Discours du ministre Baird à l’occasion du Forum sur le leadership économique Australie-Canada

Le 25 février 2014 - Melbourne, Australie

Sous réserve de modifications

Je suis très heureux de me joindre une fois de plus ce soir à ce groupe si impressionnant d’amis, dans un musée si impressionnant.

Je dis « une fois de plus », car j’ai eu le grand plaisir de vous parler lorsque vous vous êtes réunis à Toronto, en 2012, entre les dinosaures et les totems du Musée royal de l’Ontario.

Ce soir marque toutefois deux premières pour moi :

Il s’agit notamment de la première occasion que j’ai de partager une estrade avec ma nouvelle collègue et amie, Julie Bishop.

Julie, je me réjouis du fait que vos collègues députés vous aient donné congé de travaux à la Chambre pour vous permettre de vous joindre à nous ce soir.

En tant qu’ancien « manager of government business », comme on dit en Australie, je sais qu’aucun député ne peut prendre ses responsabilités démocratiques à la légère.

Par ailleurs, il s’agit également de ma première visite à Melbourne. Quelles en sont mes premières impressions?

Melbourne est une plaque tournante multiculturelle du commerce et de la créativité. Un noyau de gratte-ciel érigés au bord d’une eau calme — ça me rappelle beaucoup Toronto, mais avec un peu moins de neige.

De plus, ma visite constitue la première visite bilatérale en Australie d’un ministre des Affaires étrangères canadien depuis un long moment.

Les ministres des Affaires étrangères du Canada et de l’Australie se réunissent fréquemment dans d’autres pays, à d’autres occasions.

Julie et moi nous sommes déjà rencontrés deux fois depuis septembre dernier — d’abord à New York, aux Nations Unies, puis à la dernière conférence de l’APEC [Coopération économique Asie-Pacifique].

Toutefois, nous n’avons pas l’habitude de nous rendre visite dans nos pays respectifs pour parler franchement de l’état du monde. Nous sommes tous les deux d’accord qu’il est grand temps de changer cette habitude.

Ce double sentiment de familiarité et d’éloignement a été noté par le premier homme politique canadien à se rendre en Australie, sir Mackenzie Bowell, un conservateur de l’Ontario, comme moi, et le tout premier à détenir le portefeuille du Commerce du Canada.

Il a effectué sa première visite ici en 1893 pour ouvrir les voies commerciales entre le Canada et l’Australie.

Il est rentré très déçu au Canada, en déplorant le fait que, bien que nos pays soient liés par un patrimoine similaire, il serait difficile de bâtir un avenir prospère commun.

En regardant autour de la salle ce soir, en 2014, je constate que nous avons fait bien du chemin depuis cette époque.

Ce ne sont pas que des paroles vides que de dire que les liens qui unissent nos deux pays sont plus étroits que jamais. Et voici pourquoi.

Pour commencer, nous vivons dans l’après­11 septembre, c’est-à-dire un monde où le terrorisme et le fanatisme menacent la sécurité dans tous les pays démocratiques.

Les relations de confiance entre démocraties revêtent une importance de premier plan dans le monde aujourd’hui. Les démocraties saines comme les nôtres se fient les unes aux autres plus que jamais lorsqu’il est question de sécurité.

De plus, nous vivons dans un monde de puissances émergentes. Ces nouvelles puissances, dont certaines sont vos voisines, sont désireuses de se faire entendre davantage sur la scène internationale. La gestion de ces changements représente un défi pour les pays comme les nôtres.

Il ne fait aucun doute qu’un ordre mondial stable et fondé sur des règles est dans notre intérêt à tous. Mais cet objectif ne peut être atteint de façon unilatérale.

L’Australie a engagé le dialogue avec ces puissances émergentes, tout comme le Canada. Mais nous devons collaborer plus étroitement avec les pays qui partagent notre point de vue ainsi que nos valeurs les plus profondes.

Le Canada et l’Australie ont besoin l’un de l’autre dans ce nouveau monde qui se dessine, et plus encore que nous le pensons parfois.

Le troisième lien qui nous unit consiste en notre appartenance au nouveau regroupement international chargé de gérer les aspects complexes de ce nouvel ordre mondial, le G-20.

Vous accueillerez le Sommet du G-20 cette année. Le Canada en a été l’hôte en 2010.

Il est essentiel pour la prospérité de l’économie mondiale que les initiatives du G-20 portent leurs fruits. À cette fin, les autres membres du G-20 comptent sur le leadership de puissances de taille moyenne compétentes et respectées, comme l’Australie et le Canada.

Là encore, nos deux pays ont plus que jamais besoin l’un de l’autre sur la scène internationale.

Enfin, une nouvelle tendance a attiré un grand nombre d’entre vous à ce Forum ici, aujourd’hui. Nos deux économies jouent un bien plus grand rôle qu’auparavant dans le succès économique de l’une et de l’autre.

Depuis 1995, l’investissement total du Canada dans la région de l’Asie-Pacifique a bondi de 400 p. 100, ce qui est impressionnant en soi. Mais au cours de la même période, l’investissement canadien en Australie a progressé de près de 800 p. 100, ce qui est phénoménal.

L’Australie représente, et de loin, la première destination de l’investissement canadien direct en Asie-Pacifique.

Et les Australiens n’ont pas été en reste. Le Canada vient de devenir l’une des principales destinations de l’investissement direct à l’étranger de l’Australie.

Nos entreprises estiment qu’elles sont plus concurrentielles à l’échelle mondiale en investissant dans nos économies respectives.

Elles sont arrivées à cette conclusion, car elles ont confiance dans la résilience de nos économies, dans la volonté de nos gouvernements d’appliquer des stratégies de croissance axées sur le marché, et dans l’engagement profond de nos sociétés envers la primauté du droit comme assise de la prospérité.

Je sais que nos deux gouvernements accordent de plus en plus d’importance aux volets économique et commercial dans leurs relations diplomatiques.

Au Canada, nous avons réuni le commerce, le développement et les affaires étrangères en un seul ministère et avons adhéré à un Plan d’action sur les marchés mondiaux, dont le Partenariat transpacifique forme l’un des axes centraux.

Et je crois que ma présence et celle de mon homologue ici ce soir témoignent de notre détermination à stimuler nos économies.

Je vous ai entretenus des raisons pour lesquelles nos pays travaillent en plus étroite collaboration.

Permettez-moi maintenant de prendre quelques minutes pour vous présenter les objectifs vers lesquels nos deux pays peuvent faire tendre leurs efforts, sur le plan diplomatique, au cours de la prochaine année.

Le Canada a toujours été un pays du Pacifique. Le Canada est un partenaire du dialogue de l’ANASE [Association des nations de l’Asie du Sud-Est] depuis 1977 et un membre du Forum régional de l’ANASE depuis sa création. Nous entendons donc travailler de près au renforcement de l’architecture de la sécurité régionale dans l’Asie-Pacifique.

Nous sommes impatients de nous joindre à l’Australie dans le cadre du Sommet de l’Asie de l’Est, dès que de nouveaux membres seront acceptés. Faire en sorte que de telles institutions réussissent à favoriser véritablement la sécurité représente un travail de longue haleine, mais crucial au maintien de la prospérité économique dans la région et à l’échelle de la planète.

Le Canada et l’Australie appuient vigoureusement les démocraties naissantes.

Le gouvernement de la Birmanie a réalisé des avancées prometteuses en ce sens. Le Canada a accrédité son premier ambassadeur résident en Birmanie l’an dernier, et nous espérons collaborer encore plus étroitement avec l’Australie pour soutenir les toutes nouvelles institutions démocratiques créées dans ce pays.

Julie, la défense des droits de la personne est une cause qui nous tient particulièrement à cœur, à vous et à moi, surtout en ce qui concerne les droits des femmes et des filles.

J’ai dénoncé, à maintes reprises, la brutalité du mariage précoce et du mariage forcé. Votre engagement de longue date en faveur de l’habilitation politique des femmes est bien connu, et vous êtes personnellement un modèle de ce à quoi les jeunes femmes leaders peuvent aspirer.

Nous devrions travailler de concert cette année à promouvoir des initiatives pratiques, concrètes, qui profiteront aux femmes et aux filles les plus vulnérables du monde.

La liberté de religion fait aussi partie des droits de la personne qui sont fondamentaux. La promotion de la liberté de religion et du pluralisme crée un terreau fertile pour le développement d’institutions démocratiques solides et la prospérité à long terme.

L’Australie se trouve au beau milieu d’une région caractérisée par une très grande diversité religieuse. Les Canadiens et les Australiens pourraient œuvrer de concert en vue de promouvoir une meilleure compréhension entre les religions et de veiller au respect de la dignité de l’être humain.

Enfin, si ambitieux que soient nos objectifs mondiaux, nous ne pouvons ni l’un ni l’autre nous permettre d’avoir des missions diplomatiques dans chaque coin du globe où nous aurions aimé être présents.

En vertu de l’Accord sur le partage des services consulaires entre le Canada et l’Australie, vous offrez des services aux voyageurs canadiens dans 18 de vos missions établies dans des pays où le Canada n’est pas représenté.

De notre côté, nous en faisons autant à l’égard des Australiens dans 16 pays où l’Australie n’est pas présente. Je crois que nous pouvons renforcer, de façon créative et intelligente, cette tradition de coopération pour assurer la promotion de nos intérêts mutuels dans ce domaine.

Cette coopération est à la fois la preuve et un exemple concret de nos relations cordiales et fécondes.

Le Canada, l’Australie — et le monde dans lequel nous vivons — ont parcouru un long chemin depuis le pessimisme de sir Mackenzie Bowles en 1893.

Pour demain, notre prospérité commune repose plus que jamais sur notre capacité à tirer le meilleur parti de tout ce que nos grands pays ont en commun.

Le succès de ce Forum est un témoignage que les Canadiens et les Australiens se considèrent mutuellement comme des alliés naturels.

Il nous appartient maintenant d’en tirer le meilleur parti.

Je vous remercie.