Discours du ministre Baird devant l’Alberta Enterprise Group

Le 8 mars 2013 - Edmonton (Alberta)

Sous réserve de modifications

Le Canada dans le siècle de l’Asie

Blague à part, j’ai l’un des meilleurs emplois du monde. En tant que ministre des Affaires étrangères, j’ai la chance de promouvoir les intérêts du Canada et de défendre les valeurs canadiennes. Mon travail est d’ailleurs bien facilité par la remarquable province de l’Alberta.

L’image du Canada dans le monde est définie, en grande partie, par le rôle dynamique et manifeste que joue l’Alberta au sein de notre fédération et dans l’image que projette le Canada sur la scène mondiale. Il est difficile de faire plus Canadien que ça :

  • une superpuissance en matière d’énergie;
  • un fournisseur des meilleurs produits agricoles du monde;
  • un centre pour l’innovation et la technologie;
  • des collèges et des universités de premier ordre;
  • des villes effervescentes, animées par des industries culturelles variées;
  • des paysages majestueux;
  • et bien sûr, son hospitalité légendaire.

À titre de ministre des Affaires étrangères, il est de mon devoir de tourner mon attention au-delà de nos frontières pour trouver des occasions d’emplois, de croissance et de prospérité économique qui profiteront à l’ensemble des Canadiens. Cela signifie qu’il incombe à notre gouvernement de renforcer ses partenariats économiques existants et d’en établir de nouveaux dans ce monde en évolution constante.

En tant qu’Albertains, vous êtes particulièrement conscients du fait que les États-Unis resteront notre partenaire le plus précieux. Toutefois, nous ne pouvons pas mettre tous nos œufs dans le même panier. C’est pourquoi notre gouvernement cherche à renforcer ses relations avec les pays se trouvant un peu plus au sud de notre hémisphère. En effet, les échanges bilatéraux, l’investissement et la circulation des personnes augmentent sans cesse et continueront de s’intensifier, grâce à l’appui dynamique d’une autre Albertaine, la ministre d’État pour les Amériques Diane Ablonczy.

Diane et moi venons de conclure une tournée de 10 pays en Amérique latine, où nous avons souligné la volonté du Canada de renforcer la coopération commerciale.

Certes, l’Europe demeure une amie proche et une alliée. Les relations qu’entretiennent le Canada et l’Europe se renforceront davantage avec la conclusion d’un accord commercial entre les deux partenaires, lequel entraînera jusqu’à 20 p. 100 de croissance des échanges bilatéraux et haussera le PIB du Canada de quelque 12 milliards de dollars.

Cet accord aura des retombées positives importantes pour les principaux secteurs de l’Alberta, soit l’agriculture, les machines industrielles, les produits du bois, les services, l’investissement et les marchés publics.

Toutefois, je voudrais aujourd’hui attirer votre attention sur un marché particulièrement riche en promesses pour l’Alberta et le reste du Canada.

Notre gouvernement est très enthousiaste à l’idée des possibilités qu’offre l’Asie pour la prospérité à long terme de notre pays.

Cela, vous le savez déjà. L’Alberta, qui n’a pas attendu pour tirer profit de la croissance asiatique, est bien placé pour exploiter les profonds changements qui s’opèrent dans la région.

En fait, les Albertains sont peut-être plus conscients que d’autres de ce qui est en jeu : l’appui aux accords commerciaux avec l’Asie est plus marqué en Alberta que partout ailleurs au Canada. Deux Albertains sur trois croient que l’établissement de relations avec des pays asiatiques devrait constituer une grande priorité du Canada en matière de politique étrangère.

Ce n’est pas par coïncidence si l’Université de l’Alberta, qui compte plus de 3 000 étudiants et quelque 100 professeurs de la Chine, entretient avec ce pays des liens plus étroits que toute autre université canadienne.

Non, ce n’est pas une coïncidence, et cela, notre gouvernement le sait très bien.

Nous savons que l’Asie regorge de possibilités nouvelles qui pourront stimuler la prospérité économique du Canada. Nous savons que le Canada doit jouer un rôle dynamique dans cette région du monde. Ce n’est ni un choix, ni une option, mais un impératif national.

L’expansion constante de l’Asie a des répercussions immédiates et profondes pour le Canada.

Mais je n’ai nul besoin de vous dire tout ça, vous le savez déjà.

Alors plutôt que de continuer à discourir sur les raisons pour lesquelles notre gouvernement fait de cette région une priorité en matière de politique étrangère, laissez-moi vous décrire les mesures que nous prenons à l’heure actuelle dans quatre domaines clés :

  • le commerce
  • le renforcement de nos relations avec nos partenaires
  • la gouvernance et la sécurité régionale
  • la promotion des valeurs canadiennes

Le programme commercial du Canada en Asie

Comme je l’ai déjà mentionné, nous savons tous que notre gouvernement mène le programme commercial le plus ambitieux de l’histoire du Canada.

Nous prenons des mesures musclées afin d’assurer la prospérité à long terme des Canadiens, et nous ne nous en excusons pas.

Les échanges commerciaux du Canada avec l’Asie ont plus que doublé en l’espace d’une génération.

En outre, l’investissement au Canada en provenance d’Asie a augmenté de plus de 400 p. 100 au cours des vingt dernières années.

Le Canada encourage toujours vivement l’investissement étranger au pays et il adoptera à cet égard une stratégie ouverte et axée sur le marché.

Le Canada peut selon nous jouer un important rôle d’appui à l’expansion économique et à la modernisation de la région. Il peut notamment répondre avec vigueur aux besoins de la classe moyenne en plein essor de l’Asie, en participant à la construction de villes et d’infrastructures civiles, en répondant aux besoins en matière de communications et de TI et en offrant des programmes d’éducation de premier ordre, des services financiers, divers services d’approvisionnement en énergie et en technologies écologiques ainsi que des produits agricoles et agroalimentaires, à mesure qu’évoluent et que s’améliorent les régimes alimentaires.

Nous savons pertinemment que nous vivons à une époque dominée par l’incertitude économique, ce qui explique pourquoi nous devons diversifier nos échanges et nous tourner vers les économies en plein essor de l’Asie.

Le projet Keystone XL illustre bien ce besoin de diversifier notre commerce extérieur. Nous estimons que ce projet comporte des avantages évidents pour le Canada comme pour les États-Unis, et nous respectons le processus d’approbation de ces derniers.

Nous espérons que ce projet ira de l’avant.

Nous restons résolus à assurer une exploitation responsable des ressources et à introduire ces ressources sur le marché, qu’il s’agisse des États-Unis, de l’Asie ou d’ailleurs.

Nous sommes conscients qu’il nous reste beaucoup de travail à faire à ce sujet. Nous avons signé neuf accords de libre-échange depuis 2006, mais pas un seul avec un pays d’Asie. Nos liens avec la région en matière de commerce et d’investissement se resserrent de plus en plus, mais ils n’ont toujours pas atteint leur plein potentiel.

Ce triste constat nous rappelle constamment que les choses ne vont pas de soi dans cette région. Nous ne pouvons nous permettre d’être complaisants envers nous-mêmes.

C’est la raison pour laquelle nous avons fait du commerce avec l’Asie une grande priorité de notre politique étrangère.

Sous la direction de mon éminent collègue, le ministre du Commerce international Ed Fast, le Canada mène des négociations pour conclure des accords commerciaux avec l’Inde, le Japon et la Corée du Sud, et envisage des pourparlers préliminaires avec la Thaïlande.

Nous nous sommes joints aux négociations du Partenariat transpacifique [PTP] auxquelles participent 10 pays de la région de l’Asie-Pacifique.

Ce partenariat stratégique ouvrira de nouveaux marchés et créera des débouchés qui permettront de stimuler l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme pour tous les Canadiens.

Il permettra d’intensifier les échanges dans la région de l’Asie-Pacifique tout en offrant de meilleurs débouchés aux entreprises canadiennes. Je n’ai aucun doute que le PTP établira ces normes élevées que le cycle de Doha n’a pas réussi à définir.

Dans une perspective d’avenir, nous renforçons notamment nos relations commerciales avec la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud et avec des pays de l’ANASE [Association des nations de l’Asie du Sud-Est].

Resserrer nos liens avec nos partenaires en Asie

Ceux d’entre vous qui ont déjà fait des affaires en Asie sauront que la clé du succès consiste à établir des relations.

Les relations revêtent une importance capitale. Elles permettent d’établir la confiance et la compréhension, d’éviter et de régler les différends, de cerner les possibilités de partenariat et de faire avancer les choses.

J’ai appris que pour être efficace, la diplomatie, tout comme les affaires, repose sur l’établissement de relations. Pour ce faire, il nous faut assurer une présence visible en Asie.

J’y ai d’ailleurs effectué ma première importante visite bilatérale en tant que ministre des Affaires étrangères il y a deux ans. Depuis, j’y suis retourné six fois et je continuerai à m’y rendre fréquemment. Ces visites vont bien au-delà du symbolisme, nous comprenons que ce genre de dialogue à haut niveau constitue une exigence.

Cet engagement a également été pris par le premier ministre Stephen Harper et par mes collègues du Cabinet.

Depuis quatre ans seulement, nous avons effectué une centaine de visites en Asie, qu’il s’agisse de ministres du Cabinet ou du premier ministre.

En peu de temps, nous avons entamé des dialogues stratégiques et bilatéraux avec le Japon, les Philippines, l’Indonésie et la Corée du Sud, en élevant ces relations au niveau des sous-ministres ou des ministres, comme nous l’avons fait pour l’Inde et la Chine.

Bien entendu, de simples visites régulières ne suffisent pas à établir une présence dans la région. C’est la raison pour laquelle nous jouons la carte de nos réseaux diplomatiques et connexes en Asie.

En cette période de restrictions budgétaires, nous avons plus que doublé le nombre de bureaux du Canada en Chine et en Inde. Les ressources que nous consacrons à l’appui de notre présence en Asie n’ont jamais été aussi conséquentes.

Nous ouvrirons des bureaux commerciaux et des missions diplomatiques là où nous en avons besoin présentement et ultérieurement.

Nous venons d’ouvrir un consulat à Bangalore [en Inde], avons renforcé notre présence à Chongqing et ouvrons notre toute première ambassade à Rangoun, en Birmanie. En outre, nous avons agrandi des missions déjà en place dans des pays représentant une priorité comme l’Indonésie et la Thaïlande. En fait, le Canada possède le deuxième réseau mondial de bureaux en Inde. Nous comptons 11 points de service dans l’ensemble de la Chine et nous espérons augmenter ce chiffre.

Nous soulignons aussi, et exploitons, le rôle positif que le secteur privé, les universités et la société civile du Canada peuvent jouer de par leur présence à l’étranger.

Les importants réseaux et intervenants du Canada sont en mesure de communiquer les valeurs et de promouvoir concrètement les intérêts du Canada et ainsi stimuler l’emploi et la prospérité dans les collectivités où ils mènent des activités.

Le Canada modernise l’établissement de ses programmes en vue de renforcer ses partenariats avec les Canadiens à l’étranger, notamment avec le secteur privé et dans les secteurs où il apporte des atouts particuliers, et des responsabilités, comme l’industrie extractive et la réglementation des services financiers.

Contribuer à la coopération en matière de sécurité en Asie

Nous savons que l’Asie revêt une importance cruciale pour la création de débouchés économiques pour les Canadiens, et nous savons également que les occasions d’affaires sont stimulées par des marchés stables et sûrs dans des régions où règne la paix. La sécurité et la prospérité sont indissociables.

Nous contribuons de façon importante à assurer la paix et la sécurité dans la région.

Nous participons activement au Groupe de travail sur la lutte contre le terrorisme de l’APEC et avons coprésidé l’année dernière un forum régional de l’ANASE sur la lutte contre le terrorisme.

De plus, nous avons mis en place la tenue de consultations régulières sur la lutte contre le terrorisme avec la Chine et l’Inde en vue de renforcer notre coopération. Nous aidons des États à prévenir le terrorisme et à y répondre en offrant de la formation, de l’équipement ainsi que des services d’aide technique et juridique. Nous contribuons aussi aux efforts que déploient nos partenaires pour lutter contre le passage de clandestins partout en Asie du Sud-Est avant que ceux-ci ne débarquent sur nos côtes.

En outre, nous appuyons la création de groupes de renseignements multilatéraux en Indonésie, au Cambodge et en Thaïlande. La formation et l’équipement offerts par le Canada ont déjà contribué à lutter contre d’impitoyables groupes du crime organisé qui s’attaquent aux personnes vulnérables.

Nous nous efforçons de prévenir des bouleversements aussi divers que les crises financières ou les catastrophes naturelles et humanitaires avant qu’elles ne se produisent. Ces mesures sont bien moins coûteuses que celles qui doivent être prises après coup.

C’est la raison pour laquelle, aux Philippines, le Canada contribue à la mise au point d’un système d’alerte rapide axé sur les personnes afin d’accroître les compétences locales de réduction des risques et de renforcer la résilience des collectivités face aux répercussions des catastrophes naturelles.

Au Vietnam, nous participons au renforcement des mesures nationales prises pour prévenir, atténuer ou gérer les catastrophes naturelles.

Nous contribuons également aux efforts déployés par la Banque asiatique de développement pour protéger les pays en développement des pires aspects de la crise économique mondiale.

Nous demeurons cependant préoccupés par une menace nucléaire bien plus grave : le terrorisme nucléaire. Le terrorisme nucléaire constitue un enjeu important en matière de sécurité internationale. C’est pourquoi nous avons investi dans des projets de sécurité nucléaire et radiologique dans la région et travaillons à un projet au Vietnam visant à convertir un réacteur afin qu’il puisse fonctionner avec des matières nucléaires à usage non militaire. Nous contribuons aussi à assurer la sécurité de ces matières.

Bien entendu, dans cette région, il faut rester attentif aux provocations de la Corée du Nord. Ce pays reste l’une des plus importantes menaces pour la sécurité en Asie et ailleurs dans le monde. Les troisièmes essais nucléaires du mois dernier constituent un nouvel exemple de l’insouciance du régime et de l’accent malencontreux que met ce dernier sur la mise au point d’armes de destruction massive plutôt que sur la satisfaction des besoins fondamentaux de sa population. Le Canada continuera de collaborer avec des partenaires en vue d’apporter une réponse internationale ferme aux provocations de la Corée du Nord.

Un Programme de valeurs – Promouvoir la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit

Le quatrième volet de l’engagement du Canada en Asie repose sur la promotion de valeurs et des avantages tangibles qu’elles apportent.

Dans le cadre de notre recherche de débouchés visant à stimuler l’emploi, la croissance et la prospérité à long terme, nous reconnaissons que la poursuite d’une politique étrangère engagée constitue un exercice d’équilibre délicat.

D’un côté, étant donné la situation économique incertaine dans laquelle se trouve le monde, nos décisions doivent être prises d’un point de vue économique.

D’un autre côté, mon travail consiste à promouvoir les valeurs canadiennes, soit la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit. Comme vous pouvez l’imaginer, cela peut s’avérer difficile dans de nombreuses parties du monde. Mais quand nous y parvenons, les résultats sont remarquables.

Prenons l’exemple de la Birmanie où la population s’efforce de faire reconnaître ses droits individuels, d’exprimer son opinion, de communiquer ses inquiétudes et de dire son mot quant à la façon dont elle est gouvernée.

Le Canada est prêt à l’aider.

J’ai d’ailleurs rencontré mon homologue birman récemment pour la première fois et je lui ai demandé que son gouvernement s’engage à appliquer des réformes en prenant des mesures concrètes.

Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a moins de deux ans, le Canada imposait encore à la Birmanie des sanctions plus sévères que tous les autres pays.

Toutefois, le pays a pris une série continue de mesures importantes qui répondent aux appels lancés par le Canada et d’autres États. Des prisonniers ont été relâchés, Aung San Suu Kyi a été libérée et des élections partielles libres et équitables dans leur ensemble ont été tenues.

Nous sommes conscients que la Birmanie a encore du chemin à faire et que la situation reste fragile. Mais le Canada est prêt à l’aider à se sortir de ces méandres.

Nous ouvrirons bientôt la toute première ambassade du Canada en Birmanie.

De plus, un délégué commercial offrant tous les services travaillera à l’ambassade, car nous sommes convaincus que les entreprises canadiennes auront un important rôle à y jouer.

La Birmanie illustre bien la façon dont les valeurs et les intérêts du Canada dépendent les uns des autres. La stratégie du Canada, qui repose sur des principes, a permis d’encourager la mise en place de réformes qui à leur tour ont facilité la création de nouveaux débouchés pour les entreprises canadiennes et la société civile.

Notre volonté d’appuyer la Birmanie et son peuple à développer la démocratie dans ce pays nous a également permis de montrer à nos partenaires asiatiques que le Canada adopte une attitude ouverte et constructive envers la région.

Nous démontrons ainsi que nous agirons de façon rapide et résolue pour renforcer nos relations et pour proposer des ressources concrètes, le cas échéant.

Nous montrons également que nous établirons des partenariats étroits avec le secteur privé du Canada afin d’accentuer notre présence et de faire du renforcement de nos relations une proposition qui profite à tous les intervenants.

Il en va de notre intérêt national d’aider ceux qui veulent bâtir une société libre, de donner une voix à ceux qui n’en ont pas et de permettre à quiconque de vivre dans la paix et la sécurité.

L’essentiel, c’est que les débouchés économiques, les nôtres ou ceux d’autres pays reposent sur des sociétés libres, transparentes et ouvertes.

Conclusion

Permettez-moi de conclure sur cette remarque.

Nous avons semé les graines de notre prospérité future. Et tout comme le bambou chinois qui prend des années de soins avant de jaillir du sol, les graines que nous avons semées en Asie ne germeront que si nous continuons à leur donner l’attention nécessaire.

Notre prospérité économique en dépend.

Notre sécurité nationale l’exige.

Notre cause commune le demande.

Soyez assurés que notre gouvernement fera sa part et plus encore.

Je vous remercie de votre attention.