No2010/34 - Washington D.C., États-Unis d’Amérique - Le 12 mai 2010
Sous réserve de modifications
C’est toujours avec plaisir que je reviens à Washington, la moins étrangère des capitales étrangères pour un ministre canadien des Affaires étrangères.
C’est l’« année internationale » du Canada, puisque nous sommes l’hôte de plusieurs manifestations internationales importantes comme les récents Jeux olympiques et paralympiques d’hiver et les prochains sommets du G8 et du G20.
Le Canada prépare activement les sommets du G8 et du G20. À l’heure où le monde doit se remettre de l’une des pires crises économiques depuis la grande dépression, nous pouvons faire valoir la solide performance de notre économie, la rationalité de nos mesures monétaires et financières et la vigueur confirmée de nos institutions financières.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2006, le gouvernement fait clairement connaître ses priorités internationales et défend résolument les intérêts du Canada dans les affaires mondiales.
Il va sans dire que notre principale responsabilité envers les Canadiens consiste à promouvoir leur prospérité et leur sécurité, et à défendre la souveraineté du Canada.
Dans notre politique étrangère, nous faisons avancer ces intérêts en :
Dans la poursuite de ces priorités, nous sommes guidés par les valeurs qui sont chères aux Canadiens : la liberté et la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.
Dans les Amériques, nous partageons les buts que David Rockefeller et ses associés ont énoncés en 1965 pour ce Conseil, à savoir promouvoir l’intégration économique régionale, la gouvernance démocratique et la primauté du droit dans l’ensemble de l’hémisphère occidental.
Aujourd’hui, c’est la situation dans l’hémisphère qui dicte notre action dans la plupart des enceintes internationales. À la fin de mars 2010, par exemple, lorsque j’ai accueilli mes collèges du G8 à Gatineau [Québec], nos délibérations nous ont donné, à mes collègues et à moi-même, l’occasion d’examiner l’évolution des problèmes principaux touchant la sécurité et la stabilité mondiales.
L’engagement du Canada dans les Amériques se fonde sur trois objectifs principaux :
À cette fin, nous avons renforcé les relations bilatérales d’une importance cruciale et pris une part active au renforcement des organisations régionales.
Au chapitre de la gouvernance démocratique, le gouvernement du Canada s’est donné pour priorité de soutenir le développement des institutions démocratiques, la justice, les processus électoraux libres et équitables et la promotion de la sécurité dans les Amériques, y compris dans certains contextes régionaux parfois complexes.
Nous l’avons fait en déployant un plus grand nombre d’agents sur le terrain afin de mieux comprendre les contextes locaux et de collaborer avec les partenaires de la région.
Nous pensons que l’investissement responsable et l’ouverture des marchés permettront de bâtir des économies dynamiques et croissantes, avec la création de nouveaux débouchés et de nouveaux emplois.
Nous avons renforcé et diversifié nos partenariats économiques dans l’hémisphère grâce à un vaste éventail d’instruments et de mesures.
Nous avons tiré parti des avantages de l’Accord de libre-échange avec les États-Unis et de l’Accord de libre-échange nord-américain [ALENA] avec les États-Unis et le Mexique, pour mettre en œuvre d’autres accords de libre-échange avec le Chili, le Costa Rica et le Pérou.
Il ne fait aucun doute que l’ALENA est avantageux pour les trois pays de l’hémisphère. Par exemple, au Canada, près de 4,1 millions de nouveaux emplois ont été créés depuis la signature de l’ALENA. Au cours de la même période, les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis ont presque triplé, tandis que le commerce entre le Mexique et les États-Unis a plus que quadruplé.
Aujourd’hui, les partenaires de l’ALENA échangent pour environ 2,6 milliards de dollars américains de marchandises chaque jour.
Le protectionnisme est la plus grave menace pour une économie prospère mondialisée, et le libre-échange, la seule solution de rechange viable au protectionnisme.
Nous travaillons actuellement à mettre en œuvre un accord de libre-échange avec la Colombie. Des négociations ont été conclues avec le Panama et d’autres sont en cours avec la République dominicaine, la Communauté des Caraïbes et le Groupe des quatre de l’Amérique centrale : le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador.
Nous savons également que les progrès en matière de démocratie et de prospérité ne seront pas durables si les citoyens ne se sentent pas en sécurité.
Par conséquent, nous faisons de la sécurité l’enjeu principal de notre engagement dans les Amériques et nous investissons considérablement dans ce domaine. Nous contribuons aux initiatives de stabilisation, de reconstruction et de consolidation de la paix en Haïti, en Colombie et au Guatemala.
La réponse du Canada aux terribles conséquences du tremblement de terre en Haïti témoigne de son engagement envers ses amis et voisins, ainsi que de la bonne volonté et de la générosité remarquables des Canadiens.
Le Canada fait depuis longtemps partie du groupe informel des Amis d'Haïti. Cependant, pour nous Canadiens, Haïti est plus qu'un ami. Les Canadiens francophones, en particulier, considèrent Haïti, seul autre pays francophone des Amériques, comme un membre de leur famille culturelle. Montréal est le lieu où s’est fixée la troisième diaspora haïtienne du monde, après Miami et New York.
En janvier, peu de temps après le séisme, j’ai présidé une réunion exceptionnelle à Montréal, où étaient présents les Amis d’Haïti, de même que les principaux acteurs régionaux et multilatéraux, dont les Nations Unies. Je profite de cette occasion pour remercier la secrétaire d’État Hillary Clinton de sa contribution à cette réunion.
C’est à cette réunion que nous avons amorcé le travail vital de planification en vue de la reconstruction, afin d’orienter notre approche concertée de la reconstruction et du développement d’Haïti.
Les participants ont adopté les principes suivants : prise en charge, coordination, durabilité, efficacité, intégralité et responsabilisation.
À plus long terme, nous avons convenu de trois objectifs stratégiques : gouvernance démocratique renforcée, développement social et économique soutenu, stabilité durable et respect de la primauté du droit.
Ces principes et objectifs ont été les fondements de la conférence des donateurs qui a eu lieu à New York le mois dernier et sont à la base du travail à venir.
Haïti est pour le Canada la deuxième cible en matière d’aide après l’Afghanistan.
La semaine dernière, je me suis rendu en Haïti pour souligner l’engagement du Canada dans ce pays et démontrer la solidarité sans faille de notre pays avec le peuple haïtien, ainsi que pour m’assurer que notre aide est utilisée avec efficacité et transparence.
La composante militaire de la MINUSTAH, la mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti, est dirigée par un général brésilien. Elle est presque entièrement composée de forces latino-américaines de l’Argentine, de la Bolivie, du Brésil, du Chili, de l’Équateur et de l’Uruguay, et bien sûr, des États-Unis. La MINUSTAH accomplit un travail admirable.
Au cours d’une réunion avec le milieu des affaires haïtien, j’ai insisté sur le fait que l’aide internationale ne peut, à elle seule, faire d’Haïti un pays stable, sûr et plus prospère.
Il faut créer des conditions qui permettront à l’entreprise privée de réussir et récompenser l’initiative personnelle.
Il n’y a aucun autre pays au monde avec lequel nous partageons autant de choses et avec lequel nous avons autant de points communs que les États-Unis.
Dans toutes nos interventions, nous ne perdons jamais de vue le fait que nous sommes les voisins d’une puissance planétaire, qui est également un partenaire essentiel et indispensable dans les affaires touchant le continent, l’hémisphère et le monde.
Le Canada et les États-Unis entretiennent des relations évoluées, fondées sur des liens historiques, géographiques et commerciaux, et sur une même vision des affaires internationales.
Les relations entre le Canada et les États-Unis en matière de défense et de sécurité sont intégrées et globales.
Nous entretenons les relations commerciales bilatérales les plus importantes du monde. En fait, les biens qui circulent entre le Canada et les États-Unis représentent 1,8 milliard de dollars par jour, c’est-à-dire plus de 1 million de dollars la minute.
Les États-Unis exportent davantage de biens et de services vers le Canada qu’à destination de tout autre pays — plus que vers le Japon et le Mexique réunis.
Les États-Unis sont les investisseurs étrangers les plus importants au Canada et la première destination des investisseurs canadiens à l’étranger.
Aux États-Unis, le commerce avec le Canada soutient directement plus de 8 millions d’emplois.
Certains parmi vous savent que le Canada est le premier fournisseur étranger d’énergie aux États-Unis. Nos exportations d’énergie s’élèvent à plus de 130 milliards de dollars.
Nous avons aussi une longue histoire d’intendance conjointe de l’environnement, qu’il s’agisse d’enjeux relatifs à la qualité de l’air et de l’eau ou à la gestion de la faune.
Cette collaboration dans le domaine de l’environnement nous a permis de répondre efficacement au problème de la lutte contre les pluies acides dans les années 1980.
Notre dialogue constructif et fructueux sur les questions frontalières se poursuit parce que le renforcement de la sécurité à la frontière et l’amélioration du flux des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis influent directement sur des centaines de milliers d’emplois dans nos deux pays.
Nos économies fortement intégrées et interdépendantes sont tributaires d’une gestion intelligente et efficace de la frontière.
Notre coopération est exceptionnelle, sur une frontière remarquablement étendue.
Nous nous concentrons sur nos points communs plutôt que sur nos différences.
Nous trouvons des façons de régler nos différends, au lieu de les laisser s’aggraver.
Autrement dit, nous sommes de bons voisins, dans notre intérêt commun.
Nous avons travaillé avec acharnement pour faire progresser la démocratie, la sécurité et la prospérité en Amérique du Nord, dans les Amériques et dans le monde entier.
Les États-Unis et le Canada entretiennent également des relations importantes et diversifiées avec le Mexique. Nos pays coopèrent sur des priorités communes dans le cadre du Sommet des leaders nord-américains et sont partenaires de l’ALENA.
Les Canadiens n’oublient jamais que le continent américain s’étend de l’Arctique à la Terre de Feu.
L’exercice de la souveraineté canadienne dans l’Arctique est une priorité de notre gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, et le Canada joue un rôle de premier plan dans les questions arctiques, tant au Canada qu’à l’étranger.
Le mois dernier, tout récemment donc, je me suis rendu à notre camp d’observation des glaces à l’île Borden dans l’extrême Arctique, où sont effectués les travaux scientifiques nécessaires à la préparation de notre demande à la Commission des limites du plateau continental.
Le Canada et les États-Unis poursuivent leur coopération scientifique sur le tracé des limites du plateau continental dans l’Arctique.
À cet égard, le Canada aimerait voir les États-Unis ratifier la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer. Une large adhésion à la Convention et sa mise en œuvre intégrale sont importantes pour le Canada.
J’ai invité les ministres des Affaires étrangères des autres États côtiers de l’océan Arctique — le Danemark, les États-Unis, la Norvège et la Russie — à discuter de ces questions à une réunion tenue le 29 mars, à Chelsea, au Québec, qui a donné lieu à des discussions tournées vers l’avenir.
Le groupe des cinq est conscient des répercussions possibles d’une transformation de l’environnement sur les questions de sécurité publique. Par exemple, une activité commerciale comme le forage, dont le potentiel est immense dans l’Arctique, peut aussi être très néfaste pour l’environnement, comme nous l’ont rappelé brutalement les problèmes survenus dans le golfe du Mexique.
Les États côtiers de l’océan Arctique travaillent également, dans le cadre du Conseil de l’Arctique, à la préparation d’un accord juridiquement contraignant sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique.
Ils s’emploient aussi, sous l’égide de l’Organisation maritime internationale, à élaborer un régime obligatoire qui favorisera une sécurité accrue dans nos eaux arctiques.
Par ailleurs, à la réunion de Chelsea en mars, les États côtiers de l’océan Arctique ont réaffirmé leur intention de régler de manière ordonnée des revendications concurrentes éventuelles. Nous continuerons à coopérer étroitement pour accomplir le travail scientifique et technique nécessaire afin de déterminer les limites extérieures de nos plateaux continentaux respectifs.
Comme vous le savez, une partie de la mer de Beaufort est l’objet d’un litige entre le Canada et les États-Unis, qu’ils s’attachent à régler de manière respectueuse.
Bien qu’on ne connaisse pas encore l’importance du chevauchement des prétentions entre le Canada et les États-Unis dans la mer de Beaufort, cela n’empêchera pas nos deux pays de régler ce différend et de se concentrer sur les enjeux de l’heure.
En outre, je dois dire que le Canada ne partage pas le point de vue du gouvernement américain selon lequel le passage du Nord-Ouest est un détroit international.
Toutes les eaux faisant partie de l’archipel arctique canadien, y compris les diverses voies de navigation connues sous le nom de « passage du Nord-Ouest », sont des eaux intérieures du Canada en vertu d’un titre historique. De plus, comme le titre n’est pas lié à l’étendue de la couverture de glace, il ne se trouve aucunement diminué en raison d’une réduction de la glace.
J’ai été frappé, récemment, par le fait que la Russie et la Norvège ont résolu un différend de longue date dans l’Arctique.
Alors, je ne vois aucune raison pour laquelle le Canada et les États-Unis ne pourraient pas régler les différends actuels, en tant que partenaires économiques et meilleurs amis, qui ont en commun la plus longue frontière du monde.
Je vous remercie de m’avoir permis de m’adresser à cet éminent Conseil.
En cette année à dimension internationale pour le Canada, je puis vous assurer que nous continuerons à agir dans le sens des objectifs du Conseil des Amériques : promouvoir la démocratie, la sécurité et la prospérité en Amérique du Nord, dans les Amériques et dans le monde entier.
Je vous remercie.