Discours de la ministre Aglukkaq à la conférence Frontières de l’Arctique

Le 21 janvier 2013 - Tromsø, Norvège

Sous réserve de modifications

Je suis ravie de l’occasion qui m’est donnée de vous parler du prochain mandat du Canada à la présidence du Conseil de l’Arctique, mais j’aimerais d’abord vous parler un peu de mon histoire personnelle.

En octobre 2008, j’ai été élue au Parlement du Canada à titre de députée d’un territoire nordique, le Nunavut, qui regroupe 25 collectivités éloignées, accessibles seulement par la voie des airs ou de l’eau.

Le Nunavut, vu sous un angle différent, est un territoire dont la superficie est égale à celle de l’Europe occidentale et qui s’étend sur trois fuseaux horaires.

J’ai grandi dans le hameau éloigné de Gjoa Haven, qui se prononcerait « Yo-wa Haa-ven » en norvégien. Je reviendrai sur cette expérience plus tard.

En août dernier, le premier ministre [Stephen] Harper m’a nommée ministre du Conseil de l’Arctique pour le Canada.

Cela est remarquable, pour deux raisons.

C’est la première fois que le Canada nomme un ministre chargé spécifiquement du Conseil de l’Arctique. Cela témoigne de l’importance que notre gouvernement attache au Nord, au Conseil de l’Arctique et à notre mandat à la présidence de cet organisme, de 2013 à 2015.

De plus, la nomination à ces nouvelles fonctions d’une personne qui est née et a grandi dans l’Arctique démontre à quel point nous valorisons l’expérience et le savoir particuliers que les gens du Nord peuvent apporter aux discussions.

On peut dire sans se tromper que les gens qui vivent dans l’Arctique sont des experts en ce qui concerne la façon de survivre et de prospérer dans cette région. Je viens d’apprendre que nous ne sommes pas les seuls à penser ainsi.

Il y a deux jours, je me suis rendue pour la première fois à Oslo, où j’ai eu l’occasion de visiter le musée Fram et le Musée d’histoire de la culture de l’Université d’Oslo.

J’y ai vécu un moment émouvant, en contemplant les visages de mes ancêtres dans les magnifiques photographies prises par un Norvégien très célèbre — que vous connaissez sans doute — Roald Amundsen.

Comme je l’ai mentionné précédemment, j’ai grandi dans la petite localité arctique de Gjoa Haven. Ma famille y vit toujours, et c’est là qu’est mon chez-moi.

Roald Amundsen a été le premier à explorer le passage du Nord-Ouest, de 1903 à 1906.

Malheureusement, son petit navire, le Gjøa, s’est retrouvé prisonnier des glaces au large de l’île King William, dans une région reculée maintenant appelée Gjoa Haven. Il y a passé deux hivers avec son équipage.

Durant cette période, il a noué des liens étroits avec les Inuits, qui lui ont montré, ainsi qu’à son équipage, comment survivre au rude climat et aux conditions difficiles de l’Arctique. Les Inuits leur ont transmis le savoir spécial nécessaire à leur survie quotidienne, savoir qu’ils détenaient eux-mêmes de leurs ancêtres.

En décembre 1911, Amundsen et son équipage ont atteint le pôle Sud, et l’explorateur a reconnu que les connaissances des Inuits Netsilik de Gjoa Haven s’étaient avérées cruciales à la réalisation de son exploit.

Les connaissances et le savoir traditionnels des peuples de la région arctique ont été déterminants pour Amundsen, lui permettant de découvrir une contrée jusqu’alors inexplorée. Et je suis convaincue que ces connaissances et ce savoir seront la clé de la réussite future du Conseil de l’Arctique.

Au cours des prochaines années, les transformations rapides que connaît la région arctique nous mèneront tous en territoire inconnu. Des défis et des possibilités se présenteront à nous. Certains seront positifs, d’autres, peut-être pas.

Toutefois, pour que nos efforts dans l’Arctique soient couronnés de succès, nous devons jeter des ponts entre le savoir ancestral des peuples qui y vivent et les réalités du monde d’aujourd’hui.

À titre d’exemple, je sais combien il est important, pour les Inuits du Canada, que les études scientifiques et les processus décisionnels tiennent compte du quayimayatuqangit inuit, ou « savoir traditionnel ».

Dans cette optique, mon premier geste, en tant que ministre canadienne du Conseil de l’Arctique, a été d’entamer un dialogue avec les Canadiens du Nord sur ce que devraient être les priorités de la présidence canadienne.

L’automne dernier, j’ai rencontré des premiers ministres, des élus, des chefs autochtones, les participants permanents [au Conseil de l’Arctique], des gens d’affaires et des chercheurs scientifiques dans les trois territoires nordiques du Canada : le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest et le Yukon.

Et aujourd’hui, je termine une tournée auprès de nos partenaires nordiques du Conseil de l’Arctique, tournée entamée en décembre par une visite à Stockholm.

La semaine dernière, je me suis rendue, entre autres, à Reykjavik, à Copenhague, à Helsinki et à Oslo. Et, aujourd’hui, je me trouve à Tromsø, ma dernière escale.

Les discussions que j’ai eues avec mes homologues, des membres des milieux d’affaires et des représentants de la communauté lapone ont été très constructives et enrichissantes.

Elles ont mis en évidence les défis et les possibilités qui se dessinent à l’horizon, ainsi que les nombreux points qu’ont en commun nos pays.

Tout au long de mes consultations, tant au Canada qu’à l’international, j’ai reçu un message clair : le bien-être et la prospérité des gens qui vivent dans le Nord doivent figurer en tête des priorités de la présidence canadienne au Conseil de l’Arctique.

La présidence canadienne du Conseil de l’Arctique

C’est pourquoi je suis extrêmement heureuse d’annoncer que le thème principal de notre mandat à la présidence sera « Le développement au service de la population du Nord ».

Avec l’aide de nos partenaires au Conseil de l’Arctique, nous nous emploierons avant tout à favoriser la croissance économique, l’épanouissement durable des collectivités nordiques et le maintien d’écosystèmes sains.

Le Canada proposera trois sous-thèmes pour orienter notre travail.

Le premier sera « L’exploitation responsable des ressources de l’Arctique ».

La mise en valeur des ressources naturelles s’avère importante pour l’avenir économique de l’Arctique et la prospérité à long terme de ses populations.

Comme je l’ai dit quand j’ai représenté le Canada à la réunion ministérielle [du Conseil de l’Arctique] de Nuuk [au Groenland], en mai 2011, l’exploitation des ressources dans l’Arctique pourrait contribuer de manière appréciable à la création de richesse et d’emplois.

Le Canada est déterminé à faire en sorte que les communautés nordiques bénéficient de l’essor économique que connaît actuellement la région.

Toutefois, ce développement doit se faire de manière responsable et viable sur le plan de l’environnement, de façon à ne pas entraîner de conséquences néfastes pour le territoire, l’eau, et les animaux dont de nombreuses populations du Nord dépendent encore pour vivre. Et nous estimons que le Conseil doit veiller, par son action ferme, à l’atteinte de cet objectif.

Le Canada poursuivra le travail amorcé sous la présidence suédoise afin de renforcer les relations entre les milieux d’affaires et le Conseil de l’Arctique.

Les entreprises présentes dans l’Arctique ont acquis de l’expérience, après avoir tiré des enseignements et mis en place des pratiques exemplaires, dans de nombreux domaines importants pour la région circumpolaire.

Le Canada collaborera avec ses partenaires du Conseil de l’Arctique pour que les milieux d’affaires aient davantage l’occasion de coopérer avec celui-ci, afin de mettre en commun les meilleures pratiques et les enseignements tirés dans la région circumpolaire.

Notre mandat aura pour deuxième sous thème « La navigation sécuritaire dans l’Arctique ».

Le Canada poursuivra le travail du Conseil en ce qui concerne la prévention des déversements d’hydrocarbures dans l’Arctique. Cela est essentiel.

Un déversement d’hydrocarbures par l’un des nombreux navires qui sillonneront bientôt les voies navigables de l’Arctique, à mesure que s’allongera la saison de navigation, pourrait avoir de graves répercussions sur l’environnement et les modes de subsistance des populations du Nord.

Le Canada envisage d’élaborer des directives sur le tourisme dans l’Arctique à l’intention des croisiéristes. Ces efforts s’inscriront dans le prolongement du nouvel accord sur la recherche et le sauvetage dans l’Arctique [l’Accord de coopération en matière de recherche et de sauvetage aéronautiques dans l’Arctique] signé par tous les États membres du Conseil de l’Arctique en 2011, au Groenland.

Le troisième et dernier sous thème sera « Des collectivités circumpolaires durables ».

En raison des changements climatiques, ma famille, mes amis et tous les habitants du Nord sont confrontés à de nouveaux défis.

Il est essentiel que le Conseil aide les populations à s’adapter à ces changements, y compris par la diffusion de meilleures pratiques. Nous devons aussi examiner ensemble le meilleur moyen de faire progresser notre travail sur les agents de forçage du climat de courte durée de vie, comme le noir de carbone. Ces polluants proviennent de centres industriels situés loin des collectivités nordiques, mais ont des répercussions non négligeables sur les conditions de vie dans le Nord.

Conclusion

Au cours de ses 16 années d’existence, le Conseil a réalisé un travail scientifique très important et a influencé la politique internationale sur des enjeux clés, comme le mercure.

Le Canada poursuivra sur cette lancée.

Mais, pour l’instant, nous devons nous assurer d’appliquer de manière concrète les résultats des travaux de recherche pour améliorer le bien-être et la prospérité des gens qui vivent dans l’Arctique.

Pendant ma visite du musée Fram, samedi, j’ai pu en apprendre davantage sur l’esprit d’innovation dont a fait preuve [l’explorateur norvégien Fridtjof] Nansen en concevant son remarquable navire.

J’ai également appris que le nom qu’il a donné à son bateau, le Fram, signifie « aller de l’avant », ce qui convient bien à un vaisseau conçu pour affronter les rigueurs de la navigation dans les eaux arctiques et voguer plus loin au nord que personne ne l’avait fait auparavant.

C’est dans cet esprit que j’envisage le rôle du Conseil de l’Arctique : aller de l’avant.

Au cours des prochaines années, la région arctique connaîtra des changements et de grands défis mais elle offrira aussi de grandes possibilités.

En conjuguant le savoir des peuples qui habitent le Nord depuis des générations à ce que la recherche et les technologies novatrices nous ont appris, nous réussirons à aller de l’avant.

Pour moi, cela ne fait aucun doute.

Et nous devons le faire ensemble, dans le cadre d’une action concertée, qui met à contribution les huit pays du Conseil de l’Arctique et ses six participants permanents.

Pour terminer, je tiens à vous adresser mes vœux de succès pour cette conférence.

Nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres et je vous suis reconnaissante de l’occasion qui m’a été donnée de vous faire part de certaines de mes réflexions.

Je vous remercie.