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Discours du ministre Cannon devant l’Association France-Amériques

No 2011/13 – Paris, France - Le 14 mars 2011

Sous réserve de modifications

Votre président [Nicolas Sarkozy] en visite à Québec en octobre 2008, a affirmé que « les Canadiens sont nos amis et les Québécois, notre famille ».

Comme Canadien d’origine québécoise, je vous rends donc visite cette semaine comme ami et comme parent, et je vous remercie chaleureusement de votre invitation.

Je me trouve à Paris avant tout pour une rencontre avec mes collègues du G-8, sous la présidence du ministre [des Affaires étrangères de la France] Alain Juppé, lui-même un grand ami du Québec et du Canada.

Nous discuterons ensemble, à partir de ce soir, de dossiers d’une brûlante actualité, en particulier les bouleversements dans le monde arabe et les catastrophes qui ont frappé le Japon.

L’Association France-Amériques a été fondée il y a plus de 100 ans, soit à peine une quarantaine d’années après la proclamation de la fédération canadienne.

Mais les liens qui unissent le Canada et la France sont beaucoup plus anciens, plus vénérables, comme nous l’a d’ailleurs rappelé, il y a quelques années, la célébration du 400e anniversaire de la fondation de Québec par Samuel de Champlain.

L’écrivain français Marc Lescarbot écrivait d’ailleurs dès 1609 : « Ne devront aller au Canada que des gens avides de grandes entreprises, désireux d’obtenir un renom honorable par des actions extraordinairement belles et de difficile exécution ». Nos ancêtres communs ont, effectivement, réalisé sur le continent américain « des actions extraordinairement belles et de difficile exécution ».

Il reste à notre génération de grands espaces à développer et de nouveaux horizons à explorer dans des conditions difficiles, souvent uniques.

C’est pourquoi le gouvernement du Canada s’est donné comme priorité d’ajuster son action dans l’Arctique aux nouvelles réalités climatiques et économiques.

L’Arctique est un élément fondamental de l’identité nationale du Canada; il est enraciné dans son histoire, sa culture et son âme.

L’Arctique a toujours fait partie de nous et il en sera ainsi pour toujours. 

La vision moderne du Canada pour le Nord est celle d’une région stable, délimitée par des frontières clairement définies, où la croissance économique et le commerce sont soutenus, où les collectivités sont dynamiques et où les écosystèmes sont sains et productifs.

En tant que puissance arctique, le Canada a le droit mais surtout la responsabilité envers sa population d’exercer sa souveraineté, ses droits souverains et sa juridiction sur la région tout en réalisant le plein potentiel de l’Arctique canadien.

La souveraineté du Canada dans l’Arctique est bien établie depuis longtemps et, comme l’a rappelé le premier ministre [Stephen] Harper, cette souveraineté n’est pas négociable.

Elle s’appuie notamment sur la présence dans la région des Inuits et d’autres peuples autochtones depuis des temps immémoriaux et, plus récemment, sur les expéditions d’explorateurs.

Nous affirmons notre souveraineté tous les jours par le biais d’une saine gouvernance, d’une gestion responsable et de gestes concrets.

Mais l’Arctique n’est pas immuable, figé dans son immensité de glace. C’est en fait le lieu où se manifestent des changements climatiques parmi les plus dramatiques au monde.

La fonte accélérée des glaces et la présence très probable de réserves considérables d’hydrocarbure et de minéraux ont aussi suscité, ces dernières années, un intérêt particulier pour l’Arctique partout dans le monde.

Les récents évènements dans plusieurs pays arabes nous rappellent l’importance d’avoir accès à des sources d’approvisionnement en énergie stables et prévisibles. Cela explique sans doute le regain d’intérêt envers les gisements nordiques comme les sables bitumineux de l’Alberta, province où de grandes compagnies françaises comme Total sont déjà présentes.

Nous avons donc formulé une nouvelle politique arctique, dont je voudrais vous résumer aujourd’hui les grands principes. Cette politique repose sur quatre piliers : 

  • l’exercice de notre souveraineté
  • la promotion du développement économique et social
  • la protection de l’environnement arctique
  • la possibilité pour les habitants du Nord de contrôler davantage leur destinée économique et politique

Nonobstant le caractère irrévocable de notre souveraineté dans l’Arctique, il nous reste certains différends liés aux frontières à résoudre avec nos voisins. Nous voulons aussi déterminer avec certitude les limites du plateau continental canadien, sur lequel nous exerçons des droits souverains.

Pour y arriver rapidement, nous resserrons notre collaboration avec nos partenaires afin de recueillir les données nécessaires et d’échanger des renseignements utiles.

Nous serons donc en mesure de présenter notre dossier aux Nations Unies à la date prévue en 2013, conformément à la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer.

Nous collaborons également au niveau multilatéral avec le Conseil de l’Arctique qui regroupe, outre le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Suède et la Russie. Par l’entremise de cette tribune, le Canada et les sept autres nations de l’Arctique définiront le programme pour la coopération et le développement durable dans l’Arctique.

Pour réaliser ces objectifs communs, il faudra apporter certains changements au Conseil, notamment en ce qui a trait à son fonctionnement et à ses activités.

Par exemple, il faudra créer un secrétariat permanent et affecter un financement récurrent. Ces deux éléments sont en voie de réalisation.

Nous croyons aussi que l’approche actuelle pour admettre des observateurs au Conseil de l’Arctique doit être mise à jour pour se fonder sur des principes précis. Six pays, dont la France, sont déjà admis comme observateurs auprès du Conseil de l’Arctique, comme le sont aussi neuf organisations internationales et onze organisations non gouvernementales. Parmi les pays qui souhaitent devenir observateurs, certains sont éloignés géographiquement, comme la Chine, la Corée du Sud et le Japon.

Mais pour le moment, nous croyons qu’il importe de définir des critères précis d’admission avant de traiter les demandes de statut d’observateur permanent.

Comme notre politique arctique consiste essentiellement à respecter nos obligations envers les citoyens du Nord et tous les Canadiens, aujourd’hui et pour les générations futures, il nous semble donc parfaitement naturel que nous jugions fondamentales pour l’obtention du statut d’observateur une bonne compréhension et une empathie agissante pour le mode de vie des habitants de cette région, y compris leurs traditions séculaires.

Dans le cas des eaux intérieures, notamment le passage du Nord-Ouest canadien, nous devons établir un code obligatoire pour la navigation polaire, mettre en œuvre une réglementation rigoureuse pour assurer que les forages pétrolier et gazier soient sûrs et efficaces, et fournir des services hydrographiques de nature à garantir la sécurité de la navigation. Voilà autant d’éléments qui figurent parmi les grandes priorités de nos travaux à l’échelle internationale.

Il est vrai qu’un nombre croissant de navires entrent dans les eaux nordiques et y éprouvent parfois des difficultés. Conséquemment, avec le Conseil de l’Arctique, nous avons mis au point un instrument juridiquement contraignant portant sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique.

Cet accord, une fois signé et ratifié, permettra d’améliorer la coopération et la coordination du Canada avec les autres États arctiques en cas d’incidents, en pleine connaissance des difficultés particulières que pose l’environnement arctique.

Il va de soi que pour créer l’environnement international propice au développement durable de l’Arctique, nous devons comprendre le potentiel de la mise en valeur des ressources de l’Arctique et ses entraves, et établir des lignes directrices, des pratiques exemplaires et des normes adaptées.

Récemment, nous avons promulgué de nouveaux règlements en vertu desquels les navires qui entrent dans les eaux arctiques canadiennes pour y exercer des activités doivent en informer les autorités canadiennes. Cette réglementation ne vise pas à restreindre la navigation ou le développement économique, mais bien à protéger des écosystèmes fragiles ainsi que nos collectivités nordiques.

Nous participons avec constance et rigueur à la recherche dans le domaine des sciences arctiques, qui orientent toute politique et toute décision judicieuses concernant l’environnement. Le partage de connaissances spécialisées et la conception d’approches communes contribueront grandement à la promotion du développement durable des systèmes marins de cette région.

Nous participerons aux efforts déployés à l’échelle internationale pour faire face aux changements climatiques dans l’Arctique et nous les appuierons, y compris les stratégies d’atténuation et d’adaptation pour la région.

Nous devons aussi tenir compte du fait que de nouvelles routes de transport maritimes, tel le passage du Nord-Ouest, et terrestres sont en train d’émerger, ce qui accroît le potentiel en matière de tourisme et d’exploitation des ressources.

Je suis en pourparlers, depuis un certain temps, avec mon homologue russe pour créer éventuellement un grand corridor nordique qui relierait la Russie au continent américain.

Le deuxième pilier de notre Stratégie pour le Nord consiste à « promouvoir le développement économique et social ». La création d’une économie florissante et durable dans le Nord est essentielle à l’amélioration du bien-être des personnes qui y vivent et à la réalisation du plein potentiel de l’Arctique. 

La protection de l’environnement arctique est aussi un pilier de notre Stratégie pour le Nord. Nous savons tous que le Nord abrite des écosystèmes fragiles et complexes qui doivent constamment s’adapter pour survivre dans un climat parfois très rude.

Or, le Canada est depuis longtemps un chef de file dans la protection de l’environnement arctique, et nous sommes le premier pays à avoir légiféré pour protéger l’environnement dans ses eaux arctiques.

Nous avons établi de nombreuses zones de protection territoriales et marines, et nous comptons en établir de nouvelles à l’avenir.

Enfin, nous voulons améliorer et décentraliser la gouvernance, de façon à permettre aux résidants du Nord d’avoir un plus grand contrôle sur leur destinée.

Je souligne aussi que dans une fédération comme la nôtre, les gouvernements provinciaux et territoriaux disposent d’une certaine autonomie. Ainsi, les gouvernements territoriaux ont récemment diffusé un énoncé de leur « vision du Nord », et ils se sont engagés à appuyer les efforts du gouvernement fédéral dans la promotion de nos intérêts mutuels auprès des forums internationaux. Le gouvernement du Québec livrera de même dans quelques semaines les éléments de son ambitieux Plan Nord, qui permettra notamment aux jeunes du sud du Québec d’aller à la rencontre des collectivités du Nord.

Les yeux de l’humanité sont présentement tournés vers le monde arabe, où les évènements dramatiques des dernières semaines sont en train de redéfinir le présent et l’avenir de millions de personnes. Le Canada, à l’instar de la France, veut apporter sa contribution à l’édification de ce monde nouveau avec ses alliés communs.

Je discuterai tout à l’heure avec le ministre Alain Juppé et nos collègues du G-8 des meilleurs moyens d’exprimer et de concrétiser notre solidarité envers les forces de la liberté qui se sont mobilisées là-bas.

Comme il l’a été au cours des deux grandes guerres, le Canada sera toujours à vos côtés lorsque la liberté, la justice et l’égalité auront besoin de son appui.

Mais, malgré l’urgence et l’importance des enjeux qui nous interpellent aujourd’hui, je souhaite de tout cœur que nous n’oublions jamais que notre génération a la responsabilité de léguer à ses enfants un monde qu’ils pourront à leur tour transmettre aux leurs avec la même fierté et la même confiance.

C’est, plus que tout, ce qui inspire notre politique arctique.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2011-12-28