Discours du ministre Baird devant la Chambre de commerce des États-Unis

Le 16 janvier 2014 - Washington

Sous réserve de modifications

Merci David Chavern pour cette aimable présentation, et merci à la Chambre de commerce des États-Unis de m’avoir invité à vous adresser la parole aujourd’hui.

C’est toujours avec plaisir que je viens à Washington. Seuls les plus cyniques pourraient ne pas être inspirés par la présence physique de vos établissements et l’énergie intellectuelle qui les sous-tend.

Nous sommes chanceux que nos deux capitales soient si proches l’une de l’autre. Et récemment, nous avons eu un rappel des défis communs auxquels nos deux pays sont confrontés.

Les Canadiens et les Américains sont restés unis face à cette force malveillante. Une force qui se moque des frontières. Une force qui cherche à changer notre mode de vie.

Le vortex polaire nous a soudés dans les mêmes malheurs hivernaux.

Je me suis laissé dire que certains Américains blâment le Canada d’avoir laissé son air polaire franchir la frontière nationale. Eh bien, je sais que vous vous attendiez à ce que les Canadiens vous présentent des excuses, mais que voulez-vous, partager, c’est s’entraider! Et je serais ravi de vous inviter à effectuer une visite commerciale en Saskatchewan, où le mercure atteignait -63°F, avec le facteur éolien, la semaine dernière.

Bien que le principal objectif de ma visite à Washington est de rencontrer mes homologues nord-américains, le secrétaire d’État américain John Kerry et le secrétaire des Affaires étrangères du Mexique José Antonio Meade, j’ai aussi eu l’occasion de m’entretenir avec un certain nombre de législateurs, de représentants du gouvernement et d’amis du Canada.

J’aimerais donc vous faire part de quelques-unes de mes réflexions sur les relations entre le Canada et les États-Unis, et sur la façon dont une intégration nord-américaine peut nous aider à relever nos défis stratégiques et économiques.

Une histoire commune

Comme je l’ai déjà mentionné, la proximité physique de nos deux pays est évidente. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de deux pièces de casse-tête qui s’imbriquent par hasard. Nos liens sont profonds, émotionnels et historiques.

Hier soir, j’ai assisté à la réception qu’a organisée notre ambassade pour 300 de nos partenaires de l’industrie de la défense. Cet événement témoignait éloquemment des étroites relations de défense qu’entretiennent nos deux pays.

Ces relations ont été établies grâce au dur labeur de ceux et celles qui ont combattu côte à côte pour défendre la liberté et la démocratie.

Alors que la liberté était menacée en Europe au début du siècle dernier, le Canada et les États-Unis ont répondu présents pour aller faire la guerre des tranchées, dans la boue et dans le sang.

Trente ans plus tard, lorsque le spectre de l’Allemagne nazie et de l’Empire du Japon a assombri le monde entier, le Canada et les États-Unis ont aussi répondu présents, sur les plages de la Normandie et ailleurs dans le monde.

Lorsque l’empire soviétique a cherché à répandre le fléau du communisme, nous avons créé l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord, l’OTAN, comme signe de notre engagement à l’égard des sociétés ouvertes et des droits de la personne, et promesse de défendre nos alliés comme nous le ferions pour nous-mêmes. Un lien commun.

Et après les événements du 11 septembre, lorsque le terrorisme a menacé d’accomplir ce que le fascisme et le communisme n’avaient pas réussi à faire — nous priver de notre liberté et de notre croyance selon laquelle le bien triomphe toujours du mal — encore une fois, le Canada et les États-Unis ont tous deux répondu présents, dans les rues poussiéreuses de Kaboul et de Kandahar.

Cette coopération, ancrée dans nos valeurs communes et cimentée au fil du temps, unit nos deux pays comme des frères.

Dans la famille élargie de la communauté mondiale, il y a toujours des membres de la parenté qui nécessitent une attention particulière, que ce soit le neveu en crise, la belle-mère acariâtre ou le cousin rebelle qui allume des feux dans la cour. Cependant, toutes les relations familiales — et même, en particulier, les plus proches — doivent être entretenues.

Quelle que soit la caractéristique que nous attribuons à nos relations au sein de cette famille, le Canada et les États-Unis d’Amérique sont comme des frères de longue date et le seront toujours.

En période de changement, il faut pouvoir compter sur un environnement familial solide et stable. Comme vous tous ici présents le constatez certainement dans votre travail quotidien, nous vivons une période de transformation mondiale, que ce soit sur le plan démographique, géopolitique ou économique.

On me dit que j’ai parcouru un million de kilomètres depuis que je suis devenu ministre des Affaires étrangères, il y a deux ans et demi, et bientôt trois ans. Au cours de cette période, je me suis rendu dans chaque région de la planète, mais c’est dans des régions telles que le golfe Persique, la Chine et l’Asie du Sud-Est que j’ai passé le plus clair de mon temps.

C’est avec de telles régions qu’il nous faut forger des relations plus étroites — et je ne vois pas ces efforts comme étant incompatibles avec le resserrement de nos relations.

En fait, plus nous pourrons rallier de monde à la table, mieux cela vaudra. Nous sommes tout à fait capables de faire deux choses en même temps, et c’est ce que nous devrions chercher à faire.

Donc, avant de vous laisser retourner à votre repas, j’aimerais vous présenter ce que nous faisons dans le secteur du commerce et de l’industrie, tout particulièrement dans le secteur crucial de l’énergie.

Le commerce

Les États-Unis sont le premier partenaire commercial du Canada, et parallèlement, le Canada est le plus grand partenaire commercial des États-Unis.

Il y a 26 ans, nous avons signé l’Accord de libre-échange Canada-États-Unis. Six ans plus tard, le Mexique se joignait à nous. Et cette année, en fait ce mois-ci, nous soulignons le 20e anniversaire de l’Accord de libre-échange nord-américain.

Au cours de ces 20 années, la taille de l’économie nord-américaine a plus que doublé, et le volume du commerce trilatéral a triplé pour atteindre un sommet de 1 billion de dollars par année. Ce commerce se traduit par des emplois, dont une part d’environ 14 millions aux États-Unis seulement.

Aujourd’hui, le marché nord-américain est évalué à plus de 19 billions de dollars, ce qui en fait un marché plus important encore que celui de l’Union européenne et représentant plus du double de celui de la Chine.

Depuis la fin de la récente récession, les exportations des États-Unis vers le Canada et le Mexique ont augmenté de 154 milliards de dollars, ce qui représente quelque 37 p. 100 de l’augmentation totale des exportations américaines. Cette hausse est plus importante que l’augmentation combinée de 140 milliards de dollars qu’ont enregistrée les exportations vers l’ensemble des pays de l’Asie et de l’UE.

Il s’agit certes d’une tendance marquée, mais qui est combinée à l’émergence de blocs commerciaux régionaux en passe de mettre à rude épreuve la part du marché international qui revient à notre plateforme nord-américaine intégrée.

Il sera capital que nous puissions être prêts à relever les défis et à profiter des occasions qui découleront de cette situation. Il s’agit d’ailleurs là d’un grand enjeu dont je discuterai demain avec le secrétaire d’État Kerry et le secrétaire d’État aux Affaires étrangères Meade.

J’espère sincèrement que nous saurons profiter du dynamisme qui caractérise nos relations depuis les 20 dernières années et que nous commencerons à jeter les fondements d’une compréhension commune de la place qui revient à l’Amérique du Nord au sein d’un contexte mondial en rapide évolution.

L’énergie

L’importance de l’industrie énergétique figure sans contredit au cœur de cette question.

Comme bon nombre d’entre vous le savent probablement déjà, les relations qui unissent le Canada et les États-Unis dans le domaine de l’énergie sont les plus importantes et les plus intégrées du monde. En effet, le Canada constitue de loin le plus important fournisseur de pétrole, de gaz naturel et d’électricité des États-Unis.

Les États-Unis pourraient devenir autosuffisants en Amérique du Nord par rapport à ses besoins nets en pétrole, et ce, d’ici environ 10 ans. Toutefois, pour y parvenir, de nouvelles infrastructures devront être construites.

Le projet de l’oléoduc Keystone XL permettrait de transporter le pétrole canadien et celui du champ américain Bakken vers la côte américaine du golfe. Ce projet présente trois grands avantages, lesquels sont tirés directement des conclusions préliminaires du département d’État américain.

Premièrement, le projet de l’oléoduc KXL n’aura aucune incidence importante sur l’environnement.

Deuxièmement, le pétrole lourd de l’Ouest canadien remplacerait les importations de pétrole lourd extracôtier provenant d’autres marchés.

Troisièmement, si aucun nouvel oléoduc n’est construit entre nos deux pays, le pétrole provenant de l’Ouest canadien et du champ américain Bakken sera expédié par voie ferroviaire vers la côte américaine du golfe.

Le transport ferroviaire produit plus d’émissions de gaz à effet de serre que le transport par oléoduc et présente un risque d’accident par mille considérablement supérieur.

Comme ce projet nous permettrait de respecter notre engagement à appliquer les normes environnementales les plus rigoureuses qui existent et que des milliers d’emplois et une croissance économique importante des deux côtés de la frontière y sont associés, je suis persuadé que vous serez du même avis que le premier ministre Stephen Harper qui affirmait récemment à New York que la logique qui sous-tend le projet Keystone est tout simplement irréfutable.

À l’approche de la saison de la construction, je ne voudrais pas qu’un seul travailleur reste inoccupé à la maison, alors qu’on pourrait frapper à sa porte pour lui annoncer « j’ai un formidable emploi pour toi ».

Donc, s’il y a un message que je vais promouvoir durant ce voyage, c’est le message suivant : il est temps d’aller de l’avant avec le projet Keystone.

Et j’ajouterais même, il est maintenant temps de prendre une décision concernant Keystone, même si cette décision n’est pas la bonne. Il faut sortir de cette impasse.

L’indépendance énergétique des États-Unis est trop importante; l’environnement est trop important; nos économies sont trop importantes.

Infrastructure et intégration

À quelque 850 milles à l’est du projet de l’oléoduc Keystone XL, le Canada appuie la construction d’un nouveau pont entre Detroit et Windsor, l’un des corridors commerciaux les plus achalandés dans le monde.

Nous avons aussi affecté 127 millions de dollars pour des investissements dans les infrastructures et des installations dans quatre postes frontaliers clés, et 50 millions de dollars pour deux nouvelles installations d’examen des conteneurs maritimes. Le Canada est sérieux lorsqu’il s’agit d’infrastructure.

Il n’y a pas uniquement le « matériel », soit les oléoducs, les routes et les ponts, qui permette aux biens de circuler entre nos deux pays. Nous avons également besoin des « logiciels » que sont l’échange coordonnée d’information, l’harmonisation des processus et les approches novatrices en matière de passage à la frontière et d’intégration des systèmes.

Nous sommes sur la bonne voie. Mentionnons par exemple le Plan d'action Par-delà la frontière, lancé en décembre 2011, qui vise à établir des règles en vue de faciliter la circulation des professionnels aux frontières.

En fait, le ministre du Commerce international du Canada Ed Fast ira à Chicago rejoindre la secrétaire du Commerce Penny Pritzker demain, où ils feront la promotion du nouveau Plan d'action Par-delà la frontière.

Un autre exemple est le Conseil de coopération en matière de réglementation qui vise à libérer nos entreprises du fardeau imposé par le dédoublement des exigences réglementaires nord-américaines pour leur permettre de consacrer toute leur énergie à soutenir la concurrence sur les marchés mondiaux.

Jumelées, ces deux initiatives constituent le plus important stimulant pour la compétitivité et la coopération nord-américaines depuis l’ALENA.

Une nation commerçante

Depuis la découverte des abondants stocks de poissons des Grands Bancs de Terre-Neuve jusqu’aux coureurs des bois et aux commerçants de fourrures de la Compagnie de la Baie d’Hudson qui ont cartographié et colonisé les vastes étendues sauvages de notre pays, il n’est pas exagéré de dire que le Canada a été fondé sur le commerce.

Le Canada est fondamentalement une nation commerçante. Le commerce est inscrit dans nos gènes, il fait partie de l’héritage génétique que nous ont transmis nos ancêtres et, dans une large mesure, il nous a défini en tant que nation.

Aujourd’hui, le commerce international représente plus de 60 p. 100 du PIB du Canada, et un emploi sur cinq au Canada est lié à l’exportation.

Depuis 2006, nous avons franchi des jalons véritablement historiques.

Nous sommes parvenus à un accord de principe historique avec l’Union européenne, un marché qui compte plus de 500 millions de consommateurs et qui représente 19 p. 100 des importations et exportations à l’échelle de la planète.

Cet accord a été présenté par The Economist comme le modèle à suivre, et il a montré au monde entier que le Canada est prêt à commercer, qu’il est prêt à prendre les décisions difficiles nécessaires pour bâtir un monde plus prospère.

C’est pourquoi nous avons aussi signé des accords de libre-échange avec neuf autres pays qui, mis ensemble, représentent une population de 100 millions de personnes et un PIB de près de 2 billions de dollars.

Et nous avons éliminé près de 2 000 droits de douane, y compris les droits appliqués aux machines, à l’équipement et aux intrants manufacturiers importés, ce qui fait du Canada le premier pays du G-20 à exempter des droits de douane les produits destinés au secteur manufacturier.

Il y a six semaines, le Canada a lancé son Plan d’action sur les marchés mondiaux, qui, dans la foulée de ces réussites, intègre la diplomatie économique pour faire de la réussite économique du Canada à long terme une priorité dans tous ses engagements internationaux.

Pas plus tard qu’hier, j’ai rencontré le représentant au Commerce des États-Unis Michael Froman pour souligner et réitérer l’intérêt du Canada à l’égard du Partenariat transpacifique.

La Chambre de commerce a toujours appuyé fortement le Partenariat transpacifique ainsi qu’un certain nombre d’autres enjeux commerciaux importants, et je lui en suis très reconnaissant.

Il fait partie intégrante de notre stratégie commerciale et permettrait de créer un bloc commercial dont le PIB combiné dépasserait les 27 billions de dollars et constituerait une occasion sans précédent pour les chaînes de valeur nord-américaines.

Je sais qu’à bien des égards, je n’ai pas besoin de vous convaincre.

Il me semble pourtant, après vous avoir relaté l’histoire de nos deux pays, après être passé de la guerre et du sang versé en pays étrangers aux infrastructures communes, comme les oléoducs et les ponts, et à l’importance de l’harmonisation des règlements, que ce n’est pas tant les objets inanimés qui comptent comme les messages qu’ils véhiculent.

En effet, ils témoignent de liens. De liens entre le Canada et les États-Unis. Entre les Canadiens et les Américains.

Ce jour tragique de septembre 2001, partout au pays, les Canadiens étaient rivés à leurs écrans, comme le reste du monde.

Dans les heures qui ont suivi l’attaque, le Canada a lancé l’opération Ruban jaune, accueillant 239 avions, soit 33 000 passagers, dans 17 aéroports canadiens.

À ce moment, de façon tout à fait exceptionnelle, une des villes participantes a véritablement incarné les valeurs canadiennes.

La ville de Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador, qui compte à peine plus de 11 000 habitants, a accueilli 38 de ces avions et près de 7 000 personnes.

Alors même que plusieurs étaient tentés de perdre foi en l’humanité, l’attention et la générosité des Canadiens au cœur d’un des moments les plus sombres de l’histoire des États-Unis ont été décrites par Tom Brokaw comme « un exemple de ce dont l’humanité est capable ».

Lorsque les passagers des avions ont quitté la ville, cinq jours plus tard, ils ont voulu récompenser monétairement ou autrement la population de Gander, qui a catégoriquement refusé.

Sa justification? « Vous auriez fait la même chose pour nous. »

Cherchez ailleurs dans le monde, et vous ne trouverez pas deux pays voisins aussi intimement liés par leurs valeurs communes et leur foi en l’humanité. Les relations entre nos deux pays sont uniques au monde.

Nous sommes reconnaissants envers la Chambre de commerce pour son soutien constant à l’égard du commerce et son engagement envers les idéaux de libre marché. Mais nous sommes surtout reconnaissants envers l’ensemble des Américains, nos voisins, nos amis, notre famille.

Il vaut la peine de contempler les aspects qui font de nos relations les plus fructueuses du monde et d’envisager de quelles manières nous pouvons continuer de les renforcer.

Je vous remercie.