Discours du secrétaire parlementaire Dechert à la Conférence sur la liberté de religion au Kazakhstan

Le 19 mars 2013 - Astana, Kazakhstan

Aspects politiques et juridiques de la liberté de religion

Sous réserve de modifications

J’ai l’immense privilège de vous entretenir de l’engagement du Canada à promouvoir la liberté de religion dans le monde.

Comme vous le savez, la liberté de religion est l’objet de violations dans le monde entier et le nombre de cas est à la hausse.

Par exemple, en Iran, des bahá’ís et des chrétiens sont victimes de harcèlement, emprisonnés et, dans certains cas, condamnés à mourir.

Au Pakistan, les musulmans ahmadis, les musulmans chiites, les chrétiens, les sikhs et les hindous sont menacés de persécution et de violence.

En Chine, les musulmans ouïgours, les bouddhistes tibétains et les adeptes du Falun Gong sont la cible d’actes de répression et d’intimidation. Les chrétiens qui pratiquent leur culte hors du cadre approuvé par le gouvernement sont contraints à la clandestinité et voient leurs dirigeants arrêtés et détenus.

Malheureusement, ces terribles situations ne se limitent pas à ces pays. Nous pouvons aussi évoquer le triste sort réservé aux coptes d’Égypte, aux pèlerins musulmans chiites en Iraq, aux fidèles chrétiens au Nigéria — et la liste continue de s’allonger.

Le Canada n’est pas resté silencieux jusqu’ici à la vue de ces injustices. Et nous ne sommes pas non plus demeurés inactifs.

Le mois dernier, le premier ministre Stephen Harper a annoncé la création du Bureau de la liberté de religion du Canada afin de contribuer à l’avancement de la politique étrangère canadienne fondée sur des principes.

Le bureau soutiendra des politiques et des programmes axés sur la protection et la promotion de la liberté de religion et de croyance. Il défendra dans le monde entier les valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance.

La responsabilité du Canada est très claire. En tant que citoyens d’un pays libre, nous avons le devoir solennel de nous porter à la défense de ce qui est juste et bon. En effet, nous sommes particulièrement bien positionnés pour protéger et promouvoir la liberté de religion partout dans le monde.

Nous avons un pays pluraliste, riche de nombreux patrimoines culturels et religieux, et les Canadiens ainsi que tous les peuples du monde partagent une humanité commune. Ainsi, il est de notre devoir à tous de défendre les droits des populations affligées et de donner une voix à ceux qui n’en ont pas.

En tant que membres d’une société libre et démocratique, nous savons que la démocratie ne peut pas prendre racine dans une société qui interdit toute notion de liberté de conscience et de foi.

Nous croyons — et les recherches le démontrent — que lorsque nous favorisons la liberté de religion, le pluralisme, la paix et la sécurité, nous créons un climat propice à la croissance d’institutions démocratiques vigoureuses et à la prospérité à long terme. Les personnes qui sont libres de pratiquer leur religion en toute sécurité sont également libres de contribuer au développement économique, culturel et politique de leur pays — au profit de tous.

Mais comment cette optique se traduit-elle concrètement? Dans une communauté de nations, comment trouver un terrain d’entente pour promouvoir la liberté de religion ou de croyance?

Nous pouvons commencer par nous inspirer des mécanismes existants de protection des droits de la personne.

Par exemple, le droit à la liberté de religion est inscrit dans les articles 2 et 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, ainsi que dans les articles 18, 24 et 26 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

La Déclaration universelle des droits de l’homme stipule ce qui suit :

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Nous pouvons aussi nous inspirer du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, traité multilatéral adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies, qui engage ses parties à respecter les droits civils et politiques individuels, notamment le droit à la vie, la liberté de religion, la liberté de parole, la liberté de réunion, les droits électoraux et les droits à l’application régulière de la loi et à un procès équitable. Plus précisément, à la lecture de l’article 18, nous constatons que :

  1. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix, ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, individuellement ou en commun, tant en public qu’en privé, par le culte et l’accomplissement des rites, les pratiques et l’enseignement.
  2. Nul ne subira de contrainte pouvant porter atteinte à sa liberté d’avoir ou d’adopter une religion ou une conviction de son choix.
  3. La liberté de manifester sa religion ou ses convictions ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi et qui sont nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique, ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui.

Peu importe que nous consultions le Pacte international relatif aux droits civils et politiques ou la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, le message est clair : chaque État doit respecter la liberté de religion.

Pourtant, des minorités religieuses du monde entier continuent à subir de plus en plus de persécutions et de violences.

Il conviendrait peut–être, dans ce contexte, de faire valoir l’expérience canadienne pour illustrer comment le pluralisme peut contribuer à rapprocher des populations de divers horizons.

La plupart des nations du monde, comme le Canada, sont composées de populations de diverses ethnies, cultures, langues et religions.

Le pluralisme permet à chacun de conserver son patrimoine culturel, linguistique et religieux dans le cadre d’une citoyenneté partagée.

Peu importe votre foi ou votre patrimoine religieux, vous pouvez venir au Canada et pratiquer votre religion ouvertement, sans subir de préjudice ni de persécution.

Nous invitons les autres pays à se joindre à nous, à adopter une position de principe contre la persécution religieuse. Aujourd’hui plus que jamais, nous nous devons de nous porter à la défense de ce qui est juste et bon. La réalité nous le commande.

Selon une étude réalisée par le Pew Forum sur la religion et la vie publique, un tiers des pays de la planète imposent des restrictions strictes, voire très strictes, à la liberté de religion. Comme certains de ces pays sont fortement peuplés, force est de conclure que près de 75 p. 100 de la population mondiale subit des restrictions sévères sur ce plan. Cela est tout simplement renversant.

Le Canada est fin prêt à prendre l’initiative à cet égard, et en cela nous appuierons nos partenaires et alliés, dont plusieurs sont présents aujourd’hui, dans le but de promouvoir le respect de la dignité de l’être humain.

Nous agissons ainsi parce que nous savons que les sociétés qui protègent la liberté de religion sont plus susceptibles de protéger les autres libertés fondamentales.

Nous agissons ainsi parce que nous reconnaissons que la place prépondérante de la liberté de religion dans la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies, entre autres déclarations, n’est pas le fruit du hasard.

Nous agissons également ainsi parce que nous savons que les actes vont beaucoup plus loin que la parole et que les instruments internationaux ne seront rien de plus que des mots sans portée réelle si nous ne nous opposons pas concrètement aux injustices. Nous devons travailler ensemble afin de protéger le droit fondamental à la dignité pour tous, y compris le droit élémentaire à la liberté de religion.

Comme je l’ai indiqué dès le départ, le Canada fait sa juste part. Après avoir mené des consultations approfondies auprès des principaux intervenants, notamment auprès de chefs religieux et de représentants d’organisations religieuses provenant de notre propre société multiculturelle ainsi qu’auprès de nos partenaires du monde entier, nous avons mis sur pied notre nouveau Bureau de la liberté de religion au sein d’Affaires étrangères et Commerce international Canada.

Sous la direction d’Andrew Bennett, le premier ambassadeur canadien de la liberté de religion, le Bureau fera la promotion de la liberté de religion ou de croyance à titre de droit fondamental de la personne, favorisera la protection des minorités religieuses et fera la promotion des valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance dans le monde entier. Le Bureau soutiendra des politiques et des programmes axés sur la protection et la promotion de la liberté de religion et de croyance. Il s’appliquera à défendre, partout dans le monde, les valeurs canadiennes que sont le pluralisme et la tolérance. Je suis très fier de me trouver ici avec Monsieur Bennett aujourd’hui et je me réjouis à la perspective de l’entendre s’exprimer sur ces questions, plus tard au cours de la conférence.

Par ses actes et ses déclarations, le gouvernement du Canada rejette le dénigrement de la religion et la persécution des minorités religieuses. De même, nous condamnons le recours à la violence. Il est de la plus haute importance de voir à ce que chaque personne puisse pratiquer sa religion sans craindre d’être persécutée. C’est en exprimant nos opinions de façon pacifique et respectueuse que nous pouvons favoriser une meilleure compréhension. Cependant, nous ne devons surtout pas hésiter à assumer notre devoir de parler ouvertement lorsque des citoyens sont persécutés.

Nous avons hâte de collaborer avec nos partenaires du monde entier pour assurer un avenir plus sûr aux membres des minorités religieuses qui ont le droit de pratiquer leur religion et de contribuer au développement de leurs communautés en toute sécurité, pour leur propre épanouissement et celui de leurs familles.

Je me réjouis à la perspective de tenir des discussions fructueuses afin de dégager des avenues de collaboration au nom de tous ceux, trop nombreux, qui vivent actuellement dans la peur.

Je vous remercie.