Discours de l’ambassadeur Bennett à l’occasion du Religious Liberty Dinner

Le 18 avril 2013 - Washington

Sous réserve de modifications

Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui à titre de premier ambassadeur du Canada de la liberté de religion. Je veux remercier les organisateurs de m’offrir cette occasion d’expliquer : pourquoi le Canada attache de l’importance à la liberté de religion; comment notre nouveau Bureau de la liberté de religion entend lutter contre les restrictions imposées à cette liberté; et comment nous prévoyons promouvoir la liberté de religion en tant qu’élément de notre politique étrangère fondée sur des principes.

Depuis ma nomination par le premier ministre Stephen Harper, le 19 février, j’ai pris contact avec divers groupes confessionnels au Canada et dans le monde entier. J’ai consulté les alliés et les partenaires du Canada, et j’ai exprimé directement les préoccupations du Canada lorsque des groupes religieux étaient pris pour cibles en raison de leur foi. Dans mon dialogue avec les communautés sikhe, hindoue, juive, orthodoxe copte et musulmane du Canada, entre autres, et dans mes échanges avec mes homologues au Kazakhstan, à Bruxelles et à Londres, j’ai fait la promotion de la liberté de religion comme un droit fondamental de la personne — un droit qui est de plus en plus menacé dans le monde.

La situation dans différentes parties du monde préoccupe vivement le Canada, là où des gens — comme les musulmans ahmadis, les bahá’ís, les catholiques chaldéens, les coptes orthodoxes, les bouddhistes tibétains, les juifs, les musulmans rohingyas — peuvent difficilement pratiquer leur foi en paix.

Le Canada n’est pas resté silencieux jusqu’ici à la vue de ces injustices. Et il n’est pas non plus resté inactif.

Le Canada parle au nom des groupes religieux qui sont menacés. Il travaille avec ses partenaires, dont beaucoup sont parmi nous aujourd’hui, pour défendre ceux et celles qui souhaitent simplement pratiquer leur foi en toute sécurité.

La liberté de religion, ce n’est pas seulement la liberté de pratiquer son culte, c’est aussi la liberté d’étudier et de prêcher sa foi, la liberté de s’engager dans des activités missionnaires, la liberté de changer de confession religieuse et, oui, la liberté de n’avoir aucune croyance religieuse.

Comme vous le savez sans doute, dans plusieurs pays, la nécessité d’agir pour défendre la liberté de religion est pressante. La persécution religieuse est en hausse partout dans le monde. Il nous incombe d’agir et de défendre les droits de la personne de tout un chacun. Nous devons le faire parce que la liberté de religion, ce n’est pas une question théologique, c’est une question humaine. Chaque société doit reconnaître la dignité humaine fondamentale de chaque être, quelle que soit sa foi. Nous possédons tous le libre arbitre. Nous devons avoir la liberté de l’exercer lorsque des questions de foi sont en jeu.

Je crois que la dignité humaine est au cœur même du message de la liberté de religion. Dans mes rencontres avec de nombreux groupes confessionnels, il m’est apparu clairement que la quête de la foi est inhérente à la condition humaine. Chaque personne cherche à se comprendre en tant qu’être humain, à comprendre également ses liens avec les autres et avec le monde — ses liens aussi avec le divin ou avec une philosophie en particulier qu’elle a fait sienne. Nous avons tous le droit d’exprimer et de manifester nos croyances spirituelles, et nous devons soutenir et défendre ce droit et cette liberté.

Le Canada est une société pluraliste riche de nombreuses cultures et de nombreuses confessions religieuses. Mais nous partageons avec tous les peuples du monde une humanité commune. Ainsi, nous avons tous le devoir de défendre les droits des personnes affligées et de donner une voix à ceux qui n’en ont pas.

Le premier ministre Harper l’a exprimé en ces termes :

« La cause est juste. Il existe une urgence d’agir. Et notre responsabilité est claire. En tant que Canadiens, en tant que citoyens d’un pays libre, nous avons un devoir solennel […] il est impossible pour la démocratie de prendre racine dans une société qui interdit toute notion de libre conscience personnelle ou d’exercice libre de la foi. »

Après avoir relevé les atteintes répandues et sans cesse croissantes à la liberté de religion, le premier ministre a ajouté que « nous devons en faire davantage, car les infractions commises à l’égard de ce droit fondamental sont graves et nombreuses et portent atteinte à la démocratie même ».

Nous croyons — et les recherches le démontrent — que lorsque nous favorisons la liberté de religion, le pluralisme, la paix et la sécurité, nous nous trouvons aussi à créer un climat propice à la croissance d’institutions démocratiques vigoureuses et à la prospérité à long terme. Les personnes qui sont libres de pratiquer leur religion en toute sécurité sont également libres de contribuer au développement économique, culturel et politique de leur pays — au profit de tous.

Comme l’a écrit le pape émérite Benoît XVI, en 2012, dans son exhortation apostolique Ecclesia in Medio Oriente : « La liberté religieuse est le sommet de toutes les libertés. Elle est un droit sacré et inaliénable. Elle comprend, au niveau individuel et collectif, à la fois la liberté de suivre sa conscience en matière religieuse et la liberté de culte. Elle inclut la liberté de choisir la religion que l’on juge être vraie et de manifester publiquement sa propre croyance. Il doit être possible de professer et de manifester librement sa religion et ses symboles, sans mettre en danger sa vie et sa liberté personnelle. La liberté religieuse s’enracine dans la dignité de la personne; elle garantit la liberté morale et favorise le respect mutuel. »

Je considère comme un honneur, un privilège et une bénédiction de servir mon pays et de parler au nom de toutes ces personnes qui risquent de subir des violences et des persécutions dans le monde et qui mènent une existence précaire.

C’est pour cette raison que le gouvernement canadien a créé le Bureau de la liberté de religion au sein de son ministère des Affaires étrangères. À titre de premier ambassadeur de la liberté de religion du Canada, je m’engage à ce que mon bureau travaille avec nos partenaires internationaux à promouvoir et à protéger la liberté de religion et de croyance partout dans le monde. Nous concentrerons nos efforts sur la protection et la défense des intérêts des groupes religieux menacés. Nous combattrons l’incitation à la haine religieuse. Nous ferons la promotion du pluralisme canadien à l’étranger. Nous aurons des discussions franches et ouvertes. Nous favoriserons la capacité des groupes religieux à manifester leur foi et à contribuer ouvertement à la société et à l’instauration d’un milieu empreint de liberté et de sécurité.

Les buts du Bureau de la liberté de religion reflètent les valeurs fondamentales des Canadiens : la démocratie, la liberté, les droits de la personne et la primauté du droit. En outre, le Bureau répond au souhait des Canadiens de mettre fin à la persécution, à la violence et à la répression exercées à l’encontre de nombreux groupes religieux partout dans le monde.

Comme je l’ai dit, le Canada est riche de nombreuses voix. Mais nous n’avons qu’une seule humanité en partage, un seul monde dans lequel nous devons nous tendre la main les uns les autres comme êtres humains et reconnaître en chacun de nous une dignité qui appelle un engagement véritable : le respect et la tolérance pour la diversité religieuse et la protection de la liberté de religion et de tout ce qu’elle entraîne.

Les groupes religieux qui doivent faire face à la persécution sauront qu’ils peuvent compter sur l’amitié et le soutien du Canada. Nous allons continuer à condamner fermement toutes les attaques contre les lieux de culte, qu’il s’agisse de temples, de synagogues, de sanctuaires, de mosquées, de gurdwaras ou d’églises. Il est essentiel que tout un chacun soit en mesure de pratiquer sa religion à l’abri de toute menace de violence et de discrimination.

Dans mes efforts pour canaliser l’énergie du Bureau, je suis conscient du fait que de nombreuses communautés ne font pas seulement face à des menaces imminentes de violence, de harcèlement, d’emprisonnement et, dans certains cas, de mort. Plusieurs groupes religieux subissent des restrictions législatives et réglementaires injustes qui peuvent les dépouiller de leurs libertés démocratiques fondamentales, notamment de leur droit élémentaire à voter, comme cela a été le cas pour les Ahmadis au Pakistan. Ces restrictions imposées à des groupes religieux sous le prétexte de maintenir l’ordre et la sécurité minent la dignité élémentaire et, indiscutablement, les droits d’un trop grand nombre de personnes dans le monde.

Dans certains cas, j’ai été réconforté de voir les autorités publiques et politiques condamner les actes de violence commis contre certaines communautés. Mais ces condamnations doivent être suivies d’actions soutenues. Nous devons tous faire davantage afin que, jamais plus, des personnes et des familles ne soient prises pour cibles simplement parce qu’elles pratiquent une foi en particulier. Nous sommes ici au confluent de la liberté de religion et d’autres libertés fondamentales comme les libertés d’expression et d’association et les libertés civiques.

Pour reprendre les propos du premier ministre Harper, « le Canada ne restera pas silencieux à la vue de ces injustices et de ces atrocités. En fait, le Canada ne reste pas silencieux […] le Canada s’est prononcé, de façon constante et catégorique, sans crainte et sans attendre de faveur, pour la défense des droits de la personne partout dans le monde ».

Nous allons continuer à exprimer ouvertement nos préoccupations lorsque des êtres humains sont persécutés pour leurs croyances religieuses. Je me sens encouragé et enhardi par ceux qui s’expriment haut et fort contre ces actes, au péril de leur propre sécurité, afin que d’autres puissent jouir des mêmes droits et libertés. À ce même dîner l’an dernier, notre ministre des Affaires étrangères John Baird a fait référence à des leaders comme M. Shahbaz Bhatti, le courageux ministre des Minorités du Pakistan, qui a été assassiné il y a deux ans pour avoir fait la promotion de la liberté de religion ou de croyance pour les gens de toutes confessions et pour avoir dénoncé la persécution religieuse. Sa vie constitue pour nous tous un exemple durable, et ses efforts ne seront pas oubliés par le gouvernement du Canada.

J’ai entendu dire par certains qu’il sera difficile de promouvoir la liberté de religion ou de croyance alors qu’il existe tant de points de vue différents. Comment, alors, pouvons-nous trouver un terrain d’entente afin de promouvoir la liberté de religion?

Pour commencer, nous pouvons nous inspirer des mécanismes existants de protection des droits de la personne et établir une vision commune. Par exemple, la Déclaration universelle des droits de l’homme des Nations Unies énonce ceci :

« Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion; ce droit implique la liberté de changer de religion ou de conviction ainsi que la liberté de manifester sa religion ou sa conviction seule ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites. »

Le Canada est fin prêt à prendre l’initiative, avec ses partenaires et ses alliés, afin de promouvoir le respect de la dignité de l’être humain et le droit inhérent de chacun à professer et à pratiquer sa foi en toute liberté. Nous agissons ainsi parce que nous savons que les sociétés qui protègent la liberté de religion sont plus susceptibles de protéger les autres libertés fondamentales.

Nous agissons ainsi parce que nous savons que la place prépondérante accordée à la liberté de religion dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, entre autres déclarations, n’est pas le fruit du hasard.

Nous agissons également ainsi parce que nous savons que les actes pèsent davantage que les mots et que si nous ne nous opposons pas concrètement aux injustices, les instruments internationaux ne seront alors rien de plus que des mots sans portée réelle. Nous devons travailler ensemble afin de protéger le droit fondamental à la dignité pour tous, y compris le droit élémentaire à la liberté de religion.

Dans cet esprit, en tant qu’ambassadeur de la liberté de religion, je m’engage à ce que mon bureau s’oppose à la haine fondée sur la religion, quel que soit le groupe religieux visé. À mon sens, le Bureau sera à l’image de ce que la société canadienne a de mieux à offrir. Qui plus est, nous sommes déterminés à travailler avec nos partenaires dans le monde entier pour soutenir, promouvoir et protéger les droits et les privilèges associés à la vie dans une société libre et démocratique. Nous défendrons ceux et celles qui appartiennent à un groupe confessionnel, mais aussi ceux et celles qui n’appartiennent à aucun groupe particulier, afin qu’ils puissent exercer pleinement leur droit à la liberté de religion ou de croyance.

Nous allons continuer à travailler avec nos partenaires là où nous pourrons le faire et nous n’aurons pas peur de parler d’une voix forte et indépendante pour soutenir la liberté de religion lorsque ce sera nécessaire.

Je suis déterminé à agir. Je vous invite instamment à vous joindre au Canada et à tous les autres qui défendent la liberté de religion ou de croyance et la dignité humaine. Si nous cherchons la vérité, nous accomplirons le bien.

Je vous remercie.