No 2010/11 - Toronto (Ontario) - Le 22 mars 2010
Sous réserve de modifications
Dans quelques jours, les 29 et 30 mars, j’accueillerai les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Union européenne à Gatineau, au Québec.
Pour les Canadiens, qu’ils soient chez eux ou à l’étranger, la sécurité internationale demeure une question importante.
Et c’est important aussi pour l’économie canadienne.
Nous vivons sur un continent immense et merveilleux, avec le pays le plus puissant de la terre comme voisin au Sud et des océans sur trois côtes comme « tampons » avec le reste du monde. Avec un environnement pareil, il est facile de se sentir bien – voire même un peu indifférent – et en sécurité.
Mais de nos jours, nos intérêts sont inextricablement liés à ceux d’autres pays partout dans le monde. C’est John Donne [poète britannique du 17e siècle] qui écrivait : « Aucun homme n’est une île ». En notre ère de mondialisation, il en va de même des États. Les attentats du 11 septembre en témoignent, tout comme la crise financière que nous venons de vivre.
Comme vous le savez, au mois de juin, le Canada sera l’hôte du Sommet du G20 à Toronto. Le G20 est le principal forum pour la coopération économique internationale, et il a déjà joué un rôle déterminant quand est venu le temps d’affronter la plus grave crise financière et économique à laquelle le monde a dû faire face depuis la grande dépression.
Toutefois, le G20 sera jugé non seulement pour la façon dont il aura permis de franchir la crise, mais aussi pour sa capacité d’aider à mener le monde vers la reprise et la période qui suivra, et de réaliser une croissance à long terme qui sera équilibrée et durable. À Toronto, sur notre thème « Reprise et Renaissance », le Canada s’efforcera de faire en sorte que le G20 maintienne ses engagements et continue de progresser au chapitre des politiques portant entre autres sur :
Les politiques que notre gouvernement mettra de l’avant s’appuieront sur les valeurs canadiennes. Mais elles seront également le reflet de notre interdépendance mondiale et de la nécessité d’œuvrer ensemble pour assurer la prospérité et la sécurité à l’échelle mondiale.
Or, le bien-être économique du Canada – et cela signifie des emplois – repose en grande partie sur notre capacité d’exporter des biens et des services.
La majorité de nos exportations vont aux États-Unis. Mais de plus en plus, nous augmentons notre accès aux marchés un peu partout dans le monde.
Depuis son entrée en fonction, notre gouvernement :
En outre, dans notre Budget fédéral de 2010, nous avons éliminé tous les droits de douane qui restaient sur les intrants manufacturiers et sur les machines et le matériel. Le Canada deviendra ainsi une zone libre de droits de douane pour l’industrie manufacturière.
Mais on ne peut faire du commerce que dans un environnement sûr.
L’attentat raté du 25 décembre contre un avion américain à Detroit nous a brutalement rappelé que le terrorisme provenant d’un pays lointain, en l’occurrence le Yémen, est toujours une menace bien réelle ici, chez nous.
Bien que la mondialisation ait de nombreux avantages, elle signifie aussi que le Canada ne peut plus compter sur sa géographie pour le protéger.
Notre sécurité et notre économie reposent toutes deux sur notre capacité de répondre aux menaces découlant des conflits, du terrorisme, de la prolifération nucléaire, du crime organisé et du trafic illégal des personnes et des stupéfiants.
Notre but est de contrer ces menaces avant qu’elles atteignent notre territoire, mais aussi de faire en sorte que le monde soit un lieu sûr où les Canadiens peuvent voyager, vivre et faire des affaires.
C’est pourquoi j’aborderai trois grands enjeux avec mes collègues à l’occasion de notre rencontre à Gatineau :
L’Iran continue à prendre des mesures qui pourraient lui permettre de construire une arme nucléaire. Cela constitue une grave menace pour la région et pour le monde.
La Corée du Nord continue à élaborer son programme de développement nucléaire et de missiles. Elle a mis fin aux pourparlers à six qui visaient à trouver une manière d’éliminer les armes nucléaires sur la péninsule coréenne.
Les gestes de provocation continus de la Corée du Nord menacent sérieusement la paix et la sécurité, dans la région et dans le monde.
Ces deux États contreviennent à leurs obligations internationales.
Ils sont une menace pour le monde et pour leurs propres citoyens qu’ils privent de leurs droits fondamentaux au moyen de l’intimidation et de la violence.
Ces régimes rejettent l’application normale de la loi et l’accès à des procédures équitables et publiques. Ils ont recours à la torture, ainsi qu’à des sentences et à des châtiments cruels, inhumains et dégradants, et ils persécutent leurs citoyens en fonction de leurs convictions politiques ou religieuses.
Leurs gestes irresponsables minent encore davantage la confiance du monde face à leurs intentions.
Nous soutenons l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. Mais ce droit s’accompagne d’une exigence de transparence et du devoir de permettre à la communauté internationale de vérifier que les programmes nucléaires servent à des fins strictement pacifiques.
Nous nous soumettons nous-mêmes à ces exigences, comme le font la plupart des autres pays. L’Iran devrait faire de même.
Notre gouvernement est donc prêt à faire davantage pression sur l’Iran pour qu’il cesse ses activités d’enrichissement nucléaire.
Depuis des décennies maintenant, nous disposons d’une entente internationale, le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires [TNP]. Celui-ci stipule que les États ne chercheront pas à acquérir des armes nucléaires si ceux qui en ont acceptent de s’en départir, et qu’ils soutiendront les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire.
Depuis la fin de la guerre froide, les arsenaux nucléaires du monde ont diminué de plus de 80 p. 100. Les Russes et les Américains négocient pour réduire les leurs encore davantage.
Mais la grande entente que constitue le TNP subit maintenant la pression de pays comme l’Iran et la Corée du Nord, et aussi d’autres pays qui aspirent possiblement à utiliser le nucléaire.
Elle subit aussi la pression de pays qui sentent qu’ils n’ont pas accès à l’énergie nucléaire à des fins pacifiques, comme ils estiment en avoir le droit.
Nous devons aux générations futures de maintenir le cap vers un monde sans arme nucléaire.
Ma deuxième priorité, à Gatineau, sera la sécurité en Afghanistan et au Pakistan.
Le Canada et ses partenaires du G8 ont tous investi beaucoup pour aider l’Afghanistan à devenir un pays pacifique et stable qui, jamais plus, ne sera un refuge pour les terroristes.
À la Conférence de Londres sur l’Afghanistan, le 28 janvier, le président [Hamid] Karzaï a pris les engagements nécessaires pour que le gouvernement de l’Afghanistan lutte contre la corruption et assume de plus en plus la responsabilité de sa sécurité, des services de base et d’une gouvernance démocratique partout en Afghanistan.
Il est essentiel qu’il tienne ses promesses.
Certains progrès ont été accomplis, par exemple l’annonce du président selon laquelle un conseil tribal – une jirga sur la paix – aura lieu en avril. Mais le gouvernement afghan a beaucoup de pain sur la planche au cours des prochains mois.
Par exemple, à Londres, il s’est engagé à entreprendre d’importantes réformes fondées sur les enseignements tirés des élections de 2009, et ce, avant les élections parlementaires prévues pour septembre 2010.
Je suis très inquiet du fait que les réformes pourraient être compromises si elles ne sont pas réalisées avec transparence et si l’indépendance des principales institutions électorales, comme la Commission des plaintes électorales, n’est pas sauvegardée.
Nous allons discuter également du Pakistan. Celui-ci agit actuellement pour éliminer les extrémistes violents, en plus d’avoir à relever ses propres défis sur le plan politique, économique et social.
Nous examinerons la façon dont nous pouvons continuer à aider le Pakistan à y parvenir.
Nous nous entretiendrons également sur les perspectives de progrès dans la région frontalière de l’Afghanistan et du Pakistan.
Depuis trois ans, le Canada facilite un processus visant à amener les autorités frontalières afghanes et pakistanaises à discuter d’étapes concrètes susceptibles de conduire à des solutions dans la région.
Nous voulons miser sur ces efforts. Aussi, de concert avec nos partenaires du G8, nous sommes à examiner les moyens qui nous permettraient de contribuer à accroître les échanges commerciaux entre les deux pays.
Comme je l’ai dit au début, la stabilité et la sécurité internationales sont menacées par les conflits, le terrorisme, la criminalité et le trafic de stupéfiants et de personnes.
Ces enjeux ont une portée internationale.
Ils influencent la façon dont le gouvernement du Canada s’organise pour aider les Canadiens à l’étranger. Un nombre croissant de ressortissants canadiens ont besoin d’assistance consulaire.
Au cours des cinq dernières années, la demande de services consulaires s’est accrue de 32 p. 100.
En 2007, les Canadiens ont effectué près de 50 millions de visites à l’étranger et 2,5 millions de citoyens ont résidé à l’extérieur de notre pays.
En 2008, les Services consulaires ont exécuté plus de 1,3 million d’actes consulaires dans quelque 150 pays.
Par ailleurs, la hausse de l’insécurité dans les Amériques, souvent associée à la criminalité transnationale et au trafic de stupéfiants, a des conséquences directes au Canada, dans les pays du G8 et ailleurs.
Les réseaux de trafic de stupéfiants latino-américains s’étendent à de nouveaux territoires.
L’Afrique de l’Ouest sert de plus en plus de zone de transit pour les drogues illicites destinées à l’Europe.
Or, de nombreux pays ne sont simplement pas en mesure de faire face aux problèmes de sécurité auxquels ils sont confrontés.
Ils ne disposent pas des institutions – par exemple la police, les tribunaux, les services correctionnels et les contrôles frontaliers – qui sont indispensables pour assurer la sécurité et le respect des droits de la personne.
Le défi des pays du G8 ne se situe pas au niveau de l’aide financière destinée à ces pays, mais bien au niveau de la coordination de leurs efforts.
Tous nos partenaires du G8 ont mis sur pied différents programmes visant à renforcer les institutions de nombreux pays sur le plan de la sécurité.
Ces initiatives vont des opérations de maintien de la paix à des programmes de lutte contre le terrorisme, la criminalité ou la piraterie.
Malheureusement, ces programmes sont souvent élaborés de manière isolée. Ils n’ont pas nécessairement de liens entre eux, même s’ils visent tous à renforcer le même groupe d’institutions.
Le Canada possède une vaste expérience dans ce domaine.
Au Kosovo, les experts canadiens ont été parmi les premiers à entreprendre la mise sur pied d’un service correctionnel après le conflit.
En Haïti, la police canadienne est présente depuis des décennies pour aider à former et à conseiller la police locale.
En Afrique, nous avons soutenu activement le programme de paix et de sécurité de l’Union africaine, et nous avons participé à la constitution d’un réseau de centres offrant, à la fois en français et en anglais, des programmes de formation en maintien de la paix aux soldats et aux policiers.
De plus, notre soutien a permis à des forces policières en Ouganda, au Sénégal et au Burkina Faso d’avoir toutes les ressources nécessaires. Elles forment des contingents africains disposant de meilleures capacités qui ont ainsi pu se joindre aux efforts de la mission de maintien de la paix au Darfour, laquelle ne cesse de gagner en efficacité.
Nous disposons de programmes de lutte contre le terrorisme et la criminalité destinés à aider les pays vulnérables à combattre ces menaces insidieuses et envahissantes.
À partir de l’expérience du Canada avec nos partenaires du G8, je veux examiner les moyens pour que nous puissions tous mieux harmoniser les différents éléments qu’il faudra mettre en place pour créer des systèmes de sécurité plus efficaces dans les pays vulnérables.
Je veux discuter de la façon dont nous pouvons aider certains pays – comme le Yémen, les pays du Sahel, l’Afghanistan, Haïti ou d’autres pays des Amériques – à mettre en place les institutions dont ils ont besoin pour prévenir les conflits et lutter contre le terrorisme, la prolifération nucléaire, la criminalité et le trafic illicite.
Nous devons non seulement articuler correctement ces programmes, mais également mieux coordonner nos efforts en vue d’en optimiser les effets. Il faut aussi nous assurer que nous disposons d’un nombre suffisant d’experts civils formés adéquatement pour mettre en œuvre nos programmes à l’étranger.
La coordination sera un élément fondamental pour assurer la cohérence des efforts de reconstruction en Haïti, en vue d’aider ce pays à rebâtir son infrastructure et à redonner courage à sa population après le séisme du mois de janvier.
Il s’agit là d’un principe fondamental que nous avons énoncé lors de la réunion de Montréal en janvier et que nous devrons respecter à la conférence internationale sur Haïti qui aura lieu à New York le 31 mars, le lendemain de la réunion du G8 à Gatineau.
La réunion de Gatineau fournira une excellente occasion de consulter nos partenaires du G8 avant la réunion de New York. Nous désirons veiller à ce que nos contributions soient efficaces et ciblées, en accord avec les priorités du gouvernement d’Haïti.
La réunion de Gatineau permettra de mener des discussions franches sur l’ensemble de ces défis et de faire un réel pas en avant.
Il s’agit également d’une étape importante dans le processus menant au sommet du G8 de Muskoka qui aura lieu en juin, tout comme la réunion des ministres du développement que la ministre [de la Coopération internationale, Beverley J.] Oda accueillera en avril à Halifax.
Nous contribuerons tous les deux à l’élaboration d’un ordre du jour solide pour Muskoka. Celui-ci devra traiter des grandes questions se rapportant au développement, à la paix et à la sécurité.
J’accueillerai à Chelsea, au Québec, le 29 mars prochain, les ministres des Affaires étrangères des États côtiers de l’Arctique, tout juste avant la rencontre des ministres des Affaires étrangères du G8. La sécurité publique, y compris les activités de recherche et de sauvetage, constituent un aspect important en matière de sécurité, et un enjeu croissant dans la région de l’océan Arctique. J’ai donc hâte d’avoir un échange de points de vue à ce sujet à la rencontre de Chelsea.
Ce gouvernement est déterminé à réaliser tout le potentiel du Nord pour qu’il devienne une région où règnent la santé, la prospérité et la sécurité dans un Canada fort et souverain. Nous avons une responsabilité à l’égard de l’avenir de la région et nous la prenons au sérieux.
Au cours de la réunion du G8 à Gatineau, de la réunion ministérielle sur l’Arctique et de la réunion de New York sur Haïti, ma première préoccupation, en tant que ministre canadien des Affaires étrangères, sera d’œuvrer à l’édification d’un monde plus sûr et plus prospère, et par le fait même d’un Canada plus sûr et plus prospère.
Je vous remercie.