Discours du ministre Baird à la XIIe conférence annuelle d’Herzliya

Le 30 janvier 2012 – Herzliya, Israël

Sous réserve de modifications

C’est un plaisir et un privilège d’être avec vous ici ce soir.

C’est la troisième fois que je viens en Israël, mais il s’agit de ma première visite en tant que ministre des Affaires étrangères. En 2010, j’étais venu à titre de ministre des Transports. Bien que je ne sois pas venu en Israël lorsque j’ai exercé les fonctions de leader du gouvernement à la « Knesset » du Canada, j’ai entretenu des relations constructives avec mes homologues israéliens dans le cadre de tous les portefeuilles qui m’ont été confiés et j’en ai eu plusieurs. Certains pourraient dire que je ne peux tout simplement pas conserver un emploi. Je crois plutôt que le nombre et la diversité de nos échanges sont le reflet de la portée et de l’intensité des relations qu’entretiennent nos deux pays.

Comme vous pouvez l’imaginer, je dois souvent me déplacer dans le cadre de mes fonctions actuelles.

Depuis que j’ai été nommé ministre des Affaires étrangères du Canada, il y a huit mois, j’ai parcouru une distance équivalente à huit voyages autour du monde.

Israël est toutefois une destination unique.

C’est un endroit où règne une amitié profonde et étroite — voire un esprit de famille.

J’aimerais d’ailleurs commencer par remercier tous ceux qui ont participé à l’organisation de cette visite. Il est bon d’être de retour dans l’État juif.

On m’a demandé de parler de leadership.

À ce propos, je souhaite aborder trois thèmes qui se rapportent au leadership dans le contexte canado-israélien :

  • tout d’abord, les facteurs historiques et l’évolution récente à l’échelle du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord;
  • ensuite, les fondements de la compassion et de la préoccupation du Canada;
  • et enfin, la voie à suivre.

Je tiens dès le départ à préciser qu’Israël n’a pas de meilleur ami que le Canada dans le monde entier.

Le Canada n’est pas un grand pays en termes de population.

Notre population de 34,5 millions d’habitants est répartie sur un immense territoire.

Je crois que c’est David Ben Gourion qui avait affirmé qu’Israël a trop d’histoire et trop peu de géographie.

Nous avons tellement de choses en commun.

Mais un manque de territoire n’est pas l’une d’elles.

Par chance, nous disposons d’une remarquable abondance de ressources naturelles. La richesse que génèrent ces ressources nous permet d’investir dans le développement de notre capital humain et dans des secteurs tels que la technologie — ou comme certains l’appellent, la « nouvelle économie ».

Dans ce sens, le Canada est effectivement riche — et choyé.

Pour ce qui est de la commercialisation de la technologie, nous avons beaucoup à apprendre d’Israël, mais il s’agit peut-être là d’un autre sujet qu’il faudra aborder à un autre moment.

En ce qui a trait au monde des affaires, nous sommes le plus efficaces lorsque nous travaillons avec les autres, avec des pays partenaires qui partagent notre vision.

Le Canada est ce que j’appelle une « puissance intelligente ».

Et c’est ce qui nous a toujours permis, au cours de notre histoire, de « jouer dans la cour des grands », en quelque sorte.

Et c’est ce qui nous permet encore aujourd’hui de « jouer dans la cour des grands » — dans les secteurs où nous choisissons de le faire.

Au cours de son histoire, le Canada n’a jamais eu peur de défendre ce qui était juste et bon.

En fait, tout comme Israël, le Canada a combattu ardemment la haine et l’intolérance.

Nos principes nous ont coûté cher.

Pendant les deux guerres mondiales — et les conflits qui ont eu lieu avant et après celles-ci —, du sang a été versé et des vies ont été perdues.

Et ce, pour défendre la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Tout récemment, nous avons participé à la mission dirigée par l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord et autorisée par les Nations Unies en vue de protéger le peuple libyen.

Nous avons « joué dans la cour des grands » pour empêcher le massacre d’innocents à Benghazi.

Nous avons appuyé le peuple libyen dans sa quête pour mettre fin à quatre décennies d’oppression et de dictature.

Nous avons appuyé son désir de profiter des importantes richesses naturelles de leur pays.

Et nous avons appuyé ses appels à l’autodétermination démocratique, dans le cadre de laquelle tous les Libyens ont un rôle à jouer et peuvent se faire entendre.

Nous savions que cela ne serait pas facile. Et en effet, ce ne l’était pas.

Mais c’était la bonne chose à faire.

L’énorme vague de changement qui a balayé la Libye et le monde arabe au cours des 12 derniers mois a vraiment été remarquable.

Et elle n’a pas fini de déferler — nous sommes témoins de la lutte courageuse que mène le peuple syrien à son grand détriment contre les actes effroyables de violence perpétrés par le régime Assad.

Et l’issue précise de ces changements n’est d’ailleurs pas certaine.

Toutefois, ce qui se dégage de ces changements présente à la fois des défis et des possibilités.

Comme le disait notre premier ministre : « tel est le paradoxe de la liberté : ce formidable pouvoir, cette grave responsabilité de choisir entre le bien et le mal. »

Bien entendu, Israël connaît bien ce paradoxe.

Aucun autre pays n’a probablement d’intérêt plus crucial dans les choix que feront les citoyens nouvellement libres au cours des mois et des années à venir.

Je peux vous assurer que le Canada vous aidera à faire face aux difficultés.

Et ce, pour les mêmes raisons qu’il a été l’un des premiers pays à inscrire le Hamas sur la liste des entités terroristes.

Pour les mêmes raisons qu’il a été le premier pays à signer le Protocole d’Ottawa sur la lutte contre l’antisémitisme.

Pour les mêmes raisons qu’il a voté cette année contre certaines résolutions des Nations Unies qui avaient un caractère unilatéral et qui manquaient d’équilibre.

Depuis toujours, les positions que le Canada défend sont fondées sur des principes et considérées comme justes, peu importe qu’elles soient ou non populaires, commodes ou opportunes.

Encore une fois, Israël n’a pas de meilleur ami que le Canada.

Pourquoi la situation en Israël est-elle si importante pour le Canada?

Pourquoi notre premier ministre et notre gouvernement croient-ils si fermement et si passionnément qu’Israël a non seulement le droit d’exister, mais aussi d’exister en tant qu’État juif et que sa population a le droit de vivre en paix et en sécurité?

Pourquoi notre premier ministre a-t-il déclaré que « ceux qui menacent l’existence du peuple juif sont une menace pour nous tous »?

L’État d’Israël incarne des principes que respecte le Canada et auxquels il accorde une grande importance.

C’est un symbole d’espoir pour une région qui souhaite ardemment que soient respectées les valeurs que sont la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Une région où la population se soulève contre les dictateurs, les autocrates et les oppresseurs qui ont fait fi de ces principes fondamentaux, de ces valeurs.

C’est aussi parce qu’en grande partie, le Canada reconnaît l’histoire longue et ininterrompue de l’antisémitisme.

C’est un fait historique. Et c’est un fait de notre nature — de pouvoir choisir d’être inhumain.

En fait, à l’heure actuelle, Israël est un pays dont l’existence même est attaquée tant au sens propre qu’au sens figuré.

Que ce soient les roquettes qui pleuvent sur les écoles israéliennes ou le barrage constant d’une rhétorique visant à le diaboliser, de la double échelle de valeurs et de la délégitimisation, l’État d’Israël est menacé.

Ces éléments sont symptomatiques du nouveau mal qu’est le nouvel antisémitisme.

En exploitant les idéologies antisémites, antiaméricaines et antioccidentales, il vise le peuple juif en désignant sa patrie, Israël, comme la source de l’injustice et des conflits mondiaux, et utilise pour ce faire et de manière perverse, le langage des droits de la personne.

Nous ne devons cesser d’exposer ce nouvel antisémitisme pour ce qu’il est. Comme tout autre pays, Israël peut, bien sûr, faire l’objet de critiques justes. Et comme tout pays libre, Israël peut lui-même se soumettre aux critiques que suscite un débat démocratique sain et nécessaire. Mais quand Israël, le seul pays au monde dont l’existence même est menacée, fait l’objet d’une condamnation constante et ouverte, je crois que nous sommes moralement tenus de prendre position.

Pour un pays comme le Canada, ce serait facile de souscrire au sentiment anti-israélien, de s’entendre avec d’autres pays.

Il serait plus facile de prétendre que tenir des propos anti-israéliens signifie d’une façon ou d’une autre être impartial, et de les justifier sous le prétexte mensonger que nous jouons le rôle d’« intermédiaire impartial ».

De plus, il serait aussi plus facile d’obtenir des votes; or, prendre position — même pour défendre un ami — risque souvent d’offenser quelqu’un.

Oui, il serait bien plus facile pour nous « d’être accommodant pour être accommodant ».

Mais le Canada ne se contentera pas « d’être accommodant pour être accommodant ».

Le Canada réaffirme le droit d’Israël d’exister — en tant qu’État juif — en paix et en sécurité.

À cet égard, aucune ambivalence morale n’est permise. En tant que pays libre, nous devons parler clairement.

Nous avons le droit, et par conséquent l’obligation, de prendre la parole et d’agir.

Le Canada ne restera pas silencieux et n’acceptera pas que l’État juif soit attaqué parce qu’il défend son territoire et ses citoyens.

Nous réaffirmons le droit fondamental d’Israël de défendre les civils innocents contre le terrorisme.

Tout comme le fascisme et le communisme ont été combattus par les générations antérieures, nous devons aujourd’hui combattre le terrorisme.

Or, trop souvent, l’État d’Israël est aux premiers rangs de notre combat et son peuple est la cible des terroristes.

La Deuxième Guerre mondiale nous a montré les conséquences tragiques de la conciliation à tout prix.

Ce sont les accommodements et les tentatives d’apaisement qui ont permis au fascisme de prendre de la vigueur.

Comme l’a dit Winston Churchill : « Un conciliateur, c’est quelqu’un qui nourrit un crocodile en espérant qu’il sera le dernier à être mangé. »

Donc, nous défendons le droit d’Israël d’exister.

Et nous le faisons en termes non équivoques et avec toute la « puissance intelligente » du Canada.

Cela ne signifie toutefois pas que le Canada n’est pas en faveur de l’établissement d’un État palestinien.

Au contraire, la position qu’a adoptée notre gouvernement est très claire. Le statu quo n’est pas une option.

Nous appuyons une solution au conflit israélo-palestinien prévoyant deux États, soit une entente négociée entre les deux parties de bonne foi et sans condition préalable.

Nous sommes d’avis que la déclaration qu’a faite le Quartet en septembre dernier servira de base à une reprise des négociations.

Nous encourageons les deux parties à accepter les principes du Quartet et à reprendre des discussions directes et soutenues.

En ce sens, nous espérons que la Jordanie ainsi que d’autres pays mèneront bientôt des interventions efficaces.

Permettez-moi de conclure en évoquant la voie à suivre.

Tout d’abord, laissez-moi vous raconter une petite histoire : J’étais présent lorsque le premier ministre Netanyahu (ou Bibi) s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations Unies l’automne dernier.

J’étais fier d’être là pour entendre ce qu’il avait à dire.

Et quand il est question de leadership, ça, mes amis, c’était du leadership.

Il ne s’était pas présenté devant l’Assemblée pour être applaudi, mais pour donner l’heure juste.

Il s’est prononcé contre l’islam militant.

Il a fait remarquer qu’Israël gardait espoir en la paix.

Il a exhorté les Palestiniens à faire la paix, à reconnaître Israël et à reprendre les discussions.

Il a dit une chose en particulier qui m’a vraiment interpellé, soit « arrêter de négocier à propos des négociations ».

Le Canada est entièrement d’accord.

Le facteur unificateur des soulèvements qui se sont produits dans l’ensemble du monde arabe est le désespoir de la population en ce qui a trait à l’absence d’emplois, d’espoir et de possibilités.

De tels sentiments sont naturels, mais ces soulèvements sont, de par leur nature, imprévisibles et, une fois qu’ils sont en cours, il est difficile de les maîtriser.

En reprenant les négociations en vue de parvenir à une paix durable, en résistant à la tentation de discuter avec des conditions préalables, et en évitant les mesures qui viseraient à préjuger l’issue des discussions, les dirigeants palestiniens peuvent immédiatement prendre des mesures en faveur d’une transition plus équilibrée et stable au statut d’État.

Le Hamas, ainsi que les autres dirigeants qui prônent la violence, doivent renoncer aux actes de terrorisme et renier les barbares qui les commettent s’ils veulent contribuer légitimement à l’avenir des Palestiniens.

Comme l’a déclaré le premier ministre Netanyahu l’automne dernier, la négociation d’un règlement est sans contredit la meilleure solution pour veiller à ce que les Palestiniens ne soient « ni des citoyens d’Israël ni ses sujets ».

Les Palestiniens et les Israéliens méritent leur propre État libre.

Ils méritent de vivre dans la paix, la sécurité et la dignité humaine.

À cette fin, les deux peuples doivent utiliser leur liberté pour le bien.

Le Canada est prêt à leur venir en aide de quelque manière que ce soit. Nos grandes communautés de la diaspora surveillent bien entendu la situation de près.

Il y a plus de 60 ans, Israël est apparu comme une lumière dans un monde émergeant d’une obscurité profonde.

Contre toute attente — et en dépit des efforts concertés de certains —, cette lumière n’a pas été éteinte.

Elle brille toujours.

Et elle brille encore plus lorsqu’elle est soutenue par les principes que sont la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Il est possible d’éclairer davantage cette région — surtout alors que l’obscurité de l’incertitude régionale menace de s’épaissir.

Il est possible que deux États existent dans le respect des principes que sont la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

En travaillant ensemble, nous renforçons et confirmons ces principes importants en paroles et en actes.

Et nous choisissons d’utiliser nos libertés et notre humanité commune pour le bien et non pour le mal.

Je vous remercie.