Discours du ministre Baird à l’occasion du séminaire des Nations Unies pour mieux comprendre et combattre l’attrait du terrorisme

Le 27 juin 2012 – New York, New York

Sous réserve de modifications

Je tiens à remercier le président de l’Assemblée générale des Nations Unies, M. Nassir Abdulaziz Al-Nasser, pour avoir convoqué cet excellent séminaire.

Le thème « Promouvoir le dialogue, mieux comprendre et combattre l’attrait du terrorisme » est à la fois opportun et pertinent.

Bien que je sois heureux d’être ici pour exprimer le point de vue du Canada, le problème dont nous discutons est grave et particulièrement déplaisant.

Chacun de nous, j’en suis convaincu, souhaiterait qu’un tel séminaire soit superflu.

Tous les pays et tous les peuples du monde rêvent du jour où la menace du terrorisme sera chose du passé…

… du jour où nous aurons réalisé ce vœu qu’avait formulé notre secrétaire général, il y a à peine neuf mois : vaincre le terrorisme et bâtir un monde plus sûr et plus juste pour tous, et où la paix règne sans partage.

Presque chaque jour ou chaque semaine nous rappelle le triste et tragique anniversaire d’un attentat contre des civils innocents, perpétré au nom d’une idéologie politique, religieuse ou autre.

Aujourd’hui, le 27 juin, marque l’anniversaire de l’attentat meurtrier au gaz sarin commis à Matsumoto, au Japon, en 1994.

Souvenons-nous également du détournement du vol 139 d’Air France, survenu à la même date en 1976, au cours duquel les otages ont été emmenés à Entebbe, puis, une semaine plus tard, libérés pour la plupart à la suite d’un raid de nuit sans précédent qui est passé à l’histoire.

Sans vouloir en rien diminuer le courage et l’audace de ceux qui ont mené l’opération de sauvetage, nous sommes tous d’avis qu’il vaut mieux prévenir les attaques terroristes qu’en subir les conséquences, d’où l’importance du séminaire d’aujourd’hui.

Si, forts de notre compréhension des causes du terrorisme et de nos efforts pour les éradiquer, nous arrivons à prévenir un attentat violent – et à sauver ne serait-ce qu’une vie innocente–, nos efforts n’auront pas été vains.

Cette analyse du terrorisme que nous voulons effectuer pour mieux le comprendre repose sur la coopération mondiale et l’engagement des États membres.

Au Canada, par exemple, nous avons lancé le projet Kanishka, ainsi baptisé en souvenir de l’explosion du Boeing 747 d’Air India causée par une bombe à bord. Cet incident terroriste a causé la mort de 329 innocents, dont 280 Canadiens.

Le projet Kanishka nous permettra d’investir des fonds dans la recherche sur le terrorisme et les moyens de lutter contre lui, notamment pour prévenir la montée des extrémismes violents.

J’aimerais maintenant parler des deux thèmes centraux de mon intervention : l’attrait du terrorisme et la façon de lutter contre cet attrait.

Mieux comprendre l’attrait du terrorisme

Nous ne devons pas perdre de vue la raison de notre interrogation quant à l’attrait du terrorisme.

C’est que nous voulons éliminer les causes des actes terroristes et non les valider.

Nous cherchons en effet des explications et non des excuses.

Nous cherchons des raisons et non des rationalisations.

Lorsque nous trouvons une cause du terrorisme, notre but est de prévenir l’acte et non d’en blâmer la victime.

Les terroristes utilisent la violence à des fins politiques, religieuses ou idéologiques.

Or, nombreux sont ceux dans le monde qui professent les mêmes croyances politiques, religieuses ou idéologiques sans pour autant recourir à la violence.

Donc la question n’est pas de savoir pourquoi les gens ont des convictions politiques, religieuses et idéologiques.

La question est de déterminer pourquoi certains donnent dans l’extrémisme et la violence.

Il serait tentant de nous satisfaire de réponses faciles et simplistes, mais cela ne nous avancerait guère.

Dans une étude, la Gendarmerie royale du Canada, notre corps policier national, soutient qu’il est faux de penser, malgré la croyance populaire, que le terrorisme découle naturellement de la pauvreté et d’un sentiment d’aliénation.

Je cite : « Même si la croyance populaire veut que la pauvreté et l’aliénation en soient la cause, cette croyance n’a pas été prouvée. Les terroristes qui se sont radicalisés ne vivent pas nécessairement en marge d’une société. »

L’universitaire norvégien Laila Bokhari a lui aussi fait remarquer que les terroristes sont rarement issus de milieux pauvres. Au contraire, ils ont plutôt tendance à être instruits et à appartenir à la classe moyenne.

Les exemples qui suivent lui donnent raison :

  • Dans l’affaire des attentats terroristes de 2007 au Royaume-Uni, les suspects étaient des médecins, des scientifiques médicaux et un ingénieur.
  • Dans l’affaire des attentats du 11 septembre, les membres de la « cellule de Hambourg », qui y ont joué un rôle clé, étaient tous des étudiants de niveau universitaire.

Par ailleurs, il n’est pas faux que les terroristes jouent parfois la carte de la pauvreté pour parvenir à leurs fins et qu’ils justifient leurs actes en affirmant agir au nom des pauvres ou alors dénoncent cette pauvreté pour obtenir des appuis.

Combattre l’attrait du terrorisme

J’aimerais maintenant passer au second thème de mon intervention : les moyens de lutter contre l’attrait du terrorisme.

Combattre l’attrait du terrorisme est une grande priorité de la Stratégie antiterroriste du Canada, lancée au début de l’année.

Cette stratégie comprend quatre volets :

  • Empêcher les particuliers de participer à des activités terroristes;
  • Déceler les activités des particuliers et des organisations qui peuvent poser une menace terroriste;
  • Priver les terroristes des moyens et des occasions de poursuivre leurs activités;
  • Intervenir de façon rapide, proportionnelle et organisée en cas d’activités terroristes et en atténuer les effets.

C’est dans les efforts que nous menons pour combattre l’attrait du terrorisme que le volet « prévention » de notre stratégie prend toute sa pertinence.

Dans ce domaine, le Canada agit selon trois axes :

Premièrement, le gouvernement collabore avec des groupes et des particuliers pour renforcer la résilience des collectivités face à l’extrémisme violent et à la radicalisation.

La diversité canadienne représente une force, et non une faiblesse, dans la lutte antiterroriste. Mais à cette force s’ajoutent la sensibilisation et l’engagement des différentes communautés sans lesquelles notre lutte serait vouée à l’échec.

Avec l’appui et l’engagement des communautés, nous espérons freiner la radicalisation qui mène à la violence.

Cet engagement nous permettra :

  • de mieux comprendre comment et pourquoi certaines personnes sont attirées par les idéologies extrémistes violentes;
  • de comprendre quels sont les meilleurs outils pour aider les communautés à contrer ces menaces;
  • de mettre à profit les programmes et les partenariats existants afin d’atteindre nos objectifs de prévention;
  • de définir les indicateurs qui nous permettront de mesurer les résultats de nos programmes et leur efficacité.

Deuxièmement, le gouvernement doit émettre des messages positifs pour faire contrepoids aux faux messages de promotion des idéologies extrémistes violentes.

Certaines organisations terroristes mènent des campagnes très élaborées de propagande et de sensibilisation. Elles se servent pour cela d’Internet et d’autres médias qui représentent aussi pour elles des moyens de coordonner leurs actions.

Pour nous, la seule façon de dénoncer le mensonge est d’exposer la vérité.

Nous allons donc nous efforcer d’affaiblir la propagande extrémiste en disant la vérité au sujet de la société canadienne. Nous allons rappeler que nous avons une société ouverte, diversifiée et inclusive, que le Canada adhère aux grands idéaux que sont la liberté et le respect des droits de la personne.

La vérité est belle et elle l’emportera sur la propagande terroriste.

Troisièmement, le Canada continuera de collaborer avec ses partenaires internationaux.

Avec d’autres États qui partagent notre vision des choses, nous continuerons de coordonner nos efforts pour stabiliser les États vulnérables et limiter les conditions qui favorisent globalement le développement de l’extrémisme violent.

Le Canada s’est engagé auprès du Forum anti-terroriste mondial à diriger les travaux pour mesurer l’efficacité des programmes de lutte contre l’extrémisme violent.

Nous collaborerons avec nos homologues internationaux pour faire avancer ce dossier par des échanges ouverts et des travaux de recherche innovateurs. Nous espérons qu’à partir de notre travail, les membres de la communauté internationale pourront améliorer leurs propres cadres de travail et mieux mesurer l’efficacité des mesures de prévention du terrorisme prises par chacun.

C’est d’ailleurs dans cette perspective que nous tiendrons, plus tard cette année, un colloque sur les moyens de mesurer l’efficacité de l’engagement public. Nous sommes impatients de poursuivre nos travaux dans ce domaine très important.

Trop souvent et depuis trop longtemps, le terrorisme et la menace de violence qui en découle assombrissent nos vies. Et il en sera ainsi jusqu’à ce que nous sortions vainqueurs de ce combat.

Mais je vois poindre l’espoir.

Le rassemblement d’aujourd’hui en est porteur.

Les efforts que déploient les États membres en sont aussi.

De même, nous retrouvons l’espoir dans les conseils prodigués par le grand Mohandas Gandhi, père de la nation indienne.

Et je cite : « Quand je désespère, je me souviens qu’à travers toute l’histoire, les chemins de la vérité et de l’amour ont toujours triomphé.

« Il y a eu des tyrans et des meurtriers, et parfois ceux-ci ont semblé invincibles. Mais à la fin, ils sont toujours tombés. N’oubliez jamais cela. »

Puisse le dialogue d’aujourd’hui, aussi bref soit-il, être un flambeau qui animera la lutte antiterroriste à l’échelle mondiale.

Il suffit d’une étincelle pour allumer le feu qui repoussera la noirceur et illuminera le monde.

Je vous remercie.