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Discours du ministre Cannon sur la politique étrangère du Canada pour l’Arctique à l’Institut norvégien des affaires étrangères

No 2010/69 – Oslo, Norvège - Le 14 septembre 2010

Sous réserve de modifications

Je suis très heureux d’être encore une fois ici à Oslo aujourd’hui. J’ai eu l’occasion de venir en Norvège au printemps 2009 pour inaugurer le Centre international canadien pour la région de l’Arctique, établi à l’ambassade du Canada, et pour participer à la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique à Tromsø.

En mars 2010, j’ai eu l’occasion aussi de rencontrer le ministre des Affaires étrangères de Norvège, M. Jonas Gahr Støre, en marge de la réunion des ministres des Affaires étrangères des États côtiers de l’océan Arctique à Chelsea, au Québec. Je me sens donc entouré d’amis de longue date ici.

Les relations entre le Canada et la Norvège

Le Canada et la Norvège, deux pays nordiques, ont beaucoup en commun et ils entretiennent depuis longtemps des relations diversifiées et productives. Ma rencontre d’hier avec le ministre Støre en a encore fait la preuve.

Au fil des ans, nos deux pays ont financé conjointement différentes initiatives internationales, et nous travaillons ensemble dans le cadre du programme international sur la sécurité mondiale. À titre de membres fondateurs de l’OTAN [Organisation du Traité de l’Atlantique Nord], le Canada et la Norvège bénéficient d’un partenariat fort qui vise la sécurité européenne et mondiale. Notre coopération en matière de défense est solide et se poursuit, ses origines remontant à la Deuxième Guerre mondiale, alors que les pilotes norvégiens s’entraînaient à la base aérienne Little Norway à Muskoka, en Ontario.

De même, nos relations commerciales sont florissantes. La Norvège est le premier partenaire commercial nordique du Canada. L’Accord de libre-échange entre le Canada et l’Association européenne de libre-échange, entré en vigueur le 1er juillet 2009, offre aux entreprises canadiennes un accès préférentiel et une plateforme stratégique pour élargir leurs liens commerciaux en Europe.

En ce qui concerne l’Arctique, le Canada et la Norvège ont le privilège d’être de bons voisins nordiques. Notre discussion hier a renforcé mon sentiment que le Canada et la Norvège partagent une vision pour cette région de première importance.

Cependant, comme l’a précisé le premier ministre Stephen Harper, notre souveraineté dans l’Arctique et nos frontières ne sont pas négociables. La souveraineté est la priorité absolue du Canada relativement à la politique étrangère pour l’Arctique.

L’Arctique est un élément fondamental de l’identité nationale du Canada, enraciné dans notre histoire, notre culture et notre âme. L’Arctique a toujours fait partie de nous. Il en fait partie aujourd’hui et il en sera encore ainsi demain et pour toujours.

Nous avons des voisins du côté de l’Arctique, tout comme nous en avons du côté sud de notre frontière. De plus, lorsque des problèmes surviennent, il est tout simplement logique pour des voisins de discuter avec calme et ouverture.

C’est pourquoi nos deux pays ont collaboré, dans le cadre du Dialogue sur le Nord entre le Canada et la Norvège, dans des domaines tels que l’éducation, l’énergie, les changements climatiques et de nombreux autres. Et bien sûr, nous avons une longue tradition de collaboration scientifique dans l’Arctique.

Durant ma visite dans votre pays, j’ai discuté d’un grand nombre de dossiers bilatéraux et multilatéraux avec mon collègue, le ministre des Affaires étrangères Støre. Ceci dit, aujourd’hui j’aimerais vous parler plus particulièrement du point de vue du gouvernement du Canada sur l’évolution des choses dans la région de l’Arctique et de notre politique étrangère pour l’Arctique qui a été rendue publique il y a peu.

La politique étrangère du Canada pour l’Arctique

Cette politique s’inscrit en parallèle de la Stratégie pour le Nord du Canada, qui repose sur quatre piliers :

  1. exercer notre souveraineté;
  2. promouvoir le développement économique et social;
  3. protéger notre patrimoine environnemental;
  4. améliorer et décentraliser la gouvernance.

Notre politique étrangère pour l’Arctique est le pendant international de notre Stratégie pour le Nord.

Nous devons toujours élaborer des politiques pour l’international qui tiennent compte des intérêts nationaux; et jamais, depuis des décennies, ce fait n’a autant été mis en lumière que lors de la récente crise économique mondiale. En cette période de difficultés économiques, notre bien-être national est lié à la stabilité politique et au dynamisme du commerce à l’échelle internationale.

Sous la direction du premier ministre Harper, le Canada a résisté aux tempêtes économiques de la dernière année mieux que la plupart des pays. Nous avons un système financier sain et un secteur privé qui a du ressort.

Même si nous voyons poindre les signes d’une reprise soutenue, il y a encore de nombreux défis devant nous, et notre gouvernement restera vigilant et maintiendra son attention sur la tâche à accomplir, soit améliorer notre économie tout en créant de l’espoir et des possibilités pour les Canadiens.

En juin dernier, à Muskoka, nous avons recentré le G-8 sur ses points forts : le développement, la paix, et bien sûr les défis concernant la sécurité mondiale.

Au Sommet du G‑20 à Toronto, l’ensemble des dirigeants a reconnu que l’assainissement des finances publiques ne constitue pas une fin en soi. Les mesures de relance auront encore leur place à court terme alors que nous travaillons à l’élaboration d’un cadre pour une croissance solide, durable et équilibrée.

La reprise économique demeure donc notre priorité, au Canada et à l’étranger. Mais nous n’avons de cesse aussi de penser à l’Arctique.

Le Nord abrite des écosystèmes fragiles et complexes, qui doivent constamment s’adapter pour survivre dans un climat parfois très rude, voire impitoyable.

Avec 40 p. 100 de son espace terrestre dans les territoires, avec 162 000 kilomètres de côtes le long de l’Arctique et occupant 25 p. 100 de toute la région de l’Arctique, le Canada est indiscutablement un pays arctique.

Toutes les mesures du Canada dans l’Arctique ont pour objectif fondamental le bien-être de nos habitants du Nord.

Par son rôle de chef de file et sa gérance au niveau international, le Canada propose une vision du Nord que nous pouvons tous partager. Cette vision est celle d’une région stable, fondée sur des règles où les frontières sont clairement définies, la croissance économique et le commerce sont dynamiques, tout comme les collectivités nordiques, et où les écosystèmes sont sains et productifs.

Les enjeux frontaliers

La souveraineté du Canada dans l’Arctique ne date pas d’hier; elle est bien établie et fondée sur des titres historiques. Elle découle en partie de la présence des Inuits et d’autres populations autochtones depuis des temps immémoriaux. La politique étrangère du Canada pour l’Arctique consiste à respecter nos obligations envers les citoyens du Nord et tous les Canadiens, aujourd’hui et pour les générations à venir.

Collectivement, nous voyons l’Arctique comme une région d’États stables, compétents et responsables qui prennent au sérieux leur gérance de l’Arctique.

Au moment où le Nord devient de plus en plus accessible aux activités commerciales, il incombe aux gouvernements de résoudre leurs différends et de voir à mettre en place des systèmes réglementaires appropriés pour assurer la sécurité et la stabilité de la région. Sans une définition claire des frontières, la durabilité et la viabilité de l’Arctique pourraient être à risque. C’est pourquoi le Canada juge prioritaire de réaliser des progrès sur les questions frontalières en instance.

L’exemple de la Norvège nous encourage. Récemment, ce pays a réglé son conflit au sujet de la frontière maritime avec la Russie dans la mer de Barents, après 40 ans de longues négociations.

Même si de tels dossiers ont été bien gérés et ne présentent aucun problème au chapitre de la sécurité, des enjeux non résolus créent de l’incertitude et alimentent les mauvaises perceptions voulant qu’il y ait un conflit. Après tout, entre bons voisins, nous devrions être en mesure de déterminer où se termine notre « cour » dans l’Arctique et où celle de l’autre commence.

Notre gouvernement a accordé une priorité élevée au travail que nous menons en vue d’obtenir une reconnaissance sur toute l’étendue du plateau continental. Nous resserrons notre collaboration avec nos partenaires pour collecter des données et échanger des renseignements afin d’accélérer ce processus.

Le Canada fera sa présentation aux Nations Unies à la date prévue en 2013, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Nous sommes aussi en pourparlers avec les États-Unis et le Danemark afin de discuter des frontières contestées dans la mer de Beaufort et au sujet de l’île Hans.

Toutefois, la souveraineté ne consiste pas seulement à résoudre les enjeux frontaliers. Le Canada exerce sa souveraineté tous les jours par une bonne gouvernance et une gérance responsable, que ce soit en matière de développement économique et social, de science et de recherche liée à l’Arctique, de protection de l’environnement, d’opérations des Forces canadiennes ou d’activités de notre Garde côtière. Nous accroissons notre capacité dans le Nord pour surveiller, protéger et patrouiller notre sol, nos eaux et notre espace aérien.

La gouvernance dans l’Arctique

Notre politique étrangère accorde une priorité élevée à la gouvernance dans l’Arctique. Le Canada rejette l’idée que l’Arctique a besoin d’une structure de gouvernance ou d’un cadre juridique fondamentalement nouveaux, comme certains l’ont suggéré. Nous reconnaissons cependant que le Nord subit des changements importants et qu’une pensée prospective sera nécessaire pour relever les nouveaux défis.

Les approches et les solutions régionales, que l’on parle de recherches conjointes, d’échanges de renseignements, de collaboration en matière de réglementation ou d’instruments juridiques exécutoires, constituent autant de voies importantes.

Le Canada considère que le Conseil de l’Arctique est le principal lieu de coopération sur les enjeux de l’Arctique, de même qu’une organisation multilatérale importante.

Que ce soit par l’entremise du Conseil, des Nations Unies ou de l’OTAN, nous nous sommes engagés à collaborer avec les autres pays. Et cet engagement demeure le fondement de notre candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période de 2011-2012.

Par l’entremise du Conseil de l’Arctique, le Canada, la Norvège, les six autres pays arctiques et les six organisations autochtones ayant qualité de participants permanents définiront le programme de coopération sur le développement durable dans l’Arctique. Je suis impatient de présenter ce programme à la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique, en mai prochain.

Pour atteindre ces objectifs collectifs, le Conseil devra subir quelques ajustements, à la fois au niveau de son fonctionnement et de ses actions. Par exemple, on doit envisager un secrétariat et un financement permanents.

En outre, le Canada demande depuis longtemps l’élaboration de critères objectifs, fondés sur des principes, pour ceux qui aspirent à devenir des observateurs au Conseil de l’Arctique.

De même, nous devons tenir compte de l’intérêt grandissant de nombreux pays, certains étant même très loin du Nord, à l’égard des possibilités que l’Arctique présente. Nous croyons que des critères objectifs, fondés sur des principes, offriraient des orientations et une structure qui seraient bénéfiques à la fois pour les membres du Conseil de l’Arctique et les candidats au statut d’observateur.

Il serait mal avisé de traiter des demandes de statut d’observateur avant d’avoir mis en place des critères équitables, applicables à tous.

Le Canada préconise depuis longtemps un rôle stratégique accru pour le Conseil.

Le développement du Nord n’est pas un tournoi de hockey auquel peuvent participer tous les pays. Contrairement à l’Antarctique, où personne ne vit en permanence et qui est assujetti à un traité international, l’Arctique est constitué de pays souverains qui doivent voir au bien-être de leurs citoyens.

Nous sommes actuellement en train de négocier l’adoption d’un instrument juridiquement exécutoire portant sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique — une première pour le Conseil de l’Arctique. Il s’agit d’un projet vraiment digne d’intérêt, et je ne doute pas que le Canada jouera un rôle actif pour faire en sorte que cet instrument sur la recherche et le sauvetage soit signé à la prochaine réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique. Ceci servira de banc d’essai et pourrait bien paver la voie à d’autres instruments du même ordre à l’avenir.

De plus, le Canada joue un rôle prépondérant dans le travail qui se fait avec les États côtiers de l’Arctique pour définir les enjeux qui découleront d’une plus grande accessibilité à des milliers de kilomètres de côtes, et aussi pour se préparer à agir vis-à-vis ceux-ci.

La réunion des États côtiers que j’ai accueillie l’an dernier a insufflé un élan à nos travaux dans ces domaines.

La sécurité maritime est un autre secteur de plus en plus important, puisqu’un nombre croissant de navires entrent dans les eaux nordiques et connaissent des difficultés.

Le Canada utilisera d’autres moyens pour assurer une gouvernance appropriée dans le Nord. Nous voulons permettre à ses habitants de façonner leur propre destinée politique et économique.

Le Canada œuvre en vue de créer l’environnement international approprié pour favoriser le développement durable de l’Arctique. Pour ce faire, il faut comprendre les possibilités et les défis du développement des ressources de l’Arctique, et établir des lignes directrices, des pratiques exemplaires et des normes pertinentes.

L’élaboration d’un code polaire obligatoire pour la navigation, la mise en œuvre de règlements rigoureux pour un forage pétrolier et gazier qui soit sûr et la prestation de services hydrographiques pour la sécurité de la navigation demeureront de grandes priorités de nos travaux à l’échelle internationale.

Mais dans tout cela, nous ne devons pas perdre de vue notre objectif principal : améliorer le bien-être de tous ceux qui vivent dans le Nord. Le Canada assume déjà un rôle dirigeant pour d’importantes initiatives du Conseil de l’Arctique et il en fera encore davantage. Nous continuerons à susciter une meilleure compréhension de l’aspect humain de l’Arctique pour améliorer la vie des habitants du Nord.

La gérance environnementale

Ceci étant dit, nous savons que la gérance et la bonne gouvernance doivent commencer chez nous. Depuis longtemps déjà, le Canada est un chef de file dans la protection de l’environnement arctique. Nous avons été le premier pays à légiférer pour protéger nos eaux arctiques.

Récemment, nous avons apporté la touche finale à de nouveaux règlements que nous avons mis en œuvre; ceux-ci obligent les navires à signaler leur présence quand ils entrent et sont en activité dans les eaux arctiques canadiennes. Cette réglementation ne vise pas à nuire à la navigation, mais à protéger les délicats écosystèmes et nos collectivités nordiques. Elle est une indication de la résolution du Canada d’exercer sa gérance des terres et des eaux canadiennes.

Et nous avons pris un engagement énergique à l’appui des sciences arctiques, sur lesquelles se fondent toute politique et toute décision judicieuses concernant l’environnement. De fait, le Canada est celui qui, individuellement, a le plus contribué à l’Année polaire internationale, amenant les partenariats en recherche circumpolaire à de nouveaux niveaux.

Autour de la table internationale, nous nous inspirons de ces fondations solides comme suit :

Premièrement, nous allons promouvoir auprès de nos voisins arctiques une approche de gestion fondée sur les écosystèmes. Le Canada est considéré comme un chef de file dans ce domaine. Partager notre expérience avec d’autres et élaborer des approches communes seront des façons importantes de promouvoir le développement durable de nos systèmes maritimes qui sont liés.

Deuxièmement, nous contribuerons aux efforts internationaux pour contrer les changements climatiques dans l’Arctique et nous les soutiendrons, y compris par l’élaboration de stratégies d’atténuation et d’adaptation pour la région. Le Canada continuera à mousser activement l’Accord de Copenhague comme base de négociation. De plus, nous chercherons à faire en sorte que toutes les enceintes pertinentes tiennent compte des défis uniques posés par l’Arctique.

Troisièmement, nous allons intensifier nos efforts à l’égard d’autres questions environnementales urgentes, telles que la biodiversité de l’Arctique et les polluants, notamment en militant pour le renforcement des normes internationales. La négociation d’un cadre international efficace pour le mercure devrait, à long terme, avoir des répercussions positives importantes pour les habitants du Nord.

Quatrièmement, nous maintiendrons notre engagement scientifique. Un des legs de l’Année polaire internationale sera l’établissement par le Canada d’une station de recherche de classe mondiale à Cambridge Bay dans le Haut-Arctique. Les possibilités qui s’ouvrent ainsi pour le Canada et la communauté mondiale des chercheurs seront énormes.

Les mesures prises à l’extérieur de l’Arctique ont des répercussions sur l’environnement nordique, tout comme les changements dans l’Arctique touchent, à leur tour, l’environnement mondial.

Nous avons tous un rôle à jouer pour protéger les habitants et l’environnement de l’Arctique. Le Canada assume ses responsabilités pour la protection de l’environnement de sa région nordique et le bien-être de tous les habitants qui y vivent.

Je verrai à encourager la communauté internationale à collaborer pour faire en sorte que la pollution et des agissements à courte vue ne compromettent pas le potentiel de l’Arctique. Et alors que nous allons de l’avant, la coopération, la diplomatie et le respect du droit international caractériseront notre approche visant à promouvoir la souveraineté du Canada dans l’Arctique et les intérêts des citoyens du Nord.

Nous ne vacillerons jamais dans notre engagement à protéger le Nord du Canada. Nous sommes toutefois impatients de collaborer avec nos partenaires arctiques pour faire progresser les priorités et relever les défis que nous partageons. Ainsi, nous comptons concrétiser notre vision de l’Arctique comme une région stable où les États arctiques sont à l’œuvre pour favoriser un développement durable et exercer une bonne gérance pour ceux qui se trouvent au cœur de notre politique étrangère arctique, les habitants du Nord.

Ces habitants constituent la clé de voûte du développement social et économique durable et de la protection de l’environnement de cette région du monde tout à fait magnifique.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-12-28