Discours de l’ambassadeur Bennett à la Conférence sur la liberté de religion tenue au Kazakhstan

Le 19 mars 2013 - Astana, Kazakhstan

La promotion de la liberté de religion et de croyance du Canada : le fondement d’une société juste et tolérante

Sous réserve de modifications

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui pour prononcer mon premier discours à titre d’ambassadeur de la liberté de religion du Canada. Je veux remercier le Kazakhstan qui me donne l’occasion de vous entretenir de la liberté de religion et de croyance ainsi que des efforts du Canada pour promouvoir et défendre ce droit fondamental de la personne.

Plus tôt, le secrétaire parlementaire des Affaires étrangères du Canada, Monsieur Bob Dechert, a démontré de façon éloquente que la persécution religieuse est en hausse un peu partout dans le monde. Permettez-moi d’affirmer d’emblée et avec force que cela est inacceptable.

La liberté de religion et de croyance est inhérente à notre dignité humaine et elle en est l’expression directe. Chacun d’entre nous tient pour sacré son mode de relation avec le monde, et la foi est au cœur même de l’expérience humaine. Nous avons tous le droit et la liberté d’exprimer et de manifester nos croyances spirituelles, et nous devons soutenir et défendre ce principe.

Chacun doit en effet avoir la possibilité de vivre dans la dignité sans craindre d’être persécuté. À la base de cette dignité, il y a la liberté de professer sa foi dans le divin, tant en privé qu’en public.

Cela me rappelle une citation de Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955), un jésuite, paléontologue et philosophe français : « Nous ne sommes pas des êtres humains vivant des expériences spirituelles, nous sommes des êtres spirituels vivant une expérience humaine. »

Alors que nous discutons aujourd’hui de liberté de religion et de croyance à cette conférence, j’aimerais insister sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une question théologique, mais humaine, et que chaque société doit admettre le droit fondamental à la dignité humaine de chacun, quelle que soit sa foi.

Je suis très honoré d’être ici aujourd’hui pour présenter le point de vue du Canada sur la liberté de religion et de croyance, et cela représente beaucoup pour moi sur le plan personnel. C’est un privilège de servir mon pays et de parler au nom de toutes ces familles menacées de violences et de persécutions dans le monde. Ces familles sont sans cesse sur le qui-vive, simplement parce qu’elles souhaitent pratiquer leur foi en toute sécurité.

Comme vous le savez sans doute, le Canada a fait de la promotion et de la protection de la liberté de religion et de croyance une priorité de sa politique étrangère. Le premier ministre du Canada Stephen Harper a déclaré récemment, lors de l’inauguration officielle du Bureau de la liberté de religion du Canada :

« La cause est juste. Il existe une urgence d’agir. Et notre responsabilité est claire. En tant que Canadiens, que citoyens d’un pays libre, nous avons un devoir solennel. » Et de poursuivre en affirmant « qu’il est impossible pour la démocratie de prendre racine dans une société qui interdit toute notion de libre conscience personnelle ou d’exercice libre de la foi ».

Après avoir relevé les atteintes répandues et sans cesse croissantes à la liberté de religion, le premier ministre a affirmé clairement que « nous devons en faire davantage, car les infractions commises à l’égard de ce droit fondamental sont graves et nombreuses et portent atteinte à la démocratie même. »

L’histoire nous a enseigné, c’est du moins ce que je crois, que la liberté religieuse et la liberté démocratique sont inséparables et qu’il est de notre devoir de défendre les droits des affligés et de donner une voix à ceux qui n’en ont pas.

C’est pour cette raison que le gouvernement du Canada a créé le Bureau de la liberté de religion au sein d’Affaires étrangères et Commerce international Canada. Encore une fois, à titre de premier ambassadeur canadien de la liberté de religion, je m’engage à ce que mon bureau travaille avec des partenaires internationaux à promouvoir et à défendre la liberté de religion et de croyance partout dans le monde. Nous nous concentrerons sur la protection et la défense des intérêts des minorités religieuses menacées, la lutte contre l’incitation à la haine religieuse et la promotion à l’étranger des valeurs canadiennes de pluralisme. Nous nous emploierons à susciter une discussion franche et ouverte concernant le soutien à la liberté de religion et au pluralisme en favorisant la capacité des communautés religieuses à professer leur foi et à contribuer ouvertement à l’instauration d’un environnement libre et sûr.

Les buts que poursuivent le Bureau de la liberté de religion reflètent les valeurs fondamentales des Canadiens : la démocratie, la liberté, les droits de la personne et la primauté du droit. Le Bureau répond en outre au désir des Canadiens de mettre fin à la persécution, à la violence et à la répression exercées à l’encontre de nombreuses minorités religieuses dans le monde entier.

Le Canada est un creuset où se mêlent de nombreux groupes ethniques, de nombreuses religions et de nombreuses voix, mais il offre en partage une seule humanité. Nous vivons dans un seul monde, un monde dans lequel nous devons nous tendre la main comme êtres humains et reconnaître en chacun de nous une dignité qui appelle un engagement véritable : le respect et la tolérance pour la diversité religieuse, de même que la protection de la liberté religieuse et de tout ce qu’elle entraîne.

Lorsque je porte mon regard sur le monde, comme beaucoup d’autres, je suis choqué par le niveau de violence et de persécution à l’encontre des minorités religieuses.

Nous sommes profondément préoccupés par la situation dans diverses régions du monde où des personnes, y compris des musulmans ahmadis, des bahá’ís, des chrétiens chaldéens et coptes, des adeptes du Falun Gong, des juifs et des Rohingyas musulmans, ne peuvent que difficilement pratiquer leur foi en paix ou fréquenter leurs lieux de culte.

Les minorités religieuses qui sont persécutées sauront qu’elles peuvent compter sur l’amitié et le soutien du Canada. Nous allons continuer à condamner fermement toutes les attaques contre les lieux de culte, qu’il s’agisse de temples, de synagogues, de sanctuaires, de mosquées, de gurdwaras ou d’églises. Il est essentiel que chacun puisse pratiquer sa religion à l’abri de toute menace de violence et de discrimination.

Le Canada ne peut tolérer et ne tolérera aucun acte flagrant et lâche qui cible des minorités religieuses.

Ainsi, en Iran, les bahá’ís et les chrétiens sont menacés de harcèlement, d’emprisonnement, voire dans certains cas, de mort.

Au Pakistan, les musulmans ahmadis, les musulmans chiites, les chrétiens, les sikhs et les hindous sont exposés à la persécution et à la violence. Dernièrement, j’ai été très choqué et outré par les actes de violence insensés perpétrés à Lahore, où plus de 150 résidences de chrétiens ont été incendiées après des allégations de blasphème. Les autorités publiques et politiques se sont empressées de condamner la violence contre cette communauté, mais nous devons redoubler d’effort pour que jamais plus des personnes et des familles ne deviennent des cibles simplement parce qu’elles pratiquent une foi en particulier.

Ailleurs, nous assistons avec horreur à la destruction de sanctuaires, à des attaques et parfois à des massacres de fidèles : des pèlerins musulmans chiites en Iraq, des chrétiens coptes en Égypte, des chrétiens rassemblés dans une église au Nigéria. La liste ne cesse de s’étirer, de manière effroyable.

Pour reprendre les propos du premier ministre du Canada, « le Canada ne restera pas silencieux à la vue de ces injustices et de ces atrocités. En fait, le Canada ne reste pas silencieux […] le Canada s’est prononcé, de façon constante et catégorique, sans crainte et sans attendre de faveur, pour la défense des droits de la personne partout dans le monde et particulièrement pour la défense de la liberté religieuse. Et nous ne faisons pas que dénoncer les exactions; nous agissons. »

Nous allons continuer à exprimer ouvertement nos préoccupations lorsque des populations marginalisées et opprimées sont persécutées en raison de leurs croyances religieuses. Je me sens encouragé et enhardi par ceux qui s’expriment haut et fort contre ces actes, au péril de leur propre sécurité, afin que d’autres puissent jouir des mêmes droits et libertés. Des meneurs comme Shahbaz Bhatti, le courageux ministre des Minorités du Pakistan, qui a été assassiné il y a deux ans pour avoir fait la promotion de la liberté de religion et de croyance pour les gens de toutes confessions et pour avoir dénoncé la persécution religieuse.

Le Canada, de par sa nature et son histoire hautement pluralistes et multiculturelles, est bien placé pour promouvoir la liberté de religion. Depuis des décennies, il est un ardent défenseur des droits de la personne sur la scène internationale. Les valeurs de tolérance, de paix et de sécurité qui définissent notre pays ainsi que notre diversité nous donnent un point de vue unique sur le monde. Je m’inspirerai du riche bagage de connaissances des diverses communautés religieuses du Canada pour promouvoir la liberté religieuse dans le monde entier.

Permettez-moi de citer l’un des grands premiers ministres du Canada. Le jour de la présentation de la Déclaration canadienne des droits au Parlement, le premier ministre John Diefenbaker a dit : « Je suis Canadien, libre de m’exprimer sans crainte, libre de vénérer Dieu à ma façon, libre de défendre les causes qui me semblent justes, libre de m’élever contre ce qui me semble mal, libre de choisir qui gouvernera mon pays. Je m’engage à poursuivre cette tradition de liberté pour moi-même et pour toute l’humanité. »

C’est dans cet esprit, en tant qu’ambassadeur de la liberté de religion, que je m’engage à ce que mon bureau s’oppose à la haine fondée sur la religion, quelle que soit la communauté religieuse visée. À mon sens, il sera à l’image de ce que la société canadienne a de mieux à offrir. Qui plus est, nous travaillerons avec nos partenaires dans le monde entier pour soutenir, promouvoir et protéger les droits et les privilèges associés à la vie dans une société libre et démocratique. Nous défendrons ceux qui professent une foi religieuse et ceux qui n’ont pas de croyance particulière afin qu’ils puissent exercer pleinement leur droit à la liberté de religion et de croyance.

Nous poursuivrons notre travail avec nos partenaires, là où nous pourrons le faire, et nous ne craindrons pas de parler d’une voix forte et indépendante pour soutenir la liberté de religion lorsqu’il le faudra.

En conclusion, je vous invite tous à répondre à l’appel en faveur d’une plus grande ouverture et d’un respect accru pour la dignité de tous les êtres humains et la liberté de pratiquer sa religion, de manière à faire rayonner la paix dans nos communautés et dans le monde.

Je me sens enhardi à agir. Je vous invite instamment à vous joindre au Canada et à tous les autres qui défendent la liberté de religion ou de croyance et la dignité humaine. C’est en cherchant la vérité que nous accomplirons le bien.

Je vous remercie.