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Discours du ministre Cannon sur la politique étrangère du Canada pour l’Arctique à l’Académie diplomatique du ministère des Affaires étrangères de la Russie

No 2010/70 - Moscou, Russie - Le 15 septembre 2010

Sous réserve de modifications

Merci de cette aimable présentation. Il s’agit de ma première visite dans votre pays.

Je souhaite tout d’abord transmettre mes plus sincères condoléances aux familles des personnes qui ont été tuées la semaine dernière à Vladikavkaz lors d’un acte terroriste des plus lâches. Le Canada s’unit à la Russie dans notre lutte continue contre le terrorisme à l’échelle internationale.

En tant que pays nordiques et partenaires du G-8, le Canada et la Russie ont beaucoup de points communs, et nous entretenons depuis longtemps des relations diversifiées et fructueuses.

La Russie est un acteur d’importance sur la scène internationale à l’égard d’enjeux dont le Canada se préoccupe, notamment la lutte contre le terrorisme, la prolifération nucléaire, l’Afghanistan, le Moyen-Orient et, bien sûr, l’Arctique.

Les relations commerciales canado-russes offrent des perspectives remarquables.

En 2009, le commerce bilatéral entre nos deux pays a atteint 2,5 milliards de dollars, alors qu’il se chiffrait à 1,8 milliard de dollars en 2004; durant cette période, les exportations ont plus que doublé.

Le Canada et la Russie sont également de grandes puissances dans l’Arctique : ensemble, les deux pays couvrent plus des trois quarts du littoral de l’océan Arctique.

Toutefois, comme l’a mentionné le premier ministre [Stephen] Harper, notre souveraineté dans l’Arctique et nos frontières ne sont pas négociables. La souveraineté est la priorité absolue de la politique étrangère du Canada pour l’Arctique.

L’Arctique est un élément fondamental de l’identité nationale du Canada, enraciné dans son histoire, sa culture et son âme.

L’Arctique a toujours fait partie de nous. Il en fait partie aujourd’hui et il en sera toujours ainsi.

Mais nous avons aussi des voisins dans l’Arctique, comme nous en avons aussi le long de nos autres frontières.

Et il est tout à fait normal pour des voisins — car nous sommes des voisins dans le Nord — de discuter de tout problème qui peut survenir entre eux.

Nous avons travaillé ensemble dans plusieurs dossiers tels que les voies de transport dans l’Arctique, les questions touchant les peuples autochtones, la protection de l’environnement et bien d’autres secteurs.

Et bien sûr, nous comptons une collaboration scientifique de longue date dans l’Arctique.

Au cours de ma visite dans votre pays, je discuterai d’un large éventail de questions bilatérales et multilatérales avec mon collègue et ministre des Affaires étrangères, M. Sergei Lavrov.

Mais aujourd’hui, j’aimerais vous parler plus précisément du point de vue du gouvernement du Canada sur l’évolution des choses dans l’Arctique et de notre politique étrangère pour l’Arctique qui a été rendue publique il y a peu.

Cette politique s’inscrit en parallèle de la Stratégie pour le Nord du Canada, laquelle repose sur quatre piliers :

  • exercer notre souveraineté;
  • promouvoir le développement économique et social;
  • protéger notre patrimoine environnemental;
  • améliorer et décentraliser la gouvernance.

Notre politique étrangère pour l’Arctique est la fenêtre internationale de notre Stratégie pour le Nord.

Nous devons toujours promouvoir des politiques à l’international qui soient dans l’intérêt du pays. La récente crise économique mondiale nous a rappelé ce fait important d’une façon que nous n’avions pas vue depuis des décennies.

En cette période économique difficile, le bien-être du pays est lié à la stabilité politique et au dynamisme commercial dans le reste du monde.

Sous la direction du premier ministre Harper, le Canada a résisté aux tempêtes économiques de la dernière année mieux que la plupart des pays.

Nous avons un système financier sain et un secteur privé qui a du ressort.

Nous avons la chance de voir poindre les signes d'une reprise soutenue, mais il y a de nombreux défis à relever, et notre gouvernement restera vigilant et maintiendra son attention sur la tâche à accomplir, soit améliorer notre économie tout en créant de l’espoir et des possibilités pour les Canadiens.

En juin dernier, à Muskoka, nous avons recentré les pays du G-8 sur ses points forts : le développement, la paix et, bien sûr, les défis concernant la sécurité mondiale.

Au Sommet du G‑20 à Toronto, l’ensemble des dirigeants a reconnu que l’assainissement des finances publiques ne constituait pas une fin en soi.

Les mesures de relance auront encore leur place à court terme alors que nous travaillons à l’élaboration d’un cadre pour une croissance solide, durable et équilibrée.

La reprise économique demeure donc notre priorité, au Canada et à l’étranger.

Mais nous n’avons de cesse aussi de penser à l’Arctique. Le Nord abrite des écosystèmes fragiles et complexes, qui doivent constamment s’adapter pour survivre dans un climat parfois très rude, voire impitoyable.

Il recèle d’abondantes ressources naturelles et l’activité économique est en plein essor. Mais d’abord et avant tout, c’est le lieu où vivent, travaillent et prospèrent plus de 125 000 Canadiens au sein de collectivités débordantes d’activités, mais qui sont éloignées.

Toutes les mesures du Canada dans l’Arctique ont pour objectif fondamental le bien-être de nos habitants du Nord.

La souveraineté du Canada y est bien établie depuis longtemps et repose sur des faits historiques. Elle se fonde notamment sur la présence des Inuits et d’autres peuples autochtones depuis des temps immémoriaux.

La politique étrangère du Canada pour l’Arctique consiste à respecter nos obligations envers les citoyens du Nord et tous les Canadiens, aujourd’hui et pour les générations à venir.

Collectivement, nous voyons l’Arctique comme une région d’États stables, compétents et responsables qui prennent au sérieux leur gérance de l’Arctique.

Au moment où le Nord devient de plus en plus accessible aux activités commerciales, il incombe aux gouvernements d’aplanir leurs divergences et de voir à mettre en place des systèmes réglementaires appropriés destinés à procurer certitude et stabilité à la région. Sans une définition claire des frontières, sa viabilité et sa durabilité pourraient être compromises.

C’est pourquoi le Canada juge prioritaire de réaliser des progrès sur les questions frontalières en instance.

Nous trouvons encourageant de constater que récemment la Russie a réglé un litige avec la Norvège au sujet de la frontière maritime dans la mer de Barents, et ce, après 40 ans de longues négociations.

Notre gouvernement a accordé une priorité élevée au travail que nous menons en vue d’obtenir une reconnaissance sur toute l’étendue du plateau continental. Nous resserrons notre collaboration avec nos partenaires pour collecter des données et échanger des renseignements afin d’accélérer ce processus.

Le Canada fera sa présentation aux Nations Unies à la date prévue en 2013, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Nous sommes aussi en pourparlers avec les États-Unis et le Danemark afin de discuter des frontières contestées qui demeurent dans la mer de Beaufort et autour de l’île Hans.

Mais la souveraineté ne peut se résumer au règlement des enjeux frontaliers.

Le Canada exerce sa souveraineté tous les jours par une bonne gouvernance et une gérance responsable, que ce soit en matière de développement économique et social, de science et de recherche liée à l’Arctique, de protection de l’environnement, d’opérations des Forces canadiennes ou d’activités de sa Garde côtière.

Nous accroissons notre capacité dans le Nord pour surveiller, protéger et patrouiller nos espaces terrestres, maritimes et aériens. Le Canada intensifie sa présence dans le Nord.

Que ce soit l’achat de nouveaux navires de patrouille modernisés ou l’expansion d’établissements de formation militaire, sans oublier les exercices militaires et les opérations de surveillance en cours, notre engagement à l’égard de l’exercice de notre souveraineté demeure le pilier le plus important de notre politique étrangère pour l’Arctique.

En outre, nos investissements dans le projet RADARSAT nous permettent de défendre notre souveraineté dans l’Arctique ainsi que de protéger l’environnement arctique et nos ressources dans le Nord.

La gouvernance de l’Arctique représente une grande priorité de la politique étrangère du Canada.

Le Canada rejette l’idée que l’Arctique a besoin d’une structure de gouvernance ou d’un cadre juridique fondamentalement nouveaux, comme certains l’ont suggéré.

Par contre, nous reconnaissons que le Nord subit des changements importants et qu’une pensée prospective sera nécessaire pour relever les nouveaux défis.

Les approches et les solutions régionales, que l’on parle de recherches conjointes, d’échanges de renseignements, de collaboration en matière de réglementation ou d’instruments juridiques exécutoires, constituent autant de voies importantes.

Dans certains cas, des actions multilatérales s’imposent. Mais de façon générale, il revient aux États arctiques de décider des mesures à prendre et du moment où il faut les prendre.

Le Canada considère que le Conseil de l’Arctique est le principal lieu de coopération sur les enjeux de l’Arctique, de même qu’une organisation multilatérale importante.

Que ce soit par l’entremise du Conseil, des Nations Unies ou de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, nous nous sommes engagés à collaborer avec les autres pays. Et cet engagement demeure le fondement de notre candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies pour la période de 2011-2012.

Par l’intermédiaire du Conseil de l’Arctique, le Canada, la Russie, les six autres pays arctiques et les six organisations autochtones ayant qualité de participants permanents définiront le programme de coopération sur le développement durable dans l’Arctique. Et je me réjouis à l’idée de présenter ce programme à la réunion ministérielle du Conseil de l’Arctique qui se tiendra à Nuuk [au Groenland], en mai prochain.

Pour réaliser ces objectifs collectifs, il faudra apporter certains changements au Conseil, notamment en ce qui a trait à son fonctionnement et à ses actions.

Par exemple, il faut envisager l’idée d’un secrétariat et d’un financement permanents.

En outre, le Canada demande depuis longtemps l’élaboration de critères objectifs, fondés sur des principes, pour ceux qui aspirent à devenir des observateurs au Conseil de l’Arctique.

L’approche employée actuellement au regard du dossier des observateurs doit être mise à jour.

De même, nous devons tenir compte de l’intérêt grandissant de nombreux pays, certains situés très loin du Nord, à l’égard des possibilités que présente l’Arctique.

Nous croyons que des critères objectifs, fondés sur des principes, offriraient des orientations et une structure dont pourraient profiter les membres du Conseil de l’Arctique et les candidats au statut d’observateur.

Il serait mal avisé de traiter des demandes de statut d’observateur avant d’avoir mis en place des critères équitables et universels.

Le développement du Nord n’est pas un tournoi de hockey auquel peuvent participer tous les pays. Contrairement au continent de l’Antarctique, où personne ne vit en permanence et qui est assujetti à un traité international, l’Arctique est composé de pays souverains qui doivent voir au bien-être de leurs citoyens.

Pour faire progresser ce dossier, je serai heureux de collaborer avec mes collègues du Conseil de l’Arctique.

D’autre part, le Canada préconise depuis longtemps un rôle stratégique accru pour le Conseil.

Nous sommes actuellement en train de négocier l’adoption d’un instrument juridiquement exécutoire portant sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique — une première pour le Conseil de l’Arctique. Il s’agit d’un projet vraiment digne d’intérêt, et je ne doute pas que le Canada jouera un rôle actif pour faire en sorte que cet instrument fasse l’objet d’une entente signée à la prochaine réunion du Conseil de l’Arctique.

Cela servira de banc d’essai et pourrait bien paver la voie à d’autres instruments du même ordre à l’avenir.

De plus, le Canada joue un rôle prépondérant dans le travail qu’il réalise avec les États côtiers de l’Arctique pour définir les enjeux qui découleront d’une plus grande accessibilité à des milliers de kilomètres de côtes, et aussi pour se préparer à agir vis-à-vis ceux-ci.

Par exemple, la sécurité publique comporte de nombreuses dimensions nouvelles dans un territoire plus accessible, mais au climat très rude.

La réunion des États côtiers dont j’ai été l’hôte l’an dernier a insufflé un élan à nos travaux dans ces domaines.

La sécurité maritime est un secteur qui prend de plus en plus d’importance, puisqu’un nombre croissant de navires entrent dans les eaux nordiques et connaissent des difficultés.

Le Canada œuvre en vue de créer l’environnement international approprié pour favoriser le développement durable de l’Arctique.

Pour cela, il est nécessaire de comprendre les possibilités et les défis de la mise en valeur des ressources de l’Arctique, et d’établir des lignes directrices, des pratiques exemplaires et des normes adaptées.

Concevoir un code obligatoire pour la navigation polaire, mettre en œuvre une réglementation rigoureuse pour un forage pétrolier et gazier qui soit sûr et efficient, et fournir des services hydrographiques pour assurer la sécurité de la navigation, voilà autant d’éléments qui demeureront de grandes priorités de nos travaux à l’échelle internationale.

Déjà, le Canada exerce un rôle prépondérant dans des initiatives majeures du Conseil de l’Arctique, et il fera encore davantage.

Depuis longtemps, le Canada est à l’avant-garde des efforts visant à protéger l’environnement arctique. Il a été le premier pays à légiférer pour protéger ses eaux arctiques.

Récemment, il a apporté la touche finale à de nouveaux règlements et les a mis en œuvre; en vertu de ceux-ci, les navires qui entrent dans les eaux arctiques canadiennes et qui y exercent des activités doivent en informer les autorités.

Cette réglementation ne vise pas à nuire à la navigation, mais bien à protéger des écosystèmes fragiles et nos collectivités du Nord. Elle témoigne encore de la volonté du Canada d’exercer la gérance de ses espaces terrestres et maritimes.

Et nous avons pris un engagement énergique à l’appui des sciences arctiques, sur lesquelles se fondent toute politique et toute décision judicieuses concernant l’environnement.

De fait, le Canada est celui qui, individuellement, a le plus contribué à l’Année polaire internationale, amenant les partenariats en recherche circumpolaire à de nouveaux niveaux.

Le partage de nos connaissances spécialisées et la conception d’approches communes contribueront énormément à la promotion du développement durable de nos systèmes marins qui sont liés.

Nous participerons aux efforts déployés à l’échelle internationale pour faire face aux changements climatiques dans l’Arctique et nous les appuierons, y compris les stratégies d’atténuation et d’adaptation pour la région.

Nous chercherons à nous assurer que les défis uniques à relever dans l’Arctique soient pris en compte dans toutes les enceintes concernées.

Nous accentuerons nos efforts sur d’autres questions environnementales urgentes, comme la biodiversité arctique et les contaminants, notamment par la promotion et le renforcement des normes internationales.

Nous poursuivrons notre engagement sur le plan scientifique.

Le legs du Canada pour l’Année polaire internationale sera l’établissement d’une station de recherche de classe mondiale à Cambridge Bay dans le Haut-Arctique.

Les possibilités que cela apportera au Canada et à la communauté scientifique mondiale seront énormes. Notre engagement à l’égard de la protection du Nord du Canada est inébranlable.

Si les activités menées à l’extérieur de l’Arctique ont des répercussions sur l’environnement nordique, les transformations qui se produisent dans l’Arctique influent à leur tour sur l’environnement mondial.

Nous avons tous un rôle à jouer dans la protection des habitants et de l’environnement de l’Arctique.

Nous nous réjouissons à l’idée de travailler avec nos partenaires de l’Arctique afin de faire progresser les priorités et de relever les défis que nous partageons, et ainsi concrétiser notre vision de l’Arctique comme une région stable, où les États arctiques sont à l’œuvre pour favoriser un développement durable et exercer une gérance éclairée au profit de ceux qui sont au cœur de notre politique étrangère pour l’Arctique : les habitants du Nord.

J’apprécie grandement votre intérêt envers les questions relatives à l’Arctique, une région qui prend de plus en plus d’importance pour nos deux pays.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-12-28