No 2010/27 - Gatineau (Québec) - Le 4 mai 2010
Sous réserve de modifications
Bienvenue à Gatineau, dans la belle région de l’Outaouais.
En cette année internationale du Canada, au cours de laquelle nous accueillerons les Sommets du G8 et G20, Gatineau a aussi été la capitale de la diplomatie internationale, lorsque j’ai rencontré ici mes collègues du G8, il y a un peu plus d’un mois, pour discuter de trois sujets importants :
Nous avons également annoncé à Gatineau, en mars dernier, que nous allions tenir la conférence d’aujourd’hui pour mettre en œuvre l’initiative sur les vulnérabilités en matière de sécurité, qui a suscité un vif intérêt chez les partenaires du G8.
Nous savons tous que plusieurs États sont incapables de faire face aux nombreuses menaces à leur sécurité.
Ils n’ont pas les institutions efficaces nécessaires pour appuyer la primauté du droit et la démocratie – la base d’une société stable et pacifique.
Nous devons aider ces États à renforcer toute la gamme des institutions requises pour assurer leur stabilité.
C’est une tâche énorme et compliquée.
Mais nous pouvons nous réjouir du fait que nous réalisons des progrès réels et mesurables pour ce qui est d’assurer la sécurité des collectivités et de contenir et d’éliminer les formes d’insécurité répandues.
Nos gouvernements ont tous investi pour aider à renforcer la capacité des États à gérer les conflits ou à s’en remettre, ou d’aider les États à mieux lutter contre le terrorisme ou le crime organisé international.
Le Canada aide depuis longtemps d’autres pays à établir des institutions de sécurité.
Au Kosovo, par exemple, des experts canadiens ont été parmi les premiers à entreprendre l’établissement d’un service correctionnel après le conflit.
En Haïti, des policiers du Canada aident depuis des décennies à former et à encadrer les membres des services de police locaux.
En Afrique, nous avons contribué à établir un réseau de centres qui offrent une formation en maintien de la paix aux soldats et aux policiers.
Nous avons aussi des programmes de lutte contre le terrorisme et la criminalité de portée mondiale, et des équipes de spécialistes qui mettent en œuvre concrètement nos politiques.
Notre objectif est de faire mieux, d’être plus efficace et mieux coordonné.
Comme vous le savez, en ce qui concerne la sécurité, ainsi que l’aide au développement, nos efforts de renforcement des capacités doivent commencer par la reconnaissance et l’analyse appropriée des contextes nationaux.
Nous devons éviter d’imposer une expertise internationale sur un environnement complexe, sans des exigences claires de la part de ces pays qui sont vulnérables sur le plan de la sécurité.
Notre but doit être de nous attaquer aux menaces à la sécurité en aidant à créer des institutions qui soient efficaces, abordables et responsables et qui puissent remplir leurs fonctions légitimes conformément aux lois nationales et aux normes internationales.
Nous ne devons pas chercher ainsi à recréer à l’étranger nos propres institutions de sécurité, mais à appuyer la création d’institutions qui semblent logiques dans le contexte local.
Les pays du G8 peuvent déterminer qu’un partenaire doit posséder une certaine capacité pour obtenir des résultats sur le plan de la sécurité qui, selon notre analyse, sont nécessaires.
Mais nos partenaires ne voudront pas toujours investir dans les capacités que nous considérons comme prioritaires.
La capacité en matière de sécurité doit s’appuyer sur un engagement politique soutenu de toutes les parties en faveur d’approches communes.
De plus, il est primordial que nous évitions de causer du tort indirectement aux pays ou aux institutions que nous voulons appuyer.
Une présence internationale trop importante dans un secteur donné, par exemple, peut affaiblir sans que nous le voulions la capacité ou la légitimité des intervenants locaux que nous essayons d’aider.
Dans notre volonté de bien faire et d’agir rapidement, nous courons le danger de faire double emploi ou de causer des frictions entre les programmes de différents pays ou dans différentes disciplines.
Inversement, des programmes ciblés et axés sur les priorités peuvent aussi créer des poches d’exclusions géographiques ou fonctionnelles qui ne contribuent pas à la stabilité et à la sécurité régionales.
Nous pouvons à juste titre avoir des exigences envers nos partenaires, mais nous devons aussi fixer des délais raisonnables et tenir compte de l’effet cumulatif de l’ensemble de nos efforts.
À titre de pays du G8, nous tenons à nos principes et nous avons confiance dans notre analyse. Mais cela ne signifie pas que nous sommes parfaits ou que nous avons toutes les réponses.
Le succès de nos programmes constituera en partie une mesure de la confiance mutuelle que nous établirons avec nos partenaires. Et la confiance exige une ouverture aux idées nouvelles ou inhabituelles.
De plus, nous n’oublions pas que toute réforme peut, de par sa nature même, être un processus générateur de conflits, où il y a des gagnants et des perdants.
La transparence, la modernité, le professionnalisme ou la responsabilité n’obtiennent pas l’adhésion de tous dans les pays partenaires, mais ce sont des caractéristiques que nous devons renforcer.
Par exemple, les activités nucléaires intensives de longue date dissimulées par l'Iran et ses efforts visant à acquérir le cycle complet du combustible nucléaire sans fournir de motif valable ont suscité de vives inquiétudes au sein de la communauté internationale et laissent croire qu’elle cherche à développer des capacités de mise au point d’armes nucléaires, lesquelles sont tout à fait contraires à ses obligations en vertu du TNP [Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires].
C’est pourquoi le Canada a boycotté l’intervention de l’Iran à la Conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires qui s’est déroulé hier à New York.
Le Canada demeure un fervent défenseur du droit d’utiliser de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques; cependant, ce droit est explicitement lié au besoin de se conformer aux obligations en matière de garanties.
Les garanties de l’AIEA [Agence internationale de l’énergie atomique] sont un élément fondamental du régime de non-prolifération nucléaire, et le Canada est d’avis qu’un accord de garanties généralisées, ainsi qu’un protocole additionnel, représente la nouvelle norme de vérification en vertu de l’article III.1 du traité de non-prolifération nucléaire.
En fait, les pays qui ne respectent pas leurs obligations devraient être sanctionnés.
C’est le cas de l’Iran.
La cessation complète et immédiate de ses activités d'enrichissement d’uranium et d’autres activités délicates susceptibles de favoriser la prolifération, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et aux obligations qu’impose l'AIEA, serait le seul indicateur objectif apte à démontrer la nature pacifique du programme nucléaire iranien.
Hier, à New York, l’Iran n’a démontré aucune intention de respecter ses obligations, et a plutôt prononcé une déclaration agressive et provocante.
Je vous encourage tous à envisager de nouvelles possibilités de coordination, de coopération et de mesure des résultats des efforts que nous déployons pour nous attaquer aux vulnérabilités en matière de sécurité. Nos pays ne méritent pas moins qu’un apprentissage continu et l’amélioration de ces outils importants de la politique étrangère afin d’assurer notre sécurité globale.
Nous travaillons ensemble aujourd’hui pour atteindre un objectif collectif important : perfectionner les outils que nos pays ont conçus et les utiliser pour le bien de tous les pays. Comme l’a déclaré le premier ministre Stephen Harper dans son discours au Forum économique mondial en janvier 2010 :
« Il revient aux […] pays les plus développés d’aider ceux qui sont les plus vulnérables. »
Nous le faisons non seulement parce que nous le pouvons, mais aussi parce que nous le devons.
Ainsi, en tant que ministre des Affaires étrangères du Canada, j’espère de tout cœur que cette conférence, qui se tient ici à Gatineau en cette année internationale du Canada, nous permettra de faire un pas de plus sur le chemin périlleux mais essentiel qui nous mène vers un monde plus sûr.
Je vous remercie.