Discours du ministre Baird à la conférence Freedom Online Coalition

Le 28 avril 2014 - Tallinn, Estonie

Sous réserve de modifications

Distingués collègues, mesdames et messieurs, bonjour.

Je tiens à remercier sincèrement nos hôtes, le président Ilves et le ministre Paet.

Il est tout naturel que cette conférence se tienne ici à Tallinn.

C’est le cas, en effet, puisque l’Estonie est un chef de file exceptionnel en matière de cybergouvernance.

Et ce pays mérite d’être félicité pour son attachement profond à la liberté d’expression sur Internet, à l’ouverture du gouvernement et à la transparence.

Mais, chose tout aussi importante, il est, aux yeux de l’Estonie, essentiel de défendre la liberté contre les agents agressifs et les régimes oppresseurs qui cherchent à faire taire les voix de leurs citoyens.

La technologie a toujours joué un rôle pour contrecarrer de tels agissements.

C’est pourquoi Lennart Meri, le premier président estonien de l’ère post-soviétique, a proposé la nomination de Radio Free Europe pour le prix Nobel de la Paix, en 1991. Parmi vous tous ici présents, y en a-t-il qui écoutent encore la radio aujourd’hui?

L’actuel président Ilves comprend bien la situation : en effet, il a dirigé le bureau estonien de Radio Free Europe, avant de faire carrière en diplomatie et en politique.

Toutefois, Internet a des répercussions et des possibilités immenses et sans précédent.

Je n’ai pas à prêcher un converti, ici, je crois bien.

Internet favorise la croissance économique, stimule l’innovation et a accéléré le rythme de la mondialisation.

Internet enrichit l’existence d’innombrables personnes aux quatre coins du monde, leur fournit des moyens d’agir, crée un forum de discussion ouvert, et donne une voix à la majorité silencieuse.

Il aide les citoyens du monde entier à façonner les grands événements et à opérer le changement comme jamais auparavant.

Mais si quelqu’un suggérait de remettre le prix Nobel de la Paix à Internet, voteriez-vous en faveur?

Comme tout outil puissant, ce peut être une arme à double tranchant.

Nous, membres de la Freedom Online Commission, défendons avec ardeur la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit.

Mais d’autres font l’acquisition des toutes dernières cybertechnologies pour réprimer les militants, éliminer les dissidents et faire taire ceux qui critiquent leur régime.

Plus les gens acquièrent du pouvoir, et plus certains gouvernements ont peur de perdre le leur.

Ils craignent que les nouvelles idées et la libre pensée n’effritent leur autorité.

Alors, plutôt que d’épauler le peuple qu’ils disent représenter, ces gouvernements adoptent des mesures de répression afin de contrer la liberté d’expression et d’accès à l’information à l’intérieur de leurs frontières.

Ils ont recours au pouvoir de la technologie pour traquer et contrôler leurs citoyens.

En d’autres mots, des outils pour la liberté sont transformés en outils de répression.

Prenons ce qui se passe dans le pays voisin, la Fédération de Russie.

Alors que la communauté internationale a le regard tourné vers la Russie, qui tente d’annexer la Crimée et qui a envoyé une foule de soldats le long de la frontière orientale de l’Ukraine, le président Poutine a imposé des restrictions accrues sur Internet et, de façon générale, des mesures de répression plus énergiques contre les médias et l’opposition.

L’Estonie sait très bien, après les cyberattaques perpétrées en 2007, qu’on n’a pas nécessairement besoin de chars d’assaut et d’avions de chasse pour violer la souveraineté d’une nation.

Les « hommes en vert » supposément anonymes aperçus en Crimée et dans l’est de l’Ukraine ont leurs équivalents virtuels en ligne.

Et la semaine dernière a eu lieu ce qui présente toutes les apparences d’un coup pro-Poutine au sein de VKontakte, le réseau social le plus populaire de Russie.

Le gouvernement du Canada est vivement préoccupé par cette tendance de plus en plus répandue. Tous les États doivent respecter les droits de la personne reconnus à l’échelle internationale, que ce soit en ligne ou hors ligne.

Ceux d’entre nous qui respectent ces droits devraient rechercher des moyens innovateurs de les soutenir.

Dans certains pays, le gouvernement du Canada collabore directement avec des acteurs civiques et politiques pour les aider à instaurer des changements positifs là où ils habitent.

Le soutien que le Canada accorde au Dialogue mondial sur l’avenir de l’Iran en fournit un bon exemple.

Les plateformes de médias sociaux créées dans le cadre de ce dialogue ont permis aux Iraniens de diffuser de l’information que leur gouvernement a cherché à filtrer et à bloquer.

C’est un grand succès — plus de 1,2 million d’utilisateurs ont accédé à ces plateformes depuis l’Iran — et nous souhaitons promouvoir cette approche encore davantage.

On ne doit par ailleurs pas négliger le rôle du secteur privé. Après tout, celui-ci est responsable de la majeure partie de l’infrastructure d’Internet et des services connexes.

Dans le contexte de la mondialisation, que les communications dans Internet se fassent sans entraves, afin que les échanges d’information soient libres et sûrs, représente un investissement indispensable pour le secteur privé.

Pour que le commerce international soit fructueux, le secteur privé doit s’opposer à tout effort de la part des régimes autoritaires pour restreindre les libertés par l’entremise de filtres et de contrôles.

Les entreprises ont la responsabilité de protéger les consommateurs et leurs droits.

Nous avons tous intérêt à préserver un cyberespace largement accessible.

Il en va de la prospérité et de la sécurité collectives et du respect des valeurs que sont la démocratie et les droits de la personne.

Le Canada continuera de collaborer avec ses partenaires internationaux dans le but de protéger la liberté, en ligne et hors ligne.

Et je me réjouis à l’idée d’entendre, aujourd’hui, comment nous pouvons redoubler d’efforts en ce sens.

Trop de choses sont en jeu si on ne le fait pas.

Je vous remercie.