Discours du ministre Cannon devant le Conseil des relations étrangères

No 2011/4 - New York (États-Unis) - Le 23 février 2011

Sous réserve de modifications

Un partenariat fondé sur nos principes : notre cause commune et nos responsabilités partagées

Le Conseil des relations étrangères est réputé pour le calibre exemplaire de ses travaux sur les grands dossiers de l’heure et je suis reconnaissant de pouvoir y prendre la parole.

Aujourd’hui, je voudrais vous parler de certains principes fondamentaux qui sous-tendent, à mon avis, le partenariat du Canada avec les États-Unis.

Des économies hautement intégrées

En mars 1985, au « Sommet des Irlandais », le président [Ronald] Reagan et le premier ministre [Brian] Mulroney ont annoncé leur intention de « réduire et d’éliminer les obstacles au commerce et aux investissements ». C’est ce qui a mené aux négociations de libre-échange, puis à l’Accord de libre-échange nord-américain, lequel a permis de tripler les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis.

Ce mois-ci, à Washington, le président [Barack] Obama et le premier ministre [Stephen] Harper ont fait preuve d’une vision semblable en convenant de pousser beaucoup plus loin notre engagement commun à l’égard de la compétitivité économique et de notre périmètre de sécurité.

Depuis des décennies, le Canada et les États-Unis défendent ensemble l’espace aérien du continent dans le cadre du NORAD [Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord]. En collaboration avec ce dernier, nous chercherons de nouveaux moyens d’assurer la protection de l’Amérique du Nord contre des menaces asymétriques, sans nuire à l’intégration de nos marchés et aux avantages qu’on en retire.

Dans ce contexte, il va sans dire que la proposition visant à imposer de nouveaux frais aux voyageurs et aux produits entrant aux États-Unis serait un pas dans la mauvaise direction.

Les mesures protectionnistes constituaient une menace pour notre prospérité commune lors des négociations de libre-échange il y a maintenant 25 ans, et cela reste vrai aujourd’hui.  

La création d’emploi et la croissance économique doivent constituer, cela va de soi, la priorité absolue de nos deux gouvernements.

Le Canada est pour les États-Unis le partenaire idéal pour atteindre l’objectif du président Obama de doubler les exportations américaines d’ici cinq ans. Le Canada est le premier marché d’exportation des États-Unis, plus vaste que les 27 États de l’Union européenne réunis.

Le Canada est aussi le premier et le plus fiable des fournisseurs d’énergie de toutes sources (électricité, pétrole, gaz et uranium) des États-Unis, une position appelée à se consolider au cours de la prochaine décennie. L’actualité internationale ne peut que nous convaincre de l’importance de la sécurité énergique.

Le Canada profite de l’essor de l’économie américaine et il accueille donc favorablement les signes d’une reprise certaine, déjà manifeste cette année. Une prospérité accrue permettra aux États-Unis d’affirmer son leadership à l’échelle mondiale, ce dont le Canada se réjouirait également.

Des intérêts mondiaux semblables

Nos intérêts sur la scène mondiale sont très similaires, qu’il s’agisse de la lutte contre les nouvelles menaces pour la stabilité internationale ou des efforts visant à soutenir la prospérité mondiale.

Bien que le leadership des États-Unis soit indispensable, il nous importe à tous deux que les puissances émergentes — notamment la Chine, l’Inde et le Brésil — assument une plus grande part de responsabilité.

À mesure que le pouvoir économique se déplace inexorablement vers l’Asie, j’estime que le Canada et les États-Unis ont tous deux intérêt à établir de nouvelles règles d’engagement pour le commerce et l’investissement. Pour ce faire, nous pouvons avoir recours à nos économies hautement intégrées comme tremplin vers des avantages mutuels.

Les mesures de repli, que ce soit les pressions protectionnistes, les contrôles unilatéraux sur les devises ou encore leur manipulation, constituent une véritable menace pour la prospérité mondiale.

Nous sommes tous deux attachés à l’avancement des droits de la personne et aux libertés qui sont au cœur de nos démocraties, ces principes directeurs qui orientent non seulement notre partenariat avec les États-Unis mais également notre politique étrangère.

Les États-Unis sont à nos côtés dans la lutte actuelle contre le terrorisme en Afghanistan. Nos forces armées travaillent de concert avec les Américains dans l’une des régions les plus périlleuses du pays. Nous avons de part et d’autre essuyé des pertes considérables — plus que la plupart des autres parties — pour tenter de stabiliser la situation.

Le Canada a pris des engagements considérables pour soutenir le développement de l’Afghanistan et a investi dans le pays pour l’aider à relever ses capacités en matière de sécurité et de gouvernance.

L’an prochain, notre engagement militaire se transformera pour se borner à un rôle de formation, car nous estimons que la responsabilité de la sécurité et des progrès du pays incombe en dernier lieu aux Afghans eux-mêmes. Nous allons également continuer à travailler avec l’Afghanistan et le Pakistan pour les aider à mieux gérer leur frontière tout en cherchant à asseoir l’économie afghane sur des bases plus solides.

Un engagement concerté dans notre hémisphère

Le Canada attache une grande importance à son propre hémisphère. Nous travaillons de concert avec les États-Unis pour aider le Mexique, à lutter contre le crime organisé transnational en renforçant son service de police et ses institutions judiciaires.

Les problèmes à la frontière du sud des États-Unis sont réels, mais sont très différents de ceux qui touchent la frontière du nord.

Les Amériques constituent une priorité de la politique étrangère canadienne depuis 2006. Notre stratégie à l’égard des Amériques repose sur la promotion de la prospérité, de la démocratie et de la sécurité. Toutefois, nous sommes de plus en plus conscients du grand défi que pose la lutte au crime organisé et au trafic de stupéfiants dans cette région. C’est pourquoi nous estimons que notre stratégie devra mettre un accent particulier sur le volet de la sécurité. 

Nous avons assisté, en faveur d’Haïti, a une mobilisation particulièrement impressionnante de la solidarité internationale après le tremblement de terre du 12 janvier 2010.

Mais la reconstruction d’Haïti n’est pas la responsabilité de la communauté internationale uniquement.

Il est primordial que la population haïtienne se donne une plus grande stabilité politique, condition essentielle du développement économique, par le respect des principes fondamentaux de la démocratie.

Des réalisations bilatérales notables

Essentiellement, nous devrions mettre le cap sur nos intérêts communs, qui devraient être le premier critère pour déterminer ce que nous choisissons de faire ensemble, ici, en Amérique du Nord. Les risques qui nous guettent à l’heure actuelle, qu’ils proviennent du terrorisme, de cyberattaques ou des profonds déséquilibres dans l’économie mondiale, qui demeure fragile, sont certes terrifiants. Mais si nous faisons fi des forces que suppose notre impressionnante liste de réalisations bilatérales, ces défis n’en seront que plus grands.

En avril, nous allons souligner le 20e anniversaire de l’Accord sur les pluies acides. Ce qui a été pendant plus de 10 ans un grand sujet de désaccord entre nous est désormais un modèle d’engagement bénéfique de part et d’autre qui vise à préserver l’environnement en Amérique du Nord. Nous devons impérativement nous entendre sur une approche commune ou parallèle qui permettra de préserver notre environnement pour les générations futures, tout en assurant la continuité des exportations admissibles ainsi que l’efficacité des transferts d’énergie, des réseaux d’électricité et de pipelines. Si l’un des deux pays décide de faire cavalier seul, nous pourrions très bien en pâtir sur le plan économique.

Nous devons aussi allier nos efforts et rejeter toute forme de « protectionnisme vert » qui irait à l’encontre de nos accords commerciaux. Une approche commune, assortie d’engagements bilatéraux mus par nos intérêts mutuels dans les domaines de la sécurité énergétique et des changements climatiques, est ce dont nous avons besoin.

Dialogue et leadership au service de réalisations communes

Le respect et la confiance mutuels constituent l’élément fondamental d’un vrai partenariat et un principe immuable des relations entre le Canada et les États-Unis.

Le Canada devrait tenir compte des préoccupations mondiales des États-Unis et être prêt à contribuer dans la mesure du possible.

Les Américains à leur tour doivent respecter la capacité du Canada de contribuer de même que son désir de se tailler une place bien à lui sur la scène mondiale.

À l’occasion, nos intérêts seront, bien entendu, différents de ceux des États-Unis.

Comme le président Obama l’a déclaré plus tôt ce mois-ci à Washington : « Je suis confiant que le premier ministre Harper protégera fermement certaines valeurs fondamentales du Canada, comme je protégerai les valeurs fondamentales des États-Unis, bien qu’elles ne coïncideront pas toujours parfaitement ».

Rappelons-nous qu’il n’y a rien d’acquis dans la gestion de nos relations historiques. L’inattention ou l’indifférence, si bénigne soit-elle, mène rarement à un dialogue constructif. Le succès se nourrit d’un dialogue constant, tout comme il est stimulé par un leadership audacieux et célébré par des réalisations communes.

Il s’agit là d’une vérité fondamentale que reconnaissent les Canadiens et les Américains depuis près de deux siècles.

Et c’est l’exemple que nous souhaitons donner à la prochaine génération par notre attachement commun à la liberté, à la démocratie et à la justice.

Je vous remercie.