Notes pour une allocution de l'honorable Julian Fantino ministre de la coopération internationale à l'occasion du Forum de la Saskatchewan sur la sécurité alimentaire mondiale

Le 5 février 2013
Saskatoon (Saskatchewan)

Merci Monsieur le Ministre Wyant pour ces mots aimables.

Bonjour,
Mesdames et Messieurs,

C'est pour moi un grand plaisir d'être parmi vous aujourd'hui.

Et ce n'est pas uniquement parce que j'ai ainsi la chance d'être ailleurs qu'au Parlement, croyez-moi.

De fait, je ne pense pas qu'il y ait de meilleure façon de souligner la Semaine du développement international qu'en étant à vos côtés, vous qui êtes les principaux acteurs de l'économie de la Saskatchewan et vous les représentants du Programme alimentaire mondial, pour explorer des partenariats qui profiteront non seulement aux pays en développement, mais aussi au Canada.

Je tiens donc à vous remercier M. LaBelle, ainsi que le Partenariat du commerce et des exportations de la Saskatchewan, de m'avoir invité à cette rencontre extraordinaire.

Lionel vient de me confier que la croissance économique de la Saskatchewan a diminué de cinquante pour cent ce matin, parce que la fine fleur du milieu des affaires est ici présente.

Sérieusement, je vous remercie de vous être libérés, malgré votre horaire très chargé.

Cette conférence est pour nous une occasion en or de tenir une discussion rationnelle, digne du vingt et unième siècle, à propos de l'un des plus grands enjeux mondiaux, dont vous avez d'ailleurs fait votre thème :

Comment faire pour nourrir un monde affamé?

C'est une bonne question, à laquelle le monde entier essaie depuis fort longtemps de trouver une réponse.

À mon avis, il est éminemment opportun de débattre de cette question ici, en Saskatchewan.

En effet, comme un bon nombre d'entre vous le savent, cette province compte près de la moitié des terres agricoles cultivées au Canada.

Que nous pensions aux légumineuses, aux céréales ou aux bovins, c'est ici même, en Saskatchewan, que sont produites certaines des meilleures denrées au monde.

L'industrie agricole de la Saskatchewan est prospère, et vous détenez de riches connaissances et compétences dont vous pouvez faire profiter d'autres pays.

Et le monde a besoin de votre appui.

Car près de neuf cent millions de personnes souffrent de sous-alimentation chronique.

Dans l'exercice de mes fonctions de ministre de la Coopération internationale, j'ai rencontré quelques-unes de ces personnes — des femmes, des hommes et des enfants qui luttent pour survivre.

Il est clair pour moi que la faim est l'une des pires formes de pauvreté.

La faim éclipse toute autre considération dans la vie.

Quand vous avez faim, vous êtes incapable d'apprendre.

Vous êtes trop faible pour travailler.

Et vous ne pouvez pas subvenir à vos besoins ni à ceux de votre famille.

C'est pourquoi le Canada s'est fait un voisin compatissant, comme l'a déclaré le premier ministre Harper.

La majorité des Canadiennes et des Canadiens entendent parler de notre aide humanitaire lors des crises ou des catastrophes.

Le séisme en Haïti et la crise alimentaire actuelle dans la région du Sahel, en Afrique de l'Ouest, illustrent les cas où le Canada offre des services absolument vitaux.

Évidemment, nous ne pourrions pas le faire si ce n'était de nos partenaires au Programme alimentaire mondial.

Notre relation avec eux repose sur la confiance mutuelle, le respect et la volonté de venir en aide aux gens dans le besoin rapidement et efficacement.

Lorsqu'il y a une crise alimentaire, le Programme alimentaire mondial travaille sur le terrain, dans les zones frappées par un conflit ou une catastrophe, pour acheminer une aide vitale aux victimes.

L'Agence canadienne de développement international (l'ACDI), a aidé le Programme alimentaire mondial à fournir une aide alimentaire d'urgence à quatre-vingt-dix millions de personnes dans soixante-treize pays.

Grâce à notre appui, le Programme alimentaire mondial a distribué des repas à plus de vingt-trois millions d'écoliers dans le monde.

Ces programmes d'alimentation scolaire permettent d'accroître l'assiduité scolaire — surtout dans le cas des filles — et d'améliorer le rendement à l'école.

Dans le cadre de notre plan pour produire plus de résultats comme ceux-là, nous voulons rendre l'assistance alimentaire plus efficiente.

C'est pourquoi le Canada a dirigé les négociations internationales qui ont mené à la nouvelle Convention relative à l'assistance alimentaire.

Cette convention reçoit l'aval du Programme alimentaire mondial, de la Banque canadienne de grains et d'autres organisations canadiennes, et elle garantit chaque année une quantité minimale d'assistance alimentaire à l'intention des pays en développement.

C'est donc dire que les pays vont s'engager à fournir un soutien financier annuel minimal à l'égard de l'assistance alimentaire pour l'achat et la distribution de denrées alimentaires.

Cela donne au Programme alimentaire mondial les connaissances et l'assurance dont il a besoin pour la planification à long terme et l'achat de denrées, ce qui lui donne plus de souplesse et d'efficience à l'égard de la nature des achats et de l'endroit où il se les procure.

Cet engagement financier garanti est également avantageux pour les fournisseurs de produits alimentaires, comme les agriculteurs et les fabricants de produits alimentaires du Canada.

La qualité et la constance des productions canadiennes placent les agriculteurs et les transformateurs du Canada en bonne posture pour faire face à la concurrence et devenir des fournisseurs de choix aux yeux des acheteurs de produits d'assistance alimentaire.

Cela dit, je suis heureux d'annoncer aujourd'hui que le Canada a accédé au titre de membre fondateur de la Convention relative à l'assistance alimentaire, et de vous faire part de notre engagement annuel.

Voilà un autre des moyens que prend l'ACDI pour contribuer à faire en sorte que les gens aient assez à manger en temps de crise humanitaire ou d'insécurité alimentaire.

L'assistance alimentaire est non seulement nécessaire, mais utile également.

Toutefois, elle ne peut permettre de nourrir les gens et leur famille à long terme.

C'est pourquoi l'ACDI se concentre principalement sur le développement à long terme.

Bien qu'elle soit moins visible, cette forme d'aide n'en est pas moins importante.

Nous nous efforçons d'aider les individus, les familles, les collectivités et les pays à être plus résilients et autosuffisants à long terme.

De plus, nous comprenons tous la situation mondiale et ses répercussions, souvent immédiates, sur le Canada.

L'an dernier, nous avons accueilli le sept milliardième être humain sur la planète.

Or, il se trouve que les jeunes qui vivent dans des pays en développement représentent un milliard de personnes.

Nous savons tous que les risques pour la sécurité et l'instabilité économique dans le monde peuvent se répercuter sur nos vies, tous autant que nous sommes - que ce soit à la ferme ou à l'épicerie.

Au bout du compte, ce qui survient dans d'autres pays a une incidence ici même, au Canada. Et pas uniquement à la télévision ou dans Internet, mais bien dans nos localités et nos foyers.

Quand l'économie américaine ou l'économie européenne bat de l'aile, nous en ressentons les effets en regardant notre compte bancaires ou nos registres.

Et quand il y a de l'agitation politique au Moyen-Orient, vous le savez quand vient le temps de mettre du carburant dans vos camions ou vos machines agricoles.

Aujourd'hui même, nous constatons comment la crise alimentaire que connaît le Mali a une incidence directe sur la sécurité dans ce pays — cela augmente la possibilité de voir se développer des zones servant de refuges aux terroristes. Au bout du compte, c'est le Canada et tous les autres pays qui risquent d'être aux prises avec une crise sur le plan de la sécurité mondiale.

Telle est la réalité de notre monde.

Et c'est une réalité qui pose tout un défi.

Mais c'est un défi que la population canadienne et la communauté internationale veulent que nous relevions.

Un pays comme le Canada — fort d'une production agricole exceptionnelle et d'un savoir-faire de renommée internationale — a beaucoup à offrir à ce chapitre.

Dans ce monde où la population toujours plus nombreuse souhaite de plus en plus pouvoir disposer d'aliments nutritifs et de grande qualité, produits de manière durable, le Canada est prêt à répondre à pareille demande.

Le leadership du Canada dans le domaine de la sécurité alimentaire est reconnu dans le monde entier.

Nous cherchons à répondre aux besoins alimentaires immédiats des populations vulnérables, tout en aidant les collectivités à acquérir la capacité de se nourrir.

Tandis que d'autres ministères fédéraux signent des certificats d'exportation et négocient des accords de libre-échange, pour notre part, nous contribuons à établir les conditions nécessaires aux échanges commerciaux.

Lorsque nous aidons les populations à avoir accès à la nourriture et à l'eau, elles sont alors mieux préparées pour recevoir une éducation, participer à une formation professionnelle et, enfin, devenir autonomes sur le plan économique.

Nous contribuons aussi à établir les institutions, les lois et les règlements dont les pays que nous aidons ont besoin pour être des partenaires commerciaux stables et attirer les investisseurs.

De toute évidence, la sécurité alimentaire constitue un problème complexe qui exige des solutions novatrices et durables.

Selon moi, l'industrie agricole et agroalimentaire peut mettre à contribution un précieux savoir-faire en ce sens.

Il y a déjà longtemps que vous innovez dans le domaine agricole, que l'on pense au canola ou encore au blé Marquis développé pour résister aux rigueurs de nos hivers.

Toutefois, pour produire une plus grande quantité de denrées de qualité, il nous faut pousser plus loin l'innovation.

Nous devons également faire connaître les pratiques novatrices qui ont cours aux agriculteurs des pays en développement, et ce, en les adaptant en fonction des difficultés qu'ils connaissent et de leur milieu particulier.

Voilà pourquoi je suis ravi de voir les plans échafaudés pour l'institut mondial pour la sécurité alimentaire (le Global Institute for Food Security), hébergé par l'Université de Saskatoon.

Fort de l'appui de ses importants partenaires, le Canada continuera d'être un précurseur en agriculture et en innovations alimentaires sur la scène internationale.

Ensemble, nous travaillons dans des pays comme le Sénégal en vue de distribuer des suppléments de zinc qui profiteront à plus d'un virgule sept million d'enfants de moins de cinq ans, et qui réduiront de manière substantielle la mortalité juvénile.

Il s'agit d'une collaboration entre les Canadiens et Canadiennes, l'ACDI, Teck Resources — une entreprise canadienne — et l'Initiative pour les micronutriments, chef de file mondial dans le domaine de la nutrition.

Mais nous savons qu'il y a moyen d'en faire plus.

Que ce soit pour transformer des légumineuses riches en protéines en nouilles chinoises, ou incorporer de l'avoine nue dans une soupe destinée aux démunis, le Canada détient le savoir-faire voulu pour nourrir les populations du monde.

En 2009, l'ACDI et le Centre de recherches pour le développement international ont lancé le Fonds canadien de recherche sur la sécurité alimentaire internationale.

Des partenaires du Canada et de dix-sept pays de l'Afrique, de l'Asie du Sud, de l'Amérique latine et des Caraïbes ont commencé à travailler de concert à des recherches dirigées par l'industrie, qui permettront de répondre aux besoins des agriculteurs de leur pays respectif.

En Éthiopie, les agriculteurs, pour la plupart des femmes, cherchaient un moyen d'accroître l'apport en protéines de leur famille.

Ce sont des chercheurs de l'Université de la Saskatchewan et de l'Université d'Hawassa qui ont trouvé une méthode pour fertiliser le sol appauvri, à l'aide de bactéries fixatrices d'azote, afin que les agriculteurs puissent cultiver des légumineuses riches en protéines, comme les pois, les lentilles et les haricots.

Le fait est que l'agriculture est une activité commerciale.

Et en ce qui concerne le développement agricole et la sécurité alimentaire durable, nous reconnaissons que le secteur privé — canadien comme étranger — sera à l'avenir un partenaire incontournable.

Ce point a d'ailleurs été souligné à la conférence de GrowCanada à Ottawa, en novembre dernier. La conférence a permis d'explorer l'avenir du secteur agricole canadien et de déterminer les conditions à remplir pour garantir une place au Canada sur l'échiquier agricole mondial.

Les petites et moyennes entreprises canadiennes peuvent faire de l'excellent travail avec des organismes comme le Programme alimentaire mondial.

J'encourage donc ces entreprises à assister à la séance d'information sur l'approvisionnement du Programme alimentaire mondial, qui aura lieu cet après-midi. Elles pourront alors se renseigner sur la manière de devenir un partenaire de mise en œuvre.

En réalité, pour bien des pays en développement, les apports privés — y compris l'investissement direct étranger, les investissements de portefeuille en titres de participation et les envois de fonds — surpassent désormais de loin l'aide étrangère.

Or, ce changement de cap est bien accueilli, et il faut l'encourager.

Notre gouvernement veut collaborer avec des partenaires canadiens, comme vous ici, qui voient l'intérêt qu'il y a à mener ses affaires de façon responsable et à contribuer à des répercussions sociales favorables.

Le secteur public et le secteur privé apportent des atouts différents à la table.

Le secteur agricole canadien est capable de trouver des débouchés commerciaux, d'offrir des connaissances et des compétences spécialisées en technologie agricole, de produire des innovations, de faire de la recherche et de fournir des ressources financières et humaines pour faire bouger les choses.

Vous possédez des compétences considérables en matière de production d'engrais et de semences améliorées convenant à différentes conditions de culture, qui seraient utiles aux régions particulièrement sous-développées où je me suis rendu.

La force de notre gouvernement tient à ce qu'il entretient des relations de longue date avec les gouvernements d'un grand nombre de pays en développement.

Nous connaissons leurs besoins et leurs priorités, et nous sommes résolus à obtenir des résultats durables allant au-delà de nos investissements au titre de l'aide.

Nous sommes donc en mesure de donner une impulsion à des initiatives, grâce à nos compétences et à notre crédibilité.

Le Canada soutient le volet touchant le secteur privé du Programme mondial pour l'agriculture et la sécurité alimentaire, afin de trouver des méthodes de financement novatrices dont bénéficieront les petits exploitants agricoles et les petites et moyennes entreprises agroalimentaires.

Ce volet du Programme permet d'accorder des prêts, des capitaux, des garanties et une assistance technique à des entreprises privées dans des pays en développement, pour aider les petits exploitants agricoles à accroître leur productivité et à accéder à de nouveaux marchés.

L'un des bénéficiaires de ce financement était le Pran Group, la plus grosse entreprise spécialisée dans l'alimentation et la nutrition au Bangladesh, afin de lui permettre d'étendre ses activités de transformation des aliments et de dépulpage des fruits.

Cela a permis de créer 1 200 emplois et de faire en sorte que plusieurs milliers d'exploitants agricoles bénéficient d'une demande constante et de prix équitables pour leurs produits.

Nous avons besoin d'autres partenariats comme ceux-ci, et nous serons à la recherche d'idées semblables pour décider de notre approche à l'égard de la collaboration avec le secteur privé.

Sept milliards de personnes, ça fait bien des bouches à nourrir.

Et d'ici 2050, nous serons neuf milliards.

Alors, lorsque nous nous demandons « Comment faire pour nourrir un monde affamé? »

Je répondrais que nous pouvons y arriver grâce à une approche coordonnée à laquelle participeront les gouvernements, les partenaires du développement et le secteur privé.

Ainsi, je vous encourage tous à vous tourner vers l'étranger, à la recherche de nouveaux partenariats et de nouveaux débouchés qui permettront de matérialiser des résultats profitant aux moins fortunés, tout comme à notre pays.

Le présent forum est une occasion rêvée de promouvoir le plan de collaboration en faveur de la sécurité alimentaire mondiale.

Et la Semaine du développement international est le moment par excellence pour se pencher sur ce plan, car il peut bénéficier à tous, des agriculteurs aux consommateurs, en passant par les entreprises, que ce soit au Canada ou à l'étranger.

J'ai la conviction qu'ensemble, nous pouvons atteindre nos objectifs de développement pour l'agriculture dans les pays en développement, et du même coup soutenir la prospérité du Canada à long terme.

Sur ce, je vous remercie.

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