Discours du ministre Baird à la Conférence internationale sur la prévention des génocides

Le 1er avril 2014 - Bruxelles, Belgique

Sous réserve de modifications

Sur un mur en pierre du site commémoratif du camp de concentration de Dachau, l’on peut lire cette promesse écrite en cinq langues : « Plus jamais ».

Les atrocités de l’Holocauste ont constitué un affront à cette valeur fondamentale qu’est la dignité humaine.

En ce mois d’avril durant lequel nous soulignons le 20e anniversaire du génocide rwandais et nous nous réunissons pour commémorer le Yom HaShoah, prenons le temps de renouveler notre engagement à lutter contre le génocide, le nettoyage ethnique, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Nous devons être vigilants pour ne jamais permettre que ces crimes horribles tombent dans l’oubli ou se reproduisent.

C’est pourquoi le Canada a proclamé le 7 avril la Journée nationale de réflexion sur la prévention du génocide.

Le Canada n’a pas totalement à l’écart du génocide.

Il a été profondément marqué par les quelque 40 000 survivants de l’Holocauste qui se sont établis d’un bout à l’autre du pays après la Seconde Guerre mondiale.

En 2011, le Canada a été le premier pays à signer le Protocole d’Ottawa sur la lutte contre l’antisémitisme.

Au cours de la dernière année, le Canada a présidé l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste.

En sa qualité de président, le Canada a accru la sensibilisation à l’Holocauste.

Nous avons appuyé la lutte contre l’antisémitisme et contre la résurgence de l’antisionisme.

Nous avons également accueilli des réfugiés fuyant les génocides et les crimes contre l’humanité commis dans d’autres régions du monde : au Cambodge, au Rwanda et à Srebrenica.

Ces Canadiens ont nourri notre détermination à prévenir les génocides.

La persécution fondée sur la religion constitue une violation des droits fondamentaux de la personne et augmente le risque que des atrocités de masse se produisent.

Dans de nombreux pays, il faut de toute urgence défendre la liberté de religion ou de croyance.

Nous devons agir, car la liberté de religion — la liberté de conscience — n’est pas qu’une question théologique; elle touche aux droits de la personne, et toute violation à son égard est souvent le prélude à la violence, voire au génocide.

Le gouvernement du Canada a fait de cette question une priorité en créant le Bureau de la liberté de religion.

Nous pouvons toutefois en faire davantage.

Les États ont le devoir solennel de défendre les personnes vulnérables, de tenir tête aux agresseurs, de protéger les droits de la personne et de promouvoir la dignité humaine, aussi bien au pays qu’à l’étranger.

L’exercice de ce devoir commence par la prévention.

Les stratégies de prévention doivent être adaptées aux contextes nationaux.

Mais une chose est claire : les sociétés qui respectent la diversité, qui protègent les groupes religieux et les droits de la personne, et qui tiennent les auteurs de crime légalement responsables sont moins susceptibles de subir des atrocités.

Trop souvent, nos efforts de prévention ont été insuffisants, et la détermination de la communauté internationale a été jugée insuffisante.

Les atrocités qui sont commises — en ce moment même — en Corée du Nord, en Syrie et en République centrafricaine nous le rappellent brutalement.

En Corée du Nord, des millions de personnes souffrent depuis des décennies sous une dictature totalitaire qui a surpassé les nazis et les Khmers rouges.

La portée, la gravité et la nature grotesque des violations de droits de la personne en Corée du Nord sont inégalées dans le monde contemporain.

La récente Commission d’enquête a documenté ces violations très clairement : des peines intergénérationnelles, des avortements forcés, la détention sans limitation de durée de prisonniers politiques, le travail forcé et l’exécution de convertis au christianisme.

Comme l’a dit un jour ce grand homme politique que fut William Wilberforce : « Vous pouvez choisir de détourner le regard, mais vous ne pourrez plus jamais prétendre que vous ne saviez pas. »

Ceux qui s’opposent à la prise de mesures en ce sens doivent garder à l’esprit le jugement que portera sur eux l’histoire.  

Le régime voyou de Pyongyang doit être tenu responsable des crimes qu’il a commis contre son propre peuple.

En Syrie, le mépris flagrant du régime Assad à l’endroit de la vie humaine doit cesser.

La protection du peuple syrien doit demeurer une priorité.

Le Canada a participé aux efforts internationaux pour détruire les stocks d’armes chimiques de la Syrie. Et nous nous sommes engagés, en réponse à la crise en Syrie, à verser plus de 630 millions de dollars pour offrir de l’aide humanitaire et de l’aide au développement et pour assurer la sécurité dans l’ensemble de la région.

Le Canada est aussi extrêmement préoccupé par la situation en République centrafricaine, où les gens sont ciblés et attaqués en raison de leur religion.  

La communauté internationale doit rester engagée afin de prévenir toute détérioration ultérieure de la situation.

Prévention. Action. Responsabilisation.

C’est ce que nous devons faire si nous voulons que ce « Plus jamais » devienne un état de fait, non une simple aspiration.

Au nom du gouvernement du Canada, j’aimerais remercier la Belgique d’avoir organisé cette importante conférence et d’avoir attiré l’attention de la communauté internationale sur la lutte contre le génocide.

En cette occasion solennelle, j’aimerais terminer en adressant mes condoléances, au nom de tous les Canadiens, à tous les survivants d’un génocide, et en rendant hommage au nombre incalculable d’innocents qui ont perdu la vie ou qui sont disparus.

Pour nous dirigeants, le moment est venu d’agir.

N’attendons pas qu’il soit trop tard et de regretter ne pas en avoir assez fait.

Je vous remercie.