Affaires étrangères et Commerce international Canada
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Discours du ministre Baird devant le Vancouver Board of Trade

Le 22 août 2012 - Vancouver (Colombie-Britannique)

Sous réserve de modifications

Je suis ravi d’être de retour à Vancouver, qui est l’une des villes les plus remarquables du monde et l’un de mes endroits préférés.

Je suis honoré d’être ici.

Et je le suis tout autant d’être à votre service en tant que ministre des Affaires étrangères.

Sans nul doute, l’époque actuelle est exaltante pour un ministre des Affaires étrangères.

Ce sont les grands bouleversements auxquels nous assistons dans certains des coins les plus sombres du monde qui rendent l’époque si excitante.

Mais l’époque présente aussi bien des défis, car il arrive souvent qu’un événement en apparence anodin entraîne un changement profond.

Et, bien malin celui qui pourrait prédire quels événements susciteront un tel séisme.

Cela me rappelle les jours et les semaines qui ont précédé la chute du mur de Berlin puis l’éclatement du bloc soviétique.

C’est un fait peu connu de l’histoire, mais avant la chute du mur de Berlin, les Allemands de l’Est allaient revendiquer leur besoin d’être traités avec dignité sur une place publique, là où s’élève la troisième tour en hauteur de toute l’Europe, la Fernsehturm de Berlin, une tour émettrice de signaux de télévision.

C’est sur cette Alexanderplatz que se rassemblaient les Allemands de l’Est pour scander « wir wollen raus » — « Nous voulons sortir ».

Peu après, les manifestants se sont déplacés de l’Alexanderplatz au mur de Berlin.

Qui, il y a 23 ans, aurait pu prédire que, quelques jours après l’arrivée des jeunes au pied du mur, ils réussiraient à le faire tomber à coups de masses et de ciseaux, mettant ainsi fin à 45 ans de régime soviétique.

Tout comme nul n’aurait alors pu prévoir la fin précipitée de la guerre froide et les nombreuses répercussions qui allaient en découler, de même, nous ne pouvons pas plus prédire l’influence à long terme qu’un vendeur ambulant de Tunisie aura sur l’avenir du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord au cours des mois et des années à venir.

Il est presque facile d’oublier que le printemps arabe a pris naissance lorsqu’un vendeur de fruits tunisien, Mohamed Bouazizi, s’est immolé pour protester contre la corruption et le népotisme. Son geste a mis le feu aux poudres d’un mouvement qui a depuis retenu l’attention du monde entier.

Les événements de l’Alexanderplatz et ceux survenus dans les rues de Tunisie ne sont pas si différents. Les Berlinois de l’Est ont manié le ciseau pour faire leur révolution. Les Tunisiens ont fait la leur par le feu. Chaque combat s’est fait selon des tactiques différentes. Mais chacun se résumait, au fond, à une lutte pour la dignité.

La dignité de vivre libre.

La dignité de contribuer à la société.

La dignité de subvenir aux besoins de sa famille.

Mais alors que nous cherchons encore à comprendre la portée et l’ampleur des événements en cours au Moyen-Orient, une autre révolution, tout aussi fondamentale, s’opère en silence en Extrême-Orient.

Cette révolution économique en cours dans la majeure partie de l’Asie a une incidence directe sur la prospérité future du Canada.

De l’autre côté du Pacifique, cette révolution qui souffle à travers l’océan sur les côtes de votre province traîne dans son sillage des possibilités immenses pour l’ensemble du pays.

Vous savez peut-être qu’au bout d’une année, bien qu’elle ait été arrosée et son sol fertilisé, une graine de bambou ne donne aucun signe de croissance.

Arrosée et fertilisée une deuxième année, toujours rien.

Puis une troisième année.

Et une quatrième.

Et toujours aucun signe de croissance.

Puis, au cours de la cinquième année, un phénomène incroyable se produit : le bambou monte en flèche vers le ciel.

Il atteint 90 pieds en six semaines.

Durant ces cinq premières années, un formidable réseau de racines s’est développé pour soutenir la croissance soudaine du bambou.

Lorsque la plante jaillit du sol, on pourrait penser qu’il s’agit d’un succès instantané, alors qu’il faut y voir le fruit d’années et d’années de dur labeur.

Il en va ainsi des relations actuelles du Canada avec l’Asie.

Pendant des années, des pays comme la Chine, Singapour, l’Inde et l’Indonésie ont méthodiquement et patiemment semé et fertilisé les germes du succès. Et leurs économies connaissent maintenant une croissance fulgurante.

Le Fonds monétaire international estime aujourd’hui que l’économie de la Chine atteindra presque 12 billions de dollars en 2016.

Douze billions de dollars.

À première vue, ce nombre peut ne pas sembler très grand.

Mais imaginez qu’avec 12 billions de dollars, vous pourriez acheter à la fois la Bourse de Toronto, le NASDAQ, la Bourse de Londres et celle de Hong Kong.

Ou vous pourriez couvrir les coûts de chaque conflit majeur des États-Unis depuis la Révolution américaine et avoir encore 4 billions en poche. Et ces sommes sont indexées au cours actuel du dollar.

Autrement dit, cela représente un pouvoir d’achat astronomique.

Mais la transformation de l’Asie-Pacifique ne concerne pas seulement la Chine.

Elle touche aussi la République de Corée, l’Inde et les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, notamment l’Indonésie et le Vietnam.

L’économie de Singapour, par exemple, devrait doubler en six ans. Cela n’a rien d’étonnant : nous savons que la croissance démographique entraîne une croissance du PIB par habitant.

Dans un récent rapport, HSBC prévoyait que, d’ici 2050, 19 des 30 principales économies seraient celles de pays que nous qualifions actuellement d’« émergents ».

Ces chiffres sont tout simplement stupéfiants.

Le potentiel économique est immense.

Le changement démographique est monumental.

Et le Canada doit être de la partie. Ce n’est pas une question de choix, mais un impératif national.

La réussite économique du Canada est tributaire de celle de l’Ouest canadien, qui s’ouvre sur l’Asie.

Tout comme le Pacte de l’automobile a galvanisé ce secteur dans les années 1960, la montée en puissance de l’Ouest et les débouchés qu’elle entraîne devraient maintenant galvaniser tout le pays.

Ce qui est bon pour la Colombie-Britannique est bon pour moi en tant qu’Ontarien, et bon pour nous tous en tant que Canadiens.

Cela, le gouvernement l’a compris.

Voilà pourquoi je me suis rendu à quatre reprises en Asie, y compris pour mon tout premier voyage à titre de ministre des Affaires étrangères.

Voilà aussi pourquoi j’ai récemment augmenté les fonds alloués à des projets dans des pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est.

Et voilà enfin pourquoi j’ai été le premier ministre des Affaires étrangères du Canada à se rendre en Birmanie.

Nous sommes toujours en quête de nouvelles possibilités pour créer des emplois, stimuler la croissance et favoriser la prospérité à long terme.

Mais ce faisant, nous sommes conscients que la poursuite d’une politique étrangère engagée en ces temps remplis de défis constitue un exercice délicat qui demande du doigté.

D’une part, il s’agit du prolongement de nos intérêts nationaux, ce qui signifie que tout ce que nous faisons dans le monde entier vise à créer de la prospérité à long terme.

D’autre part, mon travail consiste à promouvoir nos valeurs en tant que Canadiens : la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit, ce qui est en soi un défi dans certaines régions de l’Asie, vous en conviendrez.

Comment nous assurerons la protection de ces valeurs canadiennes importantes tout en créant des débouchés économiques déterminera la réussite du Canada en cette période de transformation mondiale.

Nous n’avons pas droit à l’échec. La prospérité de l’Ouest canadien en dépend, tout comme la prospérité économique future du Canada.

La bonne nouvelle, c’est que nos relations avec l’Asie se sont améliorées et renforcées.

Au cours de la dernière année, le gouverneur général du Canada a effectué des visites officielles à Singapour, au Vietnam et en Malaisie. Le premier ministre Stephen Harper a visité la Thaïlande, la Chine, la Corée du Sud et le Japon. Notre ministre du Commerce international, Ed Fast, a quant à lui visité la Chine, l’Indonésie, Brunéi, la Malaisie, Singapour, la Corée du Sud, la Thaïlande et le Japon. Et je reviens moi-même d’un voyage qui m’a mené en Chine, au Cambodge, aux Philippines et à Brunéi. Nos ministres de la Défense nationale et de la Coopération internationale ont aussi effectué de nombreuses visites dans la région.

Ces efforts portent leurs fruits.

Plus tôt cette année, sous la direction du premier ministre Harper, nous avons été heureux de conclure un accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers avec la Chine.

Nous avons également accepté de poursuivre notre coopération dans le domaine de l’éducation. Chaque année, le Canada reçoit 68 000 étudiants chinois qui, en retour, injectent quelque 2 milliards de dollars dans l’économie canadienne.

Lors de mon dernier voyage, j’ai signé un accord de coopération nucléaire qui garantira des emplois dans l’industrie nucléaire de la Saskatchewan.

Ces marchés émergents sont prêts à collaborer avec le Canada parce que le Canada possède ce que les autres souhaitent avoir.

Les besoins mondiaux en énergie augmenteront de 50 p. 100 d’ici 2030, et la hausse proviendra surtout de l’Asie.

Par conséquent, lorsque je rencontre mes homologues du monde entier, j’insiste constamment sur la réputation du Canada en tant que superpuissance en matière de ressources.

Les gens sont stupéfaits lorsque je leur dis que le Canada possède la troisième réserve pétrolière du monde, ce que bon nombre de personnes ignorent.

De même, peu sont conscients que nous figurons parmi les principaux producteurs de cuivre, de nickel, de zinc et d’uranium.

Et pour beaucoup, les statistiques concernant le secteur forestier de la Colombie-Britannique, par exemple, dépassent tout simplement l’entendement.

En 2010 seulement, la Colombie-Britannique a expédié pour 668 millions de dollars de bois d’œuvre en Chine, soit le double de la valeur expédiée l’année précédente.

En 2011, la Colombie-Britannique a expédié pour près de 4,6 milliards de dollars de marchandises au Japon, principalement du charbon, du cuivre et du bois d’œuvre.

La demande pour ces ressources est énorme. Et il est temps que le Canada tire pleinement parti de ses richesses.

Nous devons rappeler au monde que le Canada peut être une source de stabilité dans un monde instable, que le Canada peut être un partenaire de confiance lorsqu’il s’agit d’exploiter ses ressources de manière responsable.

Mais nous savons que le succès exige des efforts.

John Wooden, le grand entraîneur de basketball américain, a dit un jour que « faillir à sa préparation, c’est se préparer à faillir ».

C’est pourquoi notre gouvernement ne tient rien pour acquis. Nous nous préparons pour l’avenir en créant les conditions nécessaires à la réussite. Nous ne pouvons tout simplement pas mettre tous nos œufs dans le même panier.

Nous appuyons donc le projet de pipeline Keystone XL, car il va créer des dizaines de milliers d’emplois partout en Amérique du Nord.

Nous encourageons vigoureusement les nouveaux investissements dans les projets énergétiques pour les 10 prochaines années, parce qu’il y a suffisamment de gaz de schiste en Colombie-Britannique pour répondre aux besoins du Canada pendant un siècle.

Nous cherchons à conclure un nouvel accord commercial avec l’Europe, car celui-ci se traduira par des retombées de milliards de dollars dans l’économie canadienne.

Le Canada se réjouit de l’appui que les membres du Partenariat transpacifique accordent à sa participation aux négociations du Partenariat. Ces négociations sont un important pilier de l’ambitieux plan commercial du Canada, et elles renforceront ses efforts pour élargir et approfondir ses relations commerciales avec les marchés de l’Asie-Pacifique. Nous cherchons activement à conclure des accords de libre-échange avec plusieurs pays, dont l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, marchés émergents qui offrent un énorme potentiel économique.

Nous nous engageons à mettre en œuvre un programme commercial ambitieux parce que nous savons qu’en faisant la promotion des valeurs canadiennes à l’étranger, nous favorisons la réussite du Canada sur la scène nationale.

Nos valeurs, à l’instar de nos ressources, font l’envie du monde. Nous appuyons ouvertement et sans ambages la liberté, la démocratie et le respect de la primauté du droit. Ces valeurs sont universelles : tous les habitants du monde, y compris dans la région de l’Asie-Pacifique, les chérissent. Elles sont les assises des pays prospères.

Si notre politique étrangère comprend la promotion de nos valeurs, nous reconnaissons toutefois qu’il appartient aux gens de faire valoir leurs propres droits.

Et c’est ce qui se produit dans des pays comme la Birmanie, où le peuple est engagé dans une lutte pour revendiquer les droits individuels, exprimer ses points de vue et ses préoccupations et avoir son mot à dire quant à la façon dont il est gouverné.

Il veut pouvoir lui aussi profiter des avantages qu’offrent les sociétés ouvertes du siècle présent.

Il veut jouir ce que nous voulons tous : de l’espoir et des possibilités, éléments sur lesquels reposent la stabilité et la prospérité de toute société.

Le Canada est prêt à les aider.

Si les 12 derniers mois présagent l’avenir, l’horizon semble s’éclaircir pour le peuple birman.

Je ne peux croire qu’il y a un an à peine, je rencontrais mon homologue birman et demandais à son gouvernement de démontrer son engagement en faveur des réformes par la prise de mesures concrètes.

Lorsque nous nous sommes rencontrés en juillet, le Canada imposait toujours les sanctions les plus rigoureuses au monde contre le régime birman.

Mais peu après cette rencontre, une chose remarquable s’est produite. En octobre, les autorités birmanes ont libéré plusieurs prisonniers politiques. Nous avons perçu ce geste comme un signe prometteur, mais avons toutefois appelé les autorités birmanes à respecter et à protéger la démocratie, les droits de la personne, les libertés fondamentales et la primauté du droit pour tous les Birmans.

Puis, les autorités birmanes ont permis à l’une des plus grandes artisanes du changement en Birmanie, Aung San Suu Kyi, de se porter candidate à une élection partielle, levant ainsi après 21 ans son assignation à résidence. Bien qu’il s’agissait d’un nouveau signe prometteur, nous avons tempéré notre optimisme, retenant notre souffle jusqu’à l’élection du 1er avril pour voir si le vote aurait lieu sans violence ou intimidation.

Mais plutôt que d’observer de loin, j’ai effectué une visite en Birmanie et j’ai exhorté les autorités birmanes à garantir la tenue d’élections libres et justes. J’ai aussi promis l’expertise juridique du Canada en matière de réforme démocratique et je me suis engagé à aider à bâtir un avenir meilleur pour la Birmanie.

Après la tenue des élections sans violence ni intimidation, après l’élection de Aung San Suu Kyi et d’autres membres de son parti, et après qu’elle eut prêté serment au parlement en tant que chef de l’opposition, nous avons manifesté notre bonheur d’assister au virage démocratique que la Birmanie semblait prendre.

Nous sommes parfaitement conscients qu’il ne s’agit que de bien petits pas. La Birmanie a un long chemin à parcourir et nous sommes prêts à l’aider à avancer. Le mois dernier, j’ai annoncé notre intention d’ouvrir une ambassade en Birmanie. Le Canada est prêt à aider le gouvernement birman de quelque manière que ce soit à aller de l’avant en s’appuyant sur les fondements démocratiques ainsi que sur la liberté et les droits de son peuple, y compris la liberté de religion.

Il en va de notre intérêt d’aider ces gens qui veulent bâtir une société libre, de donner une voix aux citoyens qui n’en ont pas et de permettre à chacun de vivre dans la paix et la dignité.

L’essentiel, c’est que les débouchés économiques, les nôtres ou ceux d’autres pays, reposent sur des sociétés libres, transparentes et ouvertes. La politique étrangère du Canada continuera d’appuyer le développement de ces sociétés dans la région de l’Asie-Pacifique et ailleurs. C’est dans notre intérêt commun d’y veiller.

Au cours de la dernière année, j’ai appris à quel point les relations sont importantes. Elles sont importantes parce que la prospérité économique est directement liée à nos relations diplomatiques. Et ces dernières étant de plus en plus associées à nos liens économiques, le renforcement de la prospérité économique pour tous les Canadiens nous oblige à tisser des liens commerciaux avec la région de l’Asie-Pacifique.

Nous avons semé les graines de notre prospérité future. Et à l’image du bambou chinois qui exige des années d’entretien avant de jaillir du sol, les graines que nous avons semées dans la région de l’Asie-Pacifique pousseront seulement si nous continuons à leur donner les soins nécessaires.

Notre prospérité économique en dépend.

Soyez assurés que notre gouvernement y veillera.

Je vous remercie.

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Date de modification :
2012-08-22