Discours du ministre Baird à l’Assemblée annuelle générale et la conférence sur les politiques du Conseil commercial Canada-Chine

Le 16 octobre 2013 - Beijing, Chine

Sous réserve de modifications

Mesdames et Messieurs, je suis très heureux d’être de retour à Beijing.

Je suis reconnaissant envers le Conseil commercial Canada-Chine de m’avoir invité à venir vous parler aujourd’hui et d’avoir organisé une rencontre aussi impressionnante.

Toutefois, c’est avec une profonde tristesse que je prends la parole aujourd’hui. J’aimerais exprimer mes plus sincères condoléances à la famille Desmarais ainsi qu’aux membres du Conseil alors que nous pleurons la perte de Paul Desmarais. En 1978, bien avant que la plupart des Canadiens comprennent l’importance que prendrait la Chine pour le Canada, la Power Corporation du Canada, dirigée par M. Desmarais, et neuf autres entreprises canadiennes ont fondé le Conseil commercial Canada-Chine. M. Desmarais a occupé le poste de président-fondateur du Conseil et a agi à titre de responsable des premiers investissements canadiens en Chine. Il nous manquera — mais sa vision se perpétue.

En ma qualité de ministre des Affaires étrangères du Canada, j’ai pensé vous offrir un aperçu un peu plus général des relations entre le Canada et la Chine que celui auquel on s’attendrait au Conseil. Ce faisant, il importe non seulement de souligner ce qui fonctionne bien dans nos relations, mais aussi de discuter des défis qui nous attendent.

Il faut également se rappeler que la montée de la Chine — sur la scène nationale, régionale et mondiale — n’est pas seulement un phénomène économique. Le rythme auquel l’urbanisation évolue dans ce pays est sans précédent. L’utilisation d’Internet et des moyens de communication mobiles dans l’ensemble de la société chinoise dépasse non seulement ce que nous aurions pu imaginer il y a seulement dix ans, mais elle comporte également d’importantes répercussions.

Nous ne pouvons plus penser à la gouvernance régionale et mondiale sans tenir compte des contributions réelles et possibles de la Chine. La Chine joue un rôle crucial dans les secteurs des finances, des investissements et du commerce international, et elle est de plus en plus au cœur des discussions sur plusieurs questions de sécurité et des tendances qui y sont associées. De fait, on ne peut parler du développement en Afrique, et ailleurs dans le monde, sans inclure la Chine.

La réalité, c’est que la croissance économique de la Chine au cours des vingt dernières années de même que son influence qui ne cesse de croître sur la scène mondiale font en sorte que le Canada porte un intérêt plus grand que jamais auparavant à ses relations avec la Chine.

Mais revenons à la dimension économique, à laquelle le Conseil et ses membres contribuent grandement.

Nous avons réalisé d’importants progrès au chapitre des échanges commerciaux.

Le Canada et la Chine sont tous deux conscients qu’ils ont beaucoup à s’offrir, que leurs forces respectives sont extrêmement complémentaires et qu’ils possèdent un important potentiel inexploité.

Les deux pays ont parfaitement intérêt à renforcer leur partenariat économique.

Mais il est également évident, selon moi, que ce processus n’a rien de prédestiné. Nous devons y consentir beaucoup d’efforts, tout comme nous l’avons fait pour en arriver là où nous en sommes aujourd’hui.

Ce n’est pas un hasard si la Chine constitue le deuxième partenaire commercial en importance du Canada, après les États-Unis.

Ce n’est pas un hasard si les exportations canadiennes vers la Chine se sont accrues plus rapidement au cours des six dernières années que les importations canadiennes en provenance de la Chine.

TROIS FOIS plus rapidement en fait.

Et nous devons tenir compte de l’augmentation de près de 200 p. 100 de l’investissement direct chinois au Canada au cours de la même période.

Et des investissements canadiens de plus de 4 milliards de dollars en Chine.

Et encore des 84 000 Chinois qui étudient au Canada.

Comme le dit un proverbe chinois — que les Canadiens sont à même de comprendre facilement — « un seul jour de gel ne suffit pas à créer trois pieds de glace ». Ces jalons sont le reflet de la détermination, de la planification, de la prise de risques et du travail acharné de milliers de personnes et de dirigeants dans le milieu des affaires et le secteur de l’éducation, dans nos provinces, nos villes et notre société civile.

Ils représentent aussi un engagement de la part des deux gouvernements.

Les dirigeants politiques collaborent comme jamais auparavant. L’éventail des sujets abordés est plus vaste que jamais.

Nous discutons de questions sur lesquelles nous nous entendons naturellement. Nous abordons également les sujets à l’égard desquels nos points de vue diffèrent et nos valeurs respectives ne sont pas entièrement compatibles.

Et nous n’avons pas fait que discuter.

Nous avons jeté les bases de relations qui jouent un rôle crucial dans l’avancement de nos projets. Nous avons également élaboré des mécanismes tangibles qui permettent de renforcer l’engagement et de créer des débouchés pour nos entreprises, et nos sociétés dans une plus large mesure, et de les améliorer.

Le premier ministre Stephen Harper a été et demeure profondément investi dans ce processus. En outre, de nombreux ministres ont franchi le Pacifique à plusieurs reprises pour discuter d’enjeux qui revêtent un grand intérêt pour les Canadiens. En effet, en plus de la tournée que j’ai effectuée dans quatre pays, le ministre du Commerce international du Canada, l’honorable Ed Fast, s’est rendu à Beijing et à Shenyang la semaine dernière.

Vous savez probablement que le gouverneur général du Canada, Son Excellence David Johnston, arrivera en Chine demain, pour souligner bon nombre des dimensions importantes de nos relations bilatérales, y compris la prospérité, l’innovation, l’éducation et la culture. Un groupe important de Canadiens l’accompagneront, dont le ministre des Ressources naturelles, Joe Oliver, et bon nombre de députés fédéraux.

Cet engagement politique donne des résultats.

Ces résultats sont directement liés à notre niveau de vie à titre de Canadiens et aident à assurer le bien-être futur de nos enfants et petits-enfants.

Comme vous le savez, nous avons signé un accord sur la promotion et la protection des investissements étrangers (APIE) Canada-Chine, et nous nous réjouissons de le faire entrer en vigueur. Il ne s’agit pas seulement de mots; cet APIE a une portée réelle.

Il assurera une plus grande protection aux investisseurs étrangers contre les pratiques discriminatoires et d’expropriation sans indemnité. Globalement, l’APIE renforcera la prévisibilité du cadre de politiques qui touche les investisseurs étrangers et leurs investissements.

Un protocole supplémentaire relatif à notre Accord de coopération nucléaire a été signé par nos gouvernements il y a un an. Nous pouvons déjà voir les résultats concrets qui découlent de cet accord. Le premier envoi d’uranium d’origine canadienne, dans le cadre de marchés d’approvisionnement à long terme conclus entre des entreprises canadiennes et des clients chinois, devrait arriver en Chine au cours du présent mois.

Lors de sa visite à Beijing en 2009, le premier ministre Stephen Harper a annoncé que la Chine avait accordé au Canada le statut de destination approuvée. La Chine est ainsi devenue la quatrième source de visiteurs étrangers au Canada, ce qui représente une hausse de 20 p. 100 en 2012 seulement.

J’estime que le Canada sera en très bonne position pour tirer avantage des 100 millions de visiteurs chinois à l’étranger prévus d’ici 2020.

J’aimerais également prendre une minute pour mentionner le travail remarquable des membres de l’Association de l’industrie touristique du Canada, qui sont actuellement en mission en Chine pour visiter Shanghai, Hangzough et Nigbo. Le tourisme est très important pour l’économie canadienne.

Il se traduit en retombées de 17 milliards de dollars annuellement.

Il signifie 604 000 emplois canadiens dans chaque coin du pays, d’un océan à l’autre.

L’an dernier, au cours de la visite du premier ministre en Chine, nos deux pays ont élargi l’Accord sur le transport aérien entre le Canada et la Chine. Il a contribué non seulement à réduire les coûts des entreprises canadiennes, les rendant plus concurrentielles, mais aussi à faciliter la circulation des touristes, comme je l’ai mentionné précédemment.

Notre gouvernement cherche activement des moyens de resserrer encore davantage nos liens économiques.

La transformation sociale et économique de la Chine crée de nouvelles occasions.

La « rapide émergence des villes chinoises », comme je l’ai écrit dans l’Ottawa Citizen la semaine dernière.

Une vaste classe moyenne.

La connectivité de ses citoyens entre eux et avec le monde.

Il est clair que la Chine devient rapidement un centre mondial pour l’innovation. En 2011, 9 p. 100 de toutes les demandes de brevets internationales provenaient de la Chine, une hausse de plus de 2,6 p. 100 par rapport à 2006. La Chine se classe maintenant au 4e rang des sources de demandes de brevets internationales.

Je souligne le thème de l’innovation parce que la collaboration internationale en matière de sciences et de technologie est un mécanisme clé pour promouvoir la prospérité.

Le Canada appuie fortement l’Accord de coopération scientifique et technologique entre le Canada et la Chine, qui vise à accroître la collaboration dans les secteurs de l’avenir dont la santé et les sciences de la vie; l’énergie et l’environnement; l’agriculture; l’aviation civile; les technologies propres, et les technologies de l’information et des communications.

Au moment où la Chine se transforme en une société axée davantage sur l’innovation, ses besoins pour des produits traditionnels continuent néanmoins d’être criants. Le mois dernier, le gouvernement chinois a prédit qu’au cours des cinq prochaines années, les importations de produits de la Chine s’élèveront à plus de 10 billions de dollars américains, et que ses investissements à l’étranger atteindront 500 milliards de dollars américains. La consommation accrue de la Chine en produits du bois et du papier, en minerais et minéraux, et en produits agricoles et alimentaires, entre autres, a déjà aidé notre société à traverser le ralentissement économique mondial de 2009 en permettant aux Canadiens de se tourner vers la Chine lorsque nos marchés d’exportation traditionnels ont été insuffisants.

Les Canadiens se font à l’idée que certains des marchés matures sur lesquels le pays s’est appuyé historiquement ne peuvent, à eux seuls, répondre aux futurs besoins du Canada en matière d’exportation. En grande majorité, la croissance des échanges commerciaux mondiaux se produira dans les marchés dits émergents. La plupart de ces marchés à forte croissance se trouvent en Asie, et la Chine est le centre de gravité de la région asiatique.

Il est évident que le Canada doit diversifier ses marchés, et c’est pourquoi notre gouvernement mène le plus ambitieux programme de promotion du commerce de l’histoire de notre pays.

Prenons par exemple le secteur énergétique. Vous savez tous que le Canada détient l’une des plus importantes réserves de pétrole prouvées dans le monde, la troisième en fait. Au cours des dernières décennies, presque toutes nos exportations de pétrole et de gaz sont allées aux États-Unis. En un clin d’œil, en raison de la soi-disant révolution du gaz de schiste, les États-Unis se sont transformés, d’un important importateur d’énergie en un pays qui pourrait bien devenir bientôt un exportateur net.

Bref, le Canada doit diversifier ses marchés dans le secteur de l’énergie. Pendant ce temps, la Chine est consciente qu’elle doit non seulement accroître ses importations d’énergie, mais également les diversifier pour renforcer sa propre sécurité énergétique.

Un approfondissement des relations énergétiques entre le Canada et la Chine est une avenue naturelle pour les deux pays. D’autres marchés asiatiques ont également des besoins importants — l’Inde et le Japon, entre autres. C’est pourquoi le Canada est fermement résolu à créer les conditions propices à l’investissement du secteur privé dans les pipelines et les terminaux énergétiques. Nous travaillons avec les provinces, le secteur privé, les collectivités et les Autochtones du Canada en vue de tirer parti de cette occasion cruciale au cours de la prochaine décennie. Si nous ne le faisons pas, certains de nos concurrents le feront à notre place.

J’ai mentionné plus tôt que je ne visite pas seulement Beijing durant ce voyage. Je viens tout juste de me rendre à Shanghai, à Chongqing et à Chengdu, où j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec des officiels, des chefs d’entreprise et des représentants de la société civile. La taille et la diversité de la Chine, de concert avec son urbanisation rapide, mènent à la création d’un réseau de mégavilles.

Le Canada y est attentif. Nous prenons des mesures concrètes pour renforcer notre engagement commercial et diplomatique avec ces importants centres régionaux.

Depuis 2009, notre gouvernement a ouvert six nouveaux bureaux commerciaux, qui sont situés à Chengdu, Nanjing, Qingdao, Shenyang, Shenzhen et Wuhan. Ensemble, ces villes comptent près de 65 millions d’habitants, ce qui représente des débouchés commerciaux fantastiques pour les entreprises canadiennes.

Ces nouveaux bureaux complètent les services déjà offerts par l’ambassade du Canada à Beijing et nos consulats généraux à Chongqing, Guangzhou, Shanghai et Hong Kong.

Il est clair pour moi que la réussite des relations entre le Canada et la Chine est le résultat de la détermination et du travail acharné de nombreux intervenants, y compris les gouvernements.

Nous devons maintenant renforcer notre résolution et intensifier nos efforts.

Mais avec le succès viennent également les défis.

La Fondation Asie-Pacifique du Canada mène, depuis 2004, un sondage annuel sur les opinions des Canadiens à l’égard de l’Asie, notamment de la Chine.

Les résultats du sondage de 2013 envoient un message peu réjouissant. Les Canadiens reconnaissent que la Chine est devenue plus importante pour assurer la prospérité du Canada. Mais ils sont également très hésitants concernant l’approfondissement de nos relations.

Le sondage de 2013 indique que les Canadiens sont préoccupés par les entreprises appartenant à l’État.

En fait, de nombreuses entreprises canadiennes sentent que la Chine ne leur accorde pas encore un traitement équitable. Le gouvernement du Canada est également de cet avis et il a demandé au gouvernement chinois de traiter les entreprises canadiennes de la même manière qu’il traite les entreprises chinoises qui font des affaires chez lui.

Notre gouvernement continue d’encourager la Chine à mettre en œuvre des règles en matière d’importation et d’investissement qui respectent les normes internationales, et à les appliquer de façon constante et transparente. Notre gouvernement a pour priorité d’encourager la Chine à se pencher sur les avantages de créer un environnement plus sûr et plus prévisible pour les investisseurs canadiens et les autres investisseurs étrangers. Il souhaite faire valoir une règle d’or que les Chinois connaissent tout aussi bien que les Canadiens, à savoir qu’il ne faut pas imposer aux autres des règles que nous n’aimerions pas que l’on nous impose.

Nous reconnaissons que tout changement requiert du temps. Mais nous aimerions pouvoir constater des progrès plus soutenus.

Nous connaissons et saluons la détermination du gouvernement chinois à mettre en œuvre des réformes économiques internes, visant en particulier à renforcer le rôle du secteur privé chinois et à commercialiser les activités des entreprises détenues par l’État. Nous appuyons également ses efforts pour lutter contre la corruption. Je suis par ailleurs encouragé par ces voix au pays qui appellent au renforcement de la primauté du droit, au respect de la Constitution, à l’établissement d’un système judiciaire indépendant et à une bonne protection des droits des citoyens et des entreprises, tous nécessaires à une société stable, prospère et équitable.

Des progrès dans ces domaines sont essentiels pour accroître les possibilités liées à l’investissement bilatéral et à un commerce accru, et pour favoriser l’établissement d’une vaste gamme de partenariats bilatéraux au XXIe siècle.

La forme de relations économiques mutuellement avantageuses que nous recherchons est également compatible avec un engagement constructif au chapitre de la gouvernance et des droits de la personne.

Et nous approfondirons nos discussions sur la sécurité régionale, la gouvernance mondiale et nos intérêts et rôles respectifs dans d’autres parties du monde.

Le Canada, lui aussi, doit y mettre du sien. Chaque personne dans cette salle sait que nos deux sociétés ont des cultures et des passés distincts, ainsi que des traditions nationales qui leur sont propres et dont elles sont fières. Les deux pays ont également des systèmes politiques et administratifs extrêmement différents. Ces contrastes doivent être compris et respectés, et ils doivent également être atténués pour ne plus faire obstacle à une coopération accrue.

J’ai indiqué plus tôt qu’environ 84 000 étudiants chinois ont décidé d’apprendre à mieux connaître le Canada — pour se familiariser avec sa culture et ses valeurs. Un grand nombre d’entre eux deviendront des amis de notre pays et l’appuieront toute leur vie.

À l’inverse, seulement 3 400 Canadiens étudient actuellement en Chine.

La société canadienne doit accroître sa connaissance de la Chine et ses compétences à l’égard des enjeux qui lui sont associés. Nous devons, en particulier, encourager nos jeunes à s’intéresser à ce pays.

Notre gouvernement ne peut surmonter seul ce défi. Nos dirigeants d’entreprises, nos divers ordres de gouvernement, nos établissements d’enseignement, nos médias, nos collectivités et les Canadiens en général, tous doivent se mobiliser, à l’échelle nationale.

Les enjeux sont importants.

Nous ne pouvons pas nous permettre de laisser passer les possibilités qui s’offrent à nous.

L’approfondissement de nos relations avec la Chine doit demeurer une priorité nationale.

Nous devons investir dans un processus approfondi de coopération. Ce processus devrait être axé sur nos intérêts communs croissants et viser à réduire nos différences.

Il s’agit de diplomatie, et de notre seul moyen de réaliser notre plein potentiel, tout en protégeant nos intérêts et nos valeurs.

Notre gouvernement est prêt à fournir sa part d’efforts et je sais que vous l’êtes aussi.

Je vous remercie.