Discours du ministre Baird à la séance plénière de l’examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies

Le 28 juin 2012 – New York, New York

Sous réserve de modifications

Alors que nous sommes ici réunis pour renouveler notre engagement multilatéral à lutter contre le terrorisme, nul ne peut ignorer qu’à cinq kilomètres à peine de cette salle se trouve un monument emblématique.

Je veux parler de Ground Zero, là où s’est produite l’attaque terroriste la plus meurtrière dans l’histoire du monde.

Comme je l’ai mentionné l’automne dernier dans mon discours devant l’Assemblée générale, les attaques du 11 septembre nous ont rappelé brutalement que le mal existe, que la vie est fragile, que la liberté compte des ennemis, et que le venin du terrorisme radical n’est pas une vue de l’esprit.

Si le fascisme et le communisme ont été les grands champs de bataille des générations antérieures, le terrorisme est le principal champ de bataille de la nôtre.

Nul pays n’est à l’abri de cette menace et nul pays ne peut fermer les yeux sur celle-ci. Des attentats au camion piégé à Al-Qataniyah et à Al-Adnaniyah, en Iraq, à l’incendie du cinéma Rex à Abadan, en Iran, du massacre dans une école de Beslan, en Russie, à la destruction de l’appareil d’Air India qui effectuait le vol 182, en passant par les attentats synchronisés perpétrés à Mumbai en 1993, les attaques les plus meurtrières de notre histoire montrent que le terrorisme ne respecte ni les frontières ni la population civile et qu’il ne cible aucune région en particulier.

C’est avec tristesse et sans aucune fierté que je mentionne que le Canada a, concrètement, subi la brutalité du terrorisme.

  • L’attentat à la bombe contre un vol d’Air India en 1985, auquel j’ai fait référence plus tôt, a été planifié et mis à exécution sur notre territoire, faisant 280 victimes canadiennes.
  • Le 11 septembre 2001, 24 Canadiens ont perdu la vie.
  • Et, parce que le Canada est une nation qui s’enrichit de la contribution d’immigrants venus de partout, dès qu’une attaque terroriste survient quelque part dans le monde, la douleur est ressentie et partagée par des familles et des amis canadiens.

Le Canada définit le terrorisme comme un acte visant à causer intentionnellement un préjudice grave afin d’intimider le public, notamment pour qu’il craigne pour sa sécurité, ou d’exercer des pressions sur une personne, un gouvernement ou une organisation à des fins politiques, religieuses ou idéologiques.

Les causes politiques, religieuses ou idéologiques ne sont pas synonymes de terrorisme. Toutefois, le recours à la violence pour atteindre des objectifs politiques, religieux ou idéologiques, l’est.

Si je le précise, c’est pour souligner que rien ne justifie un acte terroriste, quelle que soit la cause défendue et quelle que soit la légitimité des doléances.

Sur ce point, il est révélateur que la communauté des nations, unie en cette assemblée, se soit entendue pour condamner le terrorisme de manière claire et non équivoque.

La Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, telle qu’elle a été énoncée en 2006 dans la résolution 60/288, formule en des termes catégoriques et absolus l’affirmation solennelle des États membres :

De condamner systématiquement, sans équivoque et vigoureusement le terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, quels qu’en soient les auteurs, les lieux et les buts, car il constitue une des menaces les plus graves contre la paix et la sécurité internationales.

On dit du langage diplomatique qu’il conserve un certain flou par pragmatisme. Les solutions aux questions dont est saisie l’Assemblée générale sont souvent esquissées, non pas noir sur blanc, mais dans des tons de gris.

Il n’en va certainement pas ainsi de notre détermination à lutter contre le terrorisme. Celle-ci s’exprime sans flou ni ambiguïté.

Les termes sont clairs comme de l’eau de roche : « […] sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations, quels qu’en soient les auteurs, les lieux et les buts […] »

Trop souvent, les médias internationaux refusent d’employer le mot « terroriste », convaincus naïvement et à tort que parler d’actes terroristes pour faire état de violences revient à porter un jugement sur la cause que défendent leurs auteurs.

En prétendant que tout est relatif, ces organes de presse nient l’existence même du terrorisme.

Le terrorisme n’est en soi ni une cause politique ni une cause religieuse. Il s’agit plutôt du recours à la violence contre des civils, des policiers et des militaires pour servir une cause.

Dans la même optique, les enseignements du grand Mohandas Gandhi nous rappellent qu’il ne faut pas confondre la justesse d’une cause avec la violence terroriste utilisée pour la défendre.

Gandhi a écrit que « jamais la violence ne pourra propager la vérité ».

Le Canada a salué l’adoption de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies en septembre 2006. Je suis heureux de réaffirmer notre attachement à celle-ci aujourd’hui.

Le Canada adhère aux quatre piliers de la Stratégie, en :

  • s’attaquant aux conditions susceptibles de propager le terrorisme;
  • prévenant et combattant le terrorisme;
  • renforçant les capacités antiterroristes;
  • respectant les droits de la personne et la primauté du droit.

Les États membres ont la responsabilité première de mettre en œuvre la Stratégie. Le Canada a réalisé des progrès importants en ce sens, tant sur son territoire qu’à l’échelle mondiale.

Cette année, en février, le gouvernement du Canada a rendu publique sa Stratégie antiterroriste officielle.

Elle s’articule autour de quatre grands domaines d’intervention qui se renforcent mutuellement : empêcher, déceler, priver et intervenir.

S’attaquer aux conditions susceptibles de propager le terrorisme

Le premier pilier de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies est également le premier élément de la Stratégie antiterroriste du Canada, qui consiste à empêcher des particuliers de recourir au terrorisme.

Nous veillons à ce que les collectivités canadiennes résistent mieux à l’extrémisme violent et à la radicalisation. Nous n’hésiterons pas à contester et à battre en brèche les arguments qui sous-tendent l’extrémisme violent. Notre objectif est de réduire le risque que des personnes se laissent entraîner vers l’extrémisme violent et la radicalisation.

Notre gouvernement investit également des ressources importantes dans la recherche sur le terrorisme et la lutte antiterroriste, par exemple sur les façons de prévenir et de réprimer l’extrémisme violent.

Prévenir et combattre le terrorisme

Pour actualiser le deuxième pilier de la Stratégie des Nations Unies, à savoir prévenir et combattre le terrorisme, le Canada prend de nombreuses mesures concrètes, dont :

  • l’adoption de lois nationales pour que soient mis en œuvre et appliqués les 12 Conventions et Protocoles des Nations Unies sur le terrorisme auxquels le Canada est partie;
  • le gel des avoirs, l’interdiction de déplacement et un embargo sur les armes à l’encontre de personnes ou d’organisations soupçonnées d’apporter un soutien au terrorisme ou d’y être associées;
  • une nouvelle loi qui permet aux victimes d’actes terroristes d’intenter des poursuites contre les responsables et contre ceux qui les soutiennent, y compris des États;
  • des amendements au code pénal pour que les responsables de l’application des lois disposent des outils nécessaires afin de réprimer efficacement le terrorisme et de s’attaquer avec plus d’efficacité au terrorisme nucléaire;
  • une stratégie de cybersécurité pour le Canada;
  • l’investissement dans le renforcement de la sécurité du transport aérien des passagers et des marchandises.

À l’heure actuelle, notre Parlement examine un projet de loi sur le terrorisme nucléaire. Son adoption permettra au Canada de ratifier à la fois la Convention internationale pour la répression des actes de terrorisme nucléaire et l’Amendement de la Convention sur la protection physique des matières nucléaires.

Renforcer les capacités antiterroristes

Le terrorisme est un phénomène mondial qui se moque des frontières. Par conséquent, une action efficace contre celui-ci doit s’inscrire à la fois dans une perspective mondiale et ne présenter aucune faille susceptible d’être exploitée par les terroristes.

C’est pourquoi le troisième pilier de la Stratégie antiterroriste des Nations Unies — accroître les moyens dont disposent les États pour prévenir et combattre le terrorisme — s’avère essentiel.

Le Programme d’aide au renforcement des capacités antiterroristes du Canada fournit à d’autres pays de la formation, du matériel, une aide technique et juridique, d’autres formes d’assistance à la sécurité ainsi que de l’expertise pour les aider à prévenir et à réprimer des activités terroristes.

Nous fournissons à d’autres pays la formation et le matériel dont ils ont besoin pour que les organismes chargés de l’application des lois puissent partager l’information et mener des enquêtes, de façon à renforcer la sécurité frontalière et à empêcher que des groupes terroristes utilisent des fonds pour financer des attaques dans le monde entier.

À cette fin, je suis heureux de confirmer que le Canada, par le biais du Programme d’aide au renforcement des capacités antiterroristes, fournira un financement supplémentaire de 8 millions de dollars pour des projets visant à renforcer la coopération globale dans le domaine de l’antiterrorisme.

Nous attachons une grande importance à la création récente du Forum mondial de lutte contre le terrorisme (FMLT). Ce forum de coordination axé sur l’action mobilise la détermination et les capacités à lutter contre le terrorisme et à renforcer la coopération internationale en ce domaine.

Le Canada se réjouit d’assumer la coprésidence, de concert avec l’Algérie, du Groupe de travail sur le Sahel au sein du FMLT.

Les membres du Groupe réunissent des experts de façon à former des réseaux par-delà les frontières, à mettre en commun les meilleures pratiques et à renforcer les compétences nécessaires pour détecter le terrorisme et le combattre.

Nous avons également reconduit le Programme de partenariat mondial du Canada, qui aide à lutter contre la menace posée par le terrorisme nucléaire, radiologique, biologique et chimique.

Comme l’a dit le premier ministre Stephen Harper, lorsqu’il a annoncé le renouvellement du programme au Sommet sur la sécurité nucléaire, à Séoul :

Le Programme de partenariat mondial du Canada joue un rôle essentiel dans l’effort international pour lutter contre le terrorisme nucléaire et empêcher que des armes de destruction massive et des matières connexes tombent entre de mauvaises mains.

Tous nos partenariats nous permettent de renforcer les efforts antiterroristes et de partager les meilleures pratiques.

Respecter les droits de la personne et la primauté du droit

Le dernier pilier de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, à savoir le respect des droits de la personne et la primauté du droit, concorde avec les principes mêmes du Canada.

La société canadienne a pour fondement la primauté du droit, qui constitue la pierre angulaire de la paix, de l’ordre et du bon gouvernement. Il en découle que toutes les activités antiterroristes doivent respecter la primauté du droit. Lorsqu’elles luttent contre le terrorisme, les institutions gouvernementales doivent agir dans le respect des mandats prévus par la loi.

Les efforts pour faire respecter la primauté du droit impliquent l’obligation juridique internationale et nationale de protéger les droits de la personne. Or, le respect et la promotion des droits de la personne sont des valeurs canadiennes fondamentales.

La sécurité fait également partie des droits de la personne. Le terrorisme est une atteinte aux droits d’une importance fondamentale pour notre société, comme la liberté de pensée, d’expression et d’association, ainsi que le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de tout individu.

L’attachement aux droits de la personne revêt une importance fondamentale. Cet attachement régit les choix et les prises de décision en matière de politiques, ainsi que les normes qui encadrent les enquêtes.

Si notre capacité à lutter contre les menaces, sous tous leurs aspects, s’est beaucoup renforcée au cours de la dernière décennie, la menace terroriste persiste et évolue.

La lutte contre le terrorisme doit donc, elle aussi, se poursuivre et évoluer.

Dans cette lutte constante, il est important que les pays et les citoyens de la planète conservent la foi. Nous devons maintenir l’espoir. Nous finirons par l’emporter.

Quelle que soit la gravité de la menace que font peser le terrorisme et la violence, il convient de rappeler la confiance qui animait John F. Kennedy face à ce défi.

S’adressant à cette même assemblée en 1961, le président Kennedy a exprimé sa ferme conviction que le terrorisme serait vaincu :

La terreur n’est pas une arme nouvelle. Tout au long de l’histoire, elle a été utilisée par ceux qui ne pouvaient l’emporter ni par la persuasion ni par l’exemple. Mais, inévitablement, ils échouent, soit parce que les hommes n’ont pas peur de mourir lorsque la vie vaut la peine d’être défendue, soit parce que les terroristes eux-mêmes se rendent compte que des hommes libres ne craignent pas les menaces, et que toute agression sera réprimée comme il se doit.

Je remercie le président de l’Assemblée générale pour l’occasion qui m’a été donnée de prendre la parole à la séance d’aujourd’hui.

Je réaffirme la détermination du Canada à collaborer avec d’autres États membres, la direction exécutive du Comité contre le terrorisme, l’équipe spéciale de lutte contre le terrorisme et les institutions concernées des Nations Unies en vue de la mise en œuvre intégrale et rapide de la Stratégie.

Je vous remercie.