Discours du ministre Baird à l’École de politique publique de l’Université de Calgary

Le 22 mai 2012 - Vancouver (Colombie-Britannique)

Sous réserve de modifications

Le ministre Baird prononce une allocution à l’École de politique publique de l’Université de Calgary 

Je suis très heureux d’être de retour à Vancouver, l’une des villes du monde qui comptent parmi mes préférées.

En tant que porte vers l’Asie, Vancouver revêt aussi une importance cruciale pour la réussite du Canada dans l’économie mondiale.

La semaine dernière marquait le premier anniversaire de ma nomination à titre de ministre des Affaires étrangères. 

Cela m’a ramené en mémoire les souvenirs de ma première journée en poste et des nombreux appels reçus de divers homologues un peu partout dans le monde. 

Ils m’ont rappelé que j’entrais dans le monde de la diplomatie à un moment particulièrement intéressant de l’histoire.

Comme ils avaient raison!

Dans les douze derniers mois, plus ou moins, des vagues de changement et des conflits ont secoué de grandes parties du monde.

Ils ont fait les manchettes des médias jour après jour.

On parle moins toutefois de la révolution fondamentale qui est en train de modifier, et rapidement, la conduite des affaires internationales.

De même, de forts vents alizés soufflent à travers le Pacifique, faisant basculer l’équilibre des forces commerciales de l’Ouest à l’Est, et du Nord au Sud, et cela non sans graves répercussions.

Certains prédisent déjà que le présent siècle sera celui du Pacifique.

Et le Canada, en tant que pays bordant le Pacifique, peut être et sera un acteur important dans cette ère prometteuse.

Mon allocution ce soir portera sur la manière dont nous comptons concrétiser cela.

Mon ami et homologue britannique William Hague a déclaré récemment que l’influence sur la scène internationale d’un pays reposait sur la vigueur de son économie.

La politique étrangère est le prolongement naturel de l’intérêt national. Les intérêts canadiens et les valeurs canadiennes doivent primer dans tout ce que nous faisons. 

Pour le Canada actuel, cela signifie accroître les possibilités économiques pour garantir des emplois, la croissance et la prospérité à long terme au profit de tous les Canadiens.

Cela signifie travailler avec nos partenaires internationaux pour améliorer la sécurité mondiale.

Et cela signifie assurer la défense des valeurs canadiennes et en faire la promotion, tout en les présentant au monde comme des piliers puissants :

  • la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit;
  • la dignité pour tous.

La manière dont nous protégeons ces valeurs canadiennes importantes tout en créant des débouchés conditionnera le succès du Canada en ces temps de grande incertitude face à un monde en profonde mutation.

Le Fonds monétaire international estime qu’il est vraisemblable que l’économie de la Chine surpassera celle des États-Unis d’ici 2016. 

Dans les dernières années, 400 millions de Chinois sont sortis des rangs de la pauvreté pour joindre la classe moyenne du pays, en forte expansion.

Cette classe moyenne dépasse, et de loin, la population totale des États-Unis.

L’utilisation des réseaux sociaux en ligne croît à pas de géant, et le gouvernement chinois prend des mesures pour faire du yuan une devise internationale.

Il y a quelques mois à peine, à l’instigation du premier ministre Stephen Harper, nous avons conclu un accord sur la protection des investissements étrangers ainsi qu’un accord de coopération nucléaire avec la Chine.

L’été dernier, j’ai affirmé devant des auditoires de gens d’affaires à Toronto et à Shanghai que les relations entre le Canada et la Chine avaient atteint un sommet.

Je suis heureux de dire que nous avons aujourd’hui dépassé ce sommet. 

Nos relations se sont améliorées, notre amitié s’est renforcée.

Et nos pandas en sont la preuve.

Mais la transformation de l’Asie-Pacifique ne concerne pas que la Chine.

Elle concerne également le Japon, la République de Corée, l’Inde et les États membres de l’ANASE [l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est], notamment l’Indonésie et le Vietnam.

Ces pays connaissent une croissance exponentielle.

Notre gouvernement en est bien au fait.

L’économie de Singapour, par exemple, devrait doubler en six ans.

Dans un récent rapport, la Banque HSBC a prédit que d’ici 2050, 19 des 30 plus grandes économies seront celles de pays que nous qualifions actuellement d’« émergents ».

Ces données sont tout simplement stupéfiantes.

Le potentiel économique est immense.

La mutation démographique est colossale.

Et le Canada ne doit pas être en reste. Nous n’avons pas le choix, il s’agit d’un impératif.

C’est pourquoi, avant de me rendre à Londres ou à Paris, j’ai fait un détour par des villes chinoises et indonésiennes.

Ces deux pays comptent collectivement plus d’un milliard et demi d’habitants.

Et la bonne nouvelle est la suivante : le Canada jouit d’une position idéale pour promouvoir ses intérêts sur la scène internationale, tant sur le plan des ressources naturelles brutes et du capital humain que sur le plan des valeurs et de la liberté.

Le Canada possède ce que les autres souhaitent avoir.

Les besoins mondiaux en énergie augmenteront de 50 p. 100 d’ici 2030, et cette hausse proviendra surtout de l’Asie. 

Par conséquent, lorsque je rencontre mes homologues du monde entier, j’insiste constamment sur la réputation du Canada en tant que superpuissance en matière de ressources.  

Les gens sont stupéfaits lorsque je leur dis que le Canada possède la troisième réserve pétrolière du monde, ce que bon nombre de personnes ignorent.

De même, peu sont conscients que nous figurons parmi les principaux producteurs de cuivre, de nickel, de zinc et d’uranium.

Et pour beaucoup, les statistiques concernant le secteur forestier de la Colombie-Britannique, par exemple, dépassent tout simplement l’entendement.

Il y a une demande énorme pour ces produits. Et il est temps que le Canada tire pleinement parti de ces largesses.

C’est pourquoi nous croyons que le pipeline Northern Gateway revêt une importance si grande pour notre prospérité future.

Nous devons rappeler au monde que le Canada peut être une source de stabilité dans un monde instable.

Que le Canada peut être un partenaire digne de confiance lorsqu’il s’agit d’exploiter ses ressources de manière responsable.

L’ouest du Canada, en particulier, est prêt à accomplir des choses incroyables.

Le gouvernement comprend cela.

Ce n’est pas un problème, comme certaines personnes l’ont suggéré récemment à Ottawa.

C’est une réalité prometteuse de l’économie canadienne.

En tant que ministre de premier plan à Ottawa, je sais que cela représente une grande partie de la prospérité de notre pays.

Tout comme le secteur automobile a été stimulé par le Pacte de l’automobile dans les années 1960, l’ensemble du pays devrait être stimulé par les possibilités créées par l’essor que connaît l’Ouest.

Ce qui est bon pour l’Ouest est bon pour le Canada.

Ce qui est bon pour l’Est est bon pour le Canada. 

Je n’épouse pas les valeurs de l’ouest du Canada dans mes voyages. J’épouse les valeurs des Canadiens de toutes les régions du pays.

Des possibilités extraordinaires sont à notre portée, et si nous sommes prêts à les saisir, nous garantirons la prospérité et la sécurité de la prochaine génération de Canadiens.

Mais le succès ne se produit pas de lui-même.

Nous devons nous y préparer, créer les conditions gagnantes et faciliter les affaires avec nos partenaires — ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui.

Et c’est ce à quoi s’emploient le premier ministre et notre gouvernement.

Nous avons été clairs sur le fait que les États-Unis, étant notre plus proche voisin, demeureront aussi notre allié le plus proche et notre plus important partenaire commercial.

C’est pourquoi nous appuyons le projet d’oléoduc Keystone XL — qui créera des dizaines de milliers d’emplois à travers l’Amérique du Nord.

C’est pourquoi nous travaillons fort pour jumeler notre poste frontalier de Windsor, le plus important et le plus occupé, à celui de Detroit.

C’est pourquoi le premier ministre [Stephen] Harper et le président des États-Unis Barack Obama se sont entendus sur les éléments du vaste plan d’action Par-delà la frontière qui vise à faciliter et à accroître les activités commerciales et touristiques légitimes.

Nous voulons aussi conclure de nouveaux accords commerciaux avec l’Europe. Le ministre du Commerce international Ed Fast, qui est originaire des environs d’Abbotsford travaille sans relâche pour conclure cette année un accord avec l’Union européenne.

Cet accord représenterait des milliards de dollars en retombées pour l’économie canadienne.

Oui, les alliances traditionnelles sont toujours importantes. Elles ont contribué à faire du Canada ce qu’il est aujourd’hui, un pays extraordinaire. Mais la réussite future du Canada repose sur notre capacité à accueillir le changement, à forger de nouveaux liens et à établir des réseaux différemment.

Je me suis attaché à revigorer notre diplomatie, à renouer les liens avec le monde et à réaffecter les ressources limitées là où nous devons nous trouver maintenant et dans 10 et 20 ans.

Nous avons voulu nous joindre au Partenariat transpacifique.

Nous avons ouvert six bureaux en Chine, trois en Inde, un en Mongolie et un au Brésil.

De plus, nous travaillons actuellement à mener à terme des accords de libre-échange avec l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et la Thaïlande.

Nous nous sommes dirigés vers de nouveaux partenaires et de nouvelles voies.

Nous avons demandé au secteur privé de faire la même chose.

Plus tôt aujourd’hui, j’ai rencontré des membres de diverses communautés de la diaspora asiatique : des gens de divers horizons, avec diverses expériences.

Mais chaque personne que j’ai rencontrée peut aider le Canada à établir des liens réels avec son pays d’origine et à créer de nouveaux débouchés.

L’an dernier, la revue The Economist signalait que les réseaux commerciaux de la diaspora sont en train de, et je cite, « redessiner le monde ».

Elle mentionnait que ces communautés de la diaspora accélèrent la transmission de l’information, favorisent la confiance et créent des liens qui aident les gens à collaborer.

En d’autres mots, ce modèle a le potentiel de transformer les affaires à l’échelle du monde entier.

Nous devons, comme pays, participer à ce phénomène.

Une économie mondialisée nous force à bâtir de nouvelles relations, à faire œuvre de pionniers et à sortir des sentiers battus.

Le Canada, en tant que nation du Pacifique, occupe une position unique pour un brillant avenir, et ce, en raison surtout de ses valeurs.

Nos intérêts et nos valeurs sont intimement liés.

Nos valeurs sont ce qui nous distingue comme Canadiens.

Elles sont les richesses intangibles que nous pouvons offrir.

Et, tout comme nos ressources, elles font l’envie du monde :

  • la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit;
  • la dignité de tout être humain.

Ce sont des valeurs chères aux Canadiens, et les valeurs auxquelles le monde aspire désespérément.

Le Canada et les autres démocraties libérales ont manifestement intérêt à s’assurer que ces valeurs sont au cœur de leurs politiques et de leurs relations internationales.

Le Printemps arabe est né à la suite du geste d’un vendeur des rues de la Tunisie.

Il souhaitait, comme un grand nombre de ses compatriotes, vivre dans la dignité et la liberté dont jouissent beaucoup de gens ailleurs dans le monde.

Lui, tout comme ceux qu’il a inspirés, était en quête d’espoir et de perspectives d’avenir – ces éléments qui sont d’une importance fondamentale.

L’histoire est jalonnée de révolutions menées par des marginalisés, des jeunes et des gens privés de leurs droits électoraux.

Dans tout le monde arabe, ces cris pour la liberté ne concernaient pas seulement les droits de la personne, mais ils concernaient aussi la dignité.

La dignité de pouvoir faire vivre sa famille.

La dignité de pratiquer sa religion.

La dignité de contribuer à la société.

Ce principe de la dignité individuelle est essentiel au progrès de toute nation.

Au cours de l’an dernier, il est devenu clair que ces appels à la liberté et à l’ouverture dans le monde entier deviennent de plus en plus forts, et de plus en plus insistants.

En Afrique du Nord, au Moyen-Orient, en Birmanie et ailleurs, les gens sont engagés dans une lutte pour faire valoir leurs droits individuels.

Ils revendiquent le droit d’exprimer leurs opinions, d’exprimer leurs préoccupations, d’avoir voix au chapitre sur la manière dont ils sont gouvernés.

Ils veulent pouvoir eux aussi profiter des avantages qu’offrent les sociétés ouvertes du siècle actuel.

En d’autres mots, ils veulent ce que nous voulons tous : de l’espoir et des perspectives d’avenir.

L’espoir et des perspectives d’avenir sont les fondements de la stabilité et de la prospérité dans toute société.

Et il en va de notre intérêt d’aider ces gens qui veulent bâtir une société libre à donner une voix à ceux qui n’en ont pas et de permettre à chaque personne de vivre dans la paix et dans la dignité.

Nous ne faisons pas le choix des droits de la personne que nous défendons et nous ne choisissons pas arbitrairement ceux et celles dont nous défendons les droits.

Malheureusement, c’est ce qu’ont perdu de vue un trop grand nombre de dirigeants dans trop de pays.

Les pays progressistes comme le Canada adoptent le pluralisme et puisent leur force dans la différence.

Nous ne faisons pas de compromis au chapitre des droits fondamentaux.

Pas plus que nous ne considérons ces droits comme appartenant à quelques privilégiés.

Nous défendons vigoureusement les idéaux et les principes qui ont apporté à notre pays la diversité, la prospérité et la liberté.

Ceux qui tenteraient de répandre la haine et l’intolérance dans notre pays sont assujettis à la règle du droit — celle qui respecte nos valeurs communes et les libertés individuelles.

Nous défendons les marginalisés, les minorités religieuses, les gais et les lesbiennes, les femmes et les filles qui sont privés de leurs droits fondamentaux et de la dignité qu’ils méritent.

Dans une société ouverte, tous ont la possibilité de se développer et de prospérer.

Pour le Canada, l’essentiel c’est que les débouchés économiques, les nôtres ou ceux des autres pays, reposent sur des sociétés libres, transparentes et ouvertes.

Notre politique étrangère continuera d’appuyer le développement de ces sociétés en Asie et ailleurs.

Nous avons tous intérêt à ce qu’il en soit ainsi.

Nous avons tous intérêt à nous assurer, comme mon homologue hollandais l’a dit à Ottawa l’autre jour, « que tous les pays, y compris l’Asie, sont engagés envers les institutions internationales qui préservent notre sécurité et notre prospérité ».

C’est là le contexte mondial, l’état de la situation.

Et en faisant ensemble la promotion des valeurs canadiennes et des intérêts canadiens, en menant nos affaires de manière honorable et en nous inspirant de cet esprit pionnier qui a fait de notre pays un grand pays, nous pourrons porter le Canada vers la réussite dans ce siècle du Pacifique.

Merci.