour le discours liminaire de ma collègue Beverley J. Oda, ministre de la Coopération internationale, ainsi qu’à la conférence d’hier sur le thème de la « Gouvernance de la santé mondiale », je n’ai pas besoin d’expliquer en détail la façon dont le Canada met l’accent sur les mères et les enfants dans le cadre de son initiative du G-8 sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.

J’aimerais cependant souligner le leadership du Canada en matière de responsabilisation.

La responsabilisation est une priorité majeure pour le premier ministre Stephen Harper et ce gouvernement. Nous avons abordé ce point dans le contexte du G-8.

Durant sa présidence du G-8, le Canada a insisté pour imposer une responsabilisation régulière, claire et transparente du G-8 sur les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ses engagements.

Le Canada publiera, dimanche, le Compte rendu des activités de Muskoka. Ce document inclura une évaluation pluriannuelle approfondie de la façon dont le G-8 a honoré ses engagements liés au développement. À l’avenir, les pays qui assumeront la présidence du G-8 prendront le relais de cette initiative pour l’améliorer et la peaufiner.

Le leadership débute lorsqu’on tient ses promesses.

Au sein du G-8, le Canada fait figure de chef de file et il honore ses engagements. Le Canada est en voie d’honorer l’engagement qu’il a pris au Sommet de 2005, à Gleneagles, de doubler le montant total annuel de son aide au développement pour le porter à 5 milliards de dollars d’ici 2010.

En particulier, le Canada a tenu son engagement de doubler l’aide à l’Afrique.

Nous délierons la totalité de notre aide d’ici 2012-2013, après avoir délié notre aide alimentaire en 2008.

Le rapport sur la responsabilisation précisera que le G-8 a joué un rôle de chef de file pour améliorer la capacité des pays en développement à prévenir et à résoudre les conflits, en particulier en Afrique, où le G-8 a fait beaucoup pour renforcer les capacités de maintien de la paix de l’Union africaine.

En conclusion

Je crois que tous les Canadiens peuvent être fiers de la position et des réalisations de leur pays sur la scène internationale.

Mon vœu le plus cher est que le Sommet du G-8 de 2010 à Muskoka soit une nouvelle source de fierté pour nous et qu’il ravive notre résolution à travailler de concert pour promouvoir la paix et la sécurité à l’échelle mondiale.

Je vous remercie.

Pied de page

Date de modification :
2011-12-28