Discours du ministre Baird devant le Canadian Club de Toronto

Le 18 janvier 2012 - Toronto (Ontario)

Sous réserve de modifications

Je suis toujours heureux de revenir à Toronto.

Cette fois, non seulement je peux me vanter qu’un plus grand nombre de Sens [Sénateurs d’Ottawa] que de Leafs [Maple Leafs de Toronto] participeront cette année au match des étoiles de la LNH, mais j’ai aussi l’occasion de revoir de bons amis et de me rappeler certains souvenirs heureux du temps que j’ai passé à Queen’s Park.

Permettez-moi de vous raconter une brève anecdote. Lorsque je me suis lancé en politique provinciale au milieu des années 1990, l’économie de Toronto était mal en point. À vrai dire, au moment de mon arrivée à l’Assemblée législative, il n’y avait pas une seule grue de chantier au centre-ville de Toronto. Le marché était au point mort, sans aucune construction.

Quel revirement de situation : la semaine dernière, Toronto se classait au premier rang des villes d’Amérique du Nord pour le nombre de gratte-ciel en construction.

Les grues que nous voyons aujourd’hui céderont bientôt la place à de nouvelles tours étincelantes d’acier et de verre, qui dynamiseront encore plus la ligne d’horizon déjà impressionnante de Toronto. Cela est réjouissant. Car non seulement ce type de construction est-il essentiel au boom immobilier, mais il permet aussi de créer des emplois et des possibilités, et de nourrir l’espoir. 

D’une histoire à l’autre, remontons maintenant dans le temps. Cette année marque le 200e anniversaire de la guerre de 1812. Il s’agit de l’une des rares guerres à s’être déroulée en sol canadien. 

Cette guerre a opposé les États-Unis à ce qui constitue maintenant le Canada.

Elle a été le théâtre de ce que l’on pourrait qualifier de tout premier mouvement « Occupons Toronto », il y a longtemps, en avril 1813. 

Des soldats américains ont pris d’assaut la ville alors connue sous le nom de York, et y sont restés jusqu’à ce que nos troupes les refoulent quelques semaines plus tard.

Il est difficile d’imaginer que le Canada et les États-Unis aient été déchirés pendant deux ans par ce conflit sanglant, à voir les relations bilatérales chaleureuses qu’ils entretiennent actuellement.

Nulle part ailleurs au monde, ni dans l’histoire, n’existe-t-il un partenariat plus fructueux entre deux pays voisins et amis. Notre partenariat constitue un modèle éclatant pour le reste du monde.

Et si nous pouvions reproduire ailleurs et de manière généralisée le genre de relations qu’entretiennent le Canada et les États-Unis, le monde ne s’en porterait que mieux.

Le mois dernier [le 7 décembre 2011] à Washington, nous avons ouvert un nouveau chapitre de notre importante collaboration. 

Le premier ministre Stephen Harper et le président Barack Obama ont annoncé des accords ambitieux visant à accroître et à faciliter les échanges commerciaux et les déplacements légitimes, tout en renforçant la sécurité de nos deux pays et de notre périmètre.

Ces accords permettront de créer une nouvelle frontière moderne pour le siècle à venir. Et l’« amincissement » de la frontière créera des emplois et de nouvelles possibilités, tout en étant source de prospérité.

Ces accords permettront de faciliter les échanges commerciaux et les déplacements et de supprimer les obstacles réglementaires sans compromettre la sécurité.

Durant les 90 minutes, plus ou moins, que nous passerons ensemble aujourd’hui, des biens et services d’une valeur de 180 millions de dollars seront échangés entre le Canada et les États-Unis.

Cela équivaut à 1,2 million de dollars par minute.

Et à 1,8 milliard de dollars par jour.

Ces statistiques sont impressionnantes. Et, en termes concrets, c’est la raison pour laquelle un emploi canadien sur sept est tributaire du commerce avec les États-Unis.

Même si les affaires entre nos deux pays vont bon train, la situation à la frontière n’est pas parfaite.

Nous connaissons tous quelqu’un qui a éprouvé des difficultés à la frontière.

Une famille partant en vacances qui a dû attendre des heures pour franchir la frontière, en raison de l’embouteillage créé par la multiplication des mesures à la suite des attentats du 11 septembre.

Des entrepreneurs éventuels qui ont été si découragés par la paperasse et la réglementation qu’ils ont renoncé à leurs entreprises.

Même de gros importateurs et exportateurs qui ont vu la livraison de leurs cargaisons retardée pendant des jours en raison des nombreux contrôles de sécurité exigés — sans compter les multiples formalités administratives.

Il y a trop de situations comme celles-ci.

Elles sont souvent le résultat de décisions prises d’un côté ou de l’autre de la frontière, voire de décisions communes, destinées à améliorer la façon de faire ou à accroître la sécurité. 

Mais ces décisions ont plutôt contribué à épaissir la frontière, freinant la croissance et les échanges commerciaux, et occasionnant des pertes d’emploi. 

Un tel « épaississement » de la frontière coûte environ 16 milliards de dollars par année à l’économie canadienne.

Les accords qui ont été annoncés le mois dernier permettront de réduire ce coût et de créer de véritables possibilités pour Toronto, l’Ontario et l’ensemble du Canada. 

La clé qui ferme la porte aux terroristes permet également d’ouvrir la porte encore plus grande aux échanges commerciaux et aux déplacements transfrontaliers.

Et les Canadiens et les Américains en verront les avantages chaque jour.

Vous prenez un vol à destination des États-Unis à l’aéroport Pearson? Nous prévoyons améliorer le programme NEXUS pour offrir des avantages supplémentaires, y compris un service accéléré de contrôle de sécurité. Nous chercherons aussi à éliminer le double contrôle des bagages enregistrés afin que ces derniers n’aient pas à être revérifiés à un poste frontalier américain avant d’être chargés à bord de votre vol en correspondance — réduisant ainsi les délais de transit et les coûts. Les grands voyageurs d’affaires, ce qui est le cas de plusieurs d’entre vous, m’ont dit qu’ils accueillaient avec plaisir cette proposition.

Vous planifiez vous rendre aux États-Unis en auto? Nous aurons un nouveau système d’information sur le temps d’attente à la frontière, qui vous aidera à décider par quel poste frontalier et à quel moment traverser la frontière. Nous mettrons également en œuvre un nouveau système d’entrée et de sortie. Les gens ordinaires, c’est-à-dire les voyageurs légitimes, n’ont pas à s’inquiéter. Ils ne verront probablement aucun changement. Mais ce système nous aidera à repérer les personnes dont le visa est échu et à mettre la main au collet de celles qui cherchent à se soustraire aux règles d’expulsion. Ce sera aussi une façon toute simple de faire du Canada un pays plus sûr et d’accroître l’efficacité de notre système d’immigration. Et la plupart des gens ne verront aucun changement perturbateur.

L’industrie y trouve aussi son compte.

Prenons le cas de l’industrie automobile.

Certaines pièces d’automobiles traversent la frontière six, sept, voire huit fois avant que le produit final ne quitte le parc automobile d’un concessionnaire. Le moindre retard, aussi court soit-il, au moment de franchir la frontière est coûteux.

Nous étudions diverses mesures pour faciliter ces activités transfrontalières, et cela est de bon augure pour les travailleurs d’usines à Oshawa, à Oakville et à Brampton [en Ontario], pour n’en nommer que quelques-uns.

Il y aura moins de chevauchement de contrôles, par exemple. Les prototypes seront donc moins chers, les chaînes d’approvisionnement seront plus efficaces et mieux intégrées, et l’industrie dans son ensemble y gagnera en compétitivité.

Dans d’autres industries, des changements apportés à la réglementation réduiront les dédoublements inutiles ainsi que les formalités administratives dans les secteurs — et ce qui suit est crucial — où il est logique de le faire.

En voici un exemple. J’ai vu récemment une entrevue donnée par l’ambassadeur des États-Unis au Canada, M. David Jacobson, au réseau CTV. Il racontait à quel point il raffolait des céréales Cheerios au petit déjeuner. Il semble qu’il mange des Cheerios tous les matins.

Or, les Cheerios qu’il achète aux États-Unis suivent un processus de fabrication différent de ceux produits au Canada. Le procédé de fortification est différent. Ni meilleur, ni pire, juste différent, ce qui fait augmenter les coûts imposés au consommateur sans raison valable.

Nous harmoniserons les normes là où il est judicieux de le faire, et ce, sans compromettre la santé ou la sécurité des Canadiens.

Cela signifie que les fabricants de produits de beauté et de santé ou de sièges de voitures, pour ne donner que quelques exemples, seront moins entravés par la bureaucratie et par les dédoublements.

Cela est aussi encourageant pour les entreprises de la région du Grand Toronto.

Qu’il s’agisse de Bay Street ou de la population en général, des créateurs d’emplois petits et grands, des Canadiens ou des Américains, tous en profiteront.

Comme l’a souligné le premier ministre Harper : « Le Canada n’a pas d’ami parmi les ennemis de l’Amérique. Ce qui menace la sécurité et le bien-être des États-Unis menace également la sécurité et le bien-être du Canada. »

C’est pour cette raison que nous prenons des mesures pratiques pour amincir la frontière, sans compromettre la sécurité.

Des systèmes plus intelligents permettront de réduire les inconvénients liés aux multiples inspections du fret et des bagages, entre autres. Les biens seront contrôlés une fois et acceptés deux fois. C’est logique autant sur le plan économique que sur le plan de la sécurité.

Certains commentateurs ont affirmé que ce plan d’action frontalier compromettrait la souveraineté; je peux vous dire que c’est absolument faux. Ce n’est l’objectif ni du Canada ni des États-Unis.

Comme l’ambassadeur Jacobson l’a déclaré : « Les Américains accordent autant d’importance aux libertés de la personne que les Canadiens. »

D’autres commentateurs ont remis en question l’état actuel des relations canado-américaines.

Nous reste-t-il certaines questions à résoudre sur le plan du commerce? Absolument. Mon discours d’aujourd’hui ne serait pas exhaustif si je ne mentionnais pas que le gouvernement souhaite l’approbation du pipeline Keystone XL.

Des milliers d’emplois bien rémunérés des deux côtés de la frontière sont tributaires de l’approbation de ce pipeline. De plus, le processus d’approbation, qui prend normalement de 12 à 15 mois, s’étire maintenant depuis plus de 35 mois. Il est grand temps de passer à autre chose dans l’intérêt de nos pays. Cependant mes amis, même si le projet Keystone XL est important, il ne s’agit pas du seul enjeu de taille entre le Canada et les États-Unis.

À ceux qui mettent en doute notre sincérité ou notre capacité à obtenir des résultats, je rappelle que les ententes « Par-delà la frontière » sont la preuve que notre gouvernement collabore avec l’administration Obama en vue d’atteindre nos objectifs communs et de défendre nos intérêts respectifs, et ce, en ayant un but très précis.

Je crois sincèrement que les ententes conclues au cours du dernier mois constituent les plus importants progrès réalisés conjointement par nos deux pays depuis l’Accord de libre-échange nord-américain.

Ensemble, ils forment une feuille de route pratique qui a pour but d’obtenir des résultats concrets dans des délais précis en vue d’améliorer l’efficacité et la sécurité à la frontière.

Au cours des prochaines semaines et des mois à venir, nous collaborerons avec nos amis américains afin d’« amincir » la frontière.

Afin de mettre en place de véritables améliorations.

Et de prendre les mesures nécessaires pour protéger les emplois, faire croître notre économie et protéger nos citoyens.

Je vous remercie.