Discours du ministre des Affaires étrangères, l’honorable John Baird à l’Assemblée générale des Nations Unies

No 2011/30 – New York - Le 26 septembre 2011

Sous réserve de modifications

Il y a près de 66 ans, en 1946, l’un de mes prédécesseurs a eu le privilège de représenter le Canada à la première session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

C’est pour moi un honneur de suivre ses traces, et de réaffirmer l’importance que le Canada attache aux principes fondateurs des Nations Unies :

  • le maintien de la paix et de la sécurité internationales;
  • la prévention et l’élimination des menaces à la paix;
  • la répression des actes d’agression;
  • le respect de l’égalité des droits et de l’autodétermination des peuples;
  • le renforcement de la paix universelle;
  • la promotion et l’encouragement au respect des droits et libertés fondamentaux de tous les êtres humains.

L’enceinte où nous nous trouvons symbolise cette promesse de l’humanité, et symbolise aussi ce que nous pouvons accomplir en veillant ensemble à faire respecter ces principes fondateurs.

Et pourtant, nous sommes, à quelques pas d’ici, en présence d’un autre symbole, entièrement différent.

Le « Ground Zero ».

Les attaques du 11 septembre ont servi à rappeler brutalement que le Mal existe, que la vie est fragile, que la liberté a des ennemis, et que le venin du terrorisme radical est bien réel.

Ces attaques nous ont rappelé que, malgré tous les progrès accomplis par l’humanité, les menaces à la paix, à la sécurité et à la dignité humaine n’ont pas disparu.

Dans ce contexte, je souhaite vous faire part de mes réflexions relativement à trois domaines :

Premièrement, les principes qui sous-tendent l’approche adoptée par le Canada pour sa politique étrangère.

Deuxièmement, les arguments sur lesquels se fonde l’appui du Canada aux organisations et à l’action multilatérales.

Troisièmement, l’orientation que pourraient suivre les Nations Unies.

Les principes fondateurs des Nations Unies ne sont pas de vains mots.

Il nous incombe d’insuffler la vie à ces idéaux couchés sur le papier et de les mettre en pratique quotidiennement.

Mais il n’est pas facile d’appliquer ces principes au quotidien. Cela nécessite un combat et des sacrifices.

Certains le font même au prix de leur vie.

Le monde se souvient encore du secrétaire général des Nations Unies Dag Hammarskjöld, qui a perdu la vie il y a 50 ans ce mois-ci.

Nous tenons à lui rendre hommage pour son intégrité, ses principes et son immense courage face aux puissances en place.

Nous nous souvenons également que c’est le premier ministre du Canada John Diefenbaker qui avait, à peine un an plus tôt dans cette même enceinte, répondu aux attaques injustes à l’encontre de M. Hammarskjöld.

Le Canada n’a pas hésité alors à défendre les fonctions et la personne du secrétaire général.

C’est là une tradition canadienne : défendre des positions fondées sur des principes et considérées comme justes, peu importe qu’elles soient ou non populaires, commodes ou opportunes.

Au cours du siècle dernier, le monde a souffert d’un amalgame néfaste alliant idéologies utopistes et despotisme brutal pour donner naissance à des régimes totalitaires qui ont réduit leurs peuples à l’esclavage.

Certains apologistes essayaient de nous persuader que l’idéologie communiste était bénigne.

Les Canadiens n’ont pas été dupes. Nous avons pris position en faveur de la liberté et du respect des droits humains et fondamentaux.

Nous nous sommes opposés à l’oppression en Allemagne et en Ukraine.

Nous avons été solidaires de leurs peuples courageux, et de ceux d’autres pays captifs d’Europe centrale et d’Europe de l’Est.

Le Canada ne se contente pas d’être accommodant « pour éviter de faire des vagues ».

Nous ne sommes accommodants que lorsque cela contribue à promouvoir nos valeurs, c’est-à-dire la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

C’est pourquoi le Canada a refusé de se montrer accommodant pour appuyer la farce dans laquelle l’un des pays qui contribuent le plus à la prolifération des armes nucléaires a présidé la Conférence du désarmement.

Lorsque la Corée du Nord a cédé la place à un autre pays à la présidence de la Conférence, nous avons alors participé de nouveau à ses travaux.

Les sanctions économiques sévères imposées par le Canada contre ce régime voyou sont toujours en vigueur, et nous continuerons de réclamer qu’on modifie le mode de sélection des États qui président cette instance importante.

Nous n’avons pas été accommodants vis-à-vis de la politique d’apaisement de l’ancien régime Kadhafi, pas plus que nous n’avons fermé les yeux lorsque le responsable de l’attentat meurtrier de Lockerbie a été accueilli en héros et a reçu l’accolade du colonel.

Nous n’avons pas fermé les yeux non plus lorsque le régime de Kadhafi, en violation flagrante des droits de la personne et de la primauté du droit, a livré la guerre au peuple libyen.

Le Canada traduit ses principes par des gestes concrets :

  • un soutien militaire à l’opération Protecteur unifié de l’OTAN;
  • la reconnaissance du Conseil national de transition en tant que représentant légitime du peuple libyen;
  • la création, conjointement avec d’autres pays, du Groupe de contact pour la Libye;
  • un soutien rapide, ferme et continu au peuple libyen dans sa lutte contre la tyrannie.

Le Canada a refusé d’être accommodant ou de fermer les yeux lorsque le régime Assad s’est mis à tuer hommes, femmes et enfants syriens dans sa tentative méprisable et désespérée de s’accrocher au pouvoir.

Nous avons imposé des sanctions sévères contre ce régime et ses partisans.

Le Canada ne se montrera pas accommodant lorsque certains appliqueront deux poids deux mesures, de façon à fustiger des États membres pour des violations présumées, tout en fermant les yeux sur les violations notoires commises par d’autres.

Nous avons appuyé les aspirations de ceux qui, au cours du récent « printemps arabe », ont lutté pour que leurs pays et leurs peuples avancent vers un avenir meilleur.

Toutefois, nous ne serons pas accommodants face aux mesures unilatérales prises par l’Autorité palestinienne.

Il y a quelques jours, le Quartette a jeté les assises d’un retour aux négociations.

La position de notre gouvernement dans ce dossier est claire : la seule solution pour sortir de l’impasse est une solution négociée par les deux parties.

Nous continuons d’encourager les deux parties à accepter ces principes et à reprendre le dialogue direct sur la base de la coexistence de deux États, sans délai ni conditions.

Nous réaffirmons le droit d’Israël d’exister.

Nous réaffirmons son droit, comme chaque État membre, de défendre les civils innocents contre le terrorisme.

Tout comme le fascisme et le communisme ont été combattus par les générations antérieures, nous devons aujourd’hui combattre le terrorisme.

Or, trop souvent, l’État d’Israël est aux premiers rangs de notre combat et son peuple est la cible des terroristes.

Le Canada ne restera pas silencieux et n’acceptera pas que l’État juif soit vilipendé parce qu’il défend son territoire et ses citoyens.

La Deuxième Guerre mondiale nous a montré les conséquences tragiques de l’accommodement à tout prix.

Ce sont ces accommodements et les tentatives d’apaisement qui ont permis au fascisme de prendre de la vigueur. Pour reprendre la boutade de Winston Churchill, « celui qui cherche à composer à tout prix est comme quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé ».

Certes, nous respectons la souveraineté de l’État, mais le Canada ne se montrera pas accommodant et ne fermera pas les yeux lorsque les droits et libertés fondamentaux des minorités sont bafoués.

Il est de notre devoir à tous de faire respecter les droits des victimes, de donner voix à ceux qui sont sans voix.

En tant que citoyens de la communauté planétaire, nous avons le devoir solennel de défendre les personnes vulnérables, de défier l’agresseur, de protéger et de promouvoir les droits fondamentaux et la dignité humaine, aussi bien au Canada qu’à l’étranger : les femmes, les chrétiens, les Bahá’ís et les autres victimes de persécution en Iran.

Les prêtres catholiques et autres membres du clergé chrétien ainsi que les laïcs, forcés de pratiquer leur religion clandestinement en Chine.

Les chrétiens chassés d’Iraq par al-Qaïda et les coptes agressés et martyrisés en Égypte.

Le traitement discriminatoire adopté par le régime en Birmanie à l’encontre de plusieurs branches du bouddhisme et les mesures restreignant les activités des musulmans. La violence à laquelle fait face la communauté ahmadie dans plusieurs régions.

La criminalisation de l’orientation sexuelle des gais et lesbiennes en Ouganda.

Et bien d’autres minorités touchées par la persécution, l’oppression et la violence.

Les nationalités sont nombreuses, mais l’humanité forme un tout unique.

Je suis heureux d’annoncer que le Canada va créer un bureau de la liberté religieuse, qui relèvera du gouvernement et, plus précisément, de mon ministère.

Le bureau sera chargé de veiller à ce que la liberté de religion et la liberté de conscience soient des objectifs primordiaux de la politique étrangère canadienne.

La longue histoire de l’humanité montre que la liberté de religion et la liberté démocratique sont indissociables.

Comme l’avait fait observer Franklin Roosevelt à la veille de la Deuxième Guerre mondiale : « Toutes les fois où la liberté de religion est mise à mal, c’est par des opposants à la démocratie.

« Toutes les fois où la démocratie est réprimée, la liberté de religion disparaît également. Et toutes les fois où la religion et la démocratie disparaissent, la bonne volonté et la raison dans les affaires internationales cèdent la place à une ambition effrénée et à la force brute. »

Cela m’amène à parler de l’appui du Canada aux institutions et à l’action multilatérales.

Il y a quelques années de cela, un ancien secrétaire général a affirmé qu’un « multilatéralisme éclairé était le meilleur garant, et non pas l’ennemi, de la souveraineté et de l’intégrité de l’État ».

La souveraineté des États n’est pas le produit des institutions multilatérales.

Celles-ci, au contraire, doivent leur existence et leur légitimité aux décisions autonomes prises par des États souverains.

Notre premier ministre a expliqué la position du Canada en ce domaine l’an dernier.

Faisant allusion à l’action multilatérale face à la crise économique mondiale, Stephen Harper a déclaré ce qui suit : « J’ai pu voir le leadership mondial à son meilleur. L’aperçu d’un avenir plein d’espoir, où nous agissons ensemble pour le bien de tous. Le monde que nous tentons de bâtir depuis 1945. Le monde que nous voulons pour nos enfants et petits-enfants. C’est possible si nous agissons ensemble. C’est la “souveraineté éclairée”. »

Les institutions et l’action multilatérales sont le résultat d’une série de décisions souveraines, fondées sur les intérêts de chaque État pris individuellement. Non pas l’intérêt national au sens étroit, invoqué pour des raisons de souveraineté, mais plutôt une vision élargie de l’intérêt mutuel, qui favorise la croissance et la prospérité pour tous.

C’est là ce que le Canada appelle la « souveraineté éclairée ».

Il s’agit du prolongement naturel de l’intérêt national éclairé.

Comme l’a souligné le premier ministre du Canada lorsqu’il s’est adressé à l’Assemblée générale l’année dernière, la Charte des Nations Unies se fonde sur « l’idée que ce qui est bon pour les autres pourrait bien être le meilleur moyen de satisfaire ses propres intérêts ».

C’est-à-dire, encore une fois, la « souveraineté éclairée ».

Le monde sait que nous pouvons accomplir de grandes choses en unissant nos efforts.

Cette année, notre action collective, dans le cadre des sanctions adoptées par les Nations Unies, a évité une tragédie humanitaire en Libye et a éventuellement mis fin à la guerre menée par un régime criminel et illégitime contre le peuple qu’il prétendait représenter.

Le Canada est fier d’avoir participé à la chute de ce régime.

L’Aviation royale du Canada a effectué près de 10 p. 100 des frappes aériennes contre les forces de Kadhafi, et la Marine royale du Canada a aidé à faire respecter le blocus maritime.

Pour s’acquitter de l’engagement pris aux Nations Unies d’appuyer le gouvernement légitime de l’Afghanistan, le Canada a payé un lourd tribut : en vies humaines qui n’ont pas de prix, et sur le plan financier.

Nous avons saisi l’occasion de notre mandat à la présidence du G-8 pour consulter les dirigeants de l’Afrique et des Amériques afin d’obtenir leur adhésion à la mise en œuvre de l’Initiative de Muskoka pour la santé maternelle, néonatale et infantile.

Cette avancée aidera à réaliser l’un des Objectifs du Millénaire pour le développement, à savoir la réduction des taux de mortalité consternants chez les mères et les enfants des pays en voie de développement.

Dans les deux Soudans, le Canada, de concert avec des pays aux vues similaires, continue d’apporter une contribution financière importante aux efforts de paix, à l’aide humanitaire, à l’aide au développement et à la sécurité.

Action collective ne signifie pas forcément uniformité.

Ainsi, en collaboration étroite avec des pays animés par les mêmes idéaux, le Canada s’attache à promouvoir le respect des droits de la personne et la démocratie en Birmanie.

Dans le même temps, il est celui qui a imposé les sanctions les plus strictes à l’encontre du régime militaire répressif de ce pays.

De même, lorsque le Canada a décidé d’imposer d’importantes restrictions au régime syrien actuel, il l’a fait en toute indépendance, mais en consultation et en collaboration étroites avec d’autres pays.

Lorsqu’il s’agit de défendre la liberté et les droits de la personne, la forme ne saurait prévaloir sur le contenu.

Il importe avant tout de choisir la voie qui donne les meilleurs résultats.

Si une action multilatérale est toujours préférable, l’impossibilité de dégager un consensus ne doit pas empêcher les pays qui le souhaitent d’agir pour faire respecter les droits humains et les principes fondateurs des Nations Unies.

Pour reprendre des propos attribués à Margaret Thatcher : « Le consensus semble être un processus dans lequel on renonce entièrement à ses croyances, ses principes, ses valeurs et ses politiques. L’objet du consensus est donc quelque chose en quoi personne ne croit. »

Et j’en arrive ainsi à parler du troisième thème de mon intervention, soit la pertinence et l’efficacité de cette organisation.

Depuis toujours, le Canada est un partenaire fiable et responsable des initiatives des Nations Unies partout dans le monde.

Nous sommes le septième contributeur en importance au budget de l’ONU. Les citoyens du monde entier méritent que les Nations Unies se conforment aux mêmes principes que respectent les gouvernements d’un grand nombre d’États membres :

  • la reddition de comptes, la transparence et l’éthique;
  • la responsabilité financière et l’austérité budgétaire;
  • l’efficacité et l’élimination du gaspillage et des chevauchements;
  • des examens réguliers afin de mettre fin aux mandats devenus inutiles, redondants ou caducs;
  • la tolérance zéro envers les conflits d’intérêts, la fraude et la corruption.

Les difficultés auxquelles est confrontée cette organisation débordent néanmoins la question de la probité financière et de l’efficacité opérationnelle.

Les Nations Unies sont une tribune de dialogue et de débat, mais l’organisation doit aussi être porteuse de changements positifs, qui contribueront à rendre le monde meilleur.

L’ancien premier ministre du Canada John Diefenbaker, plaidant pour la défense des minorités persécutées dans le monde, a dit ce qui suit devant cette assemblée : « Nous ne sommes pas réunis ici pour gagner des guerres de propagande. Nous sommes ici pour gagner des victoires en faveur de la paix. »

La pertinence et l’efficacité de l’ONU sont mises en péril lorsque le respect des principes fondateurs ne se traduit pas par des gestes concrets.

Il en est ainsi lorsque la présidence de la Conférence du désarmement est confiée à un régime impliqué dans le transfert illicite d’armes, de matières et de technologies nucléaires.

Il en va de même lorsqu’on permet à l’Iran, qui montre son mépris envers les valeurs de cette organisation par des affronts tels que le refus d’admettre des observateurs des droits de l’homme de l’ONU sur son territoire, de se porter candidat à des rôles de leadership comme la vice-présidence de l’Assemblée générale ou un siège à la Commission de la population et du développement.

Ou encore, lorsque, pour des raisons mesquines et procédurières ou des formalités, on s’oppose à la communication de renseignements faisant état d’allégations crédibles de crimes de guerre commis au Sri Lanka.

Ou bien, lorsque les auteurs de violations flagrantes des droits de la femme sont accueillis à bras ouverts aux rencontres de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, souvent malgré leurs réserves visant la convention, incompatibles avec son but et son objet mêmes.

Depuis toujours, le Canada s’oppose à la dégradation des institutions multilatérales en raison de comportements contraires à leurs valeurs.

Cette année, par exemple, il marquera le 50e anniversaire de son refus, motivé par les principes auxquels il adhère, d’appuyer l’adhésion au Commonwealth des Nations du régime de l’apartheid de l’Afrique du Sud.

Les plus grands ennemis de l’ONU ne sont pas ceux qui réprouvent publiquement son action.

Ses plus grands ennemis, ce sont ceux qui sapent tranquillement ses principes ou, pire encore, qui restent là à ne rien faire, à regarder l’organisation s’enliser graduellement.

Nous ne pouvons rester là à ne rien faire.

Le Canada défend avec vigueur la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Comme l’a fait observer notre premier ministre plus tôt ce mois-ci : « Nous ne sommes pas un pays belliqueux, qui fait la guerre pour acquérir un territoire ou obtenir d’autres gains. Nous ne nous battons pas pour la gloire. Le seul honneur que nous convoitons, c’est la réputation de faire ce qu’il faut, pour une cause juste. »

C’est tout.

Et c’est bien assez.

Si vous me permettez, je dirais même que c’est la raison pour laquelle les pays du monde entier se sont rassemblés aux Nations Unies : faire ce qu’il faut pour défendre une cause juste. Et cette cause, c’est la paix, la justice, la liberté et des possibilités pour tous.

Je vous remercie.