Discours du ministre Baird devant le Comité juif américain

Le 14 mai 2014 - Washington

Sous réserve de modifications

C’est un privilège de pouvoir m’adresser à un si grand nombre d’invités distingués, et un plaisir d’être ici en présence d’autant d’amis.

Je suis fier de dire qu’Hillary [Clinton] figure parmi ces amis. Et il est très aimable de sa part d’avoir réchauffé la salle pour moi. Trêve de plaisanterie, bien qu’Hillary et moi ayons des convictions politiques opposées, j’avais de la difficulté à être en désaccord avec elle lorsque nous étions homologues.

J’ai développé un immense respect pour sa force et son leadership. Bien sûr, cela est dû en partie aux relations particulièrement étroites qu’entretiennent le Canada et les États-Unis.

Nos pays sont rapprochés, au sens propre. Hier soir, il ne m’a fallu que 90 minutes d’avion pour parcourir la distance qui sépare nos deux capitales. Toutefois, il ne s’agit pas seulement de deux pièces de casse-tête qui s’emboîtent par hasard.

Nos liens sont profonds, émotionnels et historiques. Et nous sommes liés par des valeurs et des intérêts communs.

Nous sommes l’un pour l’autre le plus important partenaire commercial, ayant notamment contribué tous deux à l’essor nord-américain dans le secteur de l’énergie. Nous espérons d’ailleurs poursuivre cet essor avec la construction de l’oléoduc Keystone XL, afin d’accroître la prospérité et la sécurité de nos deux pays.

Nous avons souvent fait front commun afin de régler des enjeux mondiaux. Notre opposition actuelle aux actions de la Russie en Ukraine est un exemple concret de cette collaboration.

Ainsi, d’une certaine façon, mes relations diplomatiques avec Hillary étaient toujours des plus faciles à gérer. Néanmoins, je lui suis très reconnaissant d’avoir fait preuve de leadership dans plusieurs dossiers — particulièrement celui de l’État juif. Elle est non seulement une amie fidèle du Canada, mais, ayant travaillé avec elle par le passé, je peux affirmer qu’elle est aussi une bonne amie d’Israël.

Je suis également reconnaissant envers le CJA [Comité juif américain] pour son leadership. Le CJA a travaillé sans relâche au nom de la communauté juive — tant aux États-Unis que dans le monde entier — bien avant la naissance de politiciens comme moi.

Et vous continuerez sans doute de le faire pour les générations à venir. Je vous en remercie.

J’aimerais vous parler aujourd’hui non seulement de la position du Canada quant à l’importance de l’État juif, qui, je l’espère, est très claire, mais aussi de certaines expériences que j’ai vécues et de quelques-uns de mes récents voyages à titre de ministre des Affaires étrangères, des valeurs qui sous-tendent la position du Canada, et de certaines des difficultés auxquelles nous sommes confrontés à l’échelle régionale et internationale dans la lutte contre les menaces qui pèsent sur Israël et sur l’ensemble de la communauté juive.

Les Juifs sont établis au Canada depuis plus de 250 ans. À l’heure actuelle, près de 350 000 Canadiens s’associent à la culture et à la religion juive.

Ils sont fiers de se dire Canadiens et ils sont profondément enracinés dans notre tissu national.

J’ai pu le constater lorsque j’ai eu l’honneur d’animer un dîner pour le Fonds national juif du Canada, à Toronto, il y a quelques mois.

Ce n’était pas une réception ordinaire. Il y avait plus de 4 000 membres de la communauté locale, réunis dans une seule pièce, à partager un dîner casher et à recueillir des fonds pour des causes publiques.

Cette activité n’est qu’un exemple du rôle positif que jouent les juifs au Canada. Vous verrez la même chose ici et dans chaque pays où les juifs se sont établis.

On l’a dit à maintes reprises, mais il convient de le répéter : le peuple juif a traversé des épreuves incroyables et il s’en est sorti en accomplissant des choses extraordinaires.

Il y a quelques semaines, j’étais en Lettonie où j’ai vécu la douloureuse expérience de marcher à travers la forêt de Rumbula. Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler de cette forêt, il s’agit de la fosse commune des quelque 25 000 juifs qui y ont été envoyés avant d’être fusillés par les nazis.

Je dois vous avouer que de marcher sur ce site — la terre même où une cruauté inouïe s’est exercée, et de penser aux innocents qui ont versé leur sang — est l’une des expériences les plus émouvantes que j’ai vécues depuis longtemps.

Plus tard ce jour-là, le président letton et moi nous sommes arrêtés pour planter un arbre sur le site dans le cadre d’une campagne nationale de plantation d’arbres. Planter un arbre symbolise ce que fait l’ensemble de la communauté juive depuis l’holocauste, qui a terriblement entaché l’histoire de l’humanité.

Pendant ce même voyage, j’ai eu l’occasion de visiter le Sinaï avec le commandant canadien de la Force multinationale et Observateurs qui défend le territoire entre l’Égypte et Israël.

En hélicoptère, nous avons survolé la frontière sud à partir de la mer. J’ai pu voir très clairement le contraste entre les terres poussiéreuses et stériles du Sinaï et les lots méticuleusement cultivés d’Israël. Quel rappel saisissant de tout ce qui peut être accompli, et de l’héritage stérile que laisse le terrorisme dans son sillage.

Israël est une nation véritablement particulière. Le premier ministre [Stephen] Harper l’a bien dit dans son touchant discours à la Knesset en janvier :

« Je crois que l’histoire d’Israël est un formidable exemple pour le monde entier. Il s’agit essentiellement de l’histoire de gens qui ont réagi à la souffrance en surmontant leur ressentiment et en construisant une société des plus extraordinaires. »

Cette société extraordinaire contraste nettement avec plusieurs autres nations de cette région, et le Canada appuie Israël dans sa quête de liberté, de paix et de sécurité.

Nous croyons que la solution des deux États est essentielle à la réussite de cette quête.

Le processus de paix au Moyen-Orient est aussi délicat qu’important, et j’ai une grande admiration pour le secrétaire [d’État John] Kerry, qui a déployé des efforts considérables et consacré énormément de temps à cette initiative capitale. Le courage, l’engagement et la conviction qu’il a manifestés dans ce dossier méritent nos applaudissements.

Croyez-moi, notre soutien envers Israël n’a pas toujours été accueilli favorablement aux Nations Unies. Cependant, nous ne nous excuserons pas des positions que nous prenons, car nous défendons ce qui est juste.

J’attends avec impatience le jour où les enfants israéliens et palestiniens pourront vivre côte à côte, en paix et en sécurité, dans un État juif et un État palestinien.

Je crois également que le dialogue est une vertu, et qu’il doit se poursuivre. Toutefois, il ne peut y avoir de discussion constructive avec quiconque est voué à la destruction d’Israël.

Il ne peut y avoir ni marchandage sur l’existence d’Israël, ni accommodement pour l’antisémitisme, sous quelle forme malsaine que ce soit.

Ce qui m’amène à parler de l’Iran. Cela fait maintenant près d’un an que le régime clérical iranien a élu un nouveau président, Hassan Rohani. Le style de ce dernier est diamétralement opposé à celui de son prédécesseur. Ce qui n’est pas particulièrement difficile.

Nous tous, qui sommes depuis longtemps pessimistes au sujet du régime iranien et de son Guide suprême, ne demandons pas mieux que de croire que ce pays est réellement déterminé à apporter des changements positifs.

Mais nous ne pouvons nous permettre d’être naïfs, et le peuple iranien ne peut se le permettre non plus, lui qui a souffert beaucoup trop longtemps des ambitions nucléaires du régime. Les violations des droits de la personne, notamment les exécutions, s’aggravent sous la présidence actuelle et sous celle du « ministre iranien de la Mort ».

Des paroles gentilles, un sourire et une campagne de charme ne peuvent remplacer de réelles mesures ni dissimuler efficacement la haine qui persiste. C’est pourquoi je doute vivement des intentions de l’Iran.

Un Iran doté de l’arme nucléaire représente une menace pour le Canada, pour Israël et pour nos alliés, et annulerait des décennies d’efforts en vue de prévenir la prolifération nucléaire partout dans le monde.

Les pourparlers du P5+1, ainsi que ceux avec l’Agence internationale de l’énergie atomique [AIEA], ont permis de créer un cadre afin que l’Iran puisse répondre aux graves préoccupations concernant son programme nucléaire. Pourtant, seulement une des douze « dimensions militaires possibles » du programme fait actuellement l’objet de discussions, un moyen utilisé pour instaurer la confiance.

Prenons un instant pour imaginer de quoi aurait l’air un régime réellement déterminé à dissiper nos pires doutes.

Le régime répondrait à tous les éléments des dimensions militaires possibles. Il permettrait un accès libre à toutes ses installations nucléaires et informerait l’AIEA de ses projets en matière nucléaire afin de faire valider le caractère pacifique de son programme. Bref, il n’agirait pas comme le régime actuel.

J’espère sincèrement me tromper à ce sujet et je souhaite que les pourparlers actuels mènent à une entente significative.

Cependant, tant que nous n’aurons pas de raisons de nous fier aux paroles du régime actuel, les sanctions du Canada demeureront en vigueur.

Je crois que la nature et le comportement mêmes de ce régime belliqueux, qui opprime ses citoyens par le terrorisme et parraine les actes terroristes à l’étranger, posent un problème stratégique.

Et jusqu’à ce que les mots et les actions du guide suprême se traduisent par un respect des droits humains du peuple iranien, ou jusqu’à ce qu’il cesse de soutenir le terrorisme à l’étranger en Syrie, au Liban et ailleurs, le Canada demeurera sceptique à l’égard des intentions du régime.

Toutes les menaces qui pèsent sur Israël et sur la région ne sont pas de nature physique. Elles prennent également la forme d’attaques verbales et de préjudices à peine voilés.

Les propos de Richard Falk — le Rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits humains des Palestiniens — en constituent un bon exemple.

J’admets ne pas avoir été très courtois et diplomate lorsque j’ai réagi à son départ récent. Mais il s’agissait d’un départ que je jugeais bon de saluer.

M. Falk a profité de son rôle unilatéral pour formuler ouvertement des commentaires antisémites et pour répandre sans cesse de la désinformation sur Israël.

Malheureusement, le soulagement procuré par ce léger progrès aux Nations Unies aura été de courte durée.

Son épouse, Hilal Elver, vient d’être nommée Rapporteur spécial. Et ce qu’elle pense d’Israël est tout aussi répugnant et déraisonnable.

Je me suis formellement opposé à sa nomination et le Département d’État l’a critiquée, mais, étonnamment, peu d’autres voix se sont élevées.

Cela s’inscrit dans un courant de plus en plus répandu. Je peine à le dire, mais, dans certains milieux, on ne se formalise plus d’entendre des propos antisémites.

En Occident, l’antisémitisme n’est généralement plus aussi cru, dans ses manifestations verbales ou de forme, que la haine ancienne des siècles passés.

Mais il trouve toujours le moyen de s’infiltrer, masqué dans des références au sionisme ou à l’État d’Israël.

Ainsi, en 2014, des voix s’élèvent pour demander le boycott des entreprises israéliennes. Cela évoque de manière gênante les erreurs du passé. Et cela demande une réponse vigilante afin de renier la haine pour ce qu’elle est et de conforter ceux qui tiennent fermement à nos valeurs communes que sont la liberté, la démocratie, le respect des droits de la personne et la primauté du droit.

En terminant, permettez-moi de vous relater une conversation que j’ai eue récemment avec un vétéran du journalisme canadien. Après une entrevue animée au sujet d’Israël, ce journaliste m’a raconté qu’il avait déjà couvert une rencontre à laquelle j’avais participé avec l’Autorité palestinienne.

Un des membres de sa délégation avait laissé sur place les notes prises au sujet d’un entretien privé auquel j’avais pris part. Le journaliste en question a pris les notes, les a lues et a été surpris de constater que j’avais tenu lors de cet entretien exactement les mêmes propos que ceux que je tiens publiquement.

Nous ne pouvons changer ou nuancer nos valeurs si nous voulons éviter de reproduire les erreurs du passé.

Et vous savez quoi? Les gens apprécient la franchise. En fait, les relations entre le Canada et le monde arabe n’ont jamais été aussi solides.

Les acteurs du monde arabe comprennent notre position de principe à l’égard d’Israël, mais ils respectent aussi les relations directes et honnêtes que nous entretenons avec eux, et ils apprécient notre vision commune sur d’autres questions régionales.

De même, en tant qu’ami loyal d’Israël, le Canada est bien placé pour lui offrir aussi bien des mots d’encouragement que des conseils.

Il n’est pas question ici d’une nation, d’une race ou d’un groupe d’intérêt en particulier. Il n’est pas non plus question de peser les pour et les contre liés à une position en particulier.

Il est question ici de défendre la liberté, nos valeurs et ce qui est juste.

L’époque est révolue où la politique étrangère canadienne se cantonnait dans la ligne du juste milieu.

Où l’on sondait le terrain et où on soufflait le chaud et le froid.

Le relativisme n’est pas un trait du leadership, il constitue la solution facile.

Chers amis, nous vivons à une époque extraordinaire.

Nous pouvons laisser cette époque nous définir.

Ou nous pouvons définir nous-mêmes le rôle que nous y jouerons.

Choisissons cette deuxième option.

Je vous remercie.

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